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Amour platonique, pour les 5e/4e.

Sans enthousiasme, de Florence Seyvos

École des loisirs, Médium, 1991, 108 p., épuisé.

mardi 1er mai 2007, par Lionel Labosse

Sans enthousiasme est un récit intéressant par ce qu’il demande de coopération au lecteur pour inverser le titre et comprendre que les « cartouches d’enthousiasme » de Vincent sont bien plus nombreuses que le titre ne le laisse croire, et qu’elles exploseraient plus librement si, à cette époque, ce qu’il ressentait sans oser se l’avouer avait été moins tabou.

Résumé

Élève de première sans histoire, Vincent est « entré dans une période de lutte contre l’enthousiasme et ses manifestations externes » (p. 12). Cela ne l’empêche pas de se laisser fasciner par son nouveau prof d’allemand, M. Wahl, dont il décide, sans raison particulière, de devenir « le meilleur ami » (p. 21). Il collectionne au fil des jours les détails qu’il peut glaner sur la vie privée du prof, et s’arrange pour se faire raccompagner dans sa voiture, pour prendre un café avec lui, et lui téléphoner sous un prétexte quelconque. Cette chronique se déroule sur fond de relations familiales banalement cruelles, de « l’odeur d’urine » de « Mère-Grand », qui à son décès est évoquée sous l’aspect de « petit tas de peau et d’os friables » (p. 68), aux provocations adolescentes du cousin Thomas. La relation platonique de Vincent est auto-analysée sous forme de symptômes qui ne tromperont pas le lecteur avisé : « une explosion de bonheur qui me brûlait la poitrine, et la peur de sa mort, dès qu’il avait trente secondes de retard » (p. 50). « Tu es amoureux du prof d’allemand » (p. 80), s’avoue Vincent, avant de refouler cette prise de conscience. Il est jaloux d’un autre élève qui bénéficie de paroles compatissantes du prof, etc. La chronique s’arrête, faute de combattants, aux grandes vacances.

Mon avis

On est étonné, quand on relit ce livre à peine 15 ans après, du chemin parcouru en littérature jeunesse pour parler librement de l’homosexualité. Non que ce livre n’ait sa valeur propre, bien sûr, contrairement, à notre avis, à nombre de succédanés parus depuis chez le même éditeur pour épuiser la veine de l’« adolescent blasé », mais parce que c’était à l’époque à peu près tout ce qu’il y avait à se mettre sous la dent. Sans enthousiasme est un récit intéressant par ce qu’il demande de coopération au lecteur pour inverser le titre et comprendre justement, que les « cartouches d’enthousiasme » (p. 136) de ce garçon sont bien plus nombreuses que le titre ne le laisse croire, et qu’elles exploseraient plus librement si, à cette époque, ce qu’il ressentait sans oser se l’avouer avait été moins tabou. Le récit ne manque pas d’humour, et Florence Seyvos (par ailleurs traductrice de Quand papa était femme de ménage, d’Anne Fine) prend une discrète distance ironique par rapport au ton « apathique blasé et prétentieux » (p. 13) de son personnage. On comprend l’hérédité de ce masque qu’il se donne, puisque son père s’oblige à « être toujours de bonne volonté devant cette vie qui ne l’intéressait pas excessivement » (p. 84), tandis que la mère reconnaît « avec un soupçon de fierté » qu’elle ne s’était « pas fait d’ami, ni au collège, ni au lycée » (p. 76). Vincent se force donc à la déception, et semble réciter des leçons de manque d’enthousiasme héritées de ses parents : « On a toujours tellement tort de s’attendre à quelque chose » (p. 41). À donner à lire aux clones de Vincent, pour guérir le mal par le mal ! Et à compléter par J’apprends l’allemand, de Denis Lachaud.

- Lire, sur « Culture et Débats » le point de vue de Jean-Yves.

Lionel Labosse


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