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Traité de sociologie avant-gardiste, pour lycéens et éducateurs

Le Commerce des pissotières : pratiques homosexuelles anonymes dans l’Amérique des années 1960, de Laud Humphreys

Éditions La Découverte, coll. Textes à l’appui / Genre & sexualité, 2007 (1970), 202 p., 20 €

mercredi 15 août 2012, par Lionel Labosse

Comme l’explique Éric Fassin dans sa préface, cet ouvrage est « une sorte d’hapax » en sociologie. C’est-à-dire qu’il existe peu ou pas d’autres publications du même type. On pourrait citer le livre récent de Charles Gueboguo La Question homosexuelle en Afrique. Le cas du Cameroun, mais l’intérêt particulier du livre de Laud Humphreys est justement de ne s’intéresser qu’à un segment particulier, sans préjuger de l’homosexualité des personnes qu’il observe. Selon Fassin, la voie avait été ouverte par les fameux rapports Kinsey et leur non moins fameuse « échelle ». La tendance actuelle à essentialiser les catégories hétéro, bi et homosexuelles ne peut pas s’accommoder de la tendance Humphreys qui consiste à dissocier l’activité homosexuelle de l’essence homosexuelle. On ne s’étonne donc pas de l’absence de thèses de sociologie qui n’iraient pas dans le sens du poil. Et pourtant, qu’est-ce que ce serait passionnant d’apprendre par exemple qui fréquente les bars, les saunas, les backrooms gays des grandes villes, à telle tranche horaire ! Ces gens s’étiquettent-ils comme homosexuels, sont-ils partisans du « mariage gay », etc ? Dans sa postface, l’auteur déclare que « le sociologue peut manquer gravement à l’éthique en ignorant un domaine de recherche » (p. 183).
L’auteur est un pasteur, marié au moment de l’enquête, ayant adopté deux enfants, qui par la suite divorcera et dévoilera son homosexualité. Au moment de l’enquête, puis de la rédaction, et en tant que professeur, il adopte une position et une attitude militante extrêmement courageuse dans une Amérique puritaine. Il s’agit d’un livre sérieux, qui exhibe tous les sous-vêtements du genre sociologique pour mieux justifier son appartenance à ce genre malgré le sujet « déviant » [1]. Il y a donc, comme le souligne Éric Fassin, identification entre le sujet et l’objet : « la sociologie de la déviance devient elle-même déviante ». L’étude est réalisée avec une déontologique impeccable mais risquée, et qui fut controversée : le sociologue adopte dans un premier temps le rôle de « guetteur » pour observer le ballet dans un certain nombre de « tasses » d’une ville moyenne des États-Unis, puis un an plus tard, après avoir discrètement identifié plusieurs usagers desdites tasses en relevant leurs plaques de voitures, il les interroge incognito à leur domicile dans le cadre d’une vaste enquête, noyés dans un groupe beaucoup plus large, ce qui l’amène à des conclusions extrêmement surprenantes pour le lecteur francophone des années 2000 ! Dans le cadre scolaire, étant donné que le thème de la prostitution est souvent choisi pour des TPE en classe de Première, je ne vois rien de choquant au contraire, à ce que cet essai d’une grande rigueur soit utilisé pour des exposés, par exemple en série ES. Et pourquoi pas en utiliser un extrait dans le cadre de l’étude de l’argumentation (par exemple les pages 173-175).

Observation participante

J’ai utilisé souvent par dérision ce terme dans mes relations de voyage pour évoquer quelques miens détours sans entrer dans les détails. Voir par exemple en Géorgie ou en Iran. Laud Humphreys utilise et met en œuvre la notion très sérieusement, en expliquant que c’était le seul moyen d’obtenir des relevés non biaisés. Quand on a fini son livre, on rêve d’un réseau de sociologues qui se livreraient à des recherches analogues et à des comparaisons dans différents pays, puis à différentes époques. Je suis persuadé qu’on trouverait des analogies entre la situation observée par Humphreys et la drague dans les toilettes actuellement en Syrie par exemple, et des différences avec la Chine (deux pays où j’ai plus ou moins joué les Humphreys) ou certains pays européens où l’homosexualité est plus ou moins bien acceptée, par exemple la Hongrie et sa tradition de bains publics. Ensuite il y aurait d’autres recherches à faire (comme le suggère Humphreys) dans d’autres lieux de rencontres, et là aussi, des recherches croisées internationales seraient utiles (les cinémas, porno ou pas, et bien sûr bains publics, arrêts d’autoroute, plages, etc.).
Pour en finir avec les confidences personnelles, je me souviens, étudiant à la Sorbonne, à une époque où mon homosexualité était problématique & théorique, avoir remarqué la présence récurrente dans les toilettes d’un des professeurs les plus émérites du bâtiment. Tiens, me disais-je, M. X a des problèmes de prostate. Ce n’est que dans les années suivantes que j’avais fait le rapprochement, après avoir croisé à nouveau son chemin dans d’autres lieux réputés gays. Rétrospectivement, à la lecture de cet essai, je comprends le type d’adrénaline que recherchait cet homme en draguant précisément à cet endroit-là, dans le fief dont il était un des princes, plutôt que dans un endroit où il fût inconnu. Et bien sûr le type d’attrait qu’exerçait cet homme au physique disons pas vraiment sexy (quinqua bedonnant à lunettes) sur ses recrues potentielles qui ne pouvaient guère ignorer qui il était ! Je m’égare, car ce type d’interaction n’est pas du tout abordé dans l’ouvrage, même si Humphreys évoque parfois l’impact que peut avoir la renommée des utilisateurs, qui n’est pas toujours négatif, par exemple quand un chef d’entreprise peut échapper à la publication de son adresse en cas d’interpellation, parce que d’une part il peut payer le flic, d’autre part, il est connu du patron du torchon qui publie les adresses (ce qui entraîne nombre de suicides).
Revenons à nos moutons. Le mot employé en anglais est « tearoom », qui est le pendant anglo-saxon du français « tasse » ; une note du traducteur précise que « tea » désigne l’urine (p. 12). Le mot « cottaging » est également utilisé actuellement, mais pas dans ce livre. Voyez l’article cottaging sur Wikipédia (en anglais). Humphreys justifie longuement son choix du rôle de « folle qui guette » (p. 36) comme le plus susceptible de lui permettre d’observer sans modifier les données (évidemment le lecteur actuel se demande rétrospectivement s’il ne suçait qu’eptible !). Pour accréditer sa méthode, il reproduit des exemples de fiches qu’il utilisait, et des schémas, par exemple le schéma des toilettes-type, p. 44, qui comportaient en gros trois urinoirs jouxtant deux box, aux portes souvent absentes, plus deux petites fenêtres aux carreaux cassés permettant de guetter, un lavabo souvent hors d’usage (pas du tout comme la photo de couverture de Ralph Gibson extraite d’une série très intéressante sur San Francisco en 1961 : « Man walking out of bathroom »).
Man walking out of bathroom

Les règles du jeu

Ce n’est pas une petite qualité du texte de Humphreys que d’établir des parallèles originaux avec les travaux de sociologues contemporains. Il cite constamment Erving Goffman et d’autres. Le parallèle avec le jeu (le pari) est éclairant, tant au niveau de l’excitation recherchée (le risque décuple le plaisir) que des rôles-types dont il donne la liste en 5 catégories : les acteurs, « pointé » / « pointeur » [2], mots qu’il préfère à « actif / passif » (p. 59), en arguant que le pointeur est souvent le moins actif des deux partenaires ; guetteurs, qu’il répartit en « poireaux », onanistes et voyeurs ; hétéros ; adolescents, répartis en hétéros, « recrues », loubards et tapins ; et agents du corps social (policiers, gardiens du parc…). Tous ces rôles sont fluctuants : on ne reste pas « hétéro » longtemps ; le « pointeur » devient souvent « pointé » avec l’âge (c’est une des remarques qui nous surprend sans doute le plus, car elle est typique d’un environnement où l’homosexualité est lourdement stigmatisée, comme actuellement les pays arabo-musulmans), et le flic et le tapin, voire le loubard, prennent parfois goût à ce qu’ils découvrent d’abord en parasites. Humphreys remarque aussi les clivages de races : « J’ai interrogé des Blancs pour qui les Noirs sont tout juste bons à leur servir de domestiques dans leur club privé, quitte à les préférer à tout autre comme partenaires dans les tasses » (p. 67). Le militantisme d’Humphreys est sans ambiguïté, quand il conclut, à partir de ses observations : « Je doute de la sincérité de quiconque (détective ou autre) prétend avoir « subi des avances » dans ce lieu sans avoir d’abord « donné son consentement » en montrant son sexe en état d’érection » (p. 75). En ce qui concerne l’attitude de la police, son constat est accablant. Il relate l’utilisation de moyens dispendieux et disproportionnés, comme des caméras 16 mm, des miroirs sans tain (p. 97), des techniques éthiquement discutables comme le fait d’utiliser des appâts, parfois mineurs (p. 103), etc. « cette utilisation des forces de police n’est pas seulement injustifiée, elle est illégale, car elle encourage le crime en faisant adopter au policier le rôle d’un participant potentiel à un jeu de rencontres dont le but est légalement proscrit. De plus, mes informations prouvent que de telles manœuvres conduisent à des délits beaucoup plus graves comme le chantage et la corruption de mineurs » (p. 100). Il analyse les interactions entre la présence de la police et la modification des règles du jeu d’une façon finalement plus excitante (le fait d’attendre une érection comme preuve que l’homme convoité n’est pas de la police, p. 102). Les attaques violentes de bandes d’adolescents, dont une est racontée par le menu (p. 110), constituent évidemment un corollaire de l’attitude de la police. En ce qui concerne les MST, l’attitude du pasteur décoiffe : il constate que la fellation étant quasiment la seule pratique sexuelle des tasses, la propagation de la syphilis et de la blennorragie y sont quasiment nulles. C’est selon lui plutôt la sodomie qui est responsable des contaminations, or elle est pratiquée plutôt à domicile.

L’envers du décor

Humphreys a réussi, en se dissimulant, à interroger les dragueurs dans leur cadre familial. Il a conclu que les hommes mariés fréquentant les tasses étaient globalement plus conservateurs que la moyenne (et que les habitués ouvertement gays) en matière politique, souvent croyants et pratiquants, et favorables à la répression en matière de mœurs ! Pour lui il s’agit d’une « cuirasse » (p. 148) leur permettant d’échapper aux stigmates de l’homosexualité, en les compensant par un dehors propre sur soi. Il les trouve souvent très attachés à leur femme et à leurs enfants, à l’entretien du pavillon, etc. Selon lui, ils baiseraient dans les tasses justement pour ne pas tromper leurs épouses, ou, variante, parce que lesdites épouses se refuseraient à toute méthode contraceptive. Or, comme dirait Archimède, il faut bien que le liquide s’écoule ! Il fait allusion à la fermeture des bordels bon marché qui jouaient auparavant selon lui le même rôle que les tasses. Sur ce point, mon petit doigt me dit qu’il se met le sien dans l’œil. En effet, lui-même, qui évoque à plusieurs reprises sa femme dans son livre, a divorcé quelques années après. Je suis persuadé que les personnes qu’il a interrogées en ont fait autant, mais comme il est d’usage dans l’hypocrisie conjugale, jusqu’à la veille au soir d’un divorce, on prétend que tout va bien ! Il dresse un tableau attristant des « mâles » : « Lorsqu’on interroge des mâles, il est difficile de ne pas se sentir démoralisé tant leur situation paraît désespérée. Ce sont presque tous des solitaires : ayant échoué dans leur vie sexuelle conjugale ou leur travail, incapables de parler de trois de leurs meilleurs amis (car ils n’en ont pas trois), pris entre le vacarme de l’usine et les cris de leurs enfants, ils s’écartent de leur route pour de courts instants de sexe impersonnel dans des toilettes. » (p. 128). L’auteur utilise à plusieurs reprises le concept de « haine de soi », inventé en 1930 par Theodor Lessing à propos des juifs, et utilisé par la suite dans un contexte homosexuel (Sartre le met déjà en œuvre largement à travers le personnage de Daniel dans Les Chemins de la Liberté).

La coprésence

Les derniers chapitres qui sont les plus militants, utilisent des arguments sociologiques. Humphreys utilise notamment le concept de coprésence, en montrant que les utilisateurs de toilettes publiques ne peuvent être importunés a priori : « Aucune personne jouant convenablement son rôle d’hétérosexuel ne sera outragée ou offensée par les jeux sexuels des tasses » (p. 172). Par contre, il en va autrement dans les bains publics : « Celui qui y pénètre sait à quoi il s’engage et une partie du prix d’entrée consiste à donner son consentement à la coprésence. Un rituel symbolise cet acte volontaire : d’abord le client remet son portefeuille et sa montre et attend à la place une clé d’armoire, puis il est conduit dans un vestiaire où il doit se déshabiller sous le regard des autres. Ainsi dépossédé de ses effets personnels d’identité et autres défenses, il reçoit une serviette de toilette (toujours trop petite) et une paire de sabots. Sans doute peut-il encore refuser d’être accessible et de se prêter à des relations sexuelles, mais il lui faudra « faire une scène » qui le désignera comme l’offenseur » (p. 172). Le sociologue propose une échelle de « consentement à la coprésence ». Tout en haut il place les lieux les plus publics, où l’on ne consent en principe à rien se voir imposer qui sorte des rails de l’orthodoxie sociale : une église pendant l’office, puis les centres commerciaux ou la voie publique. En bas, il place les lieux commerciaux gays ; plus bas encore, les prisons, où « les sanctions sociales sont presque inexistantes, même contre le viol homosexuel » (p. 174). Pour lui, les tasses se situent dans le milieu de l’échelle. Il enfonce le clou dans une envolée géniale et ô combien en avance sur son temps : « Au-delà, s’ouvre le domaine du sexe privé. En l’absence de visibilité sociale ou de brigade des mœurs, de solides normes culturelles protègent le caractère sacré du consentement à la coprésence dans les chambres à coucher et les petits salons. Et pourtant, c’est là que sont commis la plupart des viols et des actes incestueux ainsi que les attentats à la pudeur sur des enfants et les détournements de mineurs. » […] « si les tasses représentent une menace quelconque contre la société, je n’en ai relevé aucun indice au cours de ma recherche. Les seuls effets nocifs, directs ou indirects, proviennent de l’activité de la police. Chantage, rançon, destruction de réputations et de familles, tout cela résulte de l’intervention de la police sur la scène des tasses » (p. 174). Rien à ajouter ! Si : et si l’on appliquait la réflexion au statut actuel du cannabis ?

- En 2015, je voyage dans l’Ouest des États-Unis, et passe dix jours en camping, ce qui me donne l’occasion, contrairement à un premier séjour à New York où je logeais chez des amis, d’utiliser uniquement des toilettes et douches publiques. Cela me permet de préciser un point important, qui n’avait pas retenu mon attention jusque-là (et il faudrait que je retourne à Londres pour vérifier s’il n’en va pas de même). Aux États-Unis, quasiment toutes les toilettes publiques sont le plus possible ouvertes, en bas, dans le but sans doute que deux personnes ne puissent s’y enfermer sans être vues, et qu’une personne ne puisse se livrer au voyeurisme sans être repérée. Vous êtes assis sur la cuvette, pantalon baissé, et toute l’assemblée peut admirer vos pieds, vos mollets, sans parler, comme dirait l’autre, du bruit et des odeurs. En ce qui me concerne, et j’ai constaté n’être pas le seul, cette situation gênante (peut-être excitante si l’on drague, mais gênante si l’on doit réellement faire ses besoins dans un temps limité) a pour corollaire de me constiper, de sorte que dans les campings je profitais de mes insomnies pour faire mes besoins en toute tranquillité. Les flics qui sont payés pour arrêter des dragueurs tendent des pièges en stationnant dans une cabine, et en attendant qu’un homme tente de lancer un regard en se baissant sous cette cloison, pratique renouvelée avec les smartphones qui relaient l’œil et évitent de baisser la tête, ou bien dans les lieux chics, par le reflet impeccable du carrelage lisse et brillant, qui teinte le voyeurisme d’un aspect artistique. Dans certains cas, ce jour inférieur est augmenté d’interstices parfois larges d’un centimètre aux quatre coins de la cabine, soit qu’elle soit conçue par des gens que ça amuse, soit qu’elle soit délabrée, de sorte que vous exhibez votre intimité à votre corps défendant. Bref, vous avez compris, ce puritanisme architectural, sous prétexte de rendre la drague impossible, ne fait qu’exacerber le désir par le regard, et même le plus hétérosexuel des usagers ne peut pas, à force de pratiquer ce genre d’endroits, ne pas tomber sur une situation plus ou moins ambiguë, tant tous ses sens (vue, ouïe, toucher, odorat) sont sollicités, alors que dans des toilettes fermées, en principe vous n’avez aucun lien possible avec le voisin, à moins que des trous aient été forés. Bref, ce n’est pas aujourd’hui qu’on découvre que l’homophobie n’est que le revers de l’homosexualité. Pas étonnant dans ce pays qui inscrit sur ses billets de banque l’absurdité suivante : « In god we trust » !

- Recensions par Thierry Rogel et par Marianne Blidon
- Lire le superbe roman La Pissotière, de Warwick Collins (10:18).
- Pour les curieux de modalités pratiques, lire l’article « Lieux de dragues et Adrénaline » sur Gay Graffiti.
- En 1998, George Michael est interpellé en train de pratiquer une fellation dans des toilettes publiques en Californie. Cela lui coûte cher, mais il est en tire un inénarrable vidéoclip sur la chanson « Outside », dans lequel toutes les ressources de l’argumentation sont utilisées, et qui constitue un cas d’école d’appropriation du stigmate, et cela nous ramène à Goffman. J’ai bien envie de mettre ça au programme de mes élèves de Première, histoire d’égayer l’atmosphère !
- Pour approfondir la thématique des pissotières, les aficionados liront Clochemerle, de Gabriel Chevalier.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Sur le site de Paris VIII


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[1Le terme « déviant / déviance » est constamment employé, y compris par les éditeurs et traducteur, sans que son sens soit interrogé.

[2Une note de bas de page amusante précise « que tous les déviants ayant appartenu à la Navy ont été observés dans le rôle du pointé, tous les ex-Marines dans celui de pointeur » (p. 162 ; la Marine étant l’armée de terre, et la Navy la marine en français…).