www.altersexualite.com

Bienvenue sur le site de Lionel Labosse

Accueil > Éducation > Les nouveaux grognards noirs de la République !

Pourquoi ne trouve-t-on pas de nouveaux enseignants ?

Les nouveaux grognards noirs de la République !

Billet d’humeur à propos d’une déclaration du Ministre de l’Éducation nationale

samedi 27 octobre 2012, par Lionel Labosse

Lors de la première séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, mercredi 11 juillet, le nouveau ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon a déclaré : « Le recrutement des enseignants sera assuré. Nous cherchons les nouveaux hussards noirs de la République ». La baisse du nombre de candidatures aux concours de l’enseignement semble en effet préoccupante, mais comment s’en étonner après des années de sabotage en règle du métier ? Des spécialistes se chargeront d’études savantes vues de haut, et des articles ont été publiés dans la presse au lendemain de la déclaration du ministre, au vu des résultats de la session de recrutement du Capes, mais je ne me retrouve pas dans ces articles trop généraux. Comme le dit l’éditorial du Monde du 13 juillet, « La France doit investir dans ses enseignants » : Sans entrer dans les raisons profondes de cette évolution, on notera que le métier de professeur a perdu de son attractivité. Pour prendre au mot cet article, je voudrais brosser ici un bref tableau vu du bas, de ce qui pour le simple prof de français de lycée de banlieue que je suis, s’est détérioré depuis vingt ans que j’enseigne, et spécialement ces dernières années, alors que les rémunérations, basées sur le point d’indice des fonctionnaires, n’ont pas bougé d’un poil depuis juillet 2010 (+0,5%). Pendant que notre salaire est gelé, la quantité de travail exigée est chauffée au rouge ! Je vous propose donc le point de vue du grognard de Waterloo, non celui du général ! J’aurais 20 ans aujourd’hui, le hussard que je fus s’engagerait dans d’autres tranchées !

Premièrement, les enseignants ont subi les augmentations de temps de travail de tous les Français (mais ils n’avaient pas bénéficié des 35 heures) : perte du lundi de Pentecôte à rattraper. Dans les lycées, selon les cas, cela peut atteindre à l’ubuesque. En effet – c’est du vécu – il arrive que la Pentecôte tombe, comme en 2011, début juin, alors qu’il n’y a plus de cours en lycée. On vous fait « rattraper » ce jour par une réunion un samedi matin en février (cette année, de plus en plus délirant, nous l’avons déjà « rattrapé » en octobre !), ce qui n’a aucun sens par exemple pour les enseignants qui, en congé de maternité ou de paternité en juin, « rattrapent » quatre mois à l’avance un jour qu’ils n’ont pas à effectuer — ou, cas inverse, ceux qui ne rattrapent pas un jour dont ils vont bénéficier — encore moins pour ceux qui n’ont pas de cours le lundi et doivent quand même « rattraper », sous peine d’une journée de rémunération retranchée ! Cela paraît bien sordide et corporatiste, et jamais dans les éditoriaux ni dans les émissions policées on n’ose évoquer ce détail aussi terre à terre…Sans doute, mais cette obsession, alors que les enseignants n’ont pas bénéficié le moins du monde des 35 heures, à nous fliquer pour un jour de rattrapage, n’est-elle pas aussi sordide et humiliante ? L’allongement de la durée des vacances de la Toussaint sera géré de la même façon… Si l’on jette un œil aux archives de l’Éducation nationale, en 1982-1983, les cours commençaient le 9 septembre pour s’arrêter le 30 juin, avec il est vrai une semaine et demie de vacances intermédiaires en moins. Moins de candidats… La retraite à 62 ans s’impose aussi aux profs, et la perspective de supporter deux ans de plus le contact roboratif avec une jeunesse de plus en plus respectueuse des cheveux blancs nous réjouit grandement… En outre, la tendance, comme pour tous les salariés, est de nous envoyer des mails contraignants le soir, le week-end et pendant les vacances. Moins de candidats…

Deuxièmement, les enseignants subissent ce qui s’impose à tous les fonctionnaires. En 2012, c’est par exemple le « jour de carence » qui a été mis en place. Égalité avec le secteur privé, argument imparable, surtout au moment où le salaire est gelé. Or le statut des fonctionnaires a toujours comporté des avantages et des inconvénients. L’avantage de l’absence de jour de carence, de même que la durée des vacances, compensait des inconvénients au titre de la rémunération, mais quand on a dit égalité, c’est comme pour le « mariage gay », c’est comme dire « sans dot » chez Molière, cela coupe la chique à tout autre argument, et le côté poujadiste qui ne sommeille jamais longtemps chez le Français moyen, se lisse le ventre de contentement. Moins de candidats…

Troisièmement, les enseignants ont subi un traitement de faveur pendant les cinq années dernières, et même avant. Les deux ministres de l’éducation et leur président ont pratiqué la tactique du tapis de bombes, et ajouté aux attaques sus-mentionnées un mitraillage spécifique aux hussards, pardon, aux enseignants. Il était impossible de se mobiliser pour contrer les réformes ou critiques pointées sur notre métier et notre statut une fois par semaine environ pendant 5 ans. Je ne citerai que trois points principaux qui me semblent devoir particulièrement décourager les aspirants enseignants. C’est bien sûr la suppression de l’année de stage à 6 h, puis 8 h (ça avait commencé avant Darcos), et le passage brusque à temps plein (15 h ou 18 h selon le corps), qui devrait être ramené à 15 h pour tous l’an prochain (premier signe d’une égalisation agrégés / certifiés qui pointe dangereusement son nez). Quand j’ai débuté — et c’était en Bourgogne, région limitrophe de l’Île-de-France — je n’aurais tout simplement pas pu assumer directement cette charge (attention, à l’époque, on avait aussi un stage au collège si on était en lycée, et vice-versa, plus des journées au siège de l’académie). Les néo-titulaires sont tout simplement non seulement jetés à l’eau sans vergogne et sans savoir nager, mais en plus maintenus la tête sous l’eau. Ils n’ont plus le temps de réfléchir à leur pratique, et sont poussés à se comporter en simples exécutants ; c’est peut-être ce qu’on recherche en haut lieu. Ajoutez à cela que depuis la réforme Darcos de 2010, le recrutement ne se fait plus à bac plus 3 mais à bac plus 5. Tout ça pour la perspective de ne pas être augmenté ! En novlangue, on appelle ça la « revalorisation » ! Et ce gouvernement s’était vanté d’avoir haussé le salaire de ces néo-titulaires alors qu’il exigeait d’eux un temps plein au lieu d’un mi-temps ! Comme si ce n’était pas la moindre des évidences !

Je me souviens de mes années d’étude, moi qui ne suis pas issu d’un milieu favorisé. Je fus le premier parmi mes deux familles paternelle et maternelle à obtenir une licence, et le deuxième à obtenir un bac après mon frère. Dans ces conditions, et grâce au soutien de mes parents, j’ai pu passer quatre fois le Capes avant de l’obtenir, mais j’étais au taquet. Être obligé d’obtenir un diplôme à bac + 5 avant même de passer des concours si difficiles au résultat si aléatoire, je ne l’aurais pas pu, surtout dans cette filière littéraire où, sauf prof, il y avait peu de débouchés. À part les fils d’enseignants, qui peut encore se permettre ce pari de plus en plus coûteux et risqué ? Mais justement, il me semble que si les fils d’enseignants parviennent à bac + 5, ce n’est sûrement pas pour terminer comme leurs parents ! Il faut trouver d’autres pigeons…

Une autre réforme qui touche plus spécifiquement les profs de lycées, c’est « la reconquête du mois de juin » effective depuis 2008. Pour les professeurs de français, c’est bien simple : au lieu d’être en vacances le 30 juin, après en général 10 jours de repos début juin (qui permettaient aux élèves de réviser avant les examens), puis 15 jours de marathon de corrections d’écrits et d’oraux (les professeurs de français ont toujours été ceux qui ont la plus forte charge de travail, mais cette année, avec la réforme, les professeurs d’histoire ont dû corriger à la fois les Premières nouveau bac et les Terminales ancien bac !), ils seront en vacances à l’extrême limite, le 13 juillet, avec les copies à rendre cette année le lundi 9 juillet (un lundi matin, histoire de nous sucrer un week-end supplémentaire). Avant cette réforme, les profs de français faisaient passer l’oral pendant les écrits, et n’étaient donc pas de surveillance ; maintenant, chic, ils sont libres, donc on les convoque en plus pour les surveillances, des fois qu’ils s’ennuieraient ! Et il faut rester disponibles jusqu’au 13 juillet inclus, au cas où on vous appellerait pour un rattrapage en terminale… Ces deux dernières années, les convocations au bac ont tenu du délire : on a convoqué des professeurs de CPGE (Classe préparatoire aux grandes écoles), qui n’avaient pas enseigné dans le secondaire depuis vingt ans ! Les professeurs de collège sont en gros en vacances le 30 juin, après avoir surveillé pendant trois semaines des élèves qui jouaient au pendu ou regardaient des films, les conseils de classe étant maintenus au début du mois de juin. Dans les ministères, on doit avoir une idée assez vague de l’exercice d’équilibrisme consistant à faire travailler des élèves après le conseil de classe ! Moins de candidats…

Attention, je sens le Français moyen se lisser la moustache : cette tradition de la vacance de cours début juin avait une utilité : elle permettait aux uns de donner des cours supplémentaires pour le bac s’ils n’avaient pas bouclé le programme, aux autres de terminer le travail de l’atelier théâtre avec des élèves disponibles, enfin elle permettait de se réunir pour monter des projets, ou tout simplement de préparer les cours pour l’année suivante. Dorénavant c’est impossible ; la préparation des cours vient encore rogner des vacances déjà repoussées de deux semaines. Et parlons-en, des cours. Là encore, ces vingt dernières années ont connu une augmentation sans précédent de la charge de préparation des cours, spécialement pour les professeurs de français. Depuis la réforme de 1995 (passage du bac A au bac L), les cours de terminale se font sur un programme national de quatre œuvres renouvelé par moitié chaque année. Depuis 2007 a été mis en place pour la 2e année de français en BTS un programme de deux thèmes nationaux qui exige lui aussi le renouvellement par moitié des cours pendant les vacances. La réforme actuelle change la donne pour l’an prochain : le français en terminale littéraire passe de 4 h à 2 h par semaine, de 4 œuvres à 2 œuvres, mais le coefficient et la durée de l’épreuve sont inchangés : coefficient 4 et épreuve de 2 h, ce qui signifie charge de travail inchangée pour deux fois moins d’heures de cours ! Cerise sur le gâteau, au lieu de commencer cette nouvelle mouture en reprenant une des deux œuvres sur le programme précédent, on vous pond deux œuvres nouvelles, et professeurs de jeter leurs cours de l’année précédente et de passer leurs vacances à bosser Musset et Queneau ! Bien évidemment, au niveau syndical, aucune protestation : premièrement, ça ne concerne qu’une catégorie de profs, et on ne va pas jouer les uns contre les autres ; deuxièmement, il est de tradition dans les syndicats de faire le gros dos et d’éviter toute revendication qui ferait tire-au-flanc. Moins de candidats…

Et je ne vous parle pas de ce qu’on subit depuis des lustres et qu’on trouve normal, alors que c’est anormal : les locaux vétustes, les chaises pourries qui vous cassent le dos, le bureau branlant, le bruit quotidien qui vous fait perdre l’audition d’année en année, non seulement le bruit des élèves, mais en ville le bruit de la rue qui entre par les fenêtres qui ne ferment plus ou que les élèves ouvrent parce qu’on crève de chaud à l’intérieur et que les rideaux sont déchirés ou pendouillent lamentablement depuis quinze ans. La climatisation et des fenêtres qui ferment, comme pour les grands ? Vous n’y songez pas ! Et puis l’absence de médecine du travail : un détail… J’attends avec impatience que la famille d’un salarié de l’Éducation nationale mort d’un cancer qui aurait pu être décelé par une visite annuelle de médecine du travail, intente un procès contre l’État.

Cela s’ajoute à la furie de renouvellement des programmes qui s’accélère exponentiellement ces dernières années. Depuis sept ans que j’enseigne au lycée, les programmes de français ont déjà changé de façon partielle en 2008, puis complète en 2011. Pour les enseignants, défaire et refaire tout ou partie de leurs cours, cela est compté comme négligeable par les ministres, et qu’une ironie de l’histoire aie fait tomber cela (pour le niveau lycée) juste quand on ne les augmente plus, personne n’a dû le remarquer en haut lieu. S’ajoute pour les profs de français et de quelques autres disciplines, l’introduction de l’histoire de l’art, en collège et en lycée, puis des options de seconde « Littérature et société », lesquelles demandent un travail énorme, à renouveler chaque année, et qui, bon an, mal an, modifie notre matière de recrutement et nous oblige à nous auto-former dans des domaines qui nous étaient inconnus. Les « TPE » qui existent depuis dix ans et ont permis incidemment d’introduire une annualisation du temps de travail, avec des cours censés se dérouler sur un trimestre, mais qui nous occupent en réalité jusqu’à fin avril. Une remarque perfide qu’on n’entend jamais dans les milieux autorisés est le lien congénital entre cette réformite aiguë et la décision prise jadis de ne plus faire payer les manuels scolaires de lycée aux familles, mais au contribuable. Ah ! Quelle mesure populaire ! Bizarrement, depuis cette décision coûteuse, les médias de masse, qui appartiennent aux mêmes industriels qui possèdent l’édition scolaire, trouvent tous par de rageurs éditoriaux, que les programmes sont toujours inadaptés, toujours à refondre, si possible en jetant les manuels précédents à la poubelle et en en faisant financer de flambant neufs à la collectivité. Des manuels que les élèves n’amènent pas en cours ou maltraitent, puisqu’ils ne les ont pas achetés ; cela n’est pas grave, on les photocopie au cas où ils les auraient oubliés, puis on les photocopie parce que de toute façon ils les oublient, et on les change régulièrement aux frais du contribuable… et les journaux et les radios des groupes Hachette et consorts trouvent ça fort bien, et même si depuis quelques années les éditions scolaires semblent avoir été séparées des grands groupes de médias (mais je ne suis pas spécialiste de la question, et je m’y perds), les intérêts croisés des groupes industriels poussent à la dépense sur l’autel de l’intérêt des enfants.

Rappelez-vous cette époque où chaque lycée organisait à la fin de l’année une « bourse aux livres » et où chaque élève vantait à la criée le soin qu’il avait pris à ne pas abîmer ses manuels pourtant maintes fois compulsés. Ne pas abîmer, ne pas gaspiller, recycler un livre, autant de valeurs qui font vieux jeu à notre époque d’hypocrisie et de développement durable. Mais de quel râble ? Je ne me souviens pas avoir vu ou entendu ou lu d’article ou de reportage sur le « bilan carbone » et le trou dans le budget des collectivités locales de ces centaines de milliers de livres scolaires quasiment neufs jetés à la poubelle lors de cette réforme complète du système éducatif qui s’achève cette année avec les terminales (mais en dehors de toute réforme, il y a de toute façon un budget annuel qu’il faut consommer même en l’absence de besoin, de peur de le voir réduit l’année suivante). Par contre, à peine la réforme achevée, tous les politiciens et la plupart des éditorialistes s’accordent à ânonner l’antienne selon laquelle « tout va mal dans l’éducation », et qu’il faut à nouveau et perpétuellement changer les programmes… et les manuels ! Pour les éditeurs, on ajoute le juteux marché du renouvellement annuel du programme de français en terminale L : combien de petits classiques et de compilations de cours rédigées à la hâte par des professeurs d’université vont se vendre à quelques dizaines de milliers d’exemplaires, sans pouvoir être revendus l’année suivante à la bourse aux livres ? Idem pour le BTS ? Bien plus en tout cas, qu’à l’époque où les programmes étaient fixes… Moins de candidats…

Chaque nouveau président de République y va de son « grand projet », de son « nouveau pacte pour l’école », pardon, « Nouveau Pacte pour l’École », ça fait mieux. On va tout changer, promis, bouleverser le calendrier scolaire, mettre le samedi le mercredi, ou le contraire, mettre l’EPS l’après-midi, prendre une initiative qui va refaire de nous un peuple citoyen, pardon, républicain, pardon, riche, etc. Mais parmi toutes ces rodomontades contradictoires, il ne me semble jamais avoir entendu par exemple cette mesure, qui révolutionnerait pourtant la vie quotidienne : « Moi futur président de république, je déclare que chaque enfant apprendra à jouer d’un instrument de musique au choix, gratuitement, pendant sa scolarité ». Ça, jamais, par contre, des annonces démagogiques, inutiles et impossibles à appliquer du type « tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah », alors ça, ça pullule (voir cet article), et on n’a pas peur du ridicule…

Sur un plan plus politique, les enseignants pourront-ils supporter encore longtemps le poids de la déliquescence de notre société, dont ils sont les derniers étais après que l’incurie de notre élite a sapé tout le reste. Une éducation, en principe, ne devrait pas reposer que sur l’instruction scolaire. C’est tous les jours qu’on instruit, et pas seulement les enfants. Or, dans notre société, les enseignants sont les derniers à encore imposer une rigueur de comportement. Le « savoir être » dont on nous rebat les oreilles, nous sommes les seuls à en être encore en charge. Nos villes, Paris la première, sont de véritables dépotoirs, où tout un chacun urine, défèque, fait déféquer son chien, et jonche la rue de tous les rebuts de sa consommation effrénée. Au lieu d’éduquer, et donc de faire appliquer la loi, comme cela se fait paraît-il dans certains pays civilisés, eh bien nos politiciens prélèvent sur nos impôts locaux des crédits pour payer d’énormes affiches publicitaires expliquant qu’il faut être civique et ne pas jeter des papiers par terre. Ces affiches polluent encore plus notre espace, et sont contre-productives, puisqu’elles incitent plutôt à imiter le mauvais comportement par dérision. Avec cet argent public, mieux vaudrait payer non pas les riches publicitaires amis du pouvoir, mais des contractuels qui dresseraient des procès-verbaux et contribueraient à l’éducation populaire par le volet répressif. Idem dans les transports en commun. Si vous avez voyagé dans un pays lointain et exotique comme Londres, ou à Rio, ville prétendument dangereuse, vous aurez constaté qu’il est totalement impossible d’utiliser un transport en commun sans billet d’une part, d’autre part en troublant la tranquillité des autres usagers et en manquant de respect au conducteur. Les édiles londoniens auraient-ils compris qu’une loi est une loi ?
Dans le métro parisien, au lieu de lutter contre la délinquance, non seulement on laisse entrer tous les fraudeurs, mais on trouble la tranquillité des passagers en règle qui voudraient bien bouquiner, en leur salissant les oreilles toutes les 2 minutes par un message sonore leur intimant à l’impératif des injonctions du style : « Ne tentez pas les pickpockets », qui s’ajoutent à tous les autres messages bidon que les chefs de bureau de la RATP ont eu la géniale idée de faire traduire en anglais, en allemand, espagnol, et pourquoi pas, au nom de l’« égalité »à la mode, bientôt en basque, en breton, en swahili, etc. ? Cela vous donne envie d’étrangler les politicards de la « gauche plurielle » qui nous ont bassinés avec des slogans du type « abandonnez votre voiture pour vivre écolo ». Vivre écolo, mon cul ! Subir en réalité la pub visuelle et la pollution auditive de ces Salauds qui eux, n’utilisent pas les transports en commun. Idem pour les lois anti-tabac, qui ne sont respectées en France que par les « boloss ». Quand l’État décide de ne faire respecter qu’une seule loi, celle de la limitation de vitesse automobile, il révèle l’incompétence crasse de nos édiles, mais au-delà, comprenez que c’est sur les épaules des seuls enseignants que repose la charge de faire respecter des lois, des règles. Étonnez-vous que des gamins, qui — comme leurs parents — quotidiennement en toute impunité prennent le bus sans payer, fument dans les lieux publics, terrorisent leur quartier en bavardant bruyamment sur les trottoirs jusqu’à 4h du matin, crachent, insultent les gens, posent leurs pieds sur les fauteuils, font chier leurs clébards sur les trottoirs, etc., etc., étonnez-vous qu’ils s’étonnent quand il vient à un prof l’idée saugrenue de les punir parce qu’ils ne respectent pas un règlement ! Quel métier attractif !

Prenons un exemple concret. Je ne suis pas un prof, aux yeux de mes élèves, mais un criminel de guerre nazi (je préfère atteindre tout de suite le point Godwin !). Expliquons-nous : j’exige qu’ils se procurent, par les moyens qui leur conviennent (emprunté, volé ou vulgairement acheté, un livre, après tout, est un livre), les livres étudiés en classe. Dans la plupart des établissements de Seine-Saint-Denis où j’ai exercé mon absence de talents, j’ai souvent été le dernier des Mohicans, le seul prof de lettres qui usât sa santé à mener cette guerre de tranchées. Je considère qu’il est bon, pour que la France ne ressemble pas au désert culturel étasunien, d’imposer dans chaque foyer la présence dérangeante d’objets incongrus appelés livres. C’est extrêmement conflictuel, parce que la quasi totalité de me collègues ont renoncé depuis longtemps, et traient la vache à lait de nos impôts en faisant des milliers de photocopies, y compris même des textes du manuel parce que ces petits cons ne daignent pas les apporter en cours. Même les enseignants chargés de la réflexion écologique, se livrent à cette absurdité. Nos chers édiles ont mis en place depuis belle lurette la mesure démagogique appelée « allocation de rentrée scolaire », qui ne sert jamais à acheter le matériel nécessaire. Remplacer, sans augmentation des impôts, une partie de cette allocation, en crédits pour que les établissements achètent les livres nécessaires pour chaque élève, cela n’est jamais et ne viendra jamais à l’esprit desdits édiles, et cette phrase, quand je la prononce devant mes collègues qui se croient et du moins se prétendent, je cite, « de gauche », me fait passer pour un immonde réactionnaire de droite, une sorte de monstre inadmissible dans l’Éducation nationale. Et je continuerai, au détriment de ma santé, à passer pour un tel tortionnaire. En espérant, à peine, que tel ancien élève tombe avec nostalgie sur un vieux bouquin écorné qui lui aura jadis valu de repousser de trois jours l’achat d’un paquet de cigarettes, et qu’il ait une pensée émue pour le méchant prof qui l’aura forcé à cette ascèse inhumaine.

Mais je sens que je m’énerve. Cela ne fait rien : en fouillant un peu dans le fond de la soupière, on vous en trouvera, de ces « hussards noirs » prêts à continuer à avaler toutes ces couleuvres !

- En février 2013, Vincent Peillon lance un coup de sonde. Il propose de nous sucrer les grandes vacances, rien que ça, avec bien entendu la promesse gratuite de nous « payer plus ». Au rythme où Hollande jette à la poubelle ses promesses, on sait que si la promesse de sucrer les vacances sera tenue, la poésie du « plus de thunes » serait sans vergogne balayée par la prose du réalisme économique et de la nécessité de virer des fonctionnaires pour que le monde idyllique dans lequel nous vivons (des très riches toujours plus riches, et toujours plus de très pauvres encore plus pauvres et sans espérance d’emploi ni pour eux ni pour leurs enfants) puisse durer plus longtemps. Comme toujours, la droite en rêvait, la « gauche » va le faire. Et ils croient qu’on va continuer à voter ?

Lionel Labosse


Voir en ligne : Déclaration de Vincent Peillon le 11 juillet 2012


© altersexualite.com 2012