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Errements de la vie conjugale et familiale, pour tous les âges

La Tourson F.F. Anonyme, de Jocelyne Jacquemin

Dohquet Éditions, 2010, 142 p., 15 €

mercredi 15 juin 2011, par Lionel Labosse

Que cache ce titre énigmatique ? c’est ce qui attire l’œil et l’esprit quand on a sous les yeux le premier roman de Jocelyne Jacquemin. Habilement construit, ce récit, qu’on sent empreint d’autobiographie [1], nous conduit pas à pas dans le tréfonds du labyrinthe intime d’une mère de famille qui vient de fêter ses 50 ans et de larguer dans la nature ses deux enfants. Comme la femme de l’illustration de couverture, elle se retourne et fait le bilan de sa vie, entre bateaux échoués et voiles au loin. Un secret de famille lui pèse ; n’est-ce pas le moment de s’en libérer ? La Tourson F.F. Anonyme est un roman tout simple qui prouve que l’amour durable est encore possible, surtout pour une femme, adolescente des années de libération sexuelle, qui n’y croyait pas !

Le petit Tourson

Dès la page 11 s’éclaire la première partie du titre : cette femme qui s’apprête à fêter ses 50 ans, présente son alter ego, « son petit Tourson ». On comprend qu’il s’agit d’un sobriquet généré par ce qu’on appelle en charabia métalinguistique une « déglutination ». Cela sera confirmé à la fin du livre, p. 128. Il est amusant que cette féministe ait adopté la forme masculine du sobriquet, un peu comme la Malibran, qui garde pour l’éternité ce nom d’un mari qu’elle a pourtant quitté ! C’est que l’auteure est consciente de la domination masculine. Pour ses 50 ans, elle part en amoureux avec le Tourson dans la capitale, visiter le Paris asiatique. Au musée Guimet, elle tombe sur une statue d’Avalokiteshvara, et remarque, sarcastique : « Il incarne la compassion, car c’est un homme, à croire qu’une femme n’en et pas capable ! » Effectivement, le bouddhisme n’est pas forcément un meilleur modèle que les religions du Livre dans ce domaine ! (voir cet article).

« F.F. » : Femelle Fielleuse, Fille Facile, Femme Fatale ?

C’est qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche, la Tourson : quand elle réunit ses amis, elle ne mâche pas ses mots : Elle avait tant d’amis passés et futurs, qu’elle se limita à ceux du présent » (p. 43) ! Serait-ce une Femelle Fielleuse que symbolise ce mystérieux sigle ? Non : quand elle avoue ses méfaits de jeune fille partie avec sa copine Christine [2] sur la Côte d’Azur pour ses premières vacances sans sa famille, on dirait plutôt que c’est Fille Facile : elle s’amuse à draguer et se laisser draguer, mais se comporte en allumeuse (Fofolle Fieffée ?) : « Les garçons les prenaient pour des filles très libérées, mais dès que cela devenait compliqué pour elles, elles disparaissaient d’un simple regard entre elles » (p. 51). Pire : ayant raté un train, elles se font héberger par deux gars sous une tente, et… rien ! L’histoire ne dit pas si les deux pauvres bougres ont reçu la médaille du mérite de Tataouine-les-Bains ! En passant, la Tourson attribue à Montaigne une citation de La Fontaine : « Qu’un ami véritable est une douce chose ! » [3], de même que les pétroleuses cachèrent les habits de deux militaires après les avoir – encore – allumés avec un bain de minuit (p. 50) ! Mais on apprend plus tard que dès la cinquième, elle en pinçait déjà pour son prof de gym, alors ! (encore un qui a failli se faire traiter de pédophile pour rien !)

Anonyme

Après les amis, l’anamnèse remonte à l’éducation des deux enfants de la Tourson, un garçon et une fille. C’est surtout le garçon, le cadet, qui lui posera le plus de problèmes, mais lui apportera finalement autant de satisfaction que l’aînée. Là commence la partie la plus difficile du récit, qui remonte au noyau dur. On se croirait dans une sorte de cercle de femmes et mères, qui échangent leurs expériences douloureuses sous couvert d’anonymat. La Tourson, qui se déclarait « anti-homme unique et anti-mariage », laissa ses atours de fausse fille facile pour devenir devinez quoi ? Elle se dévoue pour son fils : il est « plus facile de divorcer d’un mari que d’un fils » (p. 81). Elle se dévoue aussi pour son mari, jusqu’à renier une partie de son féminisme : « les horaires tardifs des hommes [sont] une des causes principales du grignotage des femmes ». Après l’évocation des enfants, on en arrive au secret de famille, une douleur liée à son enfance qu’elle a « oublié » de révéler à ses deux enfants. Après coup, elle pense que c’est ce secret qu’elle pensait limité à elle-même qui a pu peser sur la scolarité de son fils, comme le montre la psychogénéalogie (cf. p. 103). Pourquoi du fils et pas de la fille, alors que justement, c’est à lui qu’elle a révélé en premier ce secret ? Habilement, après la révélation douloureuse du secret, la tension retombe et le récit refait un saut en avant, avec la rencontre des deux Tourson, en fac de droit, où elle se comporte bien en Femme Fatale !
Un roman optimiste à offrir par exemple à l’occasion d’une naissance, pour changer des layettes bleues ou roses !

Lionel Labosse


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[1La 4e de couverture nous apprend que l’auteure est née en 1958, et toutes les informations données dans cette notice biographique correspondent point par point au portrait de la Tourson, née le 24 janvier 1958.

[2Laquelle serait devenue « une grande peintre » (p. 53) ; mais l’histoire ne dit pas si elle est l’auteure du tableau reproduit en couverture, qui n’est pas crédité.

[3L’auteure me signale que cette erreur provient de ce bon vieux Lagarde & Michou du XVIe siècle. On lit effectivement en titre d’un texte sur La Boétie, p. 200, ce vers emprunté à La Fontaine ! C’est un peu normal, pour un Tourson, d’être enduit dans de l’erreur, quand on fait son miel dans la ruche des grands auteurs !