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L’autre bout du monde à dix heures de Paris

San Francisco, de la « maison bleue » aux pilules bleues

Une ville où l’on pourrait vivre

mercredi 1er mars 2017, par Lionel Labosse

Je n’avais pas encore fait d’article sur les États-Unis, non que je les snobasse, mais disons que c’est un gros morceau, et qu’on ne sait pas par où commencer. À la Toussaint 1998, j’avais passé une dizaine de jours exceptionnels à New York, ciel bleu immaculé, marathon et défilé d’Halloween inclus. Mais New York, paraît-il, ce n’est pas les États-Unis. En 1992, avec mon premier salaire de prof, je m’étais déjà offert un voyage au Canada, et j’avais vu les chutes du Niagara, mais sans passer côté US. Enfin à l’été 2015, je m’étais offert un rêve d’enfant, les parcs de l’Ouest étasunien en quinze jours. Mon rêve n°1, c’était les séquoias géants. J’avais été un peu déçu de ce côté, bien qu’enthousiasmé par le grand canyon, Yosemite et autres merveilles. En effet, le fameux Mariposa Grove au sud-ouest du parc national de Yosemite, était fermé, et je dus me contenter de séquoias géants de seconde zone. Autre déception, je n’avais eu le temps que d’entrevoir San Francisco en une journée, ayant renoncé à prolonger ce voyage déjà onéreux. Or donc, tel un vulgaire consommateur, je me laisse allécher par une promotion d’Air France pour leur vol direct en A 380, à moins de 600 € et moins de dix heures de vol au retour (9h45 de vol exactement, je n’en croyais pas mes yeux !) La ville est effroyablement chère, mais j’ai dégoté un hôtel à l’emplacement idéal (métro Powell) qui n’était pas excessivement cher. Cet article aura donc — une fois n’est pas coutume — un aspect guide touristique. Je ne suis pas allé à SF pour sa réputation altersexuelle (vu qu’à Paris on a tout ce qu’il faut), mais rien que pour vous je me suis quand même dévoué pour investiguer un tant soit peu aussi de ce côté-là (et ceux qui ne sont pas intéressés sauteront ces brefs paragraphes…)

Plan de l’article

Duck leather ?
Séquoias promis, séquoias dus
San Francisco, une ville inimitable
L’origine de l’obésité
Demande à la poussière, de John Fante
La « maison bleue » accrochée à la colline
Pilules bleues
California Palace of the Legion of Honor
San Francisco De Young Museum
Exploratorium & California Academy of Sciences
Autres lieux et monuments

Duck leather ?

Allez, commençons par une anecdote amusante. Vous me connaissez, Scoumounie est ma déesse tutélaire. Eh bien pourtant, alors que j’attendais mon tour à la redoutable douane étasunienne, je fus étonné, comme je guignais dans l’alignement des guichets, un superbe bûcheron à la barbe blonde jouxtant d’obèses planturosités, de tomber quand vint mon tour sur ledit blond bûcheron, et point sur les dadames : glop ! En 2015, j’étais passé par Chicago, et avais dû longuement expliquer au flic (cela dit toujours très courtois et patient) pourquoi figurait sur mon passeport un tampon attestant d’un voyage en Colombie. Non, cher et estimable cop, je n’y étais pas allé pour ramener dans mon rectum un kilo de cocaïne, mais pour cheminer sur les traces de Humboldt, La Condamine, etc. C’était mon premier séjour aux US depuis la mise en place du formulaire ESTA ; il était donc prévisible que l’on me suspectât. Et encore, mon passeport avait-il été renouvelé depuis mes voyages en Iran et à Cuba, parce que si les trois visas avaient été réunis, c’eût été le feu d’artifice ! Au passage, puisque nous faisons dans le guide de voyage, sachez que contrairement à ce que je croyais, j’ai appris à mes dépens que la convention de Varsovie ne s’applique pas aux États-Unis, à moins que vous ne voyagiez sur une compagnie européenne. Mon vol retour ayant pris du retard, j’avais dû pourvoir à mon hébergement lors de mon escale forcée pour cause d’intempéries, et trouver un hôtel par mes propres moyens (enfin, avec une très patiente assistance téléphonique, il faut le reconnaître). Bref, me voici donc à la porte dorée de la capitale altersexuelle du monde, accueilli par un flic genre ours à barbe d’or. J’affûte donc mon baragouin british, et tâche de répondre au mieux à ses affables suspicions. Cette fois-ci, nulle allusion à mon tampon de cocaïnomane, mais on peine à prendre les empreintes de mes dix doigts (occasion de réviser la prononciation délicate de « thumb »). Cela ne me gêne guère, je resterais des heures à triturer mes doigts de la plus obscène façon sous les yeux charmants de Barbe Blonde. Pour meubler la conversation, le voilà qui me demande ce que je compte faire à San Francisco. Bêtement, j’évoque mes réels projets, séquoias, musées, mais oublie d’y glisser une allusion au Castro, ce qui aurait été l’occasion de lancer un rendez-vous crypté à BB ! Et puis sans crier gare, le voilà qui me lance une phrase terminée par des mots que je ne parviens pas à découper, ce qui me fait perdre tous mes moyens et rater aussi le début de la phrase. Quelque chose comme « deukléveur ». Qu’est-ce que j’ai encore fait de mal ? Je cherche, je pense à « lézard », puis lézard et je ne sais pas quelle association d’idée avec Barbe d’or me fait penser à « cuir », puisqu’il se trouve que je revêts précisément un gilet de cuir, très pratique en voyage pour y fourrer passeport, argent, etc. Je propose donc timidement « leather », en exhibant mon gilet, me demandant pourtant qu’est-ce que Barbe Blonde pouvait fantasmer à propos de ce gilet. Il abandonne ce ping-pong linguistique, l’air de dire que ce n’est que pour causer, mais c’est à ce moment qu’enfin une ampoule clignote dans mon cerveau lent : « leather » / « liver » : « duck liver » ! Ce blondin était en train de me demander si par hasard je n’aurais pas du foie gras dans mes valises ! Eh oui, ces Amerlauds, qui sont assez couillons pour laisser passer une escouade de terroristes venus abattre les tours du 11 septembre, en sont encore à demander à tout touriste français s’il ne posséderait pas par hasard dans ses bagages cette bombe nuisible que constitue du foie gras ! Avec de telles idées reçues dans la tête des flics, on ne s’étonne pas que le trafic de drogue puisse prospérer ! Bref, je ne retrouverai point Barbe d’Or dans les rues du Castro, mille fois hélas, et laissons-le fantasmer sur les boîtes de foie gras de canard qui pullulent dans la valise de tout Frenchie !

Golden Gate Bridge comme si vous y étiez

Séquoias promis, séquoias dus

Comme j’avais signé pour sept nuits, j’ai dû filer le lendemain de mon arrivée, qui était un dimanche, pour Muir Woods National Monument, le parc le plus proche de SF où l’on puisse admirer des séquoias non pas géants, mais Sequoia sempervirens (redwood), plus haut et moins large que le géant, donc moins spectaculaire. Vous verrez les photos sur le lien sous l’article, et je n’en dirai guère plus. On peut s’y balader longuement, mais pour des raisons d’organisation, je n’y suis pas resté aussi longtemps que j’aurais voulu. En effet, il a d’abord fallu que je me repère en ville, que je me renseigne à l’office de tourisme (juste au métro Powell), que j’opte pour le « City pass » d’une valeur de 94 dollars [1], que je ne regrette pas du tout finalement car en plus de la carte de transport de 7 jours (valeur 40 dollars), il contient des entrées pour un aquarium et différents lieux culturels, à un tarif attractif vu l’augmentation exponentielle constatée à SF. En effet, non seulement l’euro a sérieusement baissé vis-à-vis du dollar, mais ayant emprunté un Guide du routard de l’année 2014, j’ai constaté deux ans après que tous les prix indiqués avaient pris l’ascenseur. Pour les deux musées d’art évoqués ci-dessous, le prix était passé de 10 à 15 euros par exemple, soit 50 % de plus, et tout à l’avenant. C’est une destination qui risque de devenir impossible (mais le coût du vol baisse, heureusement). Ensuite, je trouve un bus privé qui rejoint Sausalito, le village pittoresque de l’autre côté du Golden Gate Bridge, mais il n’y en a qu’un par heure. Arrivé à ce village, je bute sur la navette du parc, qui ne fonctionne plus que le dimanche en basse saison (et cesse complètement début novembre ; il était temps !). La navette est pleine, il faut attendre une heure ! Et sans possibilité de réserver sa place : il faut faire la queue, au risque de rater encore la suivante ! Bref, après avoir dûment ronchonné, je parviens au parc (c’est vraiment trop loin pour y aller à pied), procède à ma visite, et rentre, rebelote, en attendant une seconde navette… Bref, on se rend compte que les services publics et le développement durable, ce n’est pas encore ça… Au retour, je me dis que j’économiserais bien les $5 du bus, et je me tape la route côtière pour relier le pont mythique. Une petite heure de marche, traversée du pont compris, et de jolis points de vue… J’ignorais alors que j’avais bien fait de profiter de cette journée ensoleillée, car je n’en aurai que deux pendant ces 8 jours, plus le dernier jour, soleil et ciel bleu à l’aéroport, rogntudju ! Maintenant pour assurer le côté guide pratique, voilà les infos que ne donne pas le Routard : le retour, une fois franchi le pont, se fait par le bus 28 (inclus dans le City pass), que l’on chope après la zone de péage, et qui relie soit le Golden Gate Park, soit Van Ness street. On peut aussi relier Sausalito par un ferry qui part du terminal d’Embarcadero (mais le City pass inclut une balade d’une heure dans la baie — passant sous le Golden Gate Bridge, et derrière Alcatraz — qui me semble suffisante). Puisqu’on en est là, ne quittez pas San Francisco sans avoir traversé le Bay Bridge jusqu’à Yerba Buena Island, juste pour jouir du panorama sur l’est de la péninsule de San Francisco. Cela ne vous coûtera ni temps ni argent, car le bus 25, qui part de Transbay Terminal (vers Embarcadero), fait partie du réseau public inclus dans le City pass, et vous amène de l’autre côté en 20 minutes. L’idéal serait d’y aller au lever du soleil par beau temps, ce qui ne m’a pas été possible…

San Francisco, une ville inimitable

Après ces escapades, il est temps de visiter le cœur de San Francisco. Qu’est-ce qui fait le charme unique de cette ville ? On dit que New York et San Francisco sont les deux seules mégapoles étasuniennes à taille humaine. Si elle est très étendue, San Francisco peut s’arpenter à pied, et les nombreux bus qui sillonnent la péninsule de part en part en donnent aussi une idée. Mais il existe également de nombreux films qui permettent de l’appréhender, par exemple Vertigo (1958) de Hitchcock, ou Bullit (1968), de Peter Yates, avec Steve McQueen et Jacqueline Bisset, ou encore L’Aventure intérieure (1987), de Joe Dante. J’ignorais que Vertigo fût l’adaptation d’un polar français de Boileau-Narcejac, disponible actuellement sous le titre Sueurs froides (Folio policier n°70, 190 p.), mais paru en 1954 sous celui de D’entre les morts. L’action est transposée à San Francisco, et sans tenir compte du contexte particulier de la Drôle de guerre, puis de l’après-guerre. Madeleine se jette dans la Seine, en face de l’île de la Grande-Jatte dans le roman, lieu pittoresque qu’Hitchcock ne craint pas de transposer en le spectaculaire Fort Point, au pied du Golden Gate Bridge. Lire un article complet sur le film et ses lieux de tournage. Le California Palace of the Legion of Honor remplace le Louvre, et dans le roman original, il n’est pas mentionné une œuvre particulière comme dans le film, mais une ambiance. L’église au nord-ouest de Paris (« un tout petit village » « au nord de Mantes, entre Sailly et Drocourt »), est transformée en l’église de San Juan Bautista, et le cimetière où est enterrée la jeune femme est le cimetière parisien de Saint-Ouen, la ville où je travaille (et où est enterré Claude Lantier, le peintre de L’Œuvre, d’Émile Zola) ! C’est au cinéma, en regardant les actualités, que le détective reconnaît Madeleine venue fêter le Général de Gaulle, et il la rejoint à Marseille dans un hôtel de luxe. La fin est très différente, puisque dans le roman, Flavières (le détective) étrangle Madeleine / Renée, alors que dans le film, il l’oblige à revenir sur les lieux du crime, surmonte son vertige, et… bref, c’est bien plus cinématographique ! Pour la petite histoire, le film d’Hitchcock a eu le même impact sur le roman de Boileau-Narcejac que le film de Henri-Georges Clouzot sur le roman rebaptisé comme le film : Celle qui n’était plus devient Les Diaboliques. Contrairement au précédent, Bullit adopte un parti pris réaliste, ce qui nous vaut des vues non-pittoresques. Si les cable cars traversent parfois l’écran, c’est comme par hasard, et l’on évite de montrer l’afflux de touristes aux points de retournement de ces voitures, ou sur les autres spots touristiques. Lors de la course-poursuite, une des plus célèbres au cinéma, le réalisateur semble avoir fui au maximum le pittoresque au profit du réalisme, même si de nombreux exégètes se sont plu à relever les incohérences de la scène, la multiplication des enjoliveurs par exemple. C’est à peine si l’on distingue dans un plan la Coit Tower et l’île d’Alcatraz, mais il faut connaître la ville pour les reconnaître au loin. Lorsque la poursuite sort de la zone urbaine, on évite la tarte à la crème du Golden Gate Bridge ou de Sausalito. Au contraire, l’hôtel où est logé le témoin que Steve Mc Queen est censé protéger, est situé à portée du Bay Bridge, ce qui inquiète le flic, qui demande au témoin d’éviter de se profiler aux fenêtres. Le film est sorti en pleine vague hippie, mais rien n’y fait allusion. Plus brièvement, Brainstorm (1983), film culte de Douglas Trumbull, montre d’une part ce que peuvent concevoir les savants fous de la Silicon valley, d’autre part deux vues brèves autant que pittoresques de la ville, lors de séquences d’expérimentation de la réalité augmentée avant la lettre qu’explore ce film : le Golden Gate Bridge, et la Transamerica Pyramid vue depuis son sommet. Ce qui rend la course-poursuite de Bullit si spectaculaire, ce sont les bonds des bolides à chaque carrefour dans la partie pentue de downtown. En effet, pour permettre l’arrêt des cable cars je crois, les rues en pente ont un profil à paliers, ce qui crée un spectaculaire effet toboggan. Un autre aspect propre à l’urbanisme de la ville, mais qui ne se voit pas vraiment dans ce film, c’est le rapport entre la hauteur des petites maisons de bois et la largeur des rues, surtout dans le sens est-ouest, car ces rues traversent toute la péninsule, depuis downtown où les immeubles sont moyennement hauts, avec quelques gratte-ciels (mais beaucoup moins qu’à New York, sans doute à cause des risques de séisme). On a donc dans toute cette partie de la ville, une impression d’espace, une grande visibilité. Parlons enfin de Le Flic ricanant (1973), un film attachant de Stuart Rosenberg (au titre vraiment mal choisi !) qui se passe entièrement à San Francisco. Si l’on voir un peu le Golden Gate et le Bay Bridge, et beaucoup la Transamerica Pyramid, ce qui est plaisant dans ce film c’est l’ambiance typique présente du début à la fin, avec des gays, des lesbiennes, des travestis, des hippies, des junkies, un bar cuir, un cinéma porno, bref le San Francisco pré-Sida, contemporain de la brève existence politique de Harvey Milk, totalement absent de Bullit. Le tueur est un ancien militaire, d’abord hétéro assez trash, puis homo, et l’un des flics n’hésite pas à se looker gay pour la filature, ce qui donne pas mal de situations comiques. Les discussions des flics lorsqu’ils se rendent compte que leur suspect est gay constituent, en marge du film, un document passionnant sur l’évolution des mentalités au cours des années 1970.
Un aspect sympathique de cette ville chère, est le nombre de toilettes publiques. C’est une des rares choses gratuites, alors profitons-en, pissons en chœur ! À l’exception de Twin Peaks, qui est malheureusement infestée par la lèpre mondiale des sanisettes Decaux : un édicule de ce type s’élève sur cette colline pourtant à moitié sauvage, de sorte que vous devez faire la queue pour pisser, et consommer pour votre petit pipi des quantités phénoménales d’eau pour nettoyer la sanisette. Je ne me suis pas risqué à pisser dans la nature dans cette ville, de crainte de finir en prison (voir la mésaventure de George Mickael, dont il a tiré le clip « Outside »). Je ne parle même pas de drague de pissotières, mais simplement du risque d’être pris pour un satyre parce qu’on est titillé de la prostate ! Enfin je ne connais pas précisément la législation en ce qui concerne la miction en plein air, mais de façon générale aux États-Unis, quand on ne sait pas si un truc est positivement légal, il vaut mieux s’abstenir ! Ce pays a le taux d’incarcération le plus élevé du monde, soit près de 0,9 % de la population (cf. Prison aux États-Unis), alors qu’en France on serait à 0,1 % (ce qui est déjà beaucoup trop). Cependant, même si je ne suis pas partisan du tout carcéral (cf. mon article « Canicule, prisonniers, clandestins et usagers »), je suis plutôt d’accord avec un pays où une loi est une loi, et non pas un pays comme la France où une loi n’est une loi que pour les boloss qui ont la bêtise de la respecter. Voir mon article « Vols de Vélibs & « Théorie de la Vitre cassée ». J’ai photographié un panonceau « Neighborhood Watch », en plein Castro, signalant un service d’auto-surveillance de voisinage. Quant aux homeless, sauf erreur, ils végètent sur les abris de bus, mais je n’en ai pas vu croupir par grappes à l’intérieur des transports en commun, comme cela se fait dans mon quartier à Paris, où nos politiciens à la noix nous culpabilisent si nous utilisons des véhicules à moteur, et nous obligent à supporter dans les transports en commun la promiscuité des drogués, sdf, et autres accordéonistes roumains massacrant les chansons françaises des années 50, sans parler de tous ceux qui nous bousculent pour passer devant nous sans billet et nous piquer les places assises pendant que nous nous escrimons à valider notre passe récalcitrant. Évidemment, on a trop honte de dire que ça nous débecte en plus du reste. Mais de toute cette gauche plurielle ou de cette « droite républicaine », depuis 16 ans que j’habite à Paris et même avant, pas une seule fois je n’ai croisé un politicard, non pas national, mais député ou maire de mon arrondissement, dans le bus ou dans le métro. À l’entrée pour distribuer des tracts une semaine avant une élection, oui, mais dans le métro pour se déplacer, jamais ! Pendant que j’étais à San Francisco, Valérie Pécresse lançait une initiative de la région Île-de-France pour préserver le tourisme, avec des mesures intéressantes, comme celle consistant à créer un « City Pass », à former les professionnels en contact avec les touristes à la langue anglaise, à développer l’usage des langues vivantes. Mais en ce qui concerne la sécurité, elle entend seulement développer des « commissariats mobiles » pour que les touristes portent plainte. À aucun moment ces politiciens, qui jamais de leur vie et pour rien au monde ne s’abaisseraient à prendre un transport en commun, n’auraient l’idée de faire à Paris ce qui se fait à Londres, à Rio, à San Francisco : on n’entre pas dans les transports sans titre de transport, point barre. Et cela règlerait une grande partie du problème des vols à la tire, et cette impression de décadence totale donnée par la vision apocalyptique de certaines stations de métro qui ressemblent à la Cour des miracles, l’impossibilité pratique pour une femme seule de prendre un bus de nuit, etc.

L’origine de l’obésité

On nous le serine, les Ricains sont obèses, surtout ces salauds de pauvres. Bien, mais savez-vous pourquoi ? J’ai cru comprendre lors de ce séjour l’une des raisons qui puisse expliquer, davantage qu’en Europe, cette pathologie sociale. Enfin c’est une hypothèse que je vous propose. Voilà. À cause du puritanisme ou de je ne sais quoi, les boissons alcoolisées sont d’une part hors de prix, d’autre part plus difficiles à se procurer, alors que les sodas hypercaloriques sont non seulement très faciles à se procurer, beaucoup moins chers, et surtout, on pratique presque partout le « free refill », c’est-à-dire qu’une fois que vous avez payé votre verre, vous pouvez le remplir autant de fois que vous voulez à la fontaine. Vu le coût de la vie, beaucoup de pauvres mangent très peu, mais se gavent de calories à moindre coût en se vautrant sous la fontaine à soda. Cette pratique existe aussi en Europe, mais pas à ce point, et elle vient d’être interdite en France, suite à une recommandation de l’OMS. Mais aux États-Unis, si les politiciens ont bien compris une partie du problème (certains proposent de réglementer cette pratique), ils n’ont pas compris l’autre, la cherté des boissons alcoolisées, qui les réserve aux hautes classes et interdit aux pauvres & aux jeunes une éducation au goût. Dans la plupart des États, l’alcool est interdit à la vente aux moins de 21 ans, de façon à être bien sûr que les jeunes deviennent tous obèses, que l’habitude de la surconsommation de sodas s’ancre définitivement en eux.

Interdiction de vente d’alcool aux mineurs de moins de 21 ans.

Les licences de vente aussi sont restrictives. Dans le quartier central de San Francisco où je logeais, un supermarché sur deux (la même marque) ne vendait pas du tout d’alcool, et l’autre vendait les bières uniquement en packs de six, donc à un prix prohibitif (beaucoup plus cher qu’en Europe), et après une certaine heure, on ne peut plus vendre de l’alcool, enfin pour les pauvres ; les riches peuvent toujours se saouler, je suppose, dans les clubs. Par contre, attention aux idées reçues : à San Francisco, on trouve des bières locales remarquablement goûteuses. Mais chères… À la caisse d’un supermarché, j’ai même vu une jeune fille me refuser avec un recul horrifié. Qu’avais-je fait de mal ? Un jeune caissier un chouia plus âgé m’a expliqué qu’elle n’avait pas le droit de vendre de l’alcool ! Cela relève vraiment de la psychiatrie, en tout cas ces Amerlauds se rendent-ils compte que leur puritanisme à la noix favorise l’obésité ? Au moment où ils légalisent le cannabis (cf. ci-dessous), il serait temps qu’ils légalisent aussi l’alcool !

Demande à la poussière, de John Fante

Dans ma valise j’avais glissé ce roman d’un auteur que — honte à moi ! — je n’avais jamais lu. C’est le 2e livre publié (1939) de la saga semi-autobiographique d’Arturo Bandini, le double de l’auteur. Dans ce tome, le 2e chronologiquement, Bandini s’installe à Los Angeles à 20 ans, et y vit misérablement dans l’espoir outrecuidant de vivre de sa plume, ce qui lui arrive progressivement dans le roman, en parallèle avec ses histoires d’amour rongées par la culpabilité judéo-chrétienne en ce qui concerne le passage à l’acte. J’y ai trouvé, entre autres sujets d’intérêt, une évocation des populations émigrées de l’intérieur qui peuplent la Californie et Los Angeles (et il en va de même de San Francisco), en quête de climat doux et de douceur de vivre, de tolérance. Il y a les homeless d’un côté, les retraités de l’autre. Et aussi des pages étonnantes sur l’addiction à la marijuana, qui se consomme en grande clandestinité.
« Les vieux de l’Indiana et de l’Iowa et de l’Illinois, de Boston et Kansas City et DesMoines, qui vendent maison et pas-de-porte et s’en viennent ici en train et en automobile, au pays du soleil, histoire de mourir au soleil, avec juste assez d’argent pour vivre jusqu’à ce que le soleil les tue. Ces vieux qui se déracinent d’eux-mêmes dans leurs vieux jours, qui désertent la prospérité satisfaite de Kansas City, Chicago ou Peoria pour venir trouver leur place au soleil. Et qui arrivent ici pour découvrir que d’autres, encore plus grands voleurs qu’eux, ont déjà pris possession de tout ; découvrir que même le soleil appartient à quelqu’un d’autre ; Smith, Jones et Parker, pharmaciens, banquiers ou boulangers, la poussière de Chicago, Cincinnati et Cleveland qui leur colle encore aux semelles, les voici condamnés à mourir au soleil, quelques dollars en banque, juste de quoi s’abonner au Los Angeles Times, assez pour entretenir l’illusion que c’est vraiment le paradis et que leurs petites bicoques en papier mâché sont des vrais châteaux. Les déracinés, les gens vides et tristes, les gens de chez nous, jeunes et vieux. On est du même pays, eux et moi, on est les nouveaux Californiens. Avec leurs polos de couleurs vives et leurs lunettes de soleil, ils sont au paradis.
Mais là, en bas sur Main Street, sur Towne et San Pedro, et dans le mauvais bout de Fifth Street sur au moins mille, il y a les autres, des dizaines de milliers d’autres, et pour ceux-là pas question de se payer ni lunettes de soleil ni polos, même en solde ; le jour ils essayent de se faire oublier dans les ruelles, hors de vue, et le soir on les voit furtifs se traîner jusqu’aux dortoirs des hospices. À Los Angeles vous ne serez jamais arrêtés pour vagabondage si vous portez un polo fantaisie et des lunettes de soleil. Mais si vous avez le malheur d’avoir un peu de poussière aux chaussures et un tricot épais comme ces tricots qu’on porte dans les coins où il neige l’hiver, alors vous pouvez être sûr qu’ils ne vous rateront pas. Vous ne tarderez pas à vous faire coffrer. Alors un conseil les gars, trouvez-vous un polo, une paire de lunettes noires et des chaussures blanches si possible. Le genre étudiant. De toute manière vous finirez par vous y mettre vous aussi. Avec le temps, quand vous aurez votre dose de Times et d’Examiner, vous vous y mettrez aussi à faire l’article sur le sud ensoleillé. Vous mangerez des hamburgers toute l’année, année après année ; vous serez là à croupir dans des chambres ou des appartements cradingues et infestés de bestioles, mais tous les matins vous verrez le beau soleil, le sempiternel ciel bleu, et les rues seront pleines de femmes superbes que vous ne posséderez jamais, et les nuits chaudes semi-tropicales sentiront bon la romance que vous ne connaîtrez jamais, mais ça fait rien les gars vous serez quand même au paradis, au pays du soleil. »

En ce qui concerne la marijuana, le récit est plus ambigu. D’un côté, elle est présentée comme une drogue néfaste, qui amène la petite amie du narrateur dans un asile psychiatrique. D’un autre côté, l’expérience est rapportée avec objectivité : « On a tout fumé jusqu’à s’en brûler les doigts. Ensuite j’en ai roulé deux autres. Au milieu du second ça a commencé à venir, une sensation de flottement, comme si on décollait ; cette joie et ce triomphe qu’on peut avoir sur l’espace, cette extraordinaire sensation de pouvoir. Je rigolais comme un petit fou et tirais de plus belle sur ma drôle de cigarette. Quant à elle, elle restait allongée là avec la même langueur froide sur la figure que la nuit d’avant, cette même passion cynique. Mais moi je m’en battais l’œil, je n’étais déjà plus là dans la pièce, sorti des limites corporelles, à la dérive dans un monde éclairé de lunes et clignant d’étoiles. J’étais invincible. Je ne me sentais plus, comme si je n’avais jamais été ce garçon entêté dans son bonheur, dans son étrange bravoure ».
- Voir d’autres citations de ce roman dans un article sur insultes et discrimination. Lors de mon périple dans l’Ouest, j’avais juste apporté Dalva (1988), de Jim Harrison, un roman pour le moins violent sur la conquête de l’Ouest. Et puis sur l’Ouest, un de mes livres culte sur lequel je ferai peut-être un article un de ces quatre, est L’Homme qui tomba amoureux de la lune, de Tom Spanbauer.

La « maison bleue » accrochée à la colline

À ces immigrés en quête de soleil et de tolérance, la vague hippie ajouta dans les années soixante son mode de vie et sa consommation fatale de LSD ou autres drogues dures ou douces, plus l’attirance des altersexuels fuyant le conservatisme insupportable des États du centre du pays. Les années 60 voient la création d’une véritable communauté hippie dans le quartier de Haight-Ashbury, dont l’abréviation permet un jeu de mots avec « hash ». Il n’en reste de traces que touristiques, à part une librairie anarchiste et sa fresque sur laquelle j’ai été étonné de reconnaître Léo Ferré en bonne place ! Les guides vous fournissent les adresses des maisons où ont brièvement vécu les victimes d’overdose de ces années suicidaires, Janis Joplin, Jimi Hendrix et quelques survivants qui ont quitté le quartier depuis belle lurette. Il semble que depuis cette hécatombe des années hippies, les États-Unis et notamment la Californie aient fait le choix pragmatique, d’arrêter de pénaliser, en dépit du bon sens, la consommation de cannabis. Il est difficile de comprendre comment le puritanisme étasunien accepte de légaliser les drogues alors qu’il ne bouge pas d’un iota sur la prohibition de l’alcool (cf. ci-dessus). D’où les émanations de marijuana qui vous saisissent absolument partout dans la ville, sur tous les trottoirs, sans que vous parveniez à comprendre d’où ça provient. À supposer que cela permet aux homeless de supporter leur situation sans tout casser ? En France, l’idée avance lentement, mais pas grâce à nos politiciens à la noix ; plutôt grâce aux organismes sérieux et à tous les gens qui réfléchissent avec un cerveau. Lisez donc cet article, par exemple, qui passera forcément inaperçu, car publié au moment de la victoire « surprise » (pour la presse qui appartient aux milieux d’affaires) de Donald Trump : « La Commission nationale des droits de l’homme prône la dépénalisation de l’usage du cannabis en France ». Cet autre article à propos de l’état de la légalisation du cannabis après le vote du 8 novembre 2016, montre de façon étonnante que la carte de la dépénalisation par États recoupe à peu près celle du vote démocrate aux États-Unis ! Le Canada s’apprête non pas à dépénaliser, mais à légaliser totalement, pour 2018. Et pourtant, ces journalistes français sont bien trop polis pour oser aborder un sujet aussi sulfureux avec nos jolies brochettes de candidats à la présidentielle de 2017… S’agissant de la victoire prétendument surprise de Trump, qui ne m’a pas le moins du monde surpris, j’avais constaté, lors de mon passage à San Francisco, quelques jours avant la date de cette élection, que dans cette ville prétendument acquise à Clinton, nulle effervescence populaire ne signalait sa future élection dans un fauteuil. Les gens semblaient s’en foutre royalement…
C’est un chouia à l’est de ce quartier, que vous trouverez Alamo square et les fameuses Painted ladies, qui ne sont que quatre ou cinq maisons victoriennes (dont certaines ont résisté au séisme de 1906 à San Francisco) parmi d’autres, mais permettant une jolie photo en perspective avec la skyline de la façade est de la ville. Le square est actuellement en travaux, mais on a laissé un périmètre pour que le touriste fasse son selfie. Un chouia plus au sud, c’est le fameux Castro, qui continue à être un quartier visiblement gay, c’est-à-dire qu’il réunit pas mal de commerces et de bars gays, avec une multitude de drapeaux arc-en-ciel, tout en étant moins uniformément gay que Chinatown est chinois. Vous verrez parmi mes photos, l’ancienne boutique de photographe de Harvey Milk, reconvertie en centre associatif, et ce carrefour entre Castro street et la 18e rue, dont les passages piétons sont aux couleurs de l’arc en ciel.
Passage piéton au carrefour entre Castro street et la 18e rue
J’y ai pris aussi une photo d’un jeune homme qui a l’air d’un homeless, désespéré au milieu de cet affichage de gaytitude. Mais peut-être me suis-je laissé abuser, et n’est-ce qu’un garçon en after qui se reposait au pied d’un poteau ! Donc je ne la mets pas dans l’article même, de façon à ne pas « outer » ce brave gars (sauf la photo de vignette, trop petite pour qu’on le reconnaisse). Sur le trottoir de Castro street sont posées des dalles en hommage à une vingtaine de personnalités altersexuelles (projet rainbowhonorwalk). Surtout des Américains, et quelques Européens, comme Oscar Wilde ou Garcia Lorca. Un drapeau de grande dimension a été placé au-dessus de la station de métro Castro, de sorte qu’il se repère de loin, par exemple depuis le point de vue de Twin Peaks, car il se situe au départ de Market street, visible comme le nez au milieu de la figure ! En parlant de Twin Peaks, c’est un peu difficile à atteindre, alors je vous explique : vous prenez l’une des petites lignes de bus 37 (depuis Castro) ou 36 (depuis Forest Hill), et vous descendez au point culminant, puis vous continuez à grimper. Au retour, notez bien que les arrêts ne sont signalisés que par de la peinture sur la chaussée. Il arrive aussi que seul une sorte de bandeau autour d’un poteau ou d’une colonne de béton signale un arrêt de bus ; j’en ai aussi photographié un de ce type. Vous verrez parfois des vélos accrochés sur un rack au devant des bus. D’après ce que j’ai cru comprendre, ce ne sont pas des vélos d’usagers, mais c’est le vélo du chauffeur qui doit pouvoir réintégrer ses pénates depuis le terminus après le service ! San Francisco est une des rares grandes villes de l’hémisphère nord où j’aie constaté que les arrêts de bus sont encore pires qu’à Paris, à la différence près qu’à Paris c’est à cause de la corruption et de la nullité de nos politiciens, alors qu’à San Francisco, c’est à cause de l’état d’esprit racho des Étasuniens, qui n’aiment pas payer d’impôts et que ça ne gêne pas dans leur prospérité d’avoir des bâtiments ou des infrastructures publics dignes de pays du tiers monde.
Pourtant les faits sont contradictoires, car les fameux Cable Cars de San Francisco, qui ont un tarif prohibitif de $7 le trajet, bénéficient d’un nombre d’employés pléthorique sans doute permis par ce tarif élevé. Ce moyen de transport vintage dont il faut visiter le petit musée qui permet de voir l’impressionnant système de transmission des câbles, a existé à Paris entre 1891 et 1924, sous le nom de Tramway funiculaire de Belleville. Un petit truc de Français racho qui n’a pas envie de se ruiner : montez dans ces cable cars sur le trajet, là où tout le monde descend, par exemple au niveau de Lombard Street, entre Hyde Street et Leavenworth Street, là où se trouve « the most crooked street in the world » (la rue la plus tortueuse du monde). Vous avez de bonnes chances qu’on ne vous demande pas de payer. Sinon, bien sûr, c’est inclus dans le « City pass » ou dans les forfaits de transport, donc vite rentabilisé, et ça permet de prendre les 3 lignes autant de fois qu’on veut ! Les amateurs de vintage emprunteront aussi les lignes E et F du tramway, qui longent les docks, et dont les voitures sont d’anciens tramways de différentes provenances européennes, conservant la plupart de leurs décorations en langues originales. Dans une bonne partie de ces voitures, ainsi que dans les trolley-bus, il faut tirer sur un câble pour demander l’arrêt. Bon, tout ça ne vous dit toujours pas pourquoi ce paragraphe parle de « maison bleue ». C’est la maison évoquée dans la célébrissime chanson de Maxime Le Forestier. Quand je dis célébrissime, eh bien pour les Français, car les Amerlauds, des chanteurs français, ils s’en beat les bollocks à couilles rabattues. Figurez-vous que l’article sur cette chanson de Wikipédia n’a encore pas été traduit en anglais (avis aux amateurs), et que dans la liste de Wikipédia en anglais des nombreuses chansons sur cette ville, ne figure pas celle de notre barbu bien aimé ! Donc lorsque a été inaugurée en 2011 la plaque commémorative sur cette maison (au 3841 de la 18e rue, donc pas vraiment « adossée à la colline ») repeinte en bleue, et qui se trouve justement à quelques pas de ce fameux croisement arc-en-ciel, les reportages visibles sur Youtube ne montrent que trois pelés et un barbu ! Il faut lire cet article du Monde pour apprendre que les « Lizzard et Luc » entre autres, de la chanson, ont été emportés par le sida. Cette chanson, comme d’autres du même auteur, me touche beaucoup. Adolescent, Maxime Le Forestier faisait partie de mon panthéon, et c’est à une poignée de gens de son acabit que je dois ma vocation pour les lettres qui n’avait rien de flagrant dans mon milieu familial (non, je n’ai aucun oncle académicien !). L’an dernier, j’ai inclus dans ma séquence sur la poésie pour les élèves de 1re une de ses plus belles chansons, méconnue, écrite en décasyllabes, « Mémoires d’une table ». C’est sans doute à la réputation de SF qu’on doit une campagne de pub dont j’ai photographié une affiche. Le slogan « Real men wear gowns » m’a intrigué, avec cette photo de mollets poilus couverts d’un ourlet de robe blanche. En fait il s’agit d’une blouse blanche, avec un jeu de mots sur le sens de « gown », et il s’agit d’une promotion pour la santé au masculin (en gros, millionnaires de tous les pays, tâtez-vous la prostate !)
Pour finir, voici un petit quatrain de mirlitons :
« La maison bleue se noie sous les torrents de fric
Que le monde entier saigne aux veines de Google.
Golden Gate park and bridge est est le nom de la meule
Qui moud l’humanité sous un maëlstrom de fric. »

Les pilules bleues

Publicité pour la PrEP dans le métro de San Francisco
Dans un article sur le sida, j’ai donné quelques éléments sur l’état avant-gardiste de la prévention du VIH à San Francisco, qui a toujours été précurseur dans le domaine, et en est déjà à une phase post-VIH dont nous sommes loin en France. Cette affiche que je reproduis ici, et qui est visible dans le métro, est un signe des temps. Elle est lointaine l’époque de l’épicurisme communautaire des « maisons bleues ». C’est désormais le temps de l’hédonisme individualiste des pilules bleues. Chaque club ou sauna gay vous fait payer sa propre carte de membre, à renouveler tous les six mois, sur présentation d’un document d’identité, et malgré la prétendue « communauté LGBT », jamais on n’aurait songé à une carte commune annuelle valable dans tous les établissements de plaisir, comme ça se fait plus ou moins en Italie (chose qui se comprendrait tout à fait dans un pays qui a subi un attentat dans un club gay). Parmi les attractions gay touristiques, il existe un fameux « Nob Hill theatre » dont j’ai photographié l’entrée, avec l’interdiction aux moins de 18 ans (alors que l’alcool est interdit aux moins de 21 ans !). Il semble qu’il y ait des strip-teasers, mais je n’ai pas compris si c’était aussi ouvert aux femmes. En fait j’avoue n’y être pas allé, craignant une ambiance trop décadente (et surtout limité en temps, sinon j’aurais essayé, rien que pour l’information de mon honorable lectorat !). Ce que je sais sur San Francisco, c’est que l’augmentation des prix des logements a été plutôt fatale aux femmes et aux lesbiennes, vu les différences de salaire entre les sexes. San Francisco est donc devenu une ville de couples hétéros ou homos, éventuellement de célibataires majoritairement masculins, homos ou hétéros. J’en reviens à mes pilules bleues. Cette couleur vive adoptée par la marque Truvada n’est sans doute pas due au hasard, et l’on songe au fameux Viagra, lui aussi adepte du bleu. Baiser jusqu’à la mort, et sans capote, ça donne le bleu, pas le blues… Un détail qui m’étonne, c’est que d’après l’article de Wikipédia, un mois de traitement aux États-Unis coûte $1000, alors qu’en France, où le médicament est pris en charge par la sécu (il doit donc être prescrit par un médecin), il ne coûte « que » 460 €. Moi qui croyais que la sécu était l’Eldorado des sociétés pharmaceutiques, lui permettant de gonfler le prix de ses médicaments ! Maintenant, j’ignore si pour un gars plein aux as, cela vaut le coup de mettre $12000 par an dans ces pilules bleues pour ne pas être séropositif et baiser sans capote, tout en risquant d’attraper toutes les autres MST. Ah non pardon, je fais peut-être une erreur, car le médicament ne se prend peut-être pas tous les jours, mais seulement lorsqu’on a eu un rapport non protégé, enfin je n’en sais pas plus.

California Palace of the Legion of Honor

Le California Palace of the Legion of Honor, ouvert en 1924, sur le modèle du pavillon français construit pour l’exposition internationale de San Francisco, est une réplique du palais de la Légion d’honneur à Paris (juste en face du Musée d’Orsay). Ce musée a été rendu célèbre par Vertigo d’Alfred Hitchcock, dans lequel James Stewart espionne Kim Novak contemplant un tableau censé représenter une ancêtre. On trouve ce musée dans le cadre verdoyant du Lincoln park, dont l’accès est très facile (bus 38 ou 1, plus éventuellement le 18, qui vous dépose juste devant pour éviter 5 minutes de plus à pied). Depuis le parc, une balade vous donnera une belle vue sur le Golden Gate Bridge vu côté Pacifique, puisqu’on est à l’extrémité nord-ouest de la péninsule. S’il fait beau, vous poursuivrez en longeant la côte vers le sud le long du Pacifique (à moins que vous choisissiez de rejoindre le pont côté nord), jusqu’au Golden Gate Park, avec ses deux moulins à vent à l’extrémité ouest. Sur le chemin vous aurez admiré les romantiques ruines des Sutro Baths. Mais revenons dans ce magnifique musée. L’entrée était de $15, alors qu’elle était signalée à $10 dans le guide de 2014. En plus, à la librairie, on vous proposera de ne pas récupérer la monnaie de vos achats, pour faire une donation au musée. Ces foutus Amerlauds sont quand même gonflés : non seulement lorsqu’ils visitent l’Europe, ils bénéficient de services publics et de musées aux prix bas voire gratuits, mais encore ils voudraient que nous, qui payons tout cela pour eux chez nous, nous suppléions par des donations à leurs carences fiscales ! Non mais ! [2] Assez ronchonné, place à l’art. Une respectable dame m’interpelle, alors que j’avais déjà visité la moitié du musée, pour me demander où étaient donc les impressionnistes. Ayant observé le plan, j’avais bien vu que c’était la toute dernière salle, au bout de l’aile nord, et dame de s’éloigner vers les quelques croûtes impressionnistes que possède ce musée, et rater les merveilles moins publicitaires ! À l’étage inférieur, vous avez de la faïence, mais aussi de l’antiquaille, comme cette sublime Figurine of a dancing woman du 2e siècle avant J.-C. Vous trouverez des photos dans le lien ci-dessous, mais pour ne pas surcharger l’article, sauf exceptions, je tâcherai de faire des liens vers les photos du site du musée, forcément meilleures. À l’étage principal, vous parcourez siècles et styles.
Gay & Lesbienne surpris par un flic fumant de la marijuana, Bartolomeu Rubio (fin du XIVe).
Admirez un haut relief du catalan Bartolomeu Rubio (fin du XIVe), représentant un flic qui demande leurs papiers à un gay & une lesbienne hippies nudistes en train de fumer de grosses feuilles de marijuana et de voir des monstres en hallucinations (voici la première exception, car je trouve ma photo pas si mal par rapport à ce qu’on trouve sur Internet pour l’instant). On admire un peu plus loin un sublime buste du duc Cosme Ier par Benvenuto Cellini, le successeur du fameux duc Alexandre de Médicis, qu’assassina notre cher Lorenzo. Voyez la photo dans cet article. J’ai flashé sur un « cabinet on stand », expression intraduisible (« cabinet sur support »), en ébène, œuvre de l’ébéniste français du XVIIe Pierre Gole, avec des scènes bibliques, dont une que j’identifie comme Suzanne et les vieillards. Je suis fier de moi, car une recherche Internet, au retour, m’amène à cet article du Louvre, qui confirme que c’est une pièce exceptionnelle, mais impossible d’avoir le descriptif du modèle exposé à San Francisco. Parmi les peintures, j’ai relevé de Jean-Honoré Fragonard, L’Éducation de la Vierge (par Sainte-Anne), 1773. Au centre du musée est mise en valeur une impressionnante collection de Rodin, parmi laquelle j’ai relevé deux bustes de Victor Hugo, un en marbre et un en bronze, daté de 1883. Hugo n’ayant pas accepté de poser, Rodin a fait cela comme il a pu. Voir la fiche pédagogique du musée Rodin, qui n’explique cependant pas d’où viennent les deux bustes de San Francisco. Et comme on ne trouve guère de photos de ces bustes magnifiques sur Internet, eh bien voici la mienne !
Buste de Victor Hugo en marbre, Auguste Rodin. California Palace of the Legion of Honor.
Dans l’aile nord du musée, la collection XIXe et XXe siècle est d’un grand intérêt. Scene of the French Campaign of 1814 (1826) d’Horace Vernet, un tableau peu référencé sur Internet, me semble avoir pu inspirer l’illustrissime La Liberté guidant le peuple de Delacroix. La version de Le Wagon de troisième classe d’Honoré Daumier est antérieure (1856-1858) et très différente de celle du musée d’Ottawa (et du Met de New York) présentée sur Wikipédia, mais tout aussi intéressante. Mon tableau préféré est une des plus belles variations autour du bain maure, sobrement intitulée The Bath (1880-1885), de Jean-Léon Gérôme (1824-1904).
The Bath (1880-1885), Jean-Léon Gérôme (1824-1904).
Une photo d’un détail du tableau de José Jimenez y Aranda Holy Week in Seville (1879) admiré dans la même salle, illustre mon article sur La Femme et le pantin, de Pierre Louÿs. Quant aux impressionnistes possédés par ce musée, ils m’ont peu impressionné !

San Francisco De Young Museum

Le San Francisco De Young Museum, musée très original, fait partie de la même entité que le précédent, et il est situé au cœur du Golden Gate Park, en face du musée des sciences. Il allie une sorte de musée des arts premiers à un musée de la peinture américaine qui complète la collection du Palace of the Legion of Honor. De plus, la collection d’arts premiers inclut des œuvres contemporaines d’artistes inspirés de l’art premier, notamment une collection inouïe d’art inuit ! J’ai photographié cet Inukshuk (1982) de Judas Ullulaq (1937-1999), et Bear in shamanic transformation, de David Ruben Piktouqun (né en 1950). Je me suis amusé avec E. pluribus unum, portrait de George Washington par Ray Beldner, réalisé en 2005 par collage de billets de 1 dollar, d’après un tableau de Rembrandt Peale datant de 1854 exposé à côté, lui-même réalisé d’après une gravure de Gilbert Charles Stuart (mort en 1828). Un bel exemple de « réécriture » artistique pour nos élèves de 1re L ! Dans mon article sur Le contexte artistique des années 30, j’ai évoqué Lower Manhattan (1934) de George Grosz (1893-1959). Une vision surréaliste de New York qui peut faire écho à certains dessins de Man Ray. Mon coup de cœur dans le musée est L’Atelier de Bouguereau, de Jefferson David Chalfant (1891), un peintre étasunien qui a suivi l’enseignement du maître français. Quel humour, quel désespoir et quelle modestie dans cette peinture saturée de représentations humaines mises en abyme, dont les apprentis peintres sont les plus pullulants, à côté de cet homme et de cette femme à poil, concurrencés par la présence envahissante d’un poêle ! Un beau portrait de négresse de Thomas Eakins (1844-1916), intitulé Female model (1869), nous apprend, ainsi que de nombreuses œuvres dans ce musée, que la peinture américaine était loin d’ignorer les noirs. De plus, le modèle représenté sur cette peinture est connue pour avoir également posé pour Frédéric Bazille dans un tableau existant en deux versions, l’une étant exposée à Washington sous le titre politiquement correct de « Young woman with peonies » (1870). Un artiste naïf noir, Horace Pippin (1888-1946), a représenté The Trial of John Brown (1942). Intéressant pour travailler sur l’abolition de la peine de mort et sur Victor Hugo. Une statue m’a intrigué, L’Esclave grecque (1873), de Hiram Powers (1805-1873). La statue que j’ai photographiée présente quelques menues différences avec celle de l’article de Wikipédia. Elle représente une esclave grecque nue enchaînée, capturée par l’Empire ottoman durant la guerre d’indépendance grecque, mais elle a permis une réflexion sur l’esclavage après la guerre de Sécession. Quelques tableaux de John Prederick Peto (1854-1907), dont Still life with Pitcher, Candle, and Books (1900), moins bien cependant que les trompe l’œil du même peintre que j’avais découvert à Madrid au musée Thyssen-Bornemisza. Devant le musée, ne ratez pas le vase monumental de Gustave Doré (1832-1883), Poème de la Vigne (1877-1882).

Exploratorium et California Academy of Sciences

L’Exploratorium est un musée de la science et de la technologie, récemment réinstallé sur les docks de San Francisco dans un bâtiment moderne, très fréquenté par les familles et les scolaires. Il propose un grand nombre d’expériences concrètes dans tous les domaines scientifiques, y compris la psychologie sociale. Évidemment, si vous êtes nul en anglais à l’instar de votre serviteur, vous aurez du mal avec les sciences dures, mais certaines installations plus intuitives vous permettront de toute façon d’y passer un bon moment. Encore une belle attraction incluse dans le « City pass » à laquelle j’aurais peut-être renoncé sans le pass… Pas loin de l’entrée, à côté des toilettes réalisées d’ailleurs spécialement pour le musée (admirez le carrelage noir et blanc), se trouve une expérience amusante, « a sip of conflict » : on vous propose deux fontaines, une habituelle en inox, et une autre fixée sur une cuvette de WC. C’est la même eau, mais on vous demande à laquelle vous préférez boire… évidemment le grand truc est de se photographier buvant sur la toilette ! Un « sketch mirror » vous permet de contempler votre portrait réalisé par un artiste virtuel. Still Life (2001), une œuvre video de Sam Taylor-Johnson, mérite de figurer dans un cours sur les Vanités, tandis qu’un amusant cimetière des idées scientifiques défuntes nous étonne en ce pays connu pour sa superstition religieuse, sa croyance en des conneries estampillées de la Bible (dessein intelligent, etc.). De même, le vivarium intitulé « energy from death » nous étonne pour un pays connu pour sa frilosité morale. On peut y observer comment une colonie de cloportes y dévore des rats morts. Cinq rats y sont alignés, dont la mort remonte à la semaine en cours pour celui de gauche, jusqu’à cinq semaines auparavant pour celui de droite ! Sur le site du musée vous pouvez vous délecter de films à la Peter Greenaway montrant les mêmes cloportes (enfin leurs arrière-grands-parents !) dévorer un rat ou un oiseau. Sur le quai en sortant du musée, les lions de mer pullulent et se prélassent au soleil.
Mouette unijambiste vétéran des Oiseaux d'Hitchcock jouissant de ses droits.
Le California Academy of Sciences est un musée d’histoire naturelle entièrement reconstruit en 2008. Situé en face du San Francisco De Young Museum, il présente une paire de c… euh, deux immenses globes, l’un renfermant un planétarium à réserver aux parfaits anglophones, l’autre un écosystème de forêts tropicale de Madagascar, de Bornéo et du Costa-Rica, avec oiseaux et papillons en liberté, serpents en cages, etc. L’aquarium géant du sous-sol est assez bluffant (bien au-dessus de celui des docks inclus aussi dans le City pass, ce qui fait doublon), à voir absolument si vous avez amené vos enfants à SF. Il reste des balustrades et un alligator blanc de l’ancien aquarium Steinhart. Entre les deux musées, je me suis amusé à photographier des oiseaux hitchcockiens sur des bancs commémoratifs (memorial benches), semblables à ceux que l’on trouve à Londres. Le célèbre thriller de Hitchcock a été tourné majoritairement en studio, et est censé se passer à Bodega Bay, à une soixantaine de kilomètres au nord de SF. On croise parfois d’étonnants oiseaux qui semblent rescapés du tournage, comme cette mouette unijambiste (ci-dessus). J’ai parcouru sous une pluie intermittente une partie du Golden Gate Park, ce qui m’a permis d’entrevoir les bisons, qui ne sont pas dans un zoo, mais derrière un grillage ; une piste de pétanque (en français dans le texte), et de déboucher sur la côte Pacifique, avec retour par le tramway-métro (la ligne N), qui plonge dans un tunnel sous Buena Vista Park, refait surface et rejoint la ligne principale sous Market Street.

Autres lieux et monuments

Et voici, en vrac, ce qu’il vous reste à voir (enfin le peu que j’ai pu voir moi-même en ce court séjour…). La Cathédrale Sainte-Marie de l’Assomption, érigée entre 1965 et 1971 à la place d’un édifice plus ancien, est une superbe réalisation moderne, dont vous trouverez une description exaltée ici. Plus originale en tout cas que Grace Cathedral, la cathédrale épiscopale, cadre d’une longue scène de Bullit. J’ai patienté pour que mes photos soient exemptes d’une horde caquetante de touristes chinois qui me sauta dessus telle la vérole sur le haut-clergé, et qui comme il se doit se lança dans une orgie de selfies. Pourtant la ligne de bus 38 qui passe devant vous lâche bien plus loin (à supposer que celui qui a choisi les arrêts de bus n’était pas catholique !) De la même époque date la Transamerica Pyramid, cathédrale de l’argent, plutôt sympathique pour un gratte-ciel étasunien. La forme pyramidale semble correspondre à un souci hygiéniste de laisser la lumière pénétrer jusqu’au pied de l’édifice, comme les ziggourats new yorkais dus à la « Zoning Resolution » de 1916. Vous aurez du mal à parvenir à la Coit Tower, fréquentée aussi par les personnages de Vertigo, parce qu’elle n’est pas assez haute pour qu’on la voie en chemin, et aucun pancarte n’indique quels escaliers emprunter depuis le port. On peut y accéder par le bus 39, mais ce serait dommage de rater ce micro-quartier bâti à flanc de colline, où l’on serpente par des escaliers entre de jolies maisons, lieu étonnant dans le cœur grouillant de la ville. Dans la base de la tour, admirez les fresques des années 30 de Victor Arnautoff, notamment City life, qui montre un pickpocket, un postier, un accident de voitures, etc. Faites un tour sur Union square, où vous admirerez la colonne centrale, dont la statue stylite commémore la victoire de l’amiral George Dewey dans la baie de Manille durant la guerre hispano-américaine, tour de passe-passe qui permit à l’oncle Sam de s’arroger les Philippines, ainsi que… l’architecture étonnante du nouvel Apple store, qui ressemble au design des ordinateurs de la marque ! Sur le front de mer, l’ancien Ferry Building est devenu un centre commercial, toujours traversé par les employés pressés d’attraper leur ferry aux heures de pointe. C’est là qu’on peut s’embarquer pour Sausalito. Plus au sud, le AT&T Park est un stade de baseball mythique, dont vous admirerez les statues de joueurs célèbres.

- Pour retrouver l’ambiance américaine en cette fin 2016, on pouvait visiter l’exposition du Musée de l’Orangerie La Peinture américaine des années 1930. J’y ai particulièrement apprécié les paysages (et autres tableaux) de Grant Wood, notamment Fall Plowing, ainsi que le paysage anthropomorphe de Alexandre Hogue Erosion No. 2 – Mother Earth Laid Bare. Et j’y ai vu un tableau du musée De Young Aspiration de Aaron Douglas (1936).

Lionel Labosse


Voir en ligne : Mes photos de San Francisco


© altersexualite. com, 2016. Les photos sont de Lionel Labosse.


[1Aucune réduction malheureusement pour les détenteurs d’un Pass éducation !

[2Cela dit, ayant eu besoin de passer au Louvre pour prendre une photo (voir ici), je me rends compte que le tarif d’entrée est à 15 € (pas pour moi grâce au pass éducation !), et que le musée est dans un état de délabrement attristant : banquettes défoncées, et surtout peu de restaurations récentes, dans les salles consacrées aux chefs-d’œuvre universellement connus de Delacroix par exemple. 15 € pour le plus grand musée du monde, ce n’est sans doute pas trop cher, en tout cas cela ne permet pas de bichonner nos chefs-d’œuvre ; inquiétant pour l’avenir… Chaque pays a sa politique culturelle et touristique, où les différents postes s’équilibrent. Londres offre gratuitement ses plus grands musées, mais pour le reste, tout est très cher pour le touriste…