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Avis amicaux sur un livre privé de médiatisation

Livre d’or de M&mnoux de Lionel Labosse

Publibook, 2018, 550 p., 39 €.

samedi 13 janvier 2018, par Lionel Labosse

M&mnoux est paru depuis octobre 2018. À la date où je publie ce « livre d’or », aucun critique professionnel n’a encore daigné abaisser son docte regard sur ce roman. Voici donc, en attendant ce miracle, les réactions de vous autres, simples mortels. Il vous suffit de me contacter et de m’envoyer votre réaction sous la forme qui vous convient, une phrase ou deux pages, n’importe quoi qui contribue à me bercer de l’illusion que ces 6 années de travail n’ont pas été totalement vaines. Amis, parents, personnages en quête d’auteur, M&mnaoriens, lecteurs inconnus, vous êtes les bienvenus. N’hésitez pas à faire circuler cet article… Merci de ne pas envoyer votre avis avant d’avoir tourné la 550e page. Peut-on comprendre un livre avant le dernier mot ? Pour signer, libre à vous de choisir votre patronyme, un prénom, un pseudonyme, d’ajouter votre lieu de résidence, âge, profession, un lien vers un site qui vous concerne, etc.

Jean-Yves Alt, fidèle ami, a été le premier à publier une critique amicale sur Culture et Débats : « Alors, me direz-vous, quelle utilité à écrire sur des personnes qui ne furent ni des héros ni des modèles ? La réponse est simple. Nul besoin d’exemplarité pour écrire un ouvrage fortifiant. En écrivant des vies, en les « retravaillant », l’auteur offre – à chaque lecteur – une fabrique pour penser littérairement sa propre vie à partir de celles de ses aïeux. »

Ma cousine Josette, alias Perrette, l’une des protagonistes, se fait dorénavant appeler Perrette. Je ne commenterai pas sa gentille carte – à vous de lire entre les lignes – et vous pardonnerez à ses 88 ans d’avoir manuscrit son commentaire. Sachez que les réactions des protagonistes du livre ne sont pas toutes enthousiastes, et je ne m’y attendais pas, car dans le cas contraire je n’aurais pas été sincère en écrivant le livre. Du moins n’ai-je pas encore été l’objet d’un lynchage à la Pierre Jourde…

M&mnoux, l’avis de Josette-Perrette

Jean-Marie Coupriaux

« Pendant notre séjour j’ai lu ton bouquin. Mardi midi nous avons mangé au restaurant, la jeune femme qui nous servait avait un beau sourire, et des cheveux très très frisés, j’ai pensé à ton livre, pas facile a démêler ! Mais chose curieuse pour un Manaorien, je me suis je crois, plus intéressé à la tonalité, aux allures, au style qu’aux histoires elles-mêmes. Il y a un endroit où le tic tic du train de PA a des accents de Blaise Cendrars, « la prose du val de Manaore et des petites sœurs Martin ».
- Vous pouvez visiter le site Écoute Voir de Jean-Marie Coupriaux.

Une photo d’Algérie

La mémoire suit ses méandres, et c’est en voyant la photo de ma mère à bicyclette imprimée dans le livre et sur ce site que mon père a retrouvé une photo de lui prise en Algérie pendant la « guerre sans nom » me dit-il, en précisant « vers le Kouif à la frontière tunisienne ».

Papa en Algérie, maman fait du vélo sur sa table de nuit.

Il écrit sans doute une lettre sur le couvercle de la valise (actuellement celle où ils rangent les vieilles cartes postales évoquée p. 11 de M&mnoux), et l’on distingue à côté du lit sur la table de chevet qu’il avait bricolée à partir de caisses de munitions, le minimum vital, kro achetée au foyer, cigarettes de troupe, un livre et deux photos de ma future mère. Voici un paragraphe du livre : « Tout ça pour dire que malgré le statut d’ouvrier de mon père & de vendeuse de ma mère, mes parents ne parapluiesdecherbourgèrent pas le moins du monde. La promesse de mariage fut tenue, et au retour d’Algérie, ils étaient un peu pressés de se marier pour tout vous dire, rapport à mon frère qui était déjà entamé » (p. 452). Ceci est publié sur ce site le 26 janvier 2019, date de la mort de Michel Legrand.

L’avis d’Isabelle Minazzoli

…à mes amis qui ne l’ont pas encore lu :
M&mnoux est le récit de la vie d’un village et de ses vies emmêlées comme les fils d’écheveaux dévidés au gré des naissances et des morts, des alliances et des séparations, des départs ou de retours. Si la grand-mère Irma est le principal pilier de ce récit, on entendra parler presque davantage de Maxime, son époux, mais aussi de sa mère, Rose, la courageuse aïeule qui éleva seule ses deux filles, mais aussi de toute sa descendance, enfants, petits-enfants, qui deviendront oncles, tantes, cousins de l’auteur.
On se perd parfois dans la généalogie, tant se multiplient et se compliquent les liens de parenté, tant parfois aussi s’y substituent des liens d’une autre parentalité, ceux que fondent l’entraide et la complicité des métiers. Hors de la famille, c’est aussi l’histoire des personnages hauts en couleur, comme le curé Fennèque et l’institutrice Bassolini, et aussi ces clochards de la campagne, personnages brossés à la Bruegel, qui hantent la campagne et surprennent les enfants au détour d’un chemin, tombent ivres morts dans les abris de fortune ou les ravins là où le sommeil les prend, figures à demi légendaires, comme si le-temps-qui-passe et le-temps-qu’il-fait n’avaient pas de prise sur eux.
Lionel veut TOUT raconter, et TOUT sera dit, de ces vies ni minuscules, ni « microscopiques », qui roulent leurs cailloux dans le fleuve de l’histoire, celle de la Seconde Guerre mondiale, son « avant » et son « après » mais aussi ses prémices, mais aussi son oubli qui s’étire jusqu’à notre époque. Trop proche de son sujet ou trop modeste pour faire œuvre de sociologue ou d’historien, trop épris de réel pour en faire un roman, il invente une forme de récit qui mêle le récit du quotidien le plus personnel aux événements de l’histoire, locale le plus souvent, mais aussi de cette histoire sociale chère à Alain Corbin (Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot est souvent cité). On en apprend ainsi tout autant sur les écarts de conduite des villageois que sur l’évolution de la machine à laver le linge et celle des couches d’enfants, sur l’usage de la créosote et sur l’autorail, sur le chauffage rudimentaire des maisons et l’électrification des foyers.
Si je peux risquer une comparaison avec un non-écrivain c’est au talent de Max Ophüls que je comparerais celui de Lionel, et le plan-séquence qui part du point de vue plongeant sur le village comparé à un colosse, jusqu’à la chambre d’hôpital où meurt Irma, possède cette même fluidité, ce même esprit de synthèse, d’ellipse et d’exhaustivité que ne renierait pas l’auteur du « Plaisir ». Ainsi il arrive qu’on saisisse, comme en raccourci perspectif, plusieurs actions appartenant non seulement à des lieux mais à des générations différentes : ainsi entre les deux pans de la vie d’Huguette, insouciance d’avant-guerre et restrictions de l’Occupation, on aura le temps d’apercevoir en fond de scène un enfant fuir à toute allure sur son vélo, dans la peur des loups. En une seule phrase, en moins de mots qu’il m’en faut pour l’expliquer, l’auteur est capable de nous apprendre où ont habité tel couple de ses parents, de nous décrire leur habitat mais aussi la personnalité des propriétaires, de brosser la vie de ces derniers voire de leur descendance, sans user d’une construction à tiroirs dont la coulisse grinçante finirait par nous lasser.
Les événements ou les faits se succèdent parfois énoncés à la queue-leu-leu, sans transition et c’est très bien ainsi : la vie ne nous offre pas d’introduction, de transition, ni de conclusion, elle n’est souvent qu’une suite de coq-à-l’âne.
C’est un monde âpre que l’on découvre au fil des pages, l’enfant n’a pas intérêt à y naître chétif, il n’en récoltera aucune pitié, aucun surcroît de consolation, sauf peut-être de la part de la grand-mère Irma, qui n’a pourtant pas la main tendre avec les lapins. Et aucune perche ne nous est tendue dans le récit pour nous apitoyer bruyamment, Lionel n’a pas la compassion bêlante. Le supplice de la patte du chat est peut-être la créance versée par l’auteur à la nécessaire dureté, celle qui permet de survivre dans cette aridité des sentiments. De même que la mallarméenne et ironique « absente de tout bouquet » s’efface sur le linceul d’Irma pour mieux rappeler sa sœur et sa mère réunies entre les mains de la morte, de même l’émotion naît dans l’énoncé des drames les plus cuisants révélés dans une indifférence bourrue. Mais ce n’est pas tout à fait vrai : Lionel ne feindra pas l’indifférence aux drames de l’inceste et de l’alcoolisme, souvent réunis, à ceux de la guerre non plus, et prend la parole quand nécessaire. Et s’il a plus d’un commentaire à nous offrir sur nos modes de vie frelatés, ce n’est jamais sans humour.
Le tout dernier chapitre « La Veillée » est un exercice de style digne de Queneau où le récit des vies se rembobine à toute vitesse sous nos yeux, cette fois à travers les dialogues entrelacés ou entrecroisés des veilleurs, réunis autour d’un petit verre et du dernier lapin.
Il faut lire M&mnoux, (malgré son esperluette, qui ne me gênait plus dès la dixième page) car si ce ne sont pas nécessairement nos propres souvenirs qui y défilent, il nous aide à reconstruire les nôtres. On a tous un M&mnoux à écrire.

Isabelle Minazzoli, architecte.

À vous de jouer…

Lionel Labosse


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