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Lutèce, Paris, Île-de-France, les 7 enceintes

Paris & l’Île-de-France : les noms, les cartes & le territoire

Cours magistral sur le thème « Paris, ville capitale ? »

samedi 17 février 2024, par Lionel Labosse

Voici un cours magistral sur le thème « Paris, ville capitale ? » Il se trouve que j’ai la « chance » de vivre et de travailler à Paris. Je mets des guillemets car avec la petite guerre mondiale que les psychopathes nous mitonnent, va savoir si Poutine ne fera pas de dégâts collatéraux quand il enverra une bombe hypersonique sur les cafards de l’Élysée et les surmulots de l’Hôtel-de-Ville & de l’Hôtel de Région… Bref, ayant jadis arpenté la, ville dans tous les sens et travaillé sur sa cartographie intime de vieille dame lors de mon étude de Zazie dans le métro, j’ai eu l’idée et l’envie de rassembler ici quelques connaissances et documents utiles, avec toujours cette interrogation sur ce que cela peut vouloir dire pour des étudiants en BTS de Mende ou de Saint-Laurent-du-Maroni ! Quand je présente le cours à mes étudiants, je peux leur désigner du doigt certains lieux dont je parle, mais comment un jeune qui n’a jamais mis les pieds à Paris peut-il conceptualiser cela ?

I De Lutèce à Paris.

Les « Parisii » sont un peuple gaulois installé dans l’actuelle région francilienne au cours du IIIe siècle. Étymologie de « Paris » : certains citent le personnage Paris de la mythologie grecque ; d’autres la déesse égyptienne Isis. Mais ce sont d’aimables inventions. Les spécialistes penchent actuellement pour une hypothèse plus terre à terre, dont vous trouverez le détail au chapitre « étymologie » de l’article Parisii de Wikipédia. Les romains (Jules César) nomment la place forte située sur les îlots qui formaient l’actuelle île de la Cité, « Lutèce », dont l’étymologie serait le latin « lutum » signifiant la boue, le marais. Considéré comme insultant, le nom fut remplacé par « Paris » vers l’an 310. Dans le chapitre 17 de Gargantua (« Comment Gargantua paya sa bienvenue aux Parisiens et comment il prit les grosses cloches de l’église Notre-Dame »), François Rabelais invente des étymologies fantaisistes à ces noms (orthographe modernisée) :
« Ils le poursuivirent si importunément qu’il fut contraint de se reposer sur les tours de l’église Notre-Dame. De ce lieu, voyant tant de gens autour de lui, il dit clairement : « Je crois que ces maroufles veulent que je leur paye ici ma bienvenue et leur offre un don. C’est juste. Je vais leur donner pourboire. Mais ce ne sera que par ris. »
Alors, en souriant, il détacha sa belle braguette et, tirant son membre en l’air, les compissa si violemment qu’il en noya deux cent soixante mille quatre cent dix-huit. Sans les femmes et les petits enfants. Quelques-uns d’entre eux échappèrent à ce déluge d’urine en fuyant à toutes jambes et quand ils furent au plus haut du quartier de l’Université, suant, toussant, crachant et hors d’haleine, ils commencèrent à blasphémer et à jurer, les uns de colère, les autres par ris : « Carymary, Carymara ! Par sainte Mamie, nous sommes baignés par ris ! », d’où la ville fut depuis nommée Paris, laquelle on appelait auparavant Leucece. Comme le dit Strabon, dans le livre IV. C’est-à-dire en grec, Blanchette, pour les blanches cuisses des dames dudit lieu.
Suite à cette nouvelle imposition du nom, tous les assistants jurèrent chacun les saints de sa paroisse : les Parisiens, qui sont faits de toutes sortes de gens et de toutes pièces, sont par nature et bons jureurs et bon juristes, et quelque peu outrecuidants. Dont Joaninus de Barranco estime sur ce point, dans son livre
De l’abondance des marques de respect, que les Parrhésiens [1] sont appelés ainsi en grec parce qu’ils sont fiers parleurs » (éd. La Pléiade, p. 48).

II Le nom « Île-de-France »

II Le nom « Île-de-France » désigne depuis 1976 la région qui s’appelait avant « région parisienne ». Le nom d’« île » désigne pour les uns la langue de terre délimitée par l’Oise, la Marne, la Seine et l’Ourcq. Cela fait écho à la devise de la ville de Paris « Fluctuat nec mergitur » (« Il est battu par les flots, mais ne sombre pas » selon la traduction littérale, mais je proposerais « tangage, pas naufrage » pour respecter le côté synthétique du latin). Voyez le blason en vignette de l’article. Pour d’autres, « Île-de-France » serait une altération de « Liddle Franke », c’est-à-dire « Petite France » en langue franque. Cette région est en effet une des terres d’enracinement des Francs depuis leur pénétration en Gaule, lors des « invasions barbares » (d’abord au IIIe siècle puis entre le IVe et le VIe). Ces migrations furent causées par les changements climatiques de l’époque. Voir note 4 de l’article « Invasions barbares » (Wikipédia) : « les péjorations climatiques se manifestent en Europe par un Gulf Stream plus intense qui fait du Groenland un pays vert, mais augmente la pluviosité en Scandinavie, compromettant les récoltes et la pêche, et en Asie centrale par une suite d’étés torrides, très secs, et d’hivers très rudes, qui déciment les troupeaux, base économique des peuples de la steppe », M. Rotaru, J. Gaillardet, M. Steinberg, J.Trichet, Les Climats passés de la terre, Vuibert, 2007, p. 195. Nouvelle preuve du mensonge absolu du prétendu « changement climatique anthropique »
Le nom Île-de-France est apparu en 1387, dans les Chroniques de Jean Froissart, bien après l’extinction de la langue franque, en lieu et place de « Pays de France ». Le gentilé « Francilien » proposé en 1985 par Michel Giraud est adopté par l’Académie française en 1986. Voici un extrait de Le Grand Paris, roman d’Aurélien Bellanger, Gallimard, 2017 (liste du BO).
« J’avais vu, là-bas, beaucoup de villages abandonnés au sommet des promontoires rocheux sur lesquels on les avait construits. Une étymologie trompeuse en faisait les témoins des heures glorieuses de l’Algérie – Algérie, Al-Djazair, les îles –, étymologie qui voulait que le Sahara algérien ait été, au temps de sa splendeur, une seconde Méditerranée, un immense lac transparent d’eau douce sur les rives morcelées duquel s’était établie une civilisation lacustre dont l’Antiquité aurait fait ses mythiques Atlantes – des Atlantes qui n’auraient pas été engloutis, mais qui auraient vu l’océan disparaître.
La décrue, ici aussi, avait peut-être commencé. L’Île-de-France partageait en tout cas avec l’Algérie. cette étymologie océanique trompeuse, et l’idée de décrue était omniprésente. »
(p. 210)

Création des départements de la région parisienne à partir de la Seine et de la Seine-et-Oise en 1968.
© Wikicommons

Cf. Wikipédia : « Réorganisation de la région parisienne en 1964 ». Jusqu’en 1964, la région se subdivisait en 3 départements, créés par la loi du 4 mars 1790 : le département de Paris, rebaptisé en 1795 « département de la Seine » (75) ; les départements de Seine-et-Oise (78) et Seine-et-Marne (77). Les deux premiers vont donner naissance à 7 nouveaux départements, la Seine-et-Marne est inchangée. La loi crée le département de Paris (qui conserve le numéro 75), entouré successivement par la « petite couronne » avec 3 départements limitrophes : Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Hauts-de-Seine, et la « grande couronne » composée des départements non limitrophes : Val-d’Oise, Yvelines, Essonne, Seine-et-Marne. Les Yvelines reprennent le numéro 78 de la Seine-et-Oise. Au passage, on remarque que ces deux termes suggèrent que Paris est comme la tête d’un roi entourée d’une double couronne, ce qui correspond à notre thème puisque « capitale » a pour étymologie caput (« tête »). Voir doc 2, la carte Départements de la Seine et de l’Oise et de Paris, 1790-1793. Le « département de la Seine » incluait une partie de la petite couronne actuelle. Voici ce qu’en dit Aurélien Bellanger, Le Grand Paris (p. 283). « de Gaulle avait dû créer les trois départements de la petite Couronne et offrir l’un d’entre eux, le plus pauvre, le plus ouvrier, au parti communiste ».

Carte des départements de la Seine et de l’Oise et de Paris, 1790-1793.
© Wikicommons / Gallica

III Les 7 enceintes de Paris

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De l’Antiquité au XXe siècle, Paris est toujours entouré de murailles, sauf de 1668 à 1785. Sept enceintes ou murailles successives, précédées d’un hypothétique système gaulois (parisii) de protection avant même l’existence de la Lutèce gallo-romaine :

Les sept enceintes successives de Paris.
© Wikicommons

1. Une muraille gallo-romaine (établie en plusieurs étapes). À l’époque romaine, Lutèce se développe sur la rive gauche de la Seine et l’île de la Cité. La rive droite était insalubre, occupée par des marais. Une 1re enceinte est dressée dès - 43. Lors des 1res invasions barbares, vers 285, les habitants abandonnent la rive gauche et se réfugient sur l’île de la Cité en détruisant les ponts. Ils édifient un mur de pierres au début du IVe siècle, avec des pierres prises notamment aux Arènes de Lutèce. On évalue la superficie englobée dans cette enceinte à 9 ha sur les 52 ha que compte la cité entière. La population compte 7 à 8 000 habitants.
2. Première enceinte médiévale : « enceinte carolingienne » datée de la fin du IXe siècle à la fin du XIe, sans doute à la suite du Siège de Paris (885-887) par les Vikings. Les pauvres petits bourgs du nord de la ville sont enclavés dans une fortification de terre et de bois constituée d’un fossé de 12 mètres de large pour 3 de profondeur, doublé par un talus supportant probablement une palissade en bois.
3. 2e enceinte médiévale de Philippe Auguste édifiée de 1190 à 1213, enclosant 253 hectares de part et d’autre de la Seine, pour une population estimée à 50 000 habitants. Voir le « Quatrième plan de la ville de Paris, son accroissement et l’état ou elle était sous le règne de Philippe Auguste qui mourut l’an 1223 après avoir régné 43 ans ». Carte extraite du Traité de la police de Nicolas de La Mare (1639–1723), qui contient huit plans, visibles sur ce lien, plus un 9e plan posthume ajouté en 1738.

« Quatrième plan de la ville de Paris, son accroissement et l’état ou elle était sous le règne de Philippe Auguste qui mourut l’an 1223 après avoir régné 43 ans ». Traité de la police de Nicolas de La Mare (1639–1723).
© Wikicommons / Gallica

L’enceinte de Philippe Auguste incluait la Porte Saint-Bernard, bâtie entre 1190 et 1200 au niveau du pont de la Tournelle, rebâtie en 1606 sous le règne d’Henri IV, reconstruite en 1670, enfin détruite entre 1787 et 1790. À cet emplacement se trouvait le Port-aux-vins, devenu Halle aux vins de Paris au début du XIXe, finalement détruite dans les années 1950 pour construire le campus de Jussieu, puis l’Institut du monde arabe. Martin et Grandgil passent devant dans « La Traversée de Paris » de Marcel Aymé (Folio, p. 48). Cette gravure d’Adam Pérelle ci-dessous représente la porte vers 1680. Voici une vidéo du bombardement du 26 août 1944 qui réduisit en cendres cette Halle aux vins (dont je n’ai pas réussi à savoir si elle fut reconstruite avant d’être redétruite pour céder la place à Jussieu, ou si les ruines restèrent pendant une vingtaine d’années).

La Porte Saint-Bernard vers 1680 par Adam Pérelle.
© Wikicommons

4. 3e enceinte médiévale de Charles V, construite de 1356 à 1383 ; 439 hectares. Étend l’enceinte de Philippe Auguste sur la rive droite, où elle enferme des hôtels particuliers du Marais, l’enclos des Templiers et le Palais du Louvre. 200 000 habitants. La Rue d’Aboukir et la rue de Cléry en sont la trace.
Voici « Paris vers 1530 », dit Plan de Braun et Hogenberg inspiré de la carte de Sebastian Münster publiée en 1544. En bleu, l’enceinte de Philippe Auguste détruite après 1533 en rive droite, au XVIIe s. en rive gauche, doublée uniquement rive droite de l’enceinte de Charles V. On distingue la Porte Saint-Bernard qui ferme la muraille de la rive gauche en face de l’île Saint-Louis et de l’Île Louviers bien avant son rattachement à la rive droite. Au sujet de cette ancienne île, j’ai découvert l’existence de la Passerelle de l’Estacade qui lui a apparemment survécu jusqu’en 1932, dans des conditions que je peine à comprendre si l’île a été rattachée à la rive… Vous trouverez de magnifiques peintures dans l’article de Wikipédia…

« Paris vers 1530 », carte de Sebastian Münster (1572).
© Wikicommons

5. Enceinte de Louis XIII, dite des « Fossés jaunes ». En 1566, (guerres de religion, proximité de la frontière à 150 km au nord, progrès de l’artillerie…), on améliore la défense avec 6 bastions, 1 km au-delà de l’enceinte de Charles V, dont la partie ouest devenue sans utilité militaire avec cette nouvelle enceinte, est détruite en 1633 entre la Seine et la porte Saint-Denis, pour faciliter l’urbanisation de l’espace compris entre les deux enceintes. La partie est de l’enceinte de Charles V est juste renforcée. Les conquêtes du début du règne de Louis XIV ayant repoussé les frontières du royaume, le roi, fait raser les fortifications de 1668 à 1705. Les actuels Grands boulevards sont créés en arc de cercle, de la place de la Madeleine à la Bastille à l’emplacement de l’enceinte de Charles V. Elle contient 1 103 hectares et englobe les six premiers arrondissements actuels. Écoutons « Les grands boulevards » de Jacques Plante, musique de Norbert Glanzberg (1952) interprétée par Yves Montand, qui figure parmi les chansons sur Paris de la liste du BO.
« J’aime flâner sur les grands boulevards / Y a tant de choses, tant de choses / Tant de choses à voir / On y voit des grands jours d’espoir / Des jours de colère / Qui font sortir le populaire / Là vibre le cœur de Paris / Toujours ardent, parfois frondeur / Avec ses chants, ses cris / Et de jolis moments d’histoire / Sont écrits partout le long / De nos grands boulevards ».
6. Le Mur des Fermiers généraux construit de 1784 à 1790 pour permettre la perception par la Ferme générale d’un impôt sur les marchandises entrant dans la ville. Long de 24 km. La fonction fiscale du mur le rendit impopulaire : « Le mur murant Paris rend Paris murmurant ». Les passages ménagés dans l’enceinte s’appelaient des barrières, pour la plupart munies de bâtiments d’octroi conçus par l’architecte Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806). Ce mur correspond au tracé des lignes 2 et 6 du métro. Voici une photo de la rotonde de La Villette, que frôle la ligne 2 du métro, entre les stations Jaurès et Stalingrad. Il en existe une autre au parc Monceau.

Rotonde de La Villette de Claude-Nicolas Ledoux.
© Wikicommons

Superficie : 3 370 hectares, puis 3 402 à partir de 1819 après l’annexion du village d’Austerlitz. La superficie correspond aux onze premiers arrondissements actuels. L’existence de l’octroi avait amené une foule de guinguettes à s’installer juste au-delà des barrières. Lieu incontournable du plaisir et des distractions populaires parisiennes comme en témoigne le nom de la Place des Fêtes (Paris) dans le XIXe arrondissement.

Les Fortifications de Paris, Vincent Van Gogh, dessin, 1887.
© WikiArt

7. L’enceinte de Thiers est créée sous Louis-Philippe. Le 1er projet est présenté en 1833 à la Chambre des députés par le Maréchal Soult, rejeté par la gauche, qui soupçonne des arrière-pensées de politique intérieure. La crise d’Orient qui débute à la fin des années 1830 entraîne un regain de tension entre l’Angleterre et la France, ce qui remet à l’ordre du jour la question de la défense de Paris, et permet la construction de l’enceinte de 1841 à 1844, suite à l’approbation d’Adolphe Thiers, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères. Elle entoure 80 km2 (= 8000 ha), entre les actuels boulevards des Maréchaux, appelés à l’origine « rue Militaire » et le futur boulevard périphérique construit entre 1960 et 73. Elle est détruite entre 1919 et 1929. J’ai vu le dessin de Van Gogh ci-dessus dans une exposition à Londres à la Royal Academy of Arts en février 2024.

Fortifications de Paris et de ses environs adoptées par les chambres, 1841.
© Wikicommons

Voici un plan des Fortifications de Paris et de ses environs adoptées par les chambres, 1841. L’enceinte incluait 16 forts construits à environ 5 km de Paris à la même époque. Voir la liste et la carte sur l’article Fortifications de Paris aux XIXe et XXe siècles (Forts d’Aubervilliers, de Romainville, Rosny, Nogent, Vincennes, Charenton, Ivry, Bicêtre, Vanves, Issy, Mont-Valérien…
Voici la Porte d’Allemagne, actuelle porte de Pantin, au début du XXe siècle (Wikicommons) :

Porte d’Allemagne (Porte de Pantin), vers 1900.
© Wikicommons

Après la guerre de 1870 s’ajouteront les forts plus distants du Système Séré de Rivières (du nom du général Raymond Adolphe Séré de Rivières), qui défend les côtes françaises et même les colonies : Chelles, Sucy & Cormeilles.
Appelée « fortifications » et plus familièrement « fortifs », l’enceinte de Thiers englobait une superficie totale de 78 km2 et s’étendait sur 33 km, en suivant les limites actuelles de Paris, bois de Boulogne & Vincennes exceptés. Elle était constituée de 95 bastions, 17 portes, 23 barrières, 8 passages de chemins de fer, 5 passages de rivières ou canaux, 8 poternes (Montempoivre ; des Peupliers). Les ouvrages étaient desservis par la rue Militaire, secondée par la Ligne de Petite Ceinture.

Paris en 1859, ses fortifications, Chemin de fer de Petite Ceinture (2013).
© Wikicommons / ThePromenader

Voir cette carte récente qui représente Paris en 1859, ses fortifications, Chemin de fer de Petite Ceinture. Avant la construction du périphérique, l’emplacement constitua la « Zone », évoquée par Georges Brassens dans « La Princesse et Le croque-notes ».


 Extrait Le Grand Paris (p. 61) : « J’analysais ainsi la Commune comme une réaction désespérée visant à rétablir, pour la dernière fois et pour un temps très court, l’équilibre perdu entre les lieux et leur génie : en s’emparant des dernières fortifications naturelles de l’intra-muros, des hauteurs de Montmartre et de Belleville, les dernières buttes témoins laissées largement intactes par l’urbanisme contre-révolutionnaire d’Haussmann, les Parisiens avaient tenté de rétablir le lien brisé entre la ville et son site. Mais en négligeant d’occuper le mont Valérien, la colline qui commandait la vallée aval de la Seine et permettait de contrôler tous les points de passage entre Paris et Versailles – les deux capitales rivales du pays en proie à la guerre civile –, les communards avait précipité leur défaite. Paris avait non seulement perdu une guerre, événement normal appelé à se reproduire, mais il avait surtout, événement inédit et critique dont il n’allait peut-être jamais se relever entièrement, échoué à mener une révolution à son terme ».
 L’époque actuelle voit une évolution vers le « Grand Paris », dont la genèse est romancée par Aurélien Bellanger (op. cit, p. 270) :
« J’avais, à l’inverse, identifié des vides mystérieux qui pouvaient faire l’objet de grands programmes d’urbanisme. C’était une façon de mettre définitivement fin à l’utopie des villes nouvelles, destinées au départ à préserver un anneau de verdure entre elles et Paris. Mais la réserve naturelle avait depuis longtemps disparu pour laisser place aux rectangles colorés des magasins géants et aux constructions basses des entrepôts logistiques – des bâtiments architecturalement si neutres que nous refusions encore d’admettre qu’ils étaient les seuls vrais monuments de notre époque indécise : les grands témoins de la mondialisation des échanges, de la désindustrialisation, de la désindustrialisation de la France et d’une idée de la fin de l’histoire en réalité plus heureuse que tragique. Il ne devrait plus y avoir de vieux Paris ni de villes nouvelles, de banlieues difficiles ou de glacis pavillonnaire, mais un seul espace, une seule métropole, la métropole du Grand Paris. Je rêvais de réconcilier Paris et sa banlieue, d’abolir les vaines distinctions entre intra-muros, petite et grande couronne. J’avais ainsi imaginé de lever la vieille malédiction des enceintes et du périphérique, à travers un vaste programme de réhabilitation des portes de Paris, lieux restés jusque-là délaissés, et qu’on devrait apprendre à considérer comme les places du Grand Paris plutôt que comme les portes du Paris historique. Je voulais aussi réouvrir le ciel de Paris aux tours, redevenues, depuis que l’Asie s’était mise à battre des records américains, les objets iconiques de la modernité architecturale ».

IV. Depuis quand Paris est-elle capitale de la France ? Quelles autres villes ont eu ce titre ?

Étymologie : « Capitale » vient du mot latin caput (« tête »). PARIS est depuis le Moyen Âge la ville la plus peuplée de France. Différentes villes de France ont pu par le passé prendre provisoirement le rôle de capitale.
Le Trésor de la langue française (TLFI) définit ainsi le terme « capitale » : « Ville principale d’un État, d’une province ou d’une étendue de pays qui est le siège du gouvernement et/ou de l’administration centrale ». Cela n’est pas toujours le cas, et l’on peut citer de nombreux exemples (Amsterdam ≠ La Haye, etc.). Dès la fin du XIIe siècle, Paris devient la capitale : siège politique, ville la plus peuplée, centre culturel majeur. Elle acquiert un statut symbolique qui l’identifie à la nation entière :
« Je ne veux pas oublier ceci : j’ai beau me rebeller contre la France, je vois toujours Paris d’un bon œil. Cette ville a conquis mon cœur dès mon enfance, et il s’est passé avec elle ce qui se passe avec les choses les meilleures : plus j’ai eu l’occasion, ensuite, de voir d’autres belles villes, et plus s’est développée mon affection pour la beauté de celle-ci. Je l’aime par elle-même, plus par ce qu’elle est tout simplement que renforcée d’apparats étrangers. Je l’aime tendrement, j’aime jusqu’à ses verrues et ses taches. Je ne suis français que par cette grande cité. Elle est grande par ses habitants, par sa situation exceptionnelle, mais surtout grande et incomparable par la variété et la diversité de ses agréments. C’est la gloire de la France, et l’un des plus nobles ornements du monde. » (Michel de Montaigne, Essais, III, 9, « De la vanité ».
 Clovis Ier, roi mérovingien (dynastie Ve - VIIIe siècle) régnant sur une grande partie de la France et de la Belgique actuelles, ainsi que sur une partie de l’Allemagne, des Pays-Bas et de la Suisse) est le 1er à fixer sa capitale à Paris en 508, après Soissons. Paris conserve pendant la période mérovingienne la valeur de capitale du 1er roi franc et de sainte Geneviève.
Quand les fils de Clovis se partagent le royaume, Paris reste capitale indivise, mais chaque royaume a une capitale propre (résidence royale) : Soissons ou Rouen pour la Neustrie, Reims puis Metz pour l’Austrasie, Chalon-sur-Saône pour la Bourgogne. Les derniers mérovingiens puis les carolingiens (VIIIe-Xe) privilégient les palais ruraux et pratiquent la cour itinérante. Aix-la-Chapelle, siège du principal palais de Charlemagne, n’est pas sa seule résidence ; la ville est alors de taille modeste.
Pour les premiers Capétiens (987-1792 puis 1814-1848), Paris n’est qu’une des nombreuses résidences possible, comme Orléans ou Compiègne. Mais l’importance économique de Paris se ressent dès la fin du XIIe s. L’action de Philippe Auguste (1165-1223) est déterminante (construction du Louvre, installation des archives royales au Palais de la Cité, sédentarisation du Parlement).
La guerre de Cent Ans oblige le gouvernement royal à se déplacer à Bourges et dans ses châteaux de Touraine, de 1420 (prise de Paris par Bourguignons & Anglais) à 1436 (reprise de Paris par les franco-bourguignons).
Aux XVe & XVIe siècles, Paris est désignée comme « capitale de la France », même si elle est rarement résidence de la cour, qui séjourne en Île-de-France et Val de Loire, notamment Blois & Chambord.
François Ier fixe sa résidence à Paris en 1528. Sa cour reste itinérante, mais le rôle de Paris capitale n’est plus remis en cause. À partir d’Henri III, le Louvre devient la demeure royale principale ; le roi y passe l’hiver.
Louis XIV déplace la cour à Versailles en 1682, mais cette ville n’est pas la capitale. Il multiplie les symboles forts du pouvoir à Paris (colonnade du Louvre, places royales (Vendôme, place des Victoires)). Retour du roi à Paris en 1789, qui redevient la capitale politique, jusqu’à aujourd’hui.
 Pendant les guerres de 1870, 1914-18 et 1939-45, la capitale a parfois déménagé. Gambetta quitte Paris en ballon le 7 oct. 1870 pour rejoindre l’antenne gouvernementale installée à Tours, puis le gouvernement se replie à Bordeaux. Pendant la Commune de Paris en mars 1871, la Troisième république s’établit à Versailles.
Pendant la Première Guerre mondiale, le gouvernement déménage brièvement à Bordeaux. La crainte que Paris tombe aux mains des Allemands s’apaise après la bataille de la Marne (1914).
Pendant la Seconde Guerre mondiale, en juin 1940, le gouvernement s’arrête à Tours avant de continuer vers Bordeaux. Après l’armistice (22 juin 1940), l’État français (Pétain) s’installe à Clermont-Ferrand, puis à Vichy.
Pendant ce temps, la France Libre de Charles de Gaulle établit la capitale du gouvernement en exil à Londres (1940), puis à Brazzaville (Congo) (1940-42), puis Alger (1942-43). Après le débarquement, de Gaulle établit son Gouvernement provisoire à Bayeux, sous-préfecture du Calvados, en attendant la libération de Paris.

V « Carte du Revenu disponible médian en 2018 », Paris et petite couronne

Cette carte est extraite de l’article « Paris » de Wikipédia.

« Carte du Revenu disponible médian en 2018 », Paris et petite couronne.
© Wikicommons

Les ménages aisés vivent essentiellement dans l’Ouest et au Sud de la ville tandis que le Nord-Est concentre les populations les plus pauvres et d’origine immigrée. Échelle du plus pâle au plus foncé, de < 19 500 € à > 32 500 €.
Attention, il convient de situer la région Île-de-France sur la carte de France. Le revenu médian y est le plus élevé de France (à tempérer par le coût de la vie).

 Un site formidable est consacré à l’histoire des fortifications de Thiers, par Laurent Baziller, en 15 épisodes.

Lionel Labosse


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[1Du mot grec qui a donné en français la figure de style rare Parrhésie qui désigne le fait d’exprimer son intime conviction, la liberté de parole typique de la démocratie athénienne.