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Lauréats 2005 & 2006

Nouvelles contre l’homophobie (concours de la Journée mondiale)

Société des amis d’Axieros, 2007, 114 p., 9 €

samedi 19 avril 2008, par Lionel Labosse

La revue Inverses est « une publication annuelle de la Société des Amis d’Axieros. De son vrai nom Pierre Guyolot-Dubasty, il s’agit d’un écrivain du début du XXe qui, pour être mineur, n’en était pas moins un homme d’une grande liberté de pensée et d’expression ». Cette revue a consacré un hors-série à la publication de 10 nouvelles lauréates du concours organisé à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, lequel a donné lieu chaque année depuis 2005 à la publication d’une nouvelle dans un mensuel gai connu. La sélection d’un seul texte étant frustrante, Patrick Dubuis, rédacteur en chef de la revue Inverses, a proposé de publier une dizaine de nouvelles dans ce hors-série. Si ce concours perdure, il sera intéressant d’étudier l’évolution des thèmes, des lieux évoqués, du sexe, de l’âge, de l’origine et du milieu social des auteurs autant que des personnages.

La préface de Louis-Georges Tin explicite ses motivations pour lancer ce concours. Adolescent, le créateur de la Journée mondiale — et porte-parole du CRAN — avait eu l’impression, en tombant, dans une librairie de son île natale, sur Corydon d’André Gide, d’être Christophe Colomb découvrant un peuple inconnu, ignoré de la patrie d’Aimé Césaire…

Ce qui frappe dans la première sélection (2005), c’est la violence des situations rapportées, toutes très masculines, même si certains auteurs ont des prénoms féminins. L’homophobie ressentie à l’école tient aussi une grande place, à titre de récit principal ou de réminiscence.
« Qui se souvient de Carmen Miranda ? » de Samuel Mabire rapporte les déconvenues d’un garçon qui se sent fée, et subit à l’école ses premières insultes : « il ne voyait pas en quoi faire de la bicyclette avec une ventouse dans une main et une tapette à souris dans l’autre […] ait un quelconque rapport avec lui ». Au collège, « cruauté renforcée faisait partie des matières à suivre ». S’identifiant à la destinée tragique de Carmen Miranda, le garçon est amené « au-delà de toute désespérance » par le piège que lui tend un « camarade » de classe.
Dans « Ma rixe », de Zaidi Naoufel, « Python Dynastie » de Fabrice Zavaglia (Lauréat 2005) et « Le Goût de la terre » de Thierry Zedda [1], il est question d’agressions physiques dans un crescendo de violence, avec à chaque fois un rapport plus ou moins ambigu entre l’agresseur et l’agressé ; cela culmine avec l’impressionnant « Python Dynastie », combat fratricide où la haine a l’intensité de l’amour. Le héros de « Ma rixe », qui riposte pour la première fois face à des caricatures de machos vulgaires comme il en pullule dans les bus de nuit, en tire une certaine fierté : « Je sentais […] que je n’étais plus cet homosexuel discret qui n’ose pas choquer les autres et sa famille en particulier ». « Le Goût de la terre » met en évidence la solitude pathétique de la victime et l’homosexualité refoulée d’un de ces agresseurs violents et violeurs qui hantent les lieux de drague isolés.
« Trente-sixième dessous » de Barbara Savournin nous ramène au collège, où deux garçons qui se livrent à « un malheureux exercice physique, pratiqué en catimini et en silence » sont surpris par un prof de gym à l’ancienne, mais ne se laissent pas abattre, après s’être demandé si la réaction aurait été la même s’ils avaient été de sexes différents.

La seconde sélection (2006) rompt avec la violence de la première salve, sauf « En avril, ne te découvre pas d’un fil… », de Judith Alkan, avec son improbable agression sur le parvis de Beaubourg, en pleine foule ! Dans « Quand je vous le disais », Damien Cavarroc choisit un angle original, et évoque plutôt l’intolérance interne au milieu, l’incompréhension entre gays et lesbiennes : « les lesbiennes ne sont pas des pédés comme les autres ». OrlandA (qu’on retrouvera sur le site http://plumesetcouleurs.free.fr/) propose dans « Amour en sous-France », le parcours d’une lesbienne qui, suite à une tentative de viol lesbophobe, refuse la violence, et s’investit dans la vie communautaire de sa ville de banlieue, pour aboutir à une fin idyllique : « Elles sont seules à être blanches, seules à être homo [2], mais elles sont là avec les autres ». Cela fait plaisir, tant on a l’habitude de lire sous des plumes parisiennes des témoignages caricaturaux sur l’homophobie en banlieue. La nouvelle lauréate de Daniel Pourrias : « Le printemps est arrivé » tisse le lien entre l’angoisse du narrateur de tomber sur le répondeur de son amant, et son sentiment « de ne pas faire partie de [s]a vie », quand il se met à gamberger sur l’attitude qu’aurait la famille en cas de malheur : « Personne de ton entourage pour se rendre compte que je ne suis […] pas un nom de plus sur la liste ». Quant à la nouvelle de Thierry Saulviac, « Retrouvailles », elle est aussi symptomatique de ce retournement de tendance de la deuxième livraison, car si le garçon qui monte tout seul dans un wagon de banlieue et feuillette un magazine érotique gay (il y en a qui cherchent, quand même !) se fait dûment agresser, l’un des agresseurs, un Mehdi qui n’est pas sans rappeler le Gökhan de l’inénarrable Et maintenant, embrassez-vous ! de Ralf König, cherche à le retrouver pour avouer son désarroi d’être lui aussi un « zamel » [3].

En conclusion, on peut exploiter ces nouvelles dans le cadre scolaire en les proposant dans les C.D.I., bien sûr, mais ce qu’il faudrait créer dans l’avenir, en plus de ce concours pour adultes français, c’est un concours mondial, soit en langue française, soit en traduction, auprès des lycéens par exemple, leur demandant de témoigner de leur ressenti en tant qu’adolescents altersexuels, dans le milieu où ils vivent. Si un éditeur pour la jeunesse est intéressé, qu’il me contacte…

- Pour participer au concours 2008, vous avez jusqu’au 30 avril. Pour la petite histoire, il est assez émouvant de constater que Google reste muet si l’on recherche la trace des lauréats des concours 2005 et 2006… L’homophobie, c’est pas terrible, mais l’indifférence, c’est pas mal non plus. Le présent article sera donc pour l’instant le seul de la toile à conserver cette trace. D’où l’intérêt de ce recueil. À bons entendeurs, salut !

Lionel Labosse


Voir en ligne : Site de la revue Inverses


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- Sauf avis contraire, toutes les critiques publiées sur ce site sont de Lionel Labosse. Réagissez, complétez cette critique, en précisant si vous êtes auteur, enseignant, élève…


[1Thierry Zedda a signé une critique de mon roman Karim & Julien.

[2Mon œil !

[3Pour tout savoir sur ce mot du bled, lire l’article sur l’écrivain Abdellah Taïa.

Messages

  • Bonjour

    Et merci pour cette critique, je me languissais de trouver quelque part une évocation même lointaine de ce savoureux concours de nouvelles contre l’homophobie et du recueil qui en résultait. Je ne me suis fais aucune illusion sur la qualité ou l’absence de qualité de mon texte. Il était juste évident pour moi qu’il soit écrit et que l’on sache que les homosexuels peuvent répliquer même s’ils ont tort.
    Je trouve effectivement que nous faisons trop souvent de merveilleuses proies pour les brutes en tout genre et que nous ne montrons pas assez que nous pouvons mordre. Je m’excuse si ces propos vous paraissent déplacés mais je regrette que les homosexuels choisissent trop souvent le parti de la victimisation, nous devons apprendre à nous débrouiller seuls et à construire ce que les hétérosexuels ne nous laissent qu’imaginer : une société indépendante d’eux.

    Je n’ai pas encore fait mon coming out. Le moment viendra bien un jour.

    Avez vous des nouvelles du concours de cette année ? Mon meilleur ami y participe et je m’interroge sur l’anonymat croissant de cette manifestation.

    Amitiés.

    NZ (Ma rixe)

  • Hello,

    Très cher,

    J’adore votre commentaire sur "trente-sixième dessous" : "ils ne se laissent pas abattre".
    Je suis l’auteur de ce texte, et je suis une fille véritable.
    Mais, dans le cadre de mes écrits, souvent, certains s’interrogent : dans une autre vie, n’étais-je pas un garçon ? car, Messieurs, j’ai l’air de viser juste.
    Vous devriez lire ma première nouvelle concernant ce même concours, elle n’était pas assez orientée "lutte" alors, j’ai écrit "36ème....", mais l’autre est plus adulte, plus fatale, plus amoureuse et carrément homo.Zut, j’ai oublié le titre, elle se trouve sur textesgays.com au prénom Barbara avec "36ème dessous". Cordialement, Barbara