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Quand l’homophobie ravit l’homosexuel

Une chronique de Michel Onfray

La « milice punitive » d’Act-up

mercredi 2 mai 2007, par Lionel Labosse

J’avais cité dans mon article sur l’Antimanuel d’éducation sexuelle, de Marcela Iacub & Patrice Maniglier, un paragraphe contestable de Michel Onfray sur l’homosexualité (cf ci-dessous). Bien sûr il n’était pas question de crier haro sur l’étalon fringuant de la philo française, pas plus qu’il n’était question de cautionner les pratiques contestables sinon détestables d’Act-Up, que j’ai d’ailleurs condamnées, que ce soit dans mon ouvrage Altersexualité, Éducation et Censure, ou dans mon Journal de bord, à la date du Lundi 20 juin 2005 ; journal dans lequel je cite d’ailleurs fréquemment mon philosophe favori, dont il m’arrive par ailleurs de ne pas partager tous les points de vue, comme ses récents propos sur l’islam (Chronique Mensuelle datée de Mars 2006), sans que cela m’empêche de l’apprécier globalement. Cependant, il me semble que le point de vue développé dans ce fameux paragraphe mériterait une explication plus étayée que cette réponse à bon droit acerbe… [1]

QUAND L’HOMOPHOBIE RAVIT L’HOMOSEXUEL

J’avais un ami virtuel, je dis virtuel, car nous ne nous sommes jamais rencontrés autrement que par la voix du téléphone et les mots du courrier électronique, et je parle au passé car on ne peut avoir pour ami une personne qui a décidé de ne plus être le vôtre, j’avais un ami, donc, qui a un jour piétiné notre amitié sans que je comprenne pourquoi… Ce compagnon d’outre-Atlantique aimait mon travail, m’a contacté pour me le dire, et n’a jamais ménagé son énergie pour le défendre aux États-unis.

Je ne connaissais de lui qu’une simple photographie sur son site et la musique de sa voix rauque et de son souffle haché – probablement les vestiges d’anciens pépins de santé – et puis de récurrents problèmes de dos dont il semblait souffrir le martyre. J’aimais nos conversations sur la philosophie française, car il avait bien connu Deleuze, Guattari, Foucault, Hocquenghem et Schérer, autrement dit, les philosophes qui donnent des boutons aux contempteurs de la Pensée 68. Nous partagions lui et moi une même ferveur pour ces pensées de barricades.

Accessoirement, il est homosexuel. J’écris « accessoirement » car je ne définis jamais un être par l’une de ses qualités, sinon, on court le risque de l’assigner au fragment, donc de le mutiler. Noir ou blanc, homme ou femme, juif ou goy, homo ou hétérosexuel, croyant ou athée, ces qualités agissent à mes yeux comme des accidents métaphysiques, sûrement pas comme une essence autour de laquelle tout s’organiserait. Je ne développe pas une vision ontologique communautariste ni même essentialiste. Sur ce sujet, je suis clairement existentialiste. L’être est ce qu’il fait, autrement dit : ce qu’il fait de ce qu’on a fait de lui.

Quelle ne fut pas ma stupeur de recevoir un jour un courriel comminatoire me demandant si j’avais bien écrit, dans l’Antimanuel de philosophie en l’occurrence , que les homosexuels se choisissaient tels en fonctions de circonstances et d’évènements de l’enfance qui, de fait, déterminent les fameuses préférences sexuelles ! Certes le « se choisir » renvoie implicitement au vocabulaire de Sartre : quand dans Saint Genet le philosophe explique comment l’écrivain devient homosexuel en se choisissant tel que le regard d’autrui l’a déterminé, il donne le mode d’emploi de toute constitution d’identité.

« Acte up » (sic), qui a le droit d’ignorer Sartre et sa généalogie de l’homosexualité, avait en effet dépêché sa police, ses renseignements généraux, ses commissaires aux archives, sa milice punitive, pour informer le réseau gay de mon homophobie ! En deux mots : « Méfiez vous d’Onfray comme de Le Pen et de Christine Boutin »… Aimable…

D’où vient donc que des homosexuels puissent attaquer l’un de ceux qui les défend – voir Féeries anatomiques qui milite pour le mariage des homosexuels, l’homoparentalité, le recours aux procréations assistées, Théorie du corps amoureux qui propose une nouvelle érotique entre deux êtres et non pas entre deux sexes opposés, et d’autres textes de l’Antimanuel de philosophie défendant toutes les sexualités pourvu qu’elles soient consentantes ? Probablement de cette étrange raison : se tromper d’ennemis permet en effet de laisser inconsciemment ses véritables adversaires proliférer dangereusement, ce qui entretient si bien le statut de victime dont on a besoin pour faire avancer sa cause. Mais ce jeu me semble dangereux et contreproductif : on ne lutte pas contre l’homophobie en la voyant partout car dès lors, elle n’est plus nulle part…

Michel Onfray

- Source : Chronique mensuelle de Michel Onfray, publiée dans L’Humanité, 7/10/2006.

J’ignore exactement quels propos sont reprochés à Michel Onfray par Act-up, cependant voici ceux qui me font tant soit peu tiquer :

« En revanche s’ils [les parents] tolèrent des câlins appuyés à des âges tardifs, s’ils refusent de mettre le désir enfantin à distance et en jouissent, s’ils laissent croire à l’enfant qu’il peut remplacer l’adulte manquant (parce qu’il est en déplacement, absent pour cause de séparation, de divorce, de décès, ou pour satisfaire une affectivité que la vie de couple ne permet pas d’obtenir), alors son destin sera déterminé, ses choix hétérosexuels fragiles, difficilement viables, pénibles à assumer, intranquilles, et se manifesteront des aspirations ou penchants pour d’autres sexualités, dont l’homosexualité. » (Antimanuel de philosophie, p. 239).

Dans Féeries anatomiques, que l’auteur allègue pour sa défense, effectivement, Onfray vaticine à sa manière sur deux pages, non pas sur le mariage, mais à propos des enfants élevés par des homosexuels, notamment ce paragraphe, qui mériterait d’être développé : « Le modèle familial hétérosexuel dominant et l’ombre portée par le triangle œdipien fournissent un modèle auquel on peut en préférer un autre : une configuration inédite, un couple homosexuel, un agencement en tiers ou quarte, deux couples, un couple augmenté d’un tiers ou n’importe quelle autre figure, pourvu qu’elle soit affectivement susceptible de fournir les conditions d’un épanouissement identitaire » (Grasset, 2003, chapitre 14, p. 196). Comme homophobe, effectivement, on a vu pire !

- J’ai été estomaqué d’entendre Michel Onfray prononcer en juillet 2017 une conférence « Miroir brisé de la tauromachie », dans laquelle il explique en gros que la tauromachie est condamnable parce que ceux qui l’ont appréciée sont tous des impuissants ou des pédophiles. Il semble que son statut désormais bien établi d’éditocrate lui prenne trop de temps, et le pousse à bâcler ses conférences, en n’envisageant qu’un aspect de la question qu’il aborde, et en remplaçant l’argumentation par des arguments de valeur parmi lesquels les accusations à l’emporte-pièce de pédophilie ou de fascisme servent de cache-sexe à la panne d’inspiration.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Chronique mensuelle de Michel Onfray


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[1J’ai eu encore plus de mal à avaler la prise de position normopathe de Michel Onfray lors de l’affaire Polanski en 2009.

Messages

  • je suis nouvelle sur ce site,, je lis donc, ce qui vous fait tiquer de la part de michel Onfray, sur une des causes de l’homosexualité,,, d’après lui,,

    je m’interesse à la psychologie autant qu’à la philosophie, les deux, sont des sciences humaines, pour moi indisociables, et bien, michel onfray ne fait que dire, ce qu’affirment les pédopsy, et thérapeuthes de couples, didier dumas et bien d’autres,,

    il nous faut nous parents, couper le cordon, le plus tot possible,, éduquer nos enfants à etre indépendants,, etre heureux en nous,, et surtout pas, leur demander de remplacer ,,, et oui,, c’est bien universel,,

    cela comprends l’attention que nous devons à nos gestes regards et paroles envers nos enfants,,une vie réussie se mérite,, on ne peut faire n’importe quoi et ensuite faire porter à x ou y,, la responsabilités du malheur de nos enfants.

    Qu’une maman remplace un amoureux par son enfant, fille ou garcon d’ailleurs,

    cela s’appelle de l’inceste,,, allez voir sur le site psychologies.com,, et vous pourrez lire un dossier très complet sur l’inceste,, qui ne dit pas son nom,,

    voilà, j’ai 52ans, trois grands garcons heureux,,
    divorcée, j’ai eu l’occasion de fréquenter certains hommes bien de leur personne, intellectuellement parlant, de bons métiers, , mais tous, ont cette tendance, plus ou moins appuyée, à remplacer l’etre chère manquante,, par la présence de leurs enfants,, plus le phénomène est là, plus l’ado est mal,, et c’est logique, on le prive de son intimité, de sa propre vie intime, je ne suis pas privée de leur faire remarquer,, je ne vous cache pas leur malaise, mais ils ont compris,, j’en suis sure,, certains me l’ont dit.
    bien à vous, maryse

  • Merci Mr Onfray d’avoir parlé (malgré vous) de ce problème propre aux homo d’aujourd’hui (pour ne pas dire gay) et propre à chaque minorité jadis persécutée et aujourd’hui (à peu près) intégrée.

    Ce phénomène de victimisation paranoïaque qui fait s’enfermer ces communautés sur elles-même et attaquer à la moindre phrases complexe ou non, comme si elle prenaient les armes aujourd’hui qu’elles n’avaient pas hier.

    Homo assumé, je ne fais pas de ma sexualité la seule caractéristique de ma personnalité et je me heurte chaque jour à des discours totalitaires et communautaires d’homo (folle ou pas) socialement et économiquement correcte.

    Ce phénomène devrait s’estomper avec le temps. Pour l’instant, il mutile, comme vous le dites parfaitement, les êtres en les réduisant et en les vidant de leur substances.

    Continuez vos pensées, elles nous enrichissent !!