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Une retraite bien méritée, pour adultes

Camellia rose, de Cy Jung

Éditions Gaies et Lesbiennes, 2009, 126 p., 5 €

jeudi 6 août 2009, par Lionel Labosse

« Autrefois, la pression sociale était telle que bien des homosexuels étaient contraints de se marier » : j’aime bien cette phrase de Sébastien, signataire de la page de présentation des Éditions Gaies et Lesbiennes qui précède le roman. Elle serait à méditer par le petit carré de militants qui voudraient faire de la Gay Pride de Paris — qu’ils tentent désespérément d’appeler autrement — un défilé revendicatif pour le « droit au mariage » et autres fariboles [1], sans aucun respect pour ceux qui comme votre serviteur sont favorables à l’abolition du mariage civil ! Le mariage et le droit au conformisme n’est pas le genre de revendications que défend Cy Jung dans ses romans, bien au contraire : elle persiste à exhiber ce qui est désormais politiquement incorrect à la « Marche des Fiertés (sic) », c’est-à-dire des lesbiennes fesseuses et expertes en maniement du gode, qui pensent à jouir par leur corps et se fichent d’être pariées ou macsées [2]. Mais en réalité, à l’instar de la « substantificque moelle » de Rabelais, ce dehors un peu leste cache un vibrant plaidoyer pour la retraite à 60 ans des enseignants, appréciable à l’heure où la classe politique n’a pas d’autre solutions contre le chômage endémique que de proposer aux rares privilégiés qui ont encore un travail, de prolonger leur activité jusqu’à 70 ans. Et quand est-ce qu’on va jouir, alors ? [3]

Résumé

Marcelline prend sa retraite de professeure d’école, non sans profiter de ses derniers jours d’activité pour se venger d’une inspectrice qui persécute les enseignants. Elle part en randonnée au Maroc avec Laure, son amante depuis 28 ans, avec la perspective, une fois rentrées, de faire enfin l’acquisition d’une croix de Saint-André et d’un sling pour se livrer sans entraves au plaisir de la fessée qu’un blocage intellectuel interdisait à Marcelline tant qu’elle était encore enseignante. Tout semble aller à merveille dans le couple, si ce n’est le vague regret de Marcelline que Laure ne connaisse pour l’instant qu’une « gourmandise vaginale », certes sans limites. Un bête accident de voiture tue net Laure, et Marcelline se retrouve dans un sale état entre les mains expertes d’une chirurgienne qui devra l’amputer d’une jambe. À moitié guérie, elle est transférée dans une maison médicalisée de la « Mutuelle historique des hussards de la République », les Camellias. Désespérée d’avoir perdu l’amie de toute une vie, Marcelline veut quitter ce monde, et appelle la mort. Cependant, petit à petit, les efforts conjugués de ses amies, de la chirurgienne au grand cœur, d’un mystérieux merle un peu nécromant, d’une kinésithérapeute sachant masser les profondeurs, et d’une voisine de chambrée qui sait se mêler de ce qui ne la regarde pas, vont lui permettre de faire le deuil de son amie, et d’envisager malgré les aléas de la vie, de profiter enfin d’une retraite méritée.

On déguste comme un bonbon (à la cantharide !) ce petit bijou d’érotisme spécial Camif et 3e âge. Eh oui, on peut être prof, sexagénaire, et raffoler de certain « jouet en latex rose bonbon » (p. 13). Cy Jung ne fustige pas que les fesses de ses héroïnes, mais aussi ces maisons de soins où l’on est obligé de dissimuler ses godemichés ! Son côté écolo et sa vocation pédagogique la poussent à insérer dans son récit une sorte de manuel pratique de moulage de sextoys, sans oublier, l’air de rien, un guide de la masturbation féminine heureuse… Si la manie des gimmicks l’habite toujours, elle se limite cette fois-ci à des formules répétées après chaque nom propre de personnage, sortes d’épithètes homériques du pauvre, du type « Marcelline Berthold — avec un h et un d, s’il vous plaît ». Le passé simple notamment est parfois taquin, avec par exemple un « closit la séance » assez osé, puisque le verbe clore est censé être défectif à ce temps ; mais on trouve aussi des facéties telles que « peu lui chalait » (p. 75 ; l’auteure s’en explique dans cet article. On apprécie aussi, dans le cadre du refus de l’aseptisation des altersexuels, les croustillants chapelets d’insultes : « Je suis sûre qu’elle a tant de vieille barbe, votre moule qui pue la marée pas fraîche, que pour trouver le petit pois qui vous sert de clitoris, il doit falloir au préalable débroussailler à la tronçonneuse. » Déplorons cependant que Cy Jung verse dans la pilophobie, et appelons de nos vœux une loi de répression des propos pilophobes, parce que ça suffit comme ça… Pour la bonne bouche, si je puis dire, je vous laisse découvrir le contexte dans lequel est inscrite cette saillie malicieuse : « Tu vas venir, pédé ! ordonnait le vagin » (p. 112). Quant à la chute, sachez qu’elle donne une réponse définitive à la question philosophique qui tous nous taraude (la question !) : « que devait-on faire de ce lot de godemichés, plugs, vibromasseurs, pinces, menottes, et autres qui avaient alimenté vingt-huit ans d’ébats sexuels ? »

- Voir les romans précédents de Cy Jung, Un roman d’amour, enfin et Diadème rose, ainsi que son essai Tu vois ce que je veux dire.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Le site de Cy Jung


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[1Parmi lesquelles figure la propagande d’un parti politique qui a carrément annexé le défilé sans que personne y trouve à redire.

[2À propos, je cherche quelqu’un pour me macser, pour obtenir des points de mut et payer moins d’impôts l’an prochain : qui se dévoue ?

[3Vous assistez en ce 6 août 2009 à une date aussi importante de l’histoire de l’humanité, que celle de la conquête de la lune : l’apparition de la couleur sur altersexualite.com ! Tout cela grâce aux conseils d’un bienfaiteur de l’humanité, Arthur Milchior. Inutile de l’en remercier, Dieu s’en chargera. Mais n’était-il pas évident qu’un grande dame dût profiter de ces prémices ?