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Entrevue avec Dominique Fernandez, 1997

jeudi 18 juin 2009

Extrait de feu la revue Lire, écrire au lycée n°2, été 1997. Dominique Fernandez et le photographe Ferrante Ferranti rencontraient des lycéens du lycée Stendhal en novembre 1996. Voici deux questions/réponses extraites d’une longue entrevue dont le sujet était le baroque.
— Avez-vous souffert, dans la vie publique, de votre homosexualité ?
Dominique Fernandez :
— Cela revient à ce que je disais de la marginalité. Il y a eu beaucoup de Juifs créateurs en Europe, des Noirs en Amérique… Quand j’étais jeune, l’homosexuel était un paria absolu. Même quand nous étudiions Platon, ou Rimbaud… pas un mot à ce sujet. En khâgne, je devais faire un exposé sur Vautrin, à mon avis le plus grand personnage d’homosexuel, et mon professeur auquel j’avais soumis ma préparation m’a censuré à cet égard. Bien sûr, quand on se sent totalement paria, on est très malheureux, et le sujet était totalement tabou, dans les journaux comme entre camarades. De là, certainement, une motivation profonde pour écrire.
Mais c’est aussi un des (rares) progrès de notre époque, l’admission de l’homosexualité dans notre société en France. On m’en parle d’ailleurs de moins en moins. Je préciserai que la conscience de sa marginalité est une source d’angoisse, mais de fierté aussi ; l’écrasement peut vous donner une égale énergie ; cette ambivalence comporte aussi une compensation, comme toutes les choses importantes. Cocteau disait : « Je ne tolère pas d’être toléré ».
— Y a-t-il des milieux plus ouverts que d’autres ?
Dominique Fernandez :
— Les écrivains constituent peut-être le milieu le plus large d’esprit. Ce n’est pas toujours le cas dans le milieu enseignant auquel j’ai appartenu. Mais toujours, plus le milieu est cultivé, plus grande est la tolérance. Je n’aurais d’ailleurs jamais écrit si j’avais cru être seul au monde. Et maintenant ce n’est plus un sujet innommable, ou mythique ; une fois, à Montpellier, dans la même situation qu’aujourd’hui, les lycéens n’ont parlé que de ça. Il est important d’aider les jeunes, et de les aider à ne pas être racistes en reconnaissant leur égal dans quelqu’un de différent ; j’ai écrit L’étoile rose comme le livre que j’aurais aimé pouvoir lire à 18 ans. De nos jours, certains combats comme celui du contrat civil restent à mener, mais on exagère les dangers supposés, comme en parler à ses parents : avec du courage tout passe mieux. C’est un sujet courant, parfois même « à la mode », ce qui est irritant.

© Lire écrire au lycée, 1997.
La photo de vignette provient du site de l’Académie française. Auteur inconnu.


Voir en ligne : Entrevue avec D. Fernandez sur Fugues.com

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