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Scènes de la vie urbaine.

Du « manspreading » à l’« editocratespreading »

L’autoroute de pensée à la mode

mercredi 26 juillet 2017, par Lionel Labosse

Les effets croisés de la déruralisation avec la pression démographique accentuent la promiscuité urbaine, et il va falloir s’habituer à supporter autrui empiétant sur notre espace vital. Comme la Chine lors de la guerre sino-japonaise (1937-1945), il s’agit d’échanger une part de notre espace vital contre du temps de trajet économisé. Pourtant, le débat semble devoir se réduire à des mots d’ordres contre l’Ennemi, le mâle d’où viendrait tout le mal. Qu’on se le dise : le mâle étend ses tentacules, et spécialement au détriment de la gent femelle, et spécifiquement dans les transports en commun, si l’on en croit la mode de l’été 2017, sous l’espèce du « manspreading », néologisme typique des « gender talks » dont la théorie s’étend à la vitesse d’un ouragan. Les anciennes affichettes sur les « places prioritaires » sont passées de mode, et désormais, seul le « manspreading » aura droit à un pictogramme ; même le pictogramme appelant à la discrétion dans l’utilisation des téléphones, est en voie de disparition, car il est très gênant : les psychopathes du téléphone sont autant hommes que femmes, blancs que noirs, riches que pauvres, et il n’est pas possible de désigner l’Ennemi. Céder la place à une femme enceinte, un handicapé, un vieillard, formes ringardes d’urbanité, cela ne sera plus « tendance » autant que stigmatiser un mâle aux cuisses écartées. Certes, à première vue il est vrai que certains mâles ont tendance à empiéter sur la place de leurs voisin(e)s, mais pas tous, et pas seulement dans les transports, et c’est loin d’être le problème le plus grave de la vie urbaine, arbre cachant la forêt. Hélas, c’est devenu le cheval de bataille de politiciens, journalistes et autres féministes à courte vue, au point que même tenter de réfuter la tendance devient louche et fait l’objet d’articles comme celui-ci. Il semble qu’en matière de féminisme, la majorité des hommes soient prêts à faire le beau quel que soit le sujet, de façon à gagner des bons points pour séduire, car avoir l’air féministe est désormais auprès de la majorité des femmes, un critère de sélection darwinienne qui a supplanté le fait d’être intelligent ou même d’avoir une qualité rétrograde comme la virilité. À Madrid à partir de juin 2017, une campagne d’affichage va prévenir contre le « manspreading » dans le métro. De quoi vous dégoûter des pratiques des partis gauchistes, si prompts à enfourcher les bidets du prêt à penser. À droite, c’est kif-kif : Valérie Pécresse, la présidente du conseil régional d’Île-de-France, diligente une enquête uniquement centrée sur cet épiphénomène. La sécurité, le confort dans les transports en commun en Île-de-France, on s’en branle, mais le « manspreading », ça oui, on prend, c’est tendance ! Une mini-polémique a suivi une chronique de Raphaël Enthoven sur Europe 1 intitulée « Le « manspreading », une pratique qui ne devrait pas être réduite aux seuls hommes ». Chronique pourtant bien médiocre pour un Raphaël Enthoven qui nous a habitués à mieux. Même en reconnaissant à la louche que « 99 % des écartements de cuisse dans le métro sont l’œuvre des hommes », cela n’a pas empêché que la meute des aboyeurs et aboyeuses d’Internet ne lynche cet éditocrate pour crime de lèse-féminisme, tout en oubliant la question de départ. Cela fait longtemps que les médias ne glosent que sur des gloses, comme dirait Marshall McLuhan : « Le média est le message ». Pour ma part, avant d’enfourcher ce genre de bidet qui caracole sur les autoroutes de pensée à la mode, je relis « AGNUS SCYTHICUS », article de l’Encyclopédie (1751), de Denis Diderot, et m’efforce de réfléchir avant d’aboyer. Prêts ? Partons !

0. Comment commencer ?

Il est fort délicat dans la situation actuelle d’entamer un tel article. Notre vie urbaine manque d’urbanité, dans les transports comme dans la façon d’échanger, et il est tellement plus facile d’être urbain à la campagne ! Commencer par réfléchir aux données du problème avant d’en venir aux condamnations staliniennes, c’est risqué d’être dépecé vivant par bacchants & bacchantes du féminisme à courte vue, qui n’iront jamais au-delà du 1er paragraphe. Sur tous les sujets de société qui devraient nous paraître dérisoires à une époque où de vrais nazis viennent au nom de l’Islam passer une foule à la sulfateuse, à Nice, à Paris, à Bruxelles, à Istanbul ou à Bagdad, eh bien au contraire, les partisans d’une cause d’arrière-garde, comme le végétarisme, la lutte contre la tauromachie ou l’écartement des cuisses, sont d’autant plus intolérants et prêts à vous écorcher ou du moins à atteindre en une minute le point Godwin, que leurs causes sont moins vitales. On aurait envie, sauf à passer pour un facho justement, de leur dire façon vieux con d’avant 68 : « Il leur faudrait une bonne guerre ». Et le pire c’est qu’ils l’ont, cette guerre ! 30 secondes avant de mourir, il y a peut-être eu une femme (ou un homme) qui s’est plainte que son voisin était trop envahissant dans son fauteuil exigu au Bataclan… Le vrai « manspreading » de notre époque contre lequel il serait peut-être utile de s’insurger, j’en trouve mention par exemple dans un article du Monde diplomatique d’août 2017 : « Mémoire interdite en Algérie », dans lequel Pierre Daum enquête dans un village victime de massacres du GIA en 1997 : « Aucune femme ne se déplace sans un foulard cachant rigoureusement ses cheveux, le corps serré dans un manteau aux couleurs ternes. Les hommes dominent l’espace public. »
Certaines des associations féministes françaises à qui l’on doit sans doute cette agitation, sont actuellement en lutte pour maintenir leurs subventions. Comme chez les gays, ces subventions sont le prétexte à poursuivre sans cesse de prétendues luttes de plus en plus symboliques qui n’ont pour véritable raison d’être que de maintenir des subventions, à l’image de ces régiments militaires qui faisaient tourner à vide les moteurs des véhicules pour pérenniser les crédits d’essence. On fait tourner à vide le moteur du féminisme dans le seul but de conserver le fric des subventions. Je suis désolé, mais je suis favorable à la baisse des subventions aux associations quand la raison d’être de ces associations consiste en des revendications politiques, que ce soit les associations gay ou féministes. Cela fait dix ans que je tiens à mes frais ce site, qui pourtant assure une sorte de service public gratuit pour certaines de ses rubriques, et à l’époque d’HomoEdu, nous militions à nos frais également. Les subventions accordées à des associations de revendications et d’idées posent un problème démocratique de clientélisme. Militons pour nos idées, mais à nos frais. Tentons quand même de réfléchir sous les balles ; de toute façon, ayant déjà pris parti pour la tauromachie et contre le mariage gay, nous sommes déjà grillé depuis des lustres ! Sur la question spécifique du féminisme, nous n’en sommes pas encore au point où en sont le Canada ou les États-Unis, où un homme n’ose plus prendre un ascenseurs avec une femme seul, c’est pourquoi il FAUT protester et réagir tant qu’on en a encore le droit. J’avais choqué un auteur il y a quelques années, à propos de sa croisade un peu en retard contre les affiches de femmes nues dans ce livre, en écrivant : « que ceux qui souhaitent un espace public vierge de toute représentation de corps humains nus demandent l’asile politique en Arabie Saoudite. ». Eh bien les mêmes qui ne peuvent supporter des métros où hommes et femmes cohabitent, peuvent demander l’asile politique dans le même genre de pays…

1. Des faits biologiques.

L’article français de Wikipédia Comparaison biologique entre la femme et l’homme ignore à ce jour une partie importante de la version en anglais « Sex differences in human physiology » : « Size, weight and body shape ». Rappelons donc quelques faits objectifs prélevés dans cet article et résumés par mes soins : en moyenne, les hommes pèsent environ 15 % de plus que les femmes. Les hommes adultes (aux États-Unis) ont un poids moyen de 86.1 kg, tandis que les femmes ont un poids moyen de 74 kg. Les hommes sont plus grands que les femmes de 15 cm. Les hommes ont une hauteur moyenne de 176.8 cm. La hauteur moyenne des femmes est 162 cm. Les hommes ont une plus grande taille que les femmes en comparaison de leurs hanches (cf. article sur le Rapport taille-hanche). Les femmes ont une plus grande taille de hanche que des hommes, résultat de l’évolution biologique leur permettant de donner naissance à des bébés pourvus de grands crânes. J’ajouterai que – homme ou femme – plus vous êtes grand et plus vous pesez lourd à la fois, plus vous avez besoin de vos jambes pour vous caler dans les virages et les freinages, façon piquet de tente. Conclusion : ce n’est pas seulement une question d’éducation comme on veut nous le faire croire.
La discussion sur le prétendu « manspreading » devrait s’arrêter à peu près là : c’est un fait biologique que les hommes prennent un peu plus de place que les femmes, dans le bus ou ailleurs, et sauf des cas pathologiques que nous examinerons ci-dessous, il est normal aussi que les cuisses masculines s’écartent davantage que les féminines. L’idéal serait que sur quatre places en vis à vis, s’asseyent deux couples, ou du moins binômes hétérosexuel, les femmes étant placées en diagonale, de sorte que les genoux des hommes et ceux des femmes constituent une moyenne, et les épaules larges et le bassin mince des hommes s’encastrent avec les hanches larges et les épaules menues des femmes, et tout le monde serait content, sauf si Marie-José Pérec (1m80) se retrouvait à côté ou en face de Tony Yoka (2m01) ; encore faudrait-il qu’ils prennent le bus ! Mais voilà, il faut que les casseurs de couilles (pardon, casseurs de clitoris) des « gender talk » s’en mêlent, et que les aboyeurs médiatiques relaient leurs mots d’ordre sans s’inquiéter de leur pertinence.

« Manspreading » : différences biologiques entre femme (à droite) et homme (à gauche).

Une expérience simple permet de symboliser la conséquence pratique de cette différence biologique. Prenez deux languettes de papier, l’une de 15 % plus courte que l’autre (la femelle moyenne), et pliez-les comme ci-dessus. Vous constaterez aisément que le méchant mâle (bouh ! honte à lui ! Sale macho !) souffre d’une tendance purement mécanique à l’écartement des branches, tandis que la femelle, innocente victime de ce sale macho, souffre d’une tendance purement mécanique au rapprochement des branches, tendance simplement due au fait que les hanches sont en moyenne plus larges chez la femelle que chez le mâle, à moins que ce soit purement culturel et l’effet du port de la jupe, mais alors personne n’oblige plus une femme à porter des jupes ! Et pour les hommes minoritaires dont le bassin est plus large, l’effet écartant des cuisses est contrecarré, mais ils prennent quand même plus de place par la force des choses, sans que leur mauvaise volonté y soit pour rien. À cela s’ajoute sans doute le fait que la personne, homme ou femme, est « supinateur » ou « pronateur ». Les personnes qui s’attaquent aux hommes écarteurs de cuisse devraient aussi faire une pétition pour que les obèses et autres grosses dondons soient interdits d’avion (voir cet article). Nous sommes au XXIe siècle, et il n’y a toujours pas une clause dans le règlement aérien, qui oblige les compagnies aériennes à offrir un contingent de sièges pour les personnes obèses. C’est sans doute une cause qui manque de martyrs, et la grossophobie a de beaux jours devant elle, mais je ne vois pas en quoi les droits des gros au respect seraient plus méprisables que ceux des gays ; ces deux minorités paient leurs impôts, après tout ! À quand une Gros Pride ? Je veux bien compatir au fait que ces malheureuses femelles soient les innocentes victimes d’un Créateur macho qui leur a fait un vagin et des hanches larges pour laisser passer le crâne d’Albert Einstein, quoique la plupart du temps des hanches bien plus étroites suffiraient largement à faire passer le crâne d’un(e) éditocrate d’intelligence moyenne. Mais c’est comme ça, on n’y peut rien, pas plus qu’au fait qu’un pénis est concave, alors qu’un vagin est convexe. Donc pour messieurs et mesdames les journalistes qui voudraient faire leur métier plutôt que de recopier les mots d’ordres des khmers roses, eh bien, bouchez-vous le nez, interrogez des gens dans les transports en commun, et discutez des sujets qui fâchent. Quant à connaître l’avis d’un sale mâle, commencez par le mien. En fait il nous est toujours difficile de nous mettre à la place d’autrui quand nous envisageons une situation, et c’est la paresse de la raison même qui pousse à ce que j’appelle le syndrome de Procuste : on décide presque toujours pour la moyenne, et rarement pour les cas extrêmes. On voit le sale mâle qui prend plus de place que nous, mais on oublie de voir à quel point avec ses 10 cm & 10 kg de plus, il souffre dans un milieu urbain. Mais quand un homme ou une femme s’assoit à côté de moi, je vous assure que, à l’instar de 95 % des hommes je pense – je suis bien élevé et que je fais l’effort de resserrer mes cuisses, et que je n’ai aucune pitié pour le connard qui les maintient égoïstement écartées. Je voudrais juste ne pas prendre pour lui, et d’autre part qu’on relativise la nuisance qu’il incarne par rapport à l’ensemble des nuisances subies dans les transports en commun.
La solution est simple : retourner vivre à la campagne où ces problèmes n’existent pas. Vivre en ville, c’est partager l’espace, et chacun doit se gêner pour autrui, avec un peu de tolérance aussi. Voir les réflexions sur la promiscuité urbaine d’un auteur de S.F., Robert Silverberg, dans Les Monades urbaines (1971). Non seulement j’appartiens à cette sale race des mâles, mais en plus je fais partie de la minorité qui mesure plus d’1,80 mètre. Et encore ai-je la chance, car j’appartiens à la tranche basse de ceux dont le lit de Procuste de la manie du genre voudrait trancher ce qui dépasse. Un article du Monde datant de 2013 nous apprend que « Les hommes européens ont grandi de 11 cm en un siècle » ; tandis qu’un article de Wikipédia confirme qu’en Europe, la différence de taille moyenne entre hommes et femmes varie entre 10 et 12 cm (le tableau publié concerne des adultes de 18 ans, alors que la différence a tendance à s’atténuer après 20 ans ; mais c’est aux journalistes de trouver de meilleures données en s’adressant à des chercheurs plutôt qu’à des éditocrates).
Bien, alors maintenant, comment ça se passe pour un sale macho comme moi ? Les lecteurs de province voudront bien m’excuser de ne parler que de ce que je connais et pratique au quotidien, les transports franciliens. À chacun de l’appliquer à la situation de sa ville. Eh bien voilà : primo, je tâche d’abord de trouver un strapontin, de façon à éviter d’avoir à me contorsionner pour éviter les genoux du passager d’en face, sauf que de plus en plus, je me replie sur les sièges en vis-à-vis de façon à éviter le frôlement des incessants quêteurs crasseux qui se fraient un passage entre les sièges et vous serinent leur éternel discours : « Je sais que vous êtes très sollicités… ticket restaurant… me laver… et bla-bla », juste après que le précédent soit passé au wagon suivant. Donc quand je m’assieds dans des sièges en vis-à-vis, si la voiture est pleine, « couilles de cristal » ou non, je ne les écarte pas ; nuance, mes cuisses s’écartent naturellement, oh ! certes pas autant que celles qu’on voit sur les photos censées appuyer la campagne des gauchistes madrilènes ou des conservateurs franciliens, car je fais attention de ne point gêner mes voisins et voisines. La ruse consistant à croiser les jambes ne marche pas trop quand on est grand, car on bloque le passage, et on retomberait dans une variante du « manspreading », donc seules la plupart des femmes et un petit nombre d’hommes peuvent se le permettre, ce qui peut laisser croire à un observateur superficiel que les hommes font exprès d’écarter les jambes, alors qu’un observateur plus objectif noterait que la plupart des hommes ne peuvent pas croiser leurs jambes sans gêner leurs vis-à-vis. Quand je m’assois dans un bus ou dans un métro, (y compris les catastrophiques nouveaux bus que la RATP nous inflige depuis 3 ou 4 ans, avec les horribles nouveaux arrêts de bus et tutti quanti ; voir cet article), dos à la verticale comme au régiment, plaqué au dossier, mes genoux, selon le type de voiture où je me trouve, à mi-distance des sièges, en-deçà ou au-delà selon les lignes de bus ou de métro (très au-delà sur la ligne 4 ou 6 du métro ; très en-deçà sur les lignes 13 ou 14), me voilà comme une bête de zoo, confronté à mon antagoniste. Si je me trouve (parce que je n’ai pas le choix) à côté d’un homme comme moi d’une taille supérieure à la moyenne, nous devons nous décaler pour tenir en largeur au niveau des épaules, l’un se penche, l’autre se colle au dossier. En général, c’est moi qui me penche, pour lire. Le problème en ce cas n’est pas tellement l’écartement des genoux, surtout si nous avons la chance que les passagers en face soient des personnes de taille inférieure à la moyenne, notamment des femmes. Si nous sommes l’un en face de l’autre, la solution est plus délicate, voire propice à la drague : nous sommes contraints à entrecroiser nos genoux genre rimes croisées, ABAB, à moins que mon voisin d’en face soit mon amoureux ou très réceptif à mon sex-appeal, dans ce cas nous faisons des rimes embrassées, ABBA. Mais quand malheureusement – ô scoumounie – les quatre occupants de sièges en vis-à-vis se trouvent être des basketteurs (et ça doit être déjà pas mal pour des basketteuses), eh bien, cela peut tourner, selon les cas, soit à la baston, soit à la pré-partouze. Par pitié, ne parlez pas de « manspreading », mais tout simplement d’inadaptation du mobilier urbain à l’évolution de la taille humaine. Tiens pas plus tard qu’hier, je me suis retrouve sur un bloc de 4 personnes dans le métro (ligne 12, matériel vieillissant), face à une belle black de grande taille et assez forte de hanche, un chouia plus corpulente que moi. J’ai bien observé parce que je suis concentré sur le sujet en ce moment : nous avons entrecroisé nos genoux en ABAB (nous étions coincés côté fenêtre), et comme elle avait son sac sur ses genoux et qu’elle a constaté qu’il pesait sur les miens, elle l’a remonté, machinalement, exactement comme je le fais moi. Et si, à corpulence égale, les hommes polis et les femmes polies étaient exactement à même enseigne ? En tout cas si des journalistes veulent faire un débat honnête sur la question, je me permets de suggérer qu’ils incluent dans leur panel une femme de ce type, pour voir ce qu’elle pense de la question. Autre exemple. Il s’agit du trouple constitué de Gabriella Papadakis et de Guillaume Cizeron accompagnés de leur entraîneur, lors de la coupe de Chine 2017. À l’issue de leur prestation qui leur vaudra un record du monde de danse sur glace, ils attendent leur note, la femme assise entre ces deux hommes. Si vous regardez la fin de la vidéo en plus de la photographie ci-dessous, vous pourrez constater que ces deux hommes et cette femme sont encastrés, et que les cuisses des hommes, sportifs et très musclés, s’écartent d’elles-mêmes à plusieurs reprises, tandis que celles de la femme pourtant tout aussi sportive et musclée, semblent se resserrer naturellement, elle n’ayant pas l’air de souffrir d’un quelconque « manspreading » de la part de machos malotrus… Au fait, si Guillaume tombe sur cet article et ne sait pas quoi faire ce soir… euh ! revenons à nos moutons !

Gabriella Papadakis victime du manspreading de Guillaume Cizeron.
Gabriella Papadakis & Guillaume Cizeron accompagnés de leur entraîneur, coupe de Chine 2017.

Il serait temps de comprendre que si nous sommes compressés dans les transports, c’est peut-être parce que 1° notre politique concentre volontairement de plus en plus de métropoles urbaines à côté de déserts ruraux et que rien n’est fait contre l’exode rural ; 2° dans ces métropoles urbaines les politiques de transports sont décidées par des gens qui n’empruntent jamais lesdits transports (avez-vous déjà vu un député, un maire d’arrondissement, un président de république dans un bus ou un métro ?), et qui ne demandent jamais leur avis aux usagers. Une recherche Internet avec la formule suivante : « enquête satisfaction usagers RATP » donne un résultat quasi nul, avec en haut de liste des documents vieux de 4 ou 7 ans. Dans le document le plus institutionnel que j’aie trouvé, qui date de 2004, les 6 critères de « satisfaction » sont les suivants : Ponctualité, Information, Gestion des situations perturbées, Ambiance, Accessibilité, Vente. Vous avez dit confort ? Quant à la sécurité, c’est sans doute un gros mot ! Et voilà la nullité politique absolue, de droite comme de gauche, et Valérie Pécresse de foncer tête baissée dans le chiffon rouge du « manspreading ». Si elle avait pris le métro une fois dans sa vie, elle saurait pourtant que ce phénomène, y compris et surtout pour une femme seule (je dis bien une femme seule), est cent fois moins important que le fait de prendre un bus de nuit ou de se trouver dans la cour des miracles que constitue par exemple la station Strasbourg-Saint-Denis en fin de service en week-end, avec ses dizaines de drogués agressifs qui vous toisent dans les couloirs déserts. Mais ce serait sans doute stigmatiser, et il est plus confortable, pour un politicien ou un journaliste, de pointer les hommes en général que certains indésirables que, contrairement aux édiles de la ville de Londres, les incapables et les laxistes de gauche comme de droite que nous avons toujours eu comme politiciens en France notamment au ministère de l’Intérieur et à la tête de la région Île-de-France, laissent entrer en grappes pullulantes dans les transports en commun. Et ces journalistes de foncer tête baissée dans le thème à la mode, sans qu’un(e) seul(e) ait le courage d’aller sur le terrain et de constater réellement ce qui est le plus pénible pour une femme.
On apprend donc par cet article susnommé du journal Le Monde, que les Européens ont grandi de plus de dix centimètres en cent ans, mais est-ce qu’un journaliste a jamais fait un article sur l’écartement et la disposition des sièges dans les transports ? Pour parler de la région Île-de-France, le matériel roulant des lignes de métro sont progressivement renouvelées, avec enfin un matériel qui prenne davantage en compte cette évolution de la taille humaine, et proposent des sièges dans lesquels on peut s’asseoir sans draguer son voisin ; ces lignes (1, 4 (partiellement), 13 et 14), ont adopté une configuration avec 2 sièges en vis à vis d’un côté et 4 sièges de l’autre, et une distance entre les dossiers suffisante pour que l’on ne soit pas coincé contre les genoux du voisin d’en face. D’autres lignes (3, 8), ont adopté des solutions qui me semblent moins ergonomiques. Eh oui, cela fait moins de places assises, mais de toute façon ces lignes sont surchargées, et quand vous êtes debout, vous pouvez vous livrer à tous les attouchements que vous voulez (voir cet article). Maintenant, il faudrait étendre l’enquête aux pays d’Europe où la taille moyenne des hommes et des femmes est bien supérieure à la moyenne française, et voir ce qu’il en est. Aux Pays-Bas par exemple…

Métro de San Francisco, intérieur d’une rame.

Dans plusieurs capitales, le problème des métros bondés et en partie du « manspreading » a été résolu en supprimant les places en vis-à-vis et en les alignant le long des parois des wagons, de façon à dégager le centre, réservé aux passagers debout en cas d’affluence. C’est le cas si je me souviens bien à Londres et Barcelone. Voici un exemple du tout nouveau métro de San Francisco, qui montre bien, pour ceux qui n’ont jamais « perdu leurs girouettes de vue » ou pour les éditocrates qui n’ont pas une connaissance de terrain des transports publics, non seulement le gain de place, mais par l’absence de délimitation entre les sièges, la disparition du syndrome de Procuste, gras et maigres n’étant plus obligés de se caser dans le même moule. Et quant au « manspreading » dans cette configuration-là, eh bien il suffit, lorsqu’on remarque qu’il y a de la place indûment occupée, de dire « pardon » et de s’imposer. Avec cette configuration, l’indélicat écarteur pathologique est bien obligé de replier son tancarville ! Le modèle n’est pas nouveau : on peut voir exactement la même disposition dans le film Les Pirates du métro (1974) de Joseph Sargent, dont l’action a lieu dans le métro de New York.

2. De quelques cas pathologiques.

Alors je sens que la moitié de mes lecteurs qui n’a pas abandonné cet article en fulminant contre ce sale masculiniste qui ose propager des contrevérités si abominablement rétrogrades, se disent : « Quand même, il exagère ». Vient donc le temps de l’antithèse. Oui, proclamons-le haut et fort, il y a des écarteurs pathologiques, et parmi eux, comme le dit Enthoven, 99 % sont des hommes, pour la raison biologique ci-dessus, car les femmes, même mal élevées et désireuses d’emmerder le monde, auraient du mal à la faire de cette façon. Les femmes qui souhaitent manifester leur mauvaise éducation ont d’autres moyens que d’écarter leurs genoux, comme par exemple de poser sur le siège d’à côté, dans l’abribus ou dans le bus, leur précieux sac en peau de couilles de mâle mal élevé [1]. Mais n’est-il pas temps, comme dans tout article qui se respecte, de citer Voltaire ? Dans l’article « Méchant » du Dictionnaire philosophique, on lit ceci : « S’il y a un milliard d’hommes sur la terre c’est beaucoup ; cela donne environ cinq cents millions de femmes qui cousent, qui filent, qui nourrissent leurs petits, qui tiennent la maison ou la cabane propre, et qui médisent un peu de leurs voisines. Je ne vois pas quel grand mal ces pauvres innocentes font sur la terre. Sur ce nombre d’habitants du globe, il y a deux cents millions d’enfants au moins, qui certainement ne tuent ni ne pillent, et environ autant de vieillards ou de malades qui n’en ont pas le pouvoir. Restera tout au plus cent millions de jeunes gens robustes et capables du crime. De ces cent millions il y en a quatre-vingt-dix continuellement occupés à forcer la terre, par un travail prodigieux, à leur fournir la nourriture et le vêtement ; ceux-là n’ont guère le temps de mal faire. Dans les dix millions restants seront compris les gens oisifs et de bonne compagnie, qui veulent jouir doucement ; les hommes à talents, occupés de leurs professions ; les magistrats, les prêtres, visiblement intéressés à mener une vie pure, au moins en apparence. Il ne restera donc de vrais méchants que quelques politiques, soit séculiers, soit réguliers, qui veulent toujours troubler le monde, et quelques milliers de vagabonds qui louent leurs services à ces politiques. Or il n’y a jamais à la fois un million de ces bêtes féroces employées ; et dans ce nombre je compte les voleurs de grands chemins. Vous avez, donc tout au plus sur la terre, dans les temps les plus orageux, un homme sur mille qu’on peut appeler méchant, encore ne l’est-il pas toujours. Il y a donc infiniment moins de mal sur la terre qu’on ne dit et qu’on ne croit. Il y en a encore trop, sans doute : on voit des malheurs et des crimes horribles ; mais le plaisir de se plaindre et d’exagérer est si grand qu’à la moindre égratignure vous criez que la terre regorge de sang. Avez-vous été trompé, tous les hommes sont des parjures. Un esprit mélancolique qui a souffert une injustice voit l’univers couvert de damnés, comme un jeune voluptueux soupant avec sa dame, au sortir de l’Opéra, n’imagine pas qu’il y ait des infortunés. » Que vient faire Voltaire dans cette galère, direz-vous ? Eh bien, si l’on regarde les écarteurs de cuisses, en me faisant crédit que l’écartement des cuisses est involontaire et mécanique, combien dans le lot, lorsque vous vous asseyez à côté d’eux, font l’effort douloureux (songez à leurs « couilles de cristal ») de rapprocher lesdites cuisses pour vous céder une part d’espace vital, et combien les maintiennent ostensiblement écartées avec un regard néandertalien ? Je dis « vous » parce que les hommes, permettez-moi de vous le rappeler, sont en moyenne plus ennuyés que les femmes par les écarteurs de cuisses, du fait qu’ils occupent en moyenne biologiquement parlant, plus de centimètres-cubes que les femmes. Il faudrait prendre en compte, il est vrai, d’un côté la composante drague hétéro – malhabile en l’occurrence ! – de l’attitude, et d’un autre côté une composante misandre de la répulsion des passionarias de la lutte contre le « manspreading ». Misandre ! Le mot est lâché, qui risque de faire lyncher tout mâle qui le prononce ; alors l’écrire ! Autant il est inconcevable dans notre hypocrisie politiquement correcte d’oser penser qu’un seul homme puisse ne pas être misogyne (« Toutes des putes sauf ma femme, ma mère et ma sœur »), autant il est sacrilège de penser qu’une seule femme puisse éprouver fugacement une pulsion misandre (« Tous des sales machos, sauf mon mec, mon père et mon fils »). Il est misogyne de penser qu’une seule femme puisse être misandre, mais il est n’est aucunement misandre de supposer que tout homme est forcément, par nature ou par atavisme, misogyne. Franchement, quand vraiment une femme se trouve offusquée qu’un pauvre type qui mesure 20 cm et pèse 20 kg de plus qu’elle ne sache pas quoi faire de ses jambes et adapte sa position pour ne pas la toucher, et qu’elle le considère exactement comme une racaille qui le fait exprès, est-il sûr et certain qu’il n’y ait pas dans cette répulsion sans discernement, un zeste de misandrie ? Et puis, faut-il qu’on en soit arrivés bien bas si au début du 3e millénaire, on en est encore à considérer comme un crime de se frôler entre peaux mâles et femelles. Un chanteur que j’aimais bien quand j’étais ado, chantait : « La peur de tous ces mecs qui t’écoutent / Qui te fichent / Qui te traquent / Et t’oses plus dire je t’aime à une fille que t’as rencontrée / Un soir à Saint-Germain / Quand tu sais qu’elle aussi, / Elle a peut-être des micros au bout des seins. » (Yves Simon, « Regarde-moi »).
Alors quels sont ces récidivistes, ces écarteurs invétérés ? En général les mêmes qui – en France – ne paient pas leur billet, qui lorsqu’ils sont en groupe et investissent un bus aux trois quarts vides, s’assoient non pas à côté les uns des autres, mais en quinconce, par exemple à trois s’étalant sur deux blocs de 4 places, de façon que les voyageurs qui montent aux stations suivantes soient obligés de se coincer entre eux et de subir leurs incivilités : hurler, s’invectiver, mettre à fond le son de leur smartphone avec un rap agressif, etc. Les mêmes que les casse-couilles et autres dealers qui ont transformé ma petite rue discrète du XVIIIe arrondissement en un enfer. Vous voyez bien de quoi je parle ? Vous visualisez la scène ? Mais bizarrement, les éditocrates qui nous culpabilisent, je veux dire nous les mâles occidentaux contemporains, oublient totalement de pointer des types de mâles particuliers. Non : c’est toujours l’homme de la rue qui doit trinquer pour le 1 pour cent désigné par Voltaire. Car il ne serait pas politiquement correct pour un éditocrate, de « stigmatiser » une catégorie de la population particulière. Donc autant culpabiliser ces mâles de classes moyennes qui sont tellement conditionnés à culpabiliser qu’ils acceptent la critique d’avance, et se précipitent à ânonner des excuses. Et quand on en vient à verbaliser, quand de la pensée on a fait un délit (car c’est ce qui se profile derrière ces éditoriaux vengeurs), le mâle occidental contemporain a l’avantage d’être solvable, alors que l’autre casse-clitoris qui pullule dans des moyens de transports qu’il ne paie pas, lui, roule en BMW mais est rarement solvable. Mais eux, ces éditocrates, ne culpabilisent jamais sur le fait qu’ils envahissent encore plus l’espace médiatique avec l’écartement de leur éternel blabla que ce 1% de mâles voyous envahissent l’espace public des moyens de transport que les éditocrates n’utilisent jamais… Lors de la récente affaire des femmes de la Chapelle (c’est mon quartier, et je connais la situation), qui était à peu près la même problématique que l’affaire des Agressions sexuelles du Nouvel An 2016 en Allemagne, c’est-à-dire des agressions commises à 90 % non pas par l’ensemble des « migrants », mais par une certaine catégorie ethnique à l’intérieur de ces « migrants », et non pas par toute la catégorie ethnique, mais par 5 % de ses représentants ; eh bien, réfléchir à ce « manspreading »-là, cela est à peu près aussi impossible en Europe de l’Ouest actuellement qu’il était impossible au Monde ou à Libé en 1975 d’écrire autre chose que « La ville est libérée ». Ce sont toujours les mêmes, et ils vous expliquent toujours avec la même mauvaise foi agressive que vous avez tort parce qu’ils ont gagné le concours de celui qui est le plus à gauche : fatalité de l’« éditocratespreading » !

3. Chiens de garde et aboyeurs médiatiques.

Et puis ces aboyeurs médiatiques, n’est-il pas amusant de les entendre, à l’instar de Raphaël Enthoven, déclarer que « chacun peut le constater dans le bus et dans le métro chaque jour ». Depuis 40 ans que j’habite en Île-de-France, savez-vous combien de célébrités j’ai reconnues dans le métro ou le bus ? Une, une fois en 40 ans ! Et cela fait 17 ans que je n’ai plus de voiture, et que j’utilise uniquement les transports en commun ou vélibs. Cela dit je comprends tout à fait que des célébrités n’aient pas envie de se faire prendre à partie ou en photo cent fois par jour dans le métro ; mais dans ce cas, qu’ils évitent de parler de ce qu’ils ne connaissent pas, et laissent la parole au peuple. L’amovible député maire de ma circonscription et ancien ministre de l’Intérieur, Daniel Vaillant, qui s’est fait jeter au premier tour des élections législatives cette année 2017 avec moins de 7 % des voix alors qu’il était député depuis 14 ans, je ne l’ai vu je ne dis pas même dans les transports, mais dans la rue, qu’une fois avant chaque élection, non pas dans, mais à l’entrée du métro. S’il y était descendu une fois dans sa vie, peut-être aurait-il constaté des choses qu’il aurait eu l’idée de faire changer, et peut-être aurait-il donné aux gens l’envie de le réélire. Donc quand des « people » parlent de transports en commun, entendez « taxi » et laissez-moi rire. Les médias malheureusement ne s’invitent qu’entre eux. Prenons un exemple récent, un bref buzz concernant justement la nouvelle députée de ma circonscription, Danièle Obono. J’ai été estomaqué d’entendre longuement sur France Culture un « chien de garde » nommé Jean-Michel Aphatie venir baver ses arguments étriqués sur des vétilles reprochées à cette femme. Mais ce n’est pas lui le problème, c’est le fait que même à France Culture, quel que soit le sujet, on ne s’auto-invite en réciprocité qu’entre chiens de garde, sans aucune modification 20 ans après parution de Les Nouveaux Chiens de garde de Serge Halimi. Des gens qui, comme les vieux politiciens qu’on a foutus dehors à coups de pieds au cul cette année 2017, n’ont pas eu une idée nouvelle depuis trente ans, des gens qui ne fréquentent pas le métro et glosent sur le métro, qui ont des idées sur tous les sujets qui ne les concernent pas. Le problème c’est que ces gens-là, inamovibles, ne sont pas élus, et qu’on peut se les taper à blablater entre apparatchiks, jusqu’à bien au-delà de l’âge de départ en retraite, suçant leur os jusqu’à ce qu’il ait fondu comme un glaçon. Partager l’antenne ? Vous n’y pensez pas ! Inviter, en lieu et place des vieux éditocrates, de simples citoyens auteurs de blogs qui ne soient pas des blogs affiliés à Libé, au Nouvel Obs, au Monde, etc. ? Non, mais ce serait de la démocratie, vous n’y songez pas ! Comme des obèses qui s’étaleraient sur deux ou trois sièges d’avion, ces éditocrates, forts de leur célébrité, cumulent les émissions à la télévision, à la radio, les éditoriaux de presse écrite et les tribunes à la radio en plus de leur émission attitrée, ponctionnant à chaque fois une rétribution, souvent d’argent public, au détriment de plumes plus jeunes et talentueuses. Montaigne disait : « Et au plus eslevé throne du monde si ne sommes assis que sus nostre cul » (Essais, III, 13), mais eux, ils ont cinq culs ! Si Raphaël Enthoven a été si nul sur la chronique citée ci-dessus, ce n’est pas qu’il soit nul, au contraire, c’est un producteur talentueux, et je garde un grand souvenir de ses Nouveaux chemins de la connaissance qu’il anima jadis sur France Culture. Mais comme tous les éditocrates, il faut qu’il cumule chroniques radio, émissions de télé et de radio, séminaires grassement rémunérés, séminaires gratuits, tout cela en plus des dîners en ville, entrevues et missions officielles en tant qu’expert. Comment voulez-vous être génial 24 heures sur 24 ? Parmi les incessantes polémiques entretenues par ce type de gloseurs, citons par exemple le scandale autour du film Underground (1995) d’Emir Kusturica. Les éditocrates Alain Finkielkraut (par ailleurs talentueux et intéressant) et Bernard Henri-Levy publièrent dans Le Monde et Le Point, des tribunes au vitriol en reconnaissant n’avoir pas pu voir le film ! Que selon le principe de l’« éditocratespreading », des people éprouvent une envie naturelle de se soulager en ouvrant leur baguette à blabla dès qu’ils ou elles rencontrent un micro ou une gazette, c’est une chose, mais que des journalistes soient assez serviles et paresseux pour tendre leur micro toujours aux mêmes personnes et ne pas faire la recherche, d’autant plus facile à l’époque d’Internet, de simples citoyens qui ont vraiment des choses utiles à dire, c’est un signe qu’il y a quelque chose de pourri dans la démocratie. Même des personnalités que j’ai toujours admiré finissent par se prendre au jeu de l’éditocratie, abusant de leur position dominante de people pour se jacquesattaliser. Ainsi, Michel Onfray se prononce en juillet 2017 contre la tauromachie, avec des arguments pas très sérieux. Francis Lalanne également se ridiculise en fondant un « Mouvement 100 % », censé fédérer toutes les nombreuses mouvances écolo, qui culmine poussivement à ramasser 1 % des voix aux législatives, ce qui ne l’empêche pas de hurler avec les loups contre Marie Sara, non pas sur ses idées, mais sur son métier de toréador. Lui qui m’avait appris la tolérance, le voilà devenu parangon d’intolérance… Et comme tous ces cumulards prennent toutes les places, il ne reste plus rien pour les autres. Depuis dix ans que je fournis le présent site, je n’ai été invité qu’une fois à parler à France Inter, mais c’était pour mon livre autoproduit, pour lequel j’avais réussi l’exploit d’obtenir un article dans Le Monde. Depuis, chaque fois que j’ai proposé un article d’opinions au Monde, à Libé ou à je ne sais quoi, ça a été « non », point barre, et quelques jours plus tard, je voyais paraître un article médiocre sur le même sujet signé par un éditocrate. Comme dirait Léo Ferré, laissez penser les « spécialistes » de la pensée congelée ! Les journalistes, en fait, étant très sollicités par des lobbyistes qui passent moins de temps à créer de la richesse intellectuelle qu’à se faire de la pub, n’ont quasiment jamais la curiosité de rechercher par eux-mêmes leurs ressources. Ils picorent parmi ceux qui leur gueulent le plus fort dans les oreilles, un peu comme ceux qui font des micro-trottoirs, qui tombent forcément sur les grandes gueules et les branleurs, jamais sur les intelligents qui sont en général timides (et en « banlieue difficile », cela aboutit à n’interroger que des garçons fainéants, quasiment jamais de filles). J’ai eu droit à une exception, avant même l’existence de ce site. Jacques Raffaelli, le rédacteur en chef de Pref mag était tombé sur un article sur le site du Collectif HomoEdu et avait été intéressé par l’idée d’Altersexualité. Il avait donc pris rendez-vous pour un article, et finalement il décida de consacrer un dossier entier, qui parut dans le n° 19 (mars-avril 2007). Il fit lui-même les illustrations du dossier. Malheureusement la concurrence avec le torchon nommé Têtu, que j’appelais plutôt bulletin de liaison du fan-club de Mylène Farmer tourna à l’avantage de celui des deux qui était financé par un millionnaire, au détriment de celui qui avait du talent, et Pref mag, hélas, fit faillite avant Têtu. Il faudrait quand même arriver à comprendre que le fait que les médias français appartiennent en quasi totalité à des magnats de l’industrie pose un réel problème de démocratie. Mon amie Agnès Vinas, webmestre du site de référence Lettres Volées, ainsi que d’un autre site de référence consacré aux humanités, m’a confirmé n’avoir jamais été approchée par aucun journaliste dans son domaine d’expertise. Elle a remarqué le même mépris du côté des « pédagocrates », qui souvent la pillent sans la nommer, alors que dans les stages académiques, son site est très connu des collègues et fait souvent l’objet d’éloges. Au lieu de lui décerner les palmes académiques, on l’ignore, et les profs médiatiques ramassent les palmes (elle ne m’a pas dit cela, c’est moi qui l’imagine). Un contre-exemple est le site du Ciné-club de Caen tenu en fait par un seul auteur, Jean-Luc Lacuve, qui a eu les honneurs d’articles dans la presse ; mais de là à être invité à causer dans le poste, il peut sans doute attendre l’âge de la retraite ! Ce qu’il faudrait, c’est créer une sorte de syndicat ou d’association de blogueurs indépendants. Il existe peu de choses en France de ce type. J’ai trouvé un club des médecins blogueurs et un article de Jeune Afrique sur des « associations de blogueurs, émergence d’un contre-pouvoir » en Afrique de l’Ouest. Ces dernières réunissent beaucoup de comptes Twitters, ce qui est compréhensible, car leur coalition consiste surtout à échapper à la censure et à jouer un rôle politique, et les blogueurs ont sans doute moins qu’en Europe les moyens de payer de vrais sites gratuits. Reste à trouver des idées pour fédérer les blogueurs de toutes catégories, ou alors par branches, à l’image des médecins… Je paierais volontiers une cotisation annuelle pour une sorte de syndicat qui me soutienne en cas de souci, me donne de la visibilité, et proteste avec plus de force que chacun dans son coin auprès des médias de masse sur leur mépris de ces voix citoyennes. Dans mon idée, il faudrait exclure de ces syndicats les pages de réseaux sociaux, qui bénéficient déjà d’une cohésion de groupe, ainsi que les sites trop vérolés par la pub. Comment se fait-il qu’en fait de « téléréalité », il n’existe toujours pas (à ma connaissance) ni en radio, ni en télé, des émissions régulières donnant la parole à des blogueurs et blogueuses de tous types ? La démocratie réelle reste à inventer.

4. Le syndrome de Procuste.

De l’avantage et de l’inconvénient d’être plus grand que la moyenne dans les transports ou ailleurs. Le matériel que nous utilisons est souvent taillé non pas pour les plus grands ou pour les plus petits, mais pour l’être humain de taille moyenne. J’appellerai donc « syndrome de Procuste » la tendance à ignorer délibérément les problèmes que cela peut poser. Il y a les cas où les plus petits sont gênés, et sont contraints à faire appel à l’urbanité des autres, à l’image de la vieille dame qui vous demande de lui choper la bouteille de téquila qui est sur le rayon du dessus. Il y a des cas où la solution serait de prévoir à la fois pour les petits et pour les grands, juste en ayant conscience de la difficulté. Les tableaux exposés dans les musées sont plutôt visibles pour les adultes de taille moyenne, là il est difficile de faire autrement, mais les panonceaux qui portent les noms des œuvres sont mis en général à un endroit qui les rend illisibles pour une partie des visiteurs, car ils sont conçus pour le visiteur moyen, censé avoir une bonne vue et une bonne santé. Il a beau y avoir un espace vierge de deux mètres entre deux tableaux, le panonceau restera minuscule, imprimé dans une police de 12, avec une barrière de sécurité qui vous interdit de vous en approcher. Peu importe, le jeune homme ou la jeune femme qui a pour mission de les poser n’a pas de problème de vue, il est dans la moyenne… Pourtant le seul fait de les faire plus grands et d’utiliser une police plus élevée devrait permettre à presque tout le monde de les lire. De même dans les arboretums, avez-vous remarqué que les étiquettes d’identification des arbres sont la plupart du temps accrochées à 2 m de haut, illisibles, notamment pour les enfants pour qui elles sont pourtant le plus utiles. Revenons à nos moutons.
Lié à cette fameuse différence de taille entre garçons et filles et à ce comportement toujours forcément coupable des mâles humains dans le contexte de l’urbanisme et de l’urbanité, voici un problème dont peu de gens ont pris conscience, occupés qu’ils sont à punir les mâles coupables. Dans le domaine du mobilier scolaire, personne dans les administrations ne semble avoir compris que les Français ont gagné 11 cm dans le dernier siècle, et que les tables d’école elles, n’ont pas grandi. Nous voyons désormais des garçons qui soulèvent avec les énormes bielles de leurs jambes des tables de nains, et qui, pour peu qu’ils soient un peu en difficulté ou s’ennuient, sont gênés par ce carcan, et cherchent tous les moyens pour y échapper, ce qui fait qu’on les gronde à tout instant, et cela se produit à l’adolescence, période de forte croissance, dont les articles mentionnés ci-dessus précisent qu’elle est plus précoce chez les garçons. De fait, cela n’est pas très grave, diront les technocrates partisans de la gestion à la Procuste : cela ne touche que 5 % de la population, et parmi ce pourcentage, ce sont à 90 % des hommes, donc de la graine de voyous coupables de « manspreading », donc continuons à les laisser souffrir et à photocopier jusqu’à la nuit des temps le même bon de commande pour des tables d’école des années trente… Voyez par exemple sur cette page d’un vendeur de mobilier scolaire, en bas de page, la norme de hauteur de tables. Vous verrez qu’il faut attendre la dernière ligne pour trouver une hauteur de 82 cm destinée, je cite, aux « adultes de grande taille », soit « 174 à 207 cm ». Et la catégorie 6, qui est celle que l’on trouve dans 95 % des établissements scolaires du secondaire de France je crois (j’ai vu un contre-exemple lors d’un stage, dans une salle du lycée Saint-Exupéry de Créteil, mais pas dans d’autres salles du même établissement), est celle de la hauteur de 76 cm, hauteur qui existe depuis que j’étais élève (j’avais récupéré une table de cette époque lors d’un écrémage de mon collège), et cette hauteur est destinée, sans rire, aux « primaire / collège / lycée / adultes », dont la taille varie de… 159 à 188 cm ! Et pourtant, l’école est un des rares services publics dans lequel les usagers soient constamment consultés, où ils aient leurs entrées, mais aucun parent d’élève (ni élève) ne proteste jamais contre cette forme de maltraitance que subissent les adolescents de grande taille et qui serait facile à régler en ajoutant une ligne aux bons de commande…

L’une des différences entre hommes et femmes, est que ces dernières ont toujours été dispensées de se livrer aux réjouissances de la boucherie guerrière, discriminées qu’elles étaient. Sinon, elles auraient pu se plaindre également du « manspreading » dans les tentes, comme le signale Émile Zola dans La Débâcle : « Maurice et Jean s’étaient glissés sous la tente, où déjà Loubet, Chouteau, Pache et Lapoulle se tassaient, la tête sur leur sac. On tenait six, à condition de replier les jambes. ». « Replier les jambes », eh oui, des soldats pouvaient le faire sans se plaindre sur les champs de bataille de 1870 lorsqu’ils devaient se serrer dans un matériel exigu, mais cela semble désormais hors de question en temps de paix dans des véhicules exigus entre hommes et femmes. L’urbanité n’est plus ce qu’elle était… Ah au fait, si, il y a aussi désormais des femmes qui ont droit à ces réjouissances militaires, à l’instar de Viyan. Mais est-ce que les tentes pour hommes sont plus grandes que celles pour femmes, ou bien est-ce encore le syndrome de Procuste qui prévaut ? Quand je fais des voyages de randonnée en petits groupes, ma hantise est les nuits en tente, car je suis contraint de m’y coller à un individu que je ne connais pas, avec les pieds et la tête qui touchent des deux côtés et mes insomnies qui me font m’agiter dans tous les sens. Mais allez expliquer ça à la personne qui s’occupe des achats de matériel et qui mesure 1m65 ! Voulez-vous un autre exemple historique ? Robert Antelme, dans L’Espèce humaine (1947), raconte un trajet en wagon à bestiaux lorsque les SS, fuyant l’avancée des alliés, exfiltrent leurs prisonniers vers Dachau. Ceux-ci, ceux qui ont survécu à ce stade de la guerre, sont dans un état indescriptible, mais les voilà dans un transport en commun puissance dix, en butte au « manspreading » le plus « manspreading » ever in the world : « On a commencé par enlever les souliers, on les a mis sous la tête, puis on s’est allongés. Celui qui était en face de moi était très grand, et ses pieds écrasaient mon sexe ; j’ai pris le pied, et j’ai essayé de lui faire plier la jambe, mais il la raidissait ; je l’ai soulevée et l’ai posée à côté. Il a râlé : — Tu peux pas rester tranquille ? J’ai laissé retomber sa jambe, qui a écrasé ma cuisse. Alors, à mon tour, j’ai allongé mon pied, et j’ai senti sa figure sous mon pied. — Dégueulasse ! — T’as qu’à retirer ton pied ! Il a pris mon pied, il l’a soulevé et il a écarté ma jambe qui est retombée sur la cuisse de son voisin. — Tu nous fais chier ! a gueulé le voisin qui s’est mis à pédaler de toutes ses forces. H…, qui était à côté de moi, a reçu les jambes sur les siennes, et il s’est mis lui aussi à foutre des coups de pied. Il n’y avait pas de place pour caser les jambes. Ceux qui les premiers se lassaient de lutter étaient écrasés. Dans l’autre moitié du wagon, c’était la même chose. Le wagon hurlait. Dans le noir, les jambes emmêlées faisaient des nœuds qui se défaisaient violemment : aucune ne voulait être écrasée. Ce n’était qu’une lutte de jambes. Les yeux fermés, on s’abandonnait à ce grouillement comme si le corps avait été absent au-dessus du ventre. À la fin, les jambes retombaient, épuisées, elles consentaient à être écrasées par d’autres plus fortes. Mais les plus forts voulaient toujours être les plus forts, s’étaler sur un lit de jambes. Alors les plus faibles se révoltaient et, dans le noir, le grouillement reprenait, les jambes repartaient de tous les côtés. La lucarne n’indiquait plus rien, elle était noire. Ça se passait au milieu du wagon. On sentait la figure sous le pied ou le pied sur la figure. Ça gueulait dans le noir. Mais cette lutte était épuisante, et les jambes à la longue retombaient. Écrasées ou non, ennemies et collées ensemble, elles acceptaient. »
Dans les théâtres à l’italienne, malgré des réfections coûteuses, assister à une pièce de Claudel quand on mesure plus d’1m 80 demeure un calvaire digne de Procuste. Vous avez les genoux comprimés contre le dossier de la rambarde ou du siège de devant, vous souffrez le martyre, et comme le public des théâtres à l’italienne n’est pas celui de la ligne D du RER, vous vous torturez vous-même pour ne pas effleurer la frêle jeune femme qui mesure 20 cm de moins que vous, à votre gauche, ni la grosse dondon qui cale sa graisse dans la pourpre à votre droite. J’ai fini par régler le problème en glissant du théâtre au cinéma, et en ne fréquentant que des salles de cinéma construites dans les 30 dernières années. Dans les vieilles salles, le syndrome de Procuste est inévitable car parmi les personnes chargées d’une éventuelle prise de décision de sacrifier 10 % des places, donc 10 % des revenus de ce théâtre du XIXe siècle ou de ce cinéma d’art et d’essai pour le confort des spectateurs du XXIe siècle, il y a peu de chance que la majorité mesure plus de 1m80. Alors, comprimez-vous les gars, souffrez pendant trois heures de Claudel, et supportez le regard noir de la frêle jeune femme du fauteuil d’à côté qui vient d’entendre l’émission sur le « manspreading »…
Dans les cinémas, sauf quelques poussiéreuses salles d’art et d’essai, ce problème n’existe guère. Il faut souvent se frayer un passage entre les psychopathes qui arrivent dès l’ouverture de la salle et s’assoient en bout de rangs. Il faut supporter les hommes (une femme saurait-elle coupable de quoi que ce soit ?) qui monopolisent, même quand la salle se remplit à vue d’œil, les deux sièges à côté d’eux par leurs sacs, et posent leur manteau sur le siège de devant. Dans les salles modernes, il arrive qu’on puisse croiser et décroiser les jambes pour supporter les 2h30 ou 3h d’un Tarkovsky ou d’un Scorsese. Je ne fréquente plus les usines à cinéma où le chiffre se fait davantage avec les cornets à pop-corn qui couvrent les bruitages des films intimistes ; alors ne reste que l’homérique bataille de l’accoudoir ; sujet dont j’ai traité naguère dans ce billet.
L’écartement des sièges d’avion n’est pas un sujet sur lequel la commission européenne ait daigné se pencher, elle qui a corseté notre monde marchand de dizaines de milliers de normes. Je me souviens notamment de vols courts sur la compagnie Iberia, dont je ressortais les genoux meurtris contre le dossier de devant, pris comme dans un carcan médiéval, impossible de se mouvoir pendant une heure et demie. Eh oui, les économes chargés de la commande des avions ont constaté qu’en se basant sur la taille moyenne de l’être humain, on casait tant de rangs de sièges de plus dans une carlingue, sans parler de la largeur moyenne. Et le problème n’est pas près de se régler avec les vols low cost. J’ai même été dégoûté, en prenant à deux reprises l’A380, ce fleuron de l’industrie européenne, de constater qu’on avait sacrifié le confort des passagers de plus d’1m80 à la rentabilité à courte vue. Heureusement, pour les vols intercontinentaux, la même compagnie Ibéria vous concède quelques centimètres de plus, mais quand on mesure 2 mètres, je suppose qu’il faut avoir les moyens de la classe affaire. Mais comment les technocrates de l’UE pourraient-ils savoir qu’il existe un problème d’écartement des sièges dans les avions, vu que ce problème ne concerne que la plèbe qui voyage en classe éco, alors qu’eux, qu’ils mesurent 1m60 ou 2m, voyagent en business ?
Voici une photographie prise dans un moyen-courrier de la LOT, compagnie polonaise, en 2017. Vous pouvez constater que mes genoux sont encastrés dans le siège de devant. Je me trouvais coincé sur le siège central d’une rangée de trois, entre deux femmes bien plus petites que moi, heureusement elles n’avaient pas le couteau féministe entre les dents, mais qu’aurais-je pu faire ? Et je ne mesure qu’1m82 ! Comment font les basketteurs ou basketteuses qui voyagent dans le même avion ? À comparer avec une photo identique dans un bus coréen du sud.

Un masculiniste aux grands pieds coincé dans le carcan d’un siège d’avion.
Bien fait pour lui !

5. L’arbre du « manspreading » qui cache quelle forêt ?

Dans Sur la télévision de Pierre Bourdieu, un court ouvrage fondamental, il déclare : « si l’on emploie des minutes si précieuses pour dire des choses si futiles, c’est que ces choses si futiles sont en fait très importantes dans la mesure où elles cachent des choses précieuses » (p.17). L’enquête diligentée par Valérie Pécresse, uniquement focalisée sur ceux qui sont d’avance désignés comme coupables par la formule « manspreading », ne risque pas de révéler des faits autrement plus importants. C’est que ça fâcherait et ça risquerait de révéler l’incurie des sociétés de transports et des décideurs depuis des décennies. Il y a donc de véritables causes d’insatisfaction des femmes et des hommes usagers des transports. Je pense que même les féministes les plus enragées devraient reconnaître que le « manspreading » est loin de venir en premier dans la liste des sujets de mécontentement dans les transports franciliens (j’ai consacré un article entier à cette question de la vraie insécurité des femmes dans les transports). Je fais ma liste ; à chaque lecteur et lectrice de situer où se place le « manspreading » en ordre de gravité…

  1. Les fraudeurs dans les bus qui se faufilent devant le boloss que vous êtes (ou par la porte de derrière), et se précipitent sur les places assises pendant que vous peinez à valider votre carte Navigo. Dans le métro c’est pire, ils se collent à vous plus ou moins sans prévenir dans un tourniquet, ce qui pour une femme, j’imagine, doit être dix fois pire que de supporter un écarteur de cuisses, mais chut, il ne faudrait pas stigmatiser ces petites ordures. Et la certitude que ces parasites ne paieront jamais d’amende alors que vous, si vous avez le malheur de ne pas valider, comme vous êtes solvable, les contrôleurs ne vous rateront pas.
  2. Les bus de nuit livrés à des voyous, qui cumulent en toute impunité non pas seulement le « manspreading », mais tous les comportements incivils possibles, fument (tabac ou joints), mettent de la musique à fond, discutent à voix haute, insultent les gens et harcèlent notamment les femmes au cas improbable où une femme seule se risquerait dans une telle zone de non-droit.
  3. Les stations de métro en fin de service, voire toute la journée (ma station Marx Dormoy est sans doute le pire exemple de tout le réseau), livrées à des drogués au comportement souvent agressif. Prière aux sceptiques de faire un tour à Strasbourg-Saint-Denis un samedi soir pour constater l’étendue des dégâts.
  4. Annonces de sécurité toutes les deux minutes en quatre langues dans le métro, que plus personne n’écoute, mais qui vous mitraillent les tympans et vous empêchent de lire ou de penser à autre chose. Chacun sait pourtant qu’un message matraqué n’est plus entendu, et qu’au contraire un message isolé a plus de chances de passer.
  5. Absence de sièges dans certaines stations, remplacés par des « appuis ischiatiques ». Les pires de tout le réseau se trouvent à ma station Marx Dormoy : deux gros tubes l’un pour appuyer le dos, l’autre pour les fesses ; mais les « djeunes » incivils posent les pieds sur le 2e, de sorte que les vieux comme moi ou les femmes enceintes sont obligés de s’assoir sur les traces de ce dans quoi ces merdeux ont marché. Voilà encore un « manspreading » dont on oublie de causer. Il suffirait pourtant que des agents de sécurité passent et verbalisent ce type d’incivilités, mais surtout qu’on réinstalle des sièges dignes de ce nom, et qu’on vire les indésirables des quais, plutôt que de justifier de leur présence pour punir les usagers qui paient leur ticket. Et dans les stations où on nous octroie des sièges, comme la station Marcadet-Poissonniers (ligne 12) refaite à neuf en 2017, j’ai constaté avec consternation que les sièges étaient réduits à la portion congrue, uniquement aux rares endroits dépourvus d’affiches de pub ! Eh oui, pour les gestionnaires de la RATP, l’usager est à la fois un obstacle à la vision de la pub, et un produit qu’on vend aux annonceurs. Voyez sur cette photo : il faut marcher jusqu’au milieu du quai, après les trois immenses affiches, pour avoir des sièges…
    Station Marcadet-Poissonniers (ligne 12) rénovée en 2017.
    Pas de sièges, cela empêcherait de contempler les pubs !
  6. Absence de climatisation dans les tout nouveaux bus et sur la plupart des lignes de métro, et même absence de lumière, économies de bouts de chandelles faites sur le petit peuple. La « gauche plurielle » et ces [censurés] d’écolos de [censuré] nous ont forcé la main pour que nous utilisions les transports en commun, mais nous y sommes traités comme du bétail, et par 38° à l’ombre, plus de clim — « ça pollue » – et tant pis si l’on arrive au boulot baignant dans notre sueur, et tant pis si le matin en hiver on n’arrive plus à lire dans la pénombre. Aucun de ceux qui prennent ce type de décisions ne prennent ces transports, comme Valérie Pécresse et ses prédécesseurs, donc ils s’en branlent, tandis que le « manspreading », ça c’est un problème ! Que d’anciens matériels soient obsolètes et qu’on ne puisse les changer que progressivement, c’est une chose qu’un contribuable peut comprendre, mais que le nouveau matériel soit en régression par rapport à l’ancien, c’est inacceptable.
  7. Les incessants quêteurs et autres « musiciens » roumains qui se relaient dans les wagons.
  8. Pendant les années électorales, les jeunes pousseurs du RER, engagés en CDD pendant six mois dans l’unique but de faire provisoirement baisser les chiffres du chômage, au lieu de créer de véritables emplois de contrôleurs, qui permettraient, plutôt que de nous compresser contre les fraudeurs, que nous soyons moins serrés. Ça m’enrage d’entendre ces morveux me parler à l’impératif (un stage dans le métro et le bus londoniens serait utile pour tous les employés de la RATP, du plus haut au plus bas de la hiérarchie).
  9. La sonorisation minable des bus comme des métros qui fait qu’on entend trop bien les annonces de sécurité mille fois par jour, mais que dès qu’il y a un problème et une annonce spécifique, on ne capte qu’un lointain gargouillis. Très agréable pour les touristes quand vous êtes sur le chemin de l’aéroport, et que ladite annonce n’est faite qu’en français avec l’accent de Toulouse (exception : le tram périphérique, où j’ai pu entendre distinctement le message d’une conductrice !)
  10. L’invasion publicitaire (panneaux vidéo en plus du reste ; plaques collées sur les bus qui gênent la visibilité, et tous les gadgets nouveaux de harcèlement publicitaire qu’on ajoute aux anciennes pubs, sans jamais en enlever une ancienne mode quand on en ajoute une nouvelle mode) La même invasion publicitaire a eu lieu sur les ondes des radios publiques (merci Sarko et Hollande), et moi qui suis un auditeur quotidien de ces radios qui nous gonflent avec le « manspreading », je n’ai jamais entendu la moindre émission, que dis-je, le moindre commentaire sur cet « adspreading »… c’est vrai qu’il faudrait des journalistes courageux. Voir par exemple sur France Culture une émission qui traitait en 2011 de l’invasion publicitaire… partout sauf sur France Culture ! À Madrid où s’est mise en place cette campagne de castration des mâles, la station centrale du réseau a été vendue à la pub, et débaptisée, de « Puerta del sol » à « Vodafone sol », castration symbolique de la fierté espagnole qui ne semble guère préoccuper les gauchistes de la municipalité : le « manspreading », ça c’est un problème !

Nous voilà rendus à 10 faits qui me gênent bien davantage que le « manspreading », lequel m’énerve aussi un peu, bien sûr, mais beaucoup moins que d’avoir à supporter les éditocrates et les politocards qui nous gonflent avec cette mode au lieu de se préoccuper des vrais problèmes de la vie urbaine et des transports. Et vous ?

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Lionel Labosse


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[1Et il faut une énergie considérable pour faire accepter à mes élèves de poser leur précieux sac à main (un sac de cours, c’est fait pour les boloss) par terre et non sur le siège à côté.