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Rabelais, Marie-Paule Belle, Auto-Moto, Auto-Plus

Peut-on se moquer des Parisiens ?

Corpus pour une synthèse de CGE BTS 2e année sur le thème « Paris, ville capitale ? »

lundi 11 septembre 2023, par Lionel Labosse

J’ai élaboré ce corpus qui permettra de confronter des auteurs d’envergure diamétralement opposée. Qu’aurait pensé François Rabelais d’Annie Dingo et de ses votations démocratiques à 6 % de participation ? Le bon sens, qui a déserté Paris et la presse de grand chemin, a pris ses quartiers en province, voire à la campagne, et dans la presse automobile. Voici le corpus.

Document 1. François Rabelais (1483(?)-1553), Gargantua (1534), Chapitre XVII : « Comment Gargantua paya sa bienvenue aux Parisiens et comment il prit les grosses cloches de l’église Notre-Dame » (extrait). Ce conte philosophique raconte les mésaventures du géant Gargantua, appelé à régner sur un royaume réduit en fait à la dimension d’un village situé dans la région de Chinon (commune située dans le département d’Indre-et-Loire, en région Centre-Val de Loire). Pendant son enfance, Gargantua part pour Paris avec son précepteur et ses domestiques, pour voir comment étudient les jeunes gens de la capitale (éd. La Pléiade, p. 48 ; orthographe modernisée). Attention : l’illustration de Robida ci-dessous ne fait pas partie du corpus.

« Gargantua compisse les Parisiens » (1886), Albert Robida (1848-1926).
© Wikicommons

« Ils le poursuivirent si importunément qu’il fut contraint de se reposer sur les tours de l’église Notre-Dame. De ce lieu, voyant tant de gens autour de lui, il dit clairement : « Je crois que ces maroufles [1] veulent que je leur paye ici ma bienvenue et leur offre un don. C’est juste. Je vais leur donner pourboire. Mais ce ne sera que par ris [2]. »
Alors, en souriant, il détacha sa belle braguette et, tirant son membre en l’air, les compissa [3] si violemment qu’il en noya deux cent soixante mille quatre cent dix-huit. Sans les femmes et les petits enfants. Quelques-uns d’entre eux échappèrent à ce déluge d’urine en fuyant à toutes jambes et quand ils furent au plus haut du quartier de l’Université, suant, toussant, crachant et hors d’haleine, ils commencèrent à blasphémer et à jurer, les uns de colère, les autres par ris : « Carymary, Carymara ! Par sainte Mamie, nous sommes baignés par ris ! », d’où la ville fut depuis nommée Paris, laquelle on appelait auparavant Leucece [4]. Comme le dit Strabon [5], dans le livre IV. C’est-à-dire en grec, Blanchette, pour les blanches cuisses des dames dudit lieu.
Suite à cette nouvelle imposition du nom, tous les assistants jurèrent chacun les saints de sa paroisse : les Parisiens, qui sont faits de toutes sortes de gens et de toutes pièces, sont par nature et bons jureurs et bon juristes, et quelque peu outrecuidants [6]. Dont Joaninus de Barranco estime sur ce point, dans son livre De l’abondance des marques de respect, que les Parrhésiens [7] sont appelés ainsi en grec parce qu’ils sont fiers parleurs ».

Document 2. La Parisienne (1976), chanson composée et interprétée par Marie-Paule Belle (née en 1946), sur des paroles de Françoise Mallet-Joris et Michel Grisolia.

Lorsque je suis arrivée dans la capitale
J’aurais voulu devenir une femme fatale
Mais je ne buvais pas, je ne me droguais pas
Et n’avais aucun complexe
Je suis beaucoup trop normale, ça me vexe
Je ne suis pas parisienne
Ça me gêne, ça me gêne
Je ne suis pas dans le vent
C’est navrant, c’est navrant
Aucune bizarrerie
Ça m’ennuie, ça m’ennuie
Pas la moindre affectation
Je ne suis pas dans le ton
Je n’suis pas végétarienne
Ça me gêne, ça me gêne
J’n’suis pas karatéka
Ça me met dans l’embarras
Je ne suis pas cinéphile
C’est débile, c’est débile
Je ne suis pas M.L.F. [8]
Je sens qu’on m’en fait grief
M’en fait grief
Bientôt j’ai fait connaissance d’un groupe d’amis
Vivant en communauté dans le même lit
Comme je ne buvais pas, je ne me droguais pas
Et n’avais aucun complexe,
Je crois qu’ils en sont restés tout perplexes
Je ne suis pas nymphomane
On me blâme, on me blâme
Je ne suis pas travesti
Ça me nuit, ça me nuit
Je ne suis pas masochiste
Ça existe, ça existe
Pour réussir mon destin
Je vais voir le médecin
Je ne suis pas schizophrène
Ça me gêne, ça me gène
Je ne suis pas hystérique
Ça s’complique, ça s’complique
Oh dit le psychanalyste
Que c’est triste, que c’est triste
Je lui dis je désespère
Je n’ai pas de goûts pervers
De goûts pervers
Mais si, me dit le docteur en se rhabillant
Après ce premier essai c’est encourageant
Si vous ne buvez pas, vous ne vous droguez pas
Et n’avez aucun complexe
Vous avez une obsession : c’est le sexe
Depuis je suis à la mode
Je me rôde, je me rôde
Dans les lits de Saint-Germain
C’est divin, c’est divin
Je fais partie de l’élite
Ça va vite, ça va vite
Et je me donne avec joie
Tout en faisant du yoga
Je vois les films d’épouvante
Je m’en vante, je m’en vante
En serrant très fort la main
Du voisin, du voisin
Me sachant originale
Je cavale, je cavale
J’assume ma libido
Je vais draguer en vélo
Maintenant je suis Parisienne
J’me surmène, j’me surmène
Et je connais la détresse
Et le cafard et le stress
Enfin à l’écologie
J’m’initie, j’m’initie
Et loin de la pollution,
Je vais tondre mes moutons
Et loin de la pollution,
Je vais tondre mes moutons
mes moutons, mes moutons.

Document 3. « Le maire d’un village ridiculise Anne Hidalgo et le vote à Paris sur les SUV », Sylvain Gauthier, Auto-Moto, 7 février 2024. Article en réaction à une « votation » [9] qui a eu lieu le 4 février 2024 à Paris.

Alors que les élus parisiens vont tripler le prix du stationnement pour les voitures jugées trop lourdes (SUV [10]…), suite à une votation peu suivie ce 4 février, un maire a décidé de riposter. Il a pris un arrêté pour faire payer le stationnement des véhicules des conseillers municipaux de Paris, dans sa commune. Un moyen de "répondre à l’absurde par l’absurde" selon lui.
Est-ce ce qu’on appelle le karma ? Toujours est-il qu’alors que les élus parisiens viennent, entre autres mesures autophobes, de décider de tripler le prix du stationnement pour les voitures jugées trop lourdes, un maire du Loiret [11] a décidé de répliquer, à sa façon…
Ugo Planchet, édile de Saint-Aignan-le-Jaillard, a pris un arrêté pour rendre payant le stationnement… des conseillers de Paris, dans sa municipalité ! Mis en place ce mardi 6 février, ce dernier a, naturellement, une portée humoristique. Il s’agit de tourner en ridicule le vote organisé ce dimanche dans la capitale. Y en avait-il vraiment besoin ?
Pour parfaire le sujet, le maire a publié un arrêté municipal basé sur "l’article n°42 du Code de l’Absurdité Publique des Collectivités Territoriales". La mesure s’applique "dès qu’un conseiller municipal de Paris tentera de se garer dans notre charmante commune".
Ceci est mis en place "toute l’année, sans exception, à tous les types de véhicules des conseillers municipaux de Paris, à l’exception des trottinettes, qui sont formellement interdites de stationnement sur le territoire de la commune".
Lourde peine pour les contrevenants…
Le prix du stationnement est calqué sur celui qui sera mis en place dans la capitale à la rentrée. En revanche, les sanctions seront visiblement différentes… et bien plus joyeuses !
En effet, tout contrevenant "devra présenter des excuses publiques à tous les citoyens de Saint-Aignan-le-Jaillard et offrir une tournée générale au bar le plus proche". De quoi promettre de belles soirées, pour les habitants !
À noter qu’un tarif spécial est aussi prévu. Cela concerne les vélos de plus de 10 kg des conseillers municipaux. Le tarif sera triplé le 29 février de chaque année bissextile. Attention, ça va vite chiffrer.
Un taux de participation "non-négligeable" de 0,16 %
Le tout a été mis en place au terme d’un "vote démocratique auquel une personne s’est exprimée", détaille Ugo Planchet sur sa page Facebook. De quoi refléter "un taux de participation non négligeable de 0,16 %, et un résultat 100 % favorable à la mise en place d’un tarif de stationnement spécifique aux conseillers municipaux de la ville de Paris".
Le tout est, naturellement, "à partager sans modération pour dénoncer l’absurdité de la mairie de Paris". Le vote parisien (le vrai, celui voulu sérieux) a, en effet, été suivi par… 5,68 % de citoyens. Seuls 78 121 des plus de 1,3 million d’inscrits sur les listes électorales, ont donné leur avis. Et seuls 42 000 d’entre eux penchaient en faveur du triplement du tarif du stationnement pour les SUV.
Un taux de participation ridicule, pour une votation coûtant pas moins de 400 000 euros (plus de cinq euros par votant). Ce qui n’empêchera pas la mairie de Paris d’appliquer son projet dès la rentrée. Et Emmanuel Grégoire, premier adjoint de la mairie de Paris, d’assurer que le nombre de votants était "extrêmement important". Il en faut peu, pour être heureux…

Document 4. « DS embarque un système d’intelligence artificielle capable de tailler la bavette [12] ». Dessin de CireBox, Autoplus n° 1838, novembre 2023.

« DS embarque un système d’intelligence artificielle capable de tailler la bavette »
© CireBox, Autoplus n°1838, novembre 2023

Corpus réalisé par Lionel Labosse.


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[1Maroufle : maraud, voleur.

[2Ris : rire. « Par ris » constitue un jeu de mots pour « Paris ».

[3Compisser : asperger d’urine.

[4Leucece : déformation de « Lutèce », ancien nom de Paris.

[5Strabon (-63 - +23) : géographe et historien grec né à Amasée (Turquie actuelle).

[6Outrecuidants : prétentieux, présomptueux, qui a une haute idée de lui-même.

[7Parrhésiens : graphie qui désigne les Parisiens par le mot rare d’origine grecque « Parrhésie », qui désigne la liberté de langage, privilège des citoyens athéniens de prendre la parole à l’Assemblée et de dire tout ce qu’ils pensent.

[8M.L.F. : Mouvement de Libération des Femmes, né dans les années 1970 en France.

[9Votation : consultation des électeurs sur un sujet particulier. Pratique suisse récemment utilisée à Paris.

[10SUV : sigle pour « sport utility vehicle », « tout-terrain de loisir » ou « véhicule utilitaire sport ».

[11Loiret : département français (45) de la région Centre-Val de Loire.

[12Tailler une bavette : bavarder.