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Un pavé dans la cour, pour les Lycées.

Antimanuel d’éducation sexuelle, de Marcela Iacub & Patrice Maniglier

Éditions Bréal, 2005, 336 p., 19 €.

jeudi 5 avril 2007, par Lionel Labosse

« À travers la criminalité sexuelle, quoi qu’on en dise, c’est encore et plus que jamais l’idée que le sexe est mauvais, qu’il est dangereux, qu’il est ignoble, qui se manifeste » (p. 217). Voici le point de départ de cet Antimanuel qui va vous démontrer avec brio pourquoi vous avez raison de penser ce que le terrorisme actuel de la pensée autorisée (qu’elle soit « féministe », « gaie » ou « antiraciste ») vous laissait croire que vous étiez tant soit peu pervers de penser.

Présentation

L’Antimanuel d’éducation sexuelle présente moins d’une cinquantaine de textes, alors que l’Antimanuel de philosophie de Michel Onfray, paru chez le même éditeur en 2001, en comptait plus de cent, et l’Antimanuel d’économie de Bernard Maris, paru en 2003, quelque quatre-vingt textes. Le discours des deux auteurs postsexuels, aussi pamphlétaire et talentueux que ceux d’Oncle Bernard ou du philosophe normand, prend donc plus de place, et apparente davantage l’œuvre à ce que peut être un antimanuel, puisque le livre d’Onfray, finalement, ressemblait à un vrai manuel de philo, réalisé par un prof qui avait longtemps exercé dans un lycée, ce qui n’est pas le cas de Marcela Iacub & Patrice Maniglier, respectivement juriste et philosophe. L’aspect subversif de leur propos commence justement par retirer l’éducation à la sexualité du ghetto génitaliste dans lequel l’Éducation nationale a toujours cru bon de reléguer cette patate chaude, et, à l’instar des Grecs, par marier Éros et Psyché, de façon à permettre à l’intelligence « de soutenir le désir » (p. 17). Nul schéma du membre viril, nulle photo d’une mâle et velue virilité ; nulle coupe d’un utérus, nulle vulve de femme enceinte mais digne, n’agrémente l’ouvrage, mais des reproductions d’œuvres d’art prolongeant le propos. La thèse principale est que la « libération sexuelle » que nous sommes censés avoir vécue depuis les années 1970, est une idée fausse, et qu’il existe « un profond malaise autour de la sexualité ». Les auteurs dénoncent « l’omniprésence du thème des agressions sexuelles », l’amalgame sexualité / violence, et le fait que l’éducation sexuelle des enfants soit vue avant tout comme « une forme de prévention contre les « atteintes » pédophiles », sans oublier la responsabillité dans ce fourvoiement, de Ségolène Royal (p. 10), cette ex-ministre de la famille suant l’orthosexualité par tous les pores, qu’on voit avec inquiétude représenter la « gauche » aux futures élections présidentielles. (Voir à ce sujet notre article sur L’école du soupçon, de Marie-Monique Robin). Les auteurs pointent avec malice le fait que si traumatisme il y a en matière de sexualité, il est étonnant qu’on réprime avec la plus barbare sévérité les moindres attouchements, alors qu’on ne punit pas, quand on n’encourage pas carrément, les parents qui traumatisent à vie leurs enfants en les privant de toute vie sexuelle ou affective entre 15 ans et 18 ans et même au-delà. On ne punit pas non plus la rupture d’une relation : « Je n’ose imaginer le nombre de suicides qui sont dus à ce genre de circonstances. Mais nul ne considère que ce dommage psychique grave et manifeste suffise à faire de la rupture d’une relation amoureuse un acte qui devrait être puni par la loi » (p. 183).

En matière de révolution sexuelle, les auteurs remettent les pendules à l’heure, par exemple en citant les premiers textes de Marx et surtout Engels sur la « famille conjugale », dont ils prônaient la « suppression », ou en montrant comment Sigmund Freud a été « mal servi, hélas, par la plupart de ses disciples » (p. 18), lui qui avait montré à quel point la sexualité est indépendante à la fois du sexe mais aussi de la fonction reproductrice, théorie qui ne semble jamais avoir franchi les murailles cyclopéennes de l’Éducation nationale (on en voit cependant une timide percée dans la Circulaire n°2003-027 du 17-2-2003). Ils appellent de leurs vœux, en France, un féminisme « prosexe » (qui s’opposerait à un féminisme réactionnaire qu’on pourrait qualifier de sexophobe. Le bâton de la sexualité ayant été courbé par l’eau, nos auteurs le redressent sans craindre d’affronter la doxa. Qu’on en juge : « Si la norme se confond avec la moyenne statistique, ce n’est pas la tendance à se masturber, mais le fait de ne jamais s’y livrer, qui apparaît comme « anormal »… » (p. 50) ; « La sexualité n’est donc pas seulement cette chose étouffée qu’il faudrait « libérer » ; elle est déjà présente dans les mécanismes même de sa répression » (p. 53) ; « La pénalité sexuelle est l’occasion de la démagogie la plus noire, celle qui n’a pas peur de sacrifier des innocents pour gagner quelques voix » (p. 149) ; « Les hommes seraient-ils devenus les « salopes » de ce début du XXIe siècle ? » (p. 257).

La longue argumentation concernant la répression des « infractions sexuelles » en France est époustouflante, et basée sur des chiffres rarement cités qui démontrent l’étendue du problème : « De 1973 à aujoud’hui, la part de la population carcérale constituée de ce type de condamnés est passée de 5 % à 23 %, et ne cesse d’augmenter » (p. 129). L’analyse est fondée sur une connaissance de la jurisprudence et de la littérature judiciaire qui donnent des sueurs froides. Les auteurs démontrent preuves à l’appui le délire qui s’est emparé de la France, sous l’impulsion de Madame Royal autant que de Monsieur Sarkozy et de bien d’autres, par exemple Monsieur Perben qui a « réintroduit le délit de zoophilie qui avait été aboli par la Révolution française » (p. 148) (c’est dire que cela ne risque pas de s’améliorer). Ce délire nous a poussés à fermer les yeux sur des procédures d’exception visant à inverser la charge de la preuve, à préférer mettre des innocents en prison ou les acculer au suicide plutôt que de prendre le risque de laisser un coupable en liberté, à fermer les yeux aussi sur des procédures d’interrogation des victimes, que ce soit les femmes ou les enfants, qui aboutissent non seulement au mensonge, mais surtout à l’aggravation des séquelles psychologiques d’une agression, en culpabilisant la victime qui ne reconnaîtrait pas que le moindre attouchement, a fortiori un viol, l’a traumatisée à vie, à tel point que la mort aurait été préférable : « on prétend fonder notre conviction que ce qui se passe dans les actes sexuels est très grave sur le fait que ceux qui en sont victimes sont traumatisés, mais on contribue à faire de la sexualité quelque chose de traumatisant justement en disant que c’est si grave » (p. 185). Lorsque l’association AGLAE, l’ancêtre d’HomoEdu, fonctionnait, combien en avons-nous connus de ces instituteurs notamment, poussés au suicide parce qu’ils étaient homosexuels et qu’on avait, par méchanceté gratuite, laissé planer sur eux le soupçon de pédophilie. Cette peur panique, et qui a fait des victimes, dont Ségolène Royal est la principale responsable, est une des causes de l’échec, même aujourd’hui, de toute tentative de mobiliser des enseignants homosexuels. Sur le site HomoEdu, nous n’étions que deux à signer nos articles de notre vrai nom, les autres préfèraient rester anonymes ; c’est dire l’ampleur du traumatisme. Le passage sur les « poupées anatomiques » utilisées encore en France pour faire parler les jeunes victimes alors que leur inefficacité et leur danger ont été démontrés aux États-Unis, peut être rapproché du fameux passage du chapitre 6 de Oh boy !, de Marie-Aude Murail où pareillement, Josyane tente de manipuler les propos innocents de la petite Venise sur ses poupées Barbie pour disqualifier son demi-frère Bart.

Suggestions pédagogiques

Décidément, les éditions Bréal veulent du bien à nos élèves. Pendant que des législateurs compulsifs à court d’imagination ne songent qu’à leur interdire tout et n’importe quoi, voici une bande d’irréductibles penseurs qui persistent à penser et encore penser, à faire rebondir les pensées des adolescents sur les plus brillantes pensées du passé ! Notons tout d’abord la qualité du style de notre auteur bicéphale. Ils ont choisi de s’exprimer d’abondance au « je de pluralité », à l’opposé du nous de majesté de l’orthodoxie universitaire, et ce je qui fond un homme et une femme vous a quelque chose d’androgyne, de féministe prosexe, de « postsexuel », quoi ! On pourra donc étudier les textes des auteurs de l’antimanuel au même titre que ceux de l’anthologie qu’ils proposent, et gageons que d’ici peu ces textes figureront dans de vrais manuels de français (est-il interdit de rêver !). Les argumentations sur le consentement (pp. 152 / 161), sur le viol, l’avortement, sur la prostitution (p. 233 sq), sur le traumatisme psychique (p. 180 sq), sur l’aliénation des hommes en matière de reproduction (p. 255 sq), sont des modèles du genre, qui feront souffler le frisson de la pensée libre dans l’esprit de nos élèves de lycées : « il semble que les gens ne se mobilisent contre une injustice que lorsqu’elle les concerne personnellement. […] Le régime de pénalité sexuelle est celui de la terreur » (p. 196).

Le choix de textes propose à nous-mêmes et nos élèves un corpus riche à exploiter, malgré certains textes de philosophes que j’ai moi-même du mal à comprendre. Mais à côté de cela, il y a largement de quoi fonder, dans le cadre du français, et dans d’autres matières de lycée, une séquence qui sorte la sexualité de son placard génitaliste. Que l’on songe à cet extrait de l’Émile de Jean-Jacques Rousseau, où notre obscure Lumière qui tombe du confessionnal, s’ébaudit d’une mère répondant à la question de son enfant « Comment se font les enfants ? » : « les femmes les pissent avec des douleurs qui leur coûtent quelquefois la vie. », ou à ceux de Freud, Reich, mais aussi aux textes brillants de journalistes, comme celui de Christian Guéry du Monde sur l’affaire Outreau (p. 162), à un extrait de Paroles de prostituées et bien d’autres. Il y a aussi quelques textes littéraires (Maupassant, Céline, Yourcenar, Catherine Millet, Mary Shelley, Orwell, Huxley, Lawrence), mais le choix semble assez aléatoire, et on se demande ce qu’apporte le texte de Shakespeare (p. 106), alors qu’on rêverait de trouver par exemple un extrait du chapitre cinquième de l’Ingénu de Voltaire, sur le consentement. (C’est une proposition de séquence en français en première : lecture intégrale de cette œuvre associée à des extraits de l’antimanuel). Voltairien, c’est le qualificatif que mérite le brillant conte philosophique final où nos deux auteurs entraînent un « Érophile » dans une utopie postsexuelle (« Postsexopolis », que mon traitement de texte s’obstine à corriger automatiquement en « postscolaires » ! Je vous le donne Émile !) Ils partent de la situation aux Pays-Bas, présentée (avec des arguments) comme la plus avancée en matière de « citoyenneté sexuelle » (p. 301), et emmènent Érophile dans une société où on se serait libéré du sexe. Il est question des associations néerlandaises de volontaires pour offrir des rapports sexuels à des handicapés ; de l’âge de consentement abaissé à douze ans, etc. Dans Postsexopolis, il y a par exemple un secteur économique « quaternaire » consacré au « domaine difficilement définissable des « jouissances » » (p. 319), et « on a mis fin aux distinctions entre les hommes et les femmes » (p. 320), ce qui relègue les « queers » à un vague souvenir ! Ceux qui ont lu mon ouvrage Altersexualité, Éducation & Censure, paru en même temps que cet Antimanuel auront compris que j’ai bu disons du petit lait.

La question de l’homosexualité et du sida : controverse

En ce qui concerne la question de l’homosexualité et du sida, nos deux sabreurs n’osent pas tant oser que sur des sujets qu’ils connaissent mieux. Ils n’osent pas vexer, peut-être parce qu’ils ignorent les enjeux de pouvoir et de gloriole personnelle qui putréfient le milieu gai. Retenons quand même une critique de Wilhelm Reich, qui « conserve une idée normative de la sexualité » et considère les perversions, dont l’homosexualité comme « des conséquences de la répression sexuelle elle-même » (p. 55). Faisons une parenthèse pour citer les étranges propos de Michel Onfray dans son Antimanuel de philosophie (p. 239) « En revanche s’ils [les parents] tolèrent des câlins appuyés à des âges tardifs, s’ils refusent de mettre le désir enfantin à distance et en jouissent, s’ils laissent croire à l’enfant qu’il peut remplacer l’adulte manquant (parce qu’il est en déplacement, absent pour cause de séparation, de divorce, de décès, ou pour satisfaire une affectivité que la vie de couple ne permet pas d’obtenir), alors son destin sera déterminé, ses choix hétérosexuels fragiles, difficilement viables, pénibles à assumer, intranquilles, et se manifesteront des aspirations ou penchants pour d’autres sexualités, dont l’homosexualité. » Ne peut-on conclure que notre pamphlétaire préféré a trop lu Reich ? (Qu’il faut lire, entendons-nous bien !) Le chapitre « Peut-on naître d’une sodomie ? », sur la parentalité altersexuelle, est excellent, même si là aussi, on sent une peur de froisser ce que les auteurs appellent « une partie des associations gays et lesbiennes » (p. 268), comme si ces associations n’étaient pas tout autant susceptibles de se tromper, et d’entraîner dans l’erreur un grand nombre de gays et lesbiennes mal informés, que ne le sont ces féministes antisexe que les auteurs n’ont pas peur de fustiger.

Si j’opine du bonnet quand les auteurs critiquent la loi contre les propos homophobes, je m’interroge quand ils concluent par une formule ambiguë appelant à « l’égale dignité de toutes les sexualités », après avoir salué les législations de certains pays « résolument engagées dans un processus qui a déjà abouti ou aboutira bientôt à la reconnaissance des couples homosexuels par le mariage et l’homoparentalité » (p. 78). Pourquoi renier ce qui avait été dit jusque-là sur le mariage, alors que sur tous les autres points abordés, Marcela Iacub et Patrice Maniglier n’hésitent pas à secouer le cocotier ? Enfin, sur la question du sida, les auteurs se livrent à un improbable exercice de terrorisation des jeunes lecteurs, en contradiction flagrante avec le ton du reste de l’ouvrage. Cela s’appelle « intermède à lire absolument », et dure dix pages (pp. 111 à 121). Voici l’éternelle rengaine qu’on nous sert depuis 20 ans, que les ados ont entendue mille fois et qu’ils n’écoutent plus, pas plus que les adultes. Pourquoi ce genre de discours ne marche pas ? Eh bien parce que les auteurs y oublient soudainement ce qui fait la valeur de leur méthode : remettre en cause ce qu’on nous serine sans réfléchir. Par exemple, ils mettent quasiment sur le même plan la fellation et la sodomie, recommandant d’utiliser le préservatif dans un cas comme dans l’autre. C’est oublier que les rarissimes cas de transmission par ce biais sont pour le moins aussi douteux que l’immaculée conception. En effet, je n’ai jamais lu autre chose, sur des centaines de milliers de cas, que « un cas aurait été avéré de transmission par fellation : un mormon contaminé aurait juré sur la Sainte Bible qu’il n’aurait jamais pratiqué le coït anal ni vaginal avec une femme de mauvaise vie ou — enfer et damnation — un homme, mais se serait fait contaminer en se laissant pratiquer une fellation, dans un état d’ébriété indépendant de sa volonté, par une prostituée (que satan la punisse) ». Je caricature à peine, mais la chance de contracter le VIH par une fellation me semble autant nécessiter le port d’un préservatif que la chance de se noyer nécessite le port d’une bouée quand on se promène au bord de la Seine !

En tout cas les termes de « macabre leçon » me semblent déplacés, de même que les phrases toutes faites à la « Act-up », du type « Dans les saunas gays et les back-rooms, l’usage du préservatif est bien loin d’être systématique » (p. 116). Ceux qui connaissent ce genre d’endroits autrement que par le fantasme frissonnant de journalistes savent qu’au contraire, il n’y a pas de lieux où le préservatif soit aussi présent, sous forme de kilos de préservatifs et de pochettes de gel mis à disposition, je veux dire à portée de main et sans aucune restriction, ce qui est loin d’être le cas chez les prostitué(e)s, dans les familles, les écoles ou les prisons. Ce qui ne veut pas dire que, s’il y a des établissements de ce genre qui ne jouent pas le jeu, ils ne doivent pas être sanctionnés. Alors que veulent les auteurs ici ? Que l’on ferme les back-rooms parce que certains, volontairement, choisissent de ne pas utiliser le préservatif qu’on leur met dans la main ? Certes, ils sont cohérents, ils réclament aussi la fermeture des prisons, mais pas pour ce motif. C’est oublier que c’est dans les prisons plus que dans les back-rooms que se font, faute de préservatifs, la majorité des « 22 % » des « 6000 cas » de contamination en 2003, soit, si l’on fait une règle de trois, 1320 cas de contamination homosexuelle. Que l’on compare ces 1320 cas de contamination homosexuelle avec les centaines de millions de fellations pratiquées chaque année en France par des hommes, avec ou plutôt sans (dans 99 % des cas) préservatif, dans des backrooms ou non, avec les centaines de coïts anaux forcément non protégés qui ont lieu dans les prisons, sans oublier les séropositifs venus d’Afrique forcément inclus dans ces statistiques. Que l’on conclue, et qu’on se passe, alors, de la dramatisation actupienne que, faute d’information sans doute, les auteurs de ce manuel ont cru bon de copier-coller. (Voir le discours plus responsable de l’association The Warning). Enfin, si dramatisation il doit y avoir, n’est-ce pas au sujet plutôt de ces plus de 10000 suicides annuels (sans compter les tentatives), dont une bonne proportion est due à l’homophobie, que les pouvoirs publics ne se décident pas à combattre sérieusement ?

Conclusion

Après cette volée de bois vert, terminons sur une opinion globale enthousiaste. J’ai rarement ressenti une telle impression de complicité en lisant un essai. Cela me rappelle les propos d’une élève cités dans mon Journal de bord : « Je ne savais pas toutes les connaissances qu’on savait avant d’avoir commencé les IDD », ou bien, encore, cet extrait de L’Ingénu), chapitre quatorzième : « Il voyait les choses comme elles sont, au lieu que les idées qu’on nous donne dans l’enfance nous les font voir toute notre vie comme elles ne sont point. ». Qu’il est rassurant, quand on constate que la majorité de la classe politique et de l’intelligentsia, que ce soit les prétendus féministes ou certains militants gais, pensent de travers et manifestent dans toutes leurs revendications cette pulsion irrépressible de punition, de flagellation contre les gens qui ne font pas comme eux, qu’il existe encore un dernier carré d’intellectuels qui pensent qu’être révolutionnaire aujourd’hui, ce n’est pas admirer béatement Voltaire et Rabelais, mais être Rabelais ou Voltaire ici et maintenant.

Qui d’autre a le courage de montrer que, si on voulait bien regarder les choses sans préjugés, la prostitution, beaucoup plus que le mariage ou le salariat, est l’exemple même du consentement et de la liberté sexuelle ? Qui nous rappelle, comme le faisait Voltaire, qu’il y a des innocents en prison, et que peut-être, ça devrait nous empêcher parfois de dormir. Ah oui, me direz-vous, ces innocents-là sont accusés de choses plus graves que n’étaient accusés les innocents du temps de Voltaire… CQFD. Eh oui, drôle de pays que la France, où l’on est toujours voltairien vis-à-vis du passé, et sarkoziste ou royaliste vis-à-vis de l’avenir. Punir, punir, punir ! Tel est l’abécédaire gauchiste ou droitiste de 90 % de la population, dont l’attitude se résume à cette sentence : « La pornographie, c’est l’érotisme des autres » (p. 231), à quoi j’ajouterai : « La liberté d’expression, c’est la liberté de dire ce que je pense, et encore, sans trop me faire ressentir la honte de ne pas être capable de le dire moi-même ». Nos auteurs vont jusqu’à pointer la pulsion sexuelle inconsciente qui sous-tendait le débat sur l’interdiction du voile à l’école (p. 304 et p. 308). Eh oui, et si le foulard était un fétiche, et si, derrière cette question se profilait, d’une manière que les féministes prosexe n’ont pas voulu voir, une revendication de liberté pas encore consciente d’elle-même ? Voir à ce sujet Un foulard pour Djelila, d’Amélie Sarn et Karim & Julien, de votre serviteur. C’est sur ces propos provocateurs que je vous laisse courir de toute urgence acheter ce livre, le faire figurer dans votre C.D.I. et, même si vous n’êtes pas d’accord avec les auteurs, en tirer des extraits pour stimuler l’intelligence de nos élèves sur ce qui, soyez-en sûr, les préoccupe bien plus que tout ce que nous pouvons chercher à leur inculquer !

- Cet ouvrage bénéficie du label « Isidor ». Label Isidor HomoEdu

- Voir aussi Une citation de Marcela Iacub, et une compilation d’articles de Marcela Iacub sur le site Culture & débats.
- Le Manuel du puceau, de Riad Sattouf, constitue une autre sorte d’antimanuel d’éducation sexuelle pour collégiens.
- En ce qui concerne la question cruciale des interrogatoires dirigés d’enfants par les magistrats, qui permettent de leur faire dire tout ce qu’on veut, le film d’Alexander Mackendrick Cyclone à la Jamaïque (1965) présente une scène finale à étudier dans les écoles de magistrats : exemple parfait d’un de ces interrogatoires biaisés qui permet au procureur de faire pendre un groupe de pirates alors qu’ils sont innocents des meurtres dont on les accuse. Ce qu’ignore le magistrat, c’est que la fillette qu’il interroge si mal, est en réalité l’auteure des coups de couteau mortels. Pour le savoir, il aurait fallu procéder à un interrogatoire non dirigé, et ne pas partir du présupposé qu’un enfant est forcément innocent et un adulte forcément coupable ! Voir la fin du film, ici en version originale : A High Wind in Jamaica.
- Ce livre fait partie des nombreux ouvrages que j’ai lus pour écrire mon essai Le Contrat universel : au-delà du « mariage gay ». Et si vous l’achetiez ?

Lionel Labosse


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