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Un cas clinique, comme si vous y étiez

Harcèlement homophobe d’un prof en lycée

Heureusement, c’est très rare

mercredi 19 juillet 2017, par Lionel Labosse

Ce cas clinique date de plusieurs années ; j’ai attendu d’avoir changé d’établissement et que les protagonistes ne soient plus identifiables. Espérons d’ailleurs que, ayant grandi, ils aient oublié toutes ces bêtises d’ados. Au bout de dix ans d’existence de ce site, c’est le seul cas de ce type qui se soit produit, je veux dire qui ait entraîné de ma part le dépôt d’une plainte. Sinon, chaque année, il arrive systématiquement que un, deux ou trois élèves, fassent des allusions à mon site, qui ne sont pas malveillantes la plupart du temps, juste pour tester. En général j’y mets fin en expliquant brièvement que ce site étant une activité privée, si des élèves souhaitent m’en parler, je leur répondrai volontiers en dehors des cours, ce qu’ils font d’ailleurs rarement, leur curiosité s’arrêtant le plus souvent là. Il arrive une fois de temps en temps qu’un élève (en général maghrébin, je dois le dire, et la plupart du temps de sexe masculin, et la plupart du temps en difficulté scolaire et posant des problèmes de discipline dans ma matière) fasse état, face à un(e) responsable hiérarchique, d’une prétendue « gêne » relative à mon site. Si ledit responsable hiérarchique est digne de ce nom, cela est bouclé en deux minutes, il lui suffit de moucher l’élève en lui demandant qu’est-ce qui précisément le gênerait sur le site de ce professeur-là. Puis de lui signifier que ce n’est pas en attaquant un enseignant sur sa vie privée qu’on peut laver ses propres écarts de conduite. Si le responsable hiérarchique n’est pas digne de ce nom, il ou elle se met lâchement à l’écoute du branleur, tente de m’en glisser un mot sans avoir l’air de, mais quand même, ou bien me prive de l’état de prof principal, ce qui constitue une sanction financière relevant de l’homophobie, mais impossible à prouver. Enfin ce sont les risques qu’il y a à être un précurseur. Dans les années 1997-2008, avant la circulaire de rentrée scolaire qui fit de la lutte contre l’homophobie une obligation (cf. cet article), nous courûmes quelque risque à avoir raison avant les militants de la onzième heure. Dorénavant, le combat d’arrière-garde ne m’intéresse plus guère, mais il m’amuse toujours de voir ces militants de la onzième heure, ou bien des lesbiennes ou des gays planqués, me donner des leçons (cela a été le cas depuis le début de mes activités pour HomoEdu, et cela demeure le cas). Bref, voici pour mémoire, d’abord un rapport rédigé par mes soins et revu avec le recul, puis le procès verbal de mon dépôt de plainte assorti d’une scène de genre.

Rapport sur un harcèlement de la part d’élèves du lycée X (Seine-Saint-Denis)

Une classe de seconde de ce lycée public (classé sensible), dont je suis professeur principal, compte plusieurs élèves difficiles dont notamment trois ont fait l’objet dès le début de l’année d’un grand nombre d’exclusions de cours et de rapports d’incidents émanant de différents enseignants. Deux de ces trois élèves sont redoublants.
Les cours ont été de plus en plus perturbés par des comportements incorrects, par ces élèves puis par d’autres, sans doute influencés par eux. À partir de quelques jours avant les vacances de la Toussaint, un phénomène nouveau s’est produit et répété : plusieurs élèves tapaient sur les tables ou sur le sol, sans qu’il soit possible de les identifier, cela dans plusieurs cours, dont le mien. Après les vacances, l’un de ces élèves a fait l’objet d’un « CVS » (conseil de vie scolaire), dernière sanction avant le conseil de discipline. Peu de temps après, des projectiles ont été lancés au tableau alors que j’étais en train d’y écrire. Les responsables étaient impossibles à identifier. Il s’est avéré que des faits similaires avaient eu lieu dans d’autres cours, mais sans être dirigés spécifiquement contre les enseignants. J’ai fait cours face aux élèves sans écrire au tableau ; des sanctions ont été prises, mais un jour cela a recommencé face à moi, les projectiles étant lancés plus bas, sans que je puisse encore déterminer l’auteur des lancers, avec des objets qui se sont révélés être des « boules moléculaires » qu’un des trois principaux élèves perturbateurs aurait volées pendant un cours de physique-chimie et passées à un autre élève pour qu’il les lance pendant le cours (les boules n’ont pas été jetées sur moi, mais contre le mur, pour perturber le cours sans que je puisse identifier le lanceur). Un CPE est intervenu, mais au moment où il est sorti, un autre objet (tube de scotch) a été lancé sur le CPE et moi-même. À ce moment j’ai vu qu’un élève avait le bras levé, et j’ai demandé au CPE de l’interroger. Il s’est avéré par la suite que ce n’était pas lui le responsable des lancers de boules (et peut-être d’autres lancers auparavant), et que le responsable a été identifié grâce aux informations données par plusieurs élèves et plusieurs parents. Pour cela, le CPE référent est venu dans la classe, et nous avons demandé aux élèves d’écrire anonymement tout ce qu’ils avaient vu (pratique fréquente qui donne rarement un résultat). C’est cela entre autres qui a permis d’identifier le responsable, mais parmi les papiers se trouvait aussi une insulte homophobe ordurière. La direction de l’établissement a décidé de réunir tous les parents et les enseignants. Mais l’un des trois élèves les plus perturbateurs a alors menacé de représailles l’élève que j’avais pointé à tort, soi-disant parce qu’il s’imaginait que pour se dédouaner, cet élève aurait dénoncé l’auteur des lancers de projectiles ! Les deux familles ont été reçues par la proviseure, le « lanceur » puni, et l’incident a été clos. En parallèle, avaient lieu des « CVS » pour les deux autres principaux perturbateurs. Après quelques jours d’accalmie relative, pendant lesquels les trois élèves qui avaient eu un CVS ont recommencé à perturber ou sécher les cours sans tenir compte de l’avertissement solennel qui leur avait été donné, les perturbations ont recommencé, prenant un tournant de harcèlement homophobe à mon égard.
Début décembre, je recevais par l’intermédiaire de mon site « altersexualite.com », un premier message d’insulte ainsi libellé : « nike tamer sal gai va sucer des bites pd », venant d’une adresse mail sans doute créée exprès dans ce but. Cela m’a étonné car je reçois rarement des messages par ce site qui n’est pas configuré pour, encore moins des messages d’insultes, et la rédaction et l’orthographe de celui-ci étaient révélatrices. Deux jours après, j’ai exclu de cours trois élèves pour oubli de matériel. L’un d’entre eux, qui ne fait pas partie des principaux perturbateurs mais est un de leurs suiveurs, dit à toute la classe entre le moment où je l’exclus et le moment où il quitte la salle : « Eh monsieur je suis allé voir votre site ». Je lui demande de se taire, mais il persiste, et s’adresse à la cantonade en détaillant l’adresse précise dudit site. (Sachant, bien sûr, que je n’évoque quasiment jamais ledit site pendant mes cours). Je rédige aussitôt un rapport que j’envoie au CPE et au proviseur, faisant état également du message d’insultes reçu l’avant-veille par l’intermédiaire de mon site, curieuse coïncidence. Le lendemain, les trois élèves principalement perturbateurs, exceptionnellement tous trois présents, initient une nouvelle façon de perturber le cours : ils s’interpellent les uns les autres (alors qu’ils sont situés aux trois coins de la classe) en s’appelant « Karim » et « Julien », cela à plusieurs reprises de façon à me faire réagir. Il faut savoir que ces deux prénoms sont ceux des personnages principaux d’un roman que j’ai publié, intitulé Karim & Julien, et dont ces élèves ont eu connaissance, sans doute, en consultant mon site à partir d’un moteur de recherche. Quand je les ai eu exclus, ils ont à nouveau perturbé la permanence et empêché de travailler les élèves qui s’y trouvaient sous la direction d’un surveillant, lequel a rédigé un rapport sur leur comportement. Ces 3 élèves ont continué à s’apostropher de ces noms, et comme le surveillant leur demandait d’arrêter, ils ont dit que c’étaient des personnages de roman, que c’étaient des « pédés », et ont tenu d’autres propos homophobes, pas directement contre moi, mais liés à moi par la mention de ces « personnages de roman ». Il est donc manifeste que leur attitude était bien de même nature pendant mon cours, et que dès le début, le harcèlement dont j’ai fait l’objet, plus directement dirigé contre moi que contre mes collègues, avait sans doute déjà une composante homophobe, à l’instigation de ces trois élèves que d’autres semblent avoir suivis sans savoir de quoi il retournait. L’élève qui avait évoqué mon site pendant mon cours a été reçu par le CPE et par moi-même juste après les autres incidents, et a été sanctionné.
Enfin, deux jours plus tard encore, je recevais deux nouveaux messages d’insultes par l’intermédiaire de mon site : « jaime pa tes livres de merdes de pd fdp » et « chome avec ton truc de merde ». Le style SMS et l’allusion à mes livres, sont des signes qui tendent à rapprocher les faits ayant eu lieu au lycée de ces messages anonymes (lancés avec une autre adresse mail, mais les trois messages proviennent d’une adresse outlook.fr).
En parallèle, d’autres faits isolés ont eu lieu dans l’autre classe de seconde dont je suis professeur de français sans être prof principal : j’ai reçu une fois un projectile sur la tête (un tube de scotch). Une autre fois j’ai également entendu « Karim et Julien », mais une seule fois. Dans la même période de début décembre, alors que je sortais du lycée, des élèves de terminale techno (que j’avais pour la plupart l’année précédente en français) qui stationnaient devant le lycée, s’étaient mis à m’apostropher derrière moi en lançant mon nom de famille, à de nombreuses reprises. Ces faits mineurs qui, là aussi, ne sont pas habituels, me laissent penser que je serais peut-être l’objet d’un harcèlement dépassant le cadre de cette classe de seconde, sur les réseaux sociaux utilisés par les élèves. C’est la raison de ma décision de porter plainte. Je souhaite que l’effet boule de neige soit stoppé par un rappel à la loi et par l’identification de l’auteur des messages d’insultes sur mon site.
J’ai demandé le soutien de l’association SOS homophobie. En effet, ces élèves n’auraient jamais fait le rapprochement entre moi et l’homosexualité sans l’existence de mon site, dont une partie importante de l’activité est liée à la lutte contre l’homophobie. C’est donc en lien avec ces activités que je suis l’objet de leur harcèlement de nature homophobe.

Honoré Daumier, Un surveillant obligé de fermer l’œil sur la conduite de ses élèves.
Professeurs et Moutards, 1845-1846. Le Charivari, 24 décembre 1845.

Mon médecin m’accorda un arrêt de 8 jours, qui me permit de me remettre et d’attendre que les choses soient réglées avant de retourner face aux élèves. Je suis donc allé porter plainte au commissariat de la ville de Seine-Saint-Denis dont relevait l’établissement. Le proviseur m’avait annoncé, et j’étais attendu, léger traitement de faveur qui raccourcit sans doute mon attente et m’évita d’avoir à raconter cette mésaventure à voix haute devant cinq ou six inconnus, comme cela m’est arrivé en 2017, alors que j’ai eu à déposer à nouveau plainte pour un motif sans aucun rapport [1]. Bref, ce fut une expérience fort plaisante, contre toute attente. J’étais accompagné d’une amie, collègue retraitée, venue pour me soutenir. Nous avons bien rigolé en observant le manège des trois inspecteurs en service dans le bureau où nous étions reçus. Le lieutenant qui s’occupait de mon cas était semble-t-il le chef, et tout en écoutant et reformulant par écrit une problématique subtile de harcèlement homophobe, il suivait et supervisait en direct une enquête sur un flagrant délit de vol, depuis son signalement jusqu’à une interpellation en ville, et l’interrogatoire du suspect derrière nous par un de ses collègues. Ce cas clinique digne d’une série TV était fascinant à suivre, quand on songeait à la besogne sans doute dénuée d’intérêt à laquelle se livrait cet officier. Et pourtant, pas la moindre remarque ou allusion inopportune. Au contraire, ce monsieur s’intéressait à la profession, posait les questions qu’il fallait, plaisantait en disant qu’il avait intérêt à ne pas faire de faute dans son rapport. Quand ce fut fini (et cela avait duré longtemps !) et qu’il me fit relire sa prose, je fus étonné non seulement par la forme : très bien rédigé, et très peu d’erreurs d’orthographe et de syntaxe, mais surtout par le fond : si subtile qu’elle fût, la situation était parfaitement expliquée. Cerise sur le gâteau, les trois inspecteurs qui vibrionnaient dans ce bureau étaient tous plus sexy les uns que les autres, et ma collègue et moi-même usions les temps morts à nous disputer à voix basse sur nos préférences pour tel ou tel !

Rapport de dépôt de plainte

Étant au service,
Constatons que se présente à l’accueil du service M. Untel, enseignant au Lycée X., qui souhaite dénoncer les faits de harcèlement dont il est victime.
Agissant en la forme préliminaire,
Vu les articles 75 et suivants du Code de Procédure pénale,
Faisons comparaitre la personne ci-dessus dénommée et l’entendons comme suit : […]
SUR LES FAITS :
Depuis maintenant plusieurs semaines, un comportement délétère s’est installé dans la classe de Seconde que je dirige en tant que professeur principal et professeur de français.
Régulièrement un groupe de trois élèves se sont mis en tête de perturber gravement le déroulement des cours en faisant toutes sortes de tapages et en encourageant le reste de la classe à adopter un comportement hostile à mon égard.
Jeudi dernier, leurs tapages ont pris un tour nouveau, ces trois élèves ont commencé à s’interpeller verbalement pendant ma classe en utilisant les noms de personnages d’un roman que j’ai écrit et dont il est fait mention sur mon site.
Je précise que je tiens un site internet de ressources contre l’homophobie, dans le cadre d’une lutte que je mène aux côtés d’associations depuis 1997.
Je précise également que j’ai fait l’objet d’insultes homophobes et répétées par le biais de ce site depuis le début du mois.
Je précise également que ce mercredi, alors que je procédais à l’exclusion d’un autre élève de ma classe pour un comportement irrespectueux, il décidait avant de quitter la pièce de s’adresser à l’ensemble de la classe en leur donnant le nom et l’adresse de mon site internet et en exhortant les élèves à le consulter.
Ce même jour, des élèves m’ont apostrophé à la sortie du Lycée en criant mon nom de famille.
Le lendemain, les trois élèves incriminés ont ainsi fait clairement allusion à mon ouvrage en utilisant les noms de « Karim et Julien » qui en composent le titre.
Alors que ces trois élèves étaient en salle de permanence ils ont continué à s’apostropher en utilisant ces deux noms, et en expliquant au surveillant présent sur place qu’il s’agissait de personnages de roman « pédés », en disant que c’était pas normal.
Je précise que ces injures n’étaient pas directement dirigées à mon encontre, mais qu’elles participaient nettement à manifester leur désapprobation de ce genre de littérature au prétexte qu’elle abordait l’homosexualité.
QUESTION : D’autres événements se sont-ils produits qui viennent étayer le harcèlement dont vous avez le sentiment de faire l’objet ?
REPONSE : A posteriori j’ai réalisé que quinze jours avant les faits, un élève avait balancé à voix haute, pendant la classe, « Karim et Julien ». À cela s’ajoutent les injures reçues sur ma boîte mail début décembre, rédigées dans un style SMS.
Tout cela me laisse penser que ces élèves se sont emparés des éléments présents sur mon site pour tenter de me faire craquer, car je note une progression de ce genre d’incidents.
QUESTION : Des injures homophobes ont-elles été directement proférées contre vous ?
REPONSE : Non.
QUESTION : Est-ce que des élèves d’autres classes ont utilisé ces informations pour perturber le déroulement de vos cours ?
REPONSE : Non.
SUR LES AUTEURS :
Les trois élèves qui ont fait du tapage en classe et ont expliqué leur comportement par le fait qu’il s’agissait d’un livre de « pédé » sont : [suivent les 3 noms]
SUR LES TEMOINS :
Le surveillant qui a recueilli les propos des trois élèves se nomme X, joignable au [tel].
SUR LE PREJUDICE MORAL :
Je suis en arrêt depuis le X décembre, et je vais indiquer au proviseur que je souhaite reprendre les cours, mais une fois que des mesures administratives auront été prises à l’encontre des trois élèves incriminés afin de les exclure ou du moins de les séparer.
QUESTION :
Souhaitez-vous déposer plainte ?
REPONSE :
Oui, je souhaite déposer plainte contre les sieurs [3 noms] pour les faits de harcèlement moral.
Vous me donnez connaissance des dispositions des articles 53-1 et 420-l du Code de Procédure Pénale, en l’occurrence qu’en tant que victime j’ai droit :
1) à obtenir réparation,
2) de me constituer partie civile si l’action publique est mise en mouvement par le parquet ou en citant directement l’auteur des faits devant la juridiction compétente ou en portant plainte devant le juge d’instruction.
3) d’être, si je souhaite me constituer partie civile, assisté d’un avocat que je pourrai choisir ou qui, à ma demande, sera désigné par le bâtonnier de l’ordre des avocats près de la juridiction compétente, les frais étant à ma charge sauf si je remplis les conditions d’accès à l’aide juridictionnelle ou si je bénéficie d’une assurance de protection juridique.
4) d’être aidé(e) par un service relevant d’une ou plusieurs collectivités publiques ou par une association conventionnée d’aide aux victimes.
5) de saisir, le cas échéant, la commission d’indemnisation des victimes d’infraction, lorsqu’il s’agit d’une infraction mentionnée aux articles 706-3 et 106-14 du Code de Procédure Pénale.
Je vous remets une copie du rapport rédigé à l’attention de mon administration résumant les faits.
Je n’ai rien à ajouter.
Après lecture faite personnellement, M. X. persiste et signe le présent procès verbal avec nous ce jour à seize heures trente.
Dont acte.

Pour ce qui est de la suite des opérations, la plainte n’a eu aucune suite ; je n’ai même jamais été informé d’un non-lieu ou de quoi que ce soit. Mais au niveau du lycée, sur les trois élèves concernés :
- Le meneur a fait l’objet d’un conseil de discipline au terme duquel il a été exclu du lycée de façon immédiate (sans sursis). Les collègues m’ont soutenu, et la famille, qui faisait semblant de rien jusque-là, semble avoir entamé un processus de reconnaissance de la vérité. Quand j’avais dit à la mère quelques semaines auparavant que j’avais vu que son fils fumait (du tabac) à la sortie du lycée, rien que cela elle le niait, alors qu’il était évident qu’il se livrait à des activités dix fois plus graves que de fumer du simple tabac ! Mais mise au pied du mur lors de ce conseil de discipline, il semble qu’elle ait enfin ouvert les yeux, et elle m’a simplement supplié de retirer ma plainte.
- Le second a très opportunément déménagé dans les jours qui ont suivi. Le chef d’établissement m’avait expliqué que ce garçon était justement témoin dans son milieu familial d’un changement d’orientation sexuelle de son père, ce que j’ai eu du mal à croire. Je l’ai plutôt interprété comme une grande gêne du proviseur ayant du mal à gérer l’homophobie viscérale d’un certain nombre de nos élèves maghrébins, et inventant un prétexte pour justifier l’injustifiable. Quoi qu’il en soit, l’élève a disparu.
- Ne restait en classe que le troisième, un simple suiveur, qui fit l’objet d’un conseil de discipline mais bénéficia d’un sursis, les faits étant moins graves dans son dossier. Celui-ci a été réorienté en section professionnelle, et j’ai appris qu’il a fait l’objet l’année suivante d’une exclusion définitive suite à un nouveau conseil de discipline. Comme quoi…

Depuis cette année, j’ai eu d’autres classes difficiles, puisque j’enseigne toujours dans un lycée sensible de Seine-Saint-Denis, et rien de tel ne s’est produit, en dehors d’allusions mineures évoquées ci-dessus ; et sur mon site également je n’ai plus reçu de ce genre de message. Donc, encore une fois, merci de ne pas généraliser, comme certains hurleurs professionnels qui déclarent à tour de bras que c’est un enfer d’être homo dans un lycée sensible (il semble cependant que la situation évolue favorablement à vitesse grand V ces dernières années). De ne pas non plus minimiser. Anecdote agréable pour terminer : en mai 2017, je tombai dans un centre commercial sur deux anciennes élèves, deux jeunes filles, en couple apparemment. Ces jeunes filles étaient déjà plus ou moins ensemble au lycée, je les avais eues en première et en TL, et l’une des deux était réputée comme une tombeuse qui était sortie avec tout ce que le lycée comptait de jeunes filles capables d’assumer de telles relations. Eh oui, dans un lycée tout ce qu’il y a de plus sensible de ce département !

Lionel Labosse


© altersexualite.com, 2017.


[1Cette sorte d’humiliation (raconter son histoire à voix haute au guichet) semble une pratique inventée par la hiérarchie pour faire baisser les statistiques de criminalité avant les élections. Il est évident que lorsque ce n’est pas très grave, en tout cas moins grave que d’avoir à subir l’humiliation de raconter ce qu’on a subi devant des inconnus, un pourcentage important des plaignants renoncent à leur plainte comme on les y incite. Il est donc réjouissant en 2017, que les politiciens méprisables qui ont dirigé le ministère de l’Intérieur depuis des dizaines d’années aient tous été dégagés par les électeurs à coups de pied au cul à l’occasion des primaires, des présidentielles ou des législatives. Ce genre d’incompétents, on n’en veut plus en politique, c’est clair !