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Mieux vaut un innocent en prison qu’un coupable en liberté.

Sandra Muller, superstar de la calomnie

Haro sur le mâle blanc hétérosexuel occidental !

samedi 5 octobre 2019, par Lionel Labosse

Sandra Muller, l’héroïne de #balancetonporc, égérie de la délation propre sur elle, a été condamnée le 25 septembre 2019 pour diffamation à l’encontre d’Éric Brion, qu’elle avait accusé le 13 octobre 2017 par un « tweet », lançant le fameux hashtag, repris deux jours plus tard sur un mode moins agressif par #metoo. L’audience avait eu lieu le 29 mai 2019, et le jugement est tombé 4 mois plus tard. Quatre mois pendant lesquels ce fut le silence radio sur ce procès, ce qui est normal mais qui tranche avec les mises en accusations médiatiques d’hommes, où la déontologie journalistique en vogue est de lyncher d’abord, et d’informer après. Si je trouve cela légitime en cas d’élections présidentielles par exemple, car il s’agit d’élire quelqu’un qui après cela risquerait d’être couvert par une immunité, je trouve que dans les autres cas, surtout quand il n’y a pas mort d’homme, on pourrait attendre un jugement avant de traîner un être humain dans la boue devant la foule. Prenons l’exemple de la fraude fiscale, qui me semble cent fois plus dommageable pour la collectivité qu’un SMS de drague : la délation journalistique s’est faite plutôt discrètement et en respectant la déontologie, et l’État, c’est-à-dire nous, en a profité, comme il ressort de cet article. En attendant le résultat de l’appel annoncé par l’avocat, on s’étonne de la retenue des articles de la presse autorisée, qui demeure extrêmement polie à l’égard de la coupable, et considère sa victime comme quantité négligeable, comme elle le fit pour les victimes de l’affaire Outreau. La presse ne consent à se remettre en cause qu’à partir du moment où il y a suicide. Voici donc quelques réflexions sur cette fake news qui a fait couler beaucoup plus d’encre que son dénouement.

Un drame de l’hétérosexualité

Un homme rencontre une femme lors d’une soirée. La victime (l’homme, faut-il le repréciser ?) est un hétérosexuel. Soyons tolérants, mais la tolérance a ses limites. Cet hétérosexuel trouve la femme à son goût. Éric Brion a précisé dans sa tribune du Monde le 30 déc. 2017 : « je n’ai jamais travaillé avec Sandra Muller. Je n’ai jamais été son collaborateur ou son supérieur hiérarchique » ; « J’ai effectivement tenu des propos déplacés envers Sandra Muller, lors d’un cocktail arrosé très tard dans une soirée, mais à une seule reprise. Elle me plaisait. Je le lui ai dit, lourdement. Et une seule fois, je tiens à le préciser. » Elle d’ailleurs reconnaîtra dans une entrevue à l’Obs : « Après, je pense que les réactions violentes n’étaient pas toutes infondées. C’est la tempête que j’ai semée sans préméditation avec mon hashtag #Balancetonporc. La formule n’était pas très élégante, c’est certain, mais un geste inapproprié ou un viol, ce n’est pas très élégant non plus ». Elle a donc des regrets – comme lui – mais ne trouve pas – comme lui – les mots appropriés pour s’excuser – ne s’excuse d’ailleurs pas – car juste après avoir avancé une manière de regret, évoquer « un geste inapproprié ou un viol » alors qu’en l’occurrence il ne semble y avoir eu qu’un texto (certes d’une violence inouïe), c’est un peu à côté de la plaque – comme lui. L’histoire ne précise pas comment cet hétérosexuel avait obtenu le 06 de cette femme à qui il a eu le malheur de ne pas plaire, mais tout cela s’est fort mal terminé pour lui, et peut-être pour elle – sauf à savoir à la fin des fins si à l’instar d’Éric Zemmour dans un autre créneau, les royalties du livre et autres recettes induites par la notoriété, ne compensent pas largement la note de frais prononcée par le tribunal. Nous faudra-t-il désormais, lorsque nous demanderons le 06 d’une personne, assortir cette demande d’un formulaire en trois exemplaires à faire signer certifiant que le numéro aura été donné en toute connaissance de cause, sans extorsion ?

Pour une drague non violente

Dans un premier temps, conseillons aux dragueurs invétérés, sport de plus en plus dangereux si en plus d’être hétéros ils ont le malheur d’être white, la lecture de Seuls ensemble, de Sherry Turkle (L’échappée, 2011). On y apprend que dans certains cas – et l’amour en est un majeur – le texto n’est pas forcément le meilleur canal. Une lettre, une invitation à déjeuner, un bouquet de fleurs, c’est pas mal aussi. On hésite à suggérer à nos amis hétéros une main délicatement posée sur la main de l’aimée, ou sur le genou. Comme l’ont très justement relevé les femmes signataires de la magnifique tribune « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », parue dans Le Monde le 9 janvier 2018 : « Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque ».
Ce n’est pas une idée en l’air, car fin octobre 2017, le ministre britannique de la défense – un hétérosexuel, faut-il le préciser ? – démissionnait pour avoir posé à plusieurs reprises sa main sur le genou d’une journaliste, laquelle s’était contentée de relater l’anecdote sans vouloir en faire ni buzz ni business. L’innocente ignorait que ce geste aurait pu lui valoir à elle un best seller, une renommée mondiale, des micros ouverts sur toute la planète, et beaucoup de fric. Et puis on se souvient du pitoyable Bruno, héros des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, qui regrettera pendant des dizaines d’années cette scène où il avait posé sa main sur la cuisse de Caroline Yessayan au cinéma, cet idiot, au lieu de la poser sur la main de la donzelle !
Les relations entre filles et garçons – s’ils et elles ont le malheur d’être hétérosexuels – ne vont pas de soi, et on plaint cette minorité invisible. Un conseil, les garçons, draguez plutôt les mecs, c’est moins risqué par les temps qui courent : chacun chez soi, et les cochons seront bien gardés ! Bref, à supposer que le pire ait été commis : le texto d’une violence sexuelle sans nom (pensez-donc : dire à une femme qu’elle a « de gros seins », quelle agression ! Qu’elle est « [s]on type de femme » : quelle vulgarité ! Qu’on « [va la] faire jouir toute la nuit » : quelle prétention ! Donc si vous avez commis un texto digne d’un criminel de guerre nazi, les garçons, alors ne redoublez pas votre erreur : quand vous avez dessoulé (et elle aussi), envoyez-lui plutôt un mot d’excuse assorti d’un bouquet (au cas où vous auriez son adresse), ou une invitation à dîner dans un resto pas louche pour lui présenter vos excuses, si vous n’avez que son 06.
Mais inversons les choses : supposons qu’une hétérosexuelle trouve un mec à son goût, et qu’au terme d’une soirée arrosée, ayant réussi à obtenir son 06, elle lui texte : « Tu as un joli petit cul. Tu es mon type d’homme. Je vais te faire bander toute la nuit », alors lui, à supposer qu’elle ne lui plaise pas, au lieu de lui répondre quelque chose comme « Tu devrais avoir honte », s’il la dénonce sur un réseau social, sans doute sera-t-il considéré comme l’homme de l’année, et invité à une fête à l’Élysée. Enfin tout cela se fait sous l’emprise de l’alcool pour l’un, puis de la colère pour l’autre, d’accord, mais après, tout à fait calmée, on en tire un livre, illico édité (alors que le dernier livre du signataire de cet article, 550 pages, six ans de travail, ne lui vaudra aucun article dans la presse générale, aucune émission de radio ni de télévision), et l’on est complaisamment invitée à s’exprimer dans tous les médias, alors que les signataires de l’excellente tribune du 9 janvier 2018 dans Le Monde sont traitées de complices des violeurs ou d’inconscientes. Cela fait des lustres que les médias de masse sélectionnent les personnes qu’elles autorisent à parler de la vie, dans les hautes sphères que les journalistes-people de ces médias de masse fréquentent, et non parmi la foule anonyme qui pue des pieds. Une people qui tweete depuis New York, ça vous a quand même plus de classe pour causer dans le poste qu’une simple citoyenne usagère des transports qui se fait peloter dans le RER à Goussainville ! Et ces journalistes larmoient quand les gilets jaunes traitent malheureusement les journalistes de terrain comme mériteraient d’être traités les journalistes-people… Il y a pourtant bien de quoi se révolter quand on constate à quels « chiens de garde » « on » donne perpétuellement la parole, en France.

Emballement présidentiel

L’actualité de la mort de Jacques Chirac deux jours après le verdict du procès de cette diffamatrice nous rappelle l’affaire bidon du RER D en 2004, où ce dernier s’était déjà ridiculisé en n’attendant pas les résultats de l’enquête avant de monter sur les échasses de l’indignation devant la France entière, comme je le relatais dans mon essai paru en 2005 ; pardon de me citer : « Dans un gloubiboulga que l’on n’écoute même plus, les « agressions inqualifiables » sont qualifiées « avec la plus grande vigueur » d’ « attentat odieux » ou « ignoble » ou « qui provoque le plus grand effroi », et dont la justice est appelée à châtier avec « la plus grande sévérité » les « lâches responsables ». La « lâche agression dans le R.E.R. » en « banlieue parisienne » arrive en première position au palmarès des trémolos, surtout quand « personne n’est intervenu », et que les agresseurs sont des « jeunes gens d’origine maghrébine » venus d’une « cité en voie de ghettoïsation ». Et si en plus, la victime est une « mère de famille », si possible « de famille nombreuse », et qu’ « elle rentrait du travail », alors là, les rédactions se régalent, et le communiqué de presse de l’Élysée est déjà parti avant l’agression ! La communication présidentielle est remplacée par du déjà communiqué. »
Eh bien, le successeur de Chirac Emmanuel Macron a-t-il même conscience de s’être ridiculisé en invitant Sandra Muller dans une soirée consacrée aux « Héros 2018 » ? Le Time Magazine, qui l’a citée comme l’une des trente personnalités de l’année a-t-il conscience d’avoir accrédité une fake news ? Macron, qui prétend légiférer en matière de fake news, ferait bien de balayer devant sa porte. Et quant aux journalistes et autres politiciens, il faudrait savoir : en matière de consentement, quand une femme dit non, c’est non. On est d’accord. Mais quand les Britanniques disent non, alors là c’est pas bien de leur part, on aimerait bien les forcer un peu à dire oui, faire avec eux ce qu’on n’ose plus faire avec les femmes… Ce qu’on fit aux Français en 2005 quand ils dirent NON au projet de TCE et qu’on les força à dire oui. Comme le dit la bonne blague : « Quelle est la différence entre une femme du monde et un diplomate ? Quand un diplomate dit oui, ça veut dire peut-être. Quand il dit peut-être, ça veut dire non. Et quand il dit non, ce n’est pas un diplomate. Quand une femme du monde dit non, ça veut dire peut-être. Quand elle dit peut-être, ça veut dire oui. Et quand elle dit oui, ce n’est pas une femme du monde. » « Quand les Britanniques disent non, ça veut dire oui » ?

Balance ton quoi ?

Malgré cette condamnation, nul doute qu’on va continuer à nous matraquer « Balance ton quoi » de la bien nommée Angèle, une chanson basée sur une calomnie, et qui constitue le seul exemple actuel à ma connaissance de chanson stalinienne : elle inclut un message d’endoctrinement dans le texte même, confondant art et propagande. Au début je croyais que c’était la radio qui faisait suivre la chanson d’une réclame du ministère de la condition féminine ou je ne sais quoi. Écoutez la chanson si vous en avez le courage (moi ce zéro artistique absolu me fait gerber) et songez à ce que les mêmes médias qui nous bassinent cette merde à longueur d’antenne pourront nous passer dans quelques années, quand le Mouvement national sera au pouvoir. Grâce à ce précédent prétendument antisexiste, on pourra nous bassiner avec n’importe quelle scie de propagande pour dénoncer la catégorie de la population par laquelle il plaira au pouvoir en place de remplacer le mot « quoi ». Très habile !

Mieux vaut un innocent…

Pour finir, je voudrais relater une discussion que j’ai eue en septembre avec une ancienne collègue. La trentaine, Antillaise, mignonne. Ça a été une discussion très sympa, où voyant que j’étais remonté, elle a très calmement évoqué un souvenir cuisant pour elle. Il s’agissait d’un type qui il y a des années de cela, alors qu’après une soirée, plusieurs personnes dormaient dans l’appartement où avait eu lieu la soirée, avait tenté de l’embrasser de force, et si un autre gars n’était pas intervenu, serait sans doute allé plus loin. Mais l’autre gars, le lendemain, lui avait reproché à elle d’avoir provoqué le gars, au lieu de l’engueuler, lui. Au moment de #balancetonporc, m’a-t-elle dit, le 2e gars, son « sauveur », dans une discussion, lui avait rappelé cet épisode ancien, en prétendant s’être bien comporté, comme quoi tous les mecs n’étaient pas à mettre dans le même panier, mais elle l’avait rembarré en lui démontrant qu’il n’avais pas si bien agi. Et puis je lui avais expliqué mes ressentiments sur l’affaire Polanski et sur la censure à la Cinémathèque (deux affaires évoquées avec brio par la tribune de « pouruneautreparole »). Bref, si j’avais bien enregistré qu’elle, comme plusieurs autres femmes avec qui j’ai eu l’occasion de discuter de ces affaires, a réellement subi des faits très pénibles et en est sincèrement affectée, j’ai relevé a posteriori dans ses arguments deux idées qui m’on paru révélatrices : « Mieux vaut un innocent en prison qu’un coupable en liberté » (à propos de Polanski), et à propos de sa propre histoire : « Il faut quand même que les mâles blancs occidentaux se remettent en question ». Et de faire le parallèle avec la question de l’esclavage, où des membres de sa famille et d’autres Antillais, exprimaient un fort ressentiment à propos de faits vieux de plusieurs siècles. En effet, sur le sexisme, que ce soit l’affaire Weinstein, l’affaire Sandra Muller (eh oui, c’est elle que la justice a reconnue coupable, donc c’est désormais « l’affaire Sandra Muller »), ceux sur qui se déchaîne l’opprobre sont toujours des « mâles blancs ». Si c’était toujours des noirs, que n’entendrait-on pas chez les chaisières du temple du politiquement correct ? Et pourtant, qui étaient les harceleurs dans l’affaire des agressions sexuelles du Nouvel An 2016 en Allemagne ? Qui sont-ils dans le quartier de La Chapelle où j’ai l’honneur d’habiter à Paris ? L’article courageux de Cécile Beaulieu [1] pour Le Parisien en mai 2017 aura surtout suscité l’indignation des habituels antiracistes angéliques familiers de la politique de l’autruche, et un silence éloquent des politiciens, jusqu’à ce que le 13 octobre 2017, depuis un bar bobo de New York, la courageuse Sandra Muller désigne le vrai coupable, qui par chance avait la bonne couleur de peau. Vous avez dit Bouc émissaire ?
Citons encore la tribune de celles qui sont pour moi les vraies féministes : « Elle peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme, mais ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro, même si cela est considéré comme un délit. Elle peut même l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle voire comme un non-événement. » Certes on imagine Sandra Muller parcourant la planète de taxis en avions, plutôt que dans le bus ou le métro des quartiers populaires. Une autre collègue m’a récemment raconté comment elle se faisait agresser par une bande de Sri-lankais qui sévissait dans le RER D. Ils se collaient sur une femme à plusieurs. Plus effrayant qu’un texto, non ? Mais ces frotteurs n’ont pas la bonne couleur pour faire de leurs victimes des célébrités dignes du 20 heures de TF1 ou des lambris de l’Élysée…
Dans le lycée où nous travaillions ensemble, une collègue souffrait de la sexualité, mais pas d’une souffrance médiatique qui ravit ces stars du féminisme à la petite semaine : à 45 ans, elle était vierge. C’est sans doute un peu sous mon influence qu’elle s’est mise à évoquer à demi-mots cette souffrance, et ses tentatives diverses pour y remédier. Si nous avions le courage de regarder les choses en face, si une étude statistique impartiale faisait le point, peut-être nous rendrions-nous compte, féministes ou non, que la sexualité fait sans doute plus souffrir par son absence – la « misère sexuelle » évoquée par la tribune – que par son trop plein, et fait souffrir femmes et hommes. Et l’on en revient à évoquer des décisions possibles qui choquent ces féministes antisexe : légalisation et encadrement de la prostitution, notamment pour ces « migrants » qui ne savent pas quoi faire de leurs érections, mais aussi encouragement d’une prostitution masculine hétérosexuelle, qui pourrait régler le problème de cette collègue vierge, etc. [2] Et puis sécurisation des transports, au bénéfice de tous, et pas seulement des femmes mignonnes, etc.

Mais continuons à écouter les angéliques scies d’Angèle, et à monter sur les échasses de l’indignation aux discours provocateurs de l’immonde Zemmour… (« Ce pelé, ce galeux, d’où vient tout notre mal »).

Un dernier petit meurtre pour la route ?

Ah au fait, j’oubliais, la rue où j’ai l’honneur d’habiter dans le XVIIIe, qui fait 100 mètres de long, a été la scène, en juillet 2019, puis début septembre, d’un meurtre à l’arme blanche (ou au tesson de bouteille ?) et d’un règlement de compte avec fusillade digne des films de gangsters. Nous avions déjà eu un autre meurtre à la Saint-Sylvestre il y a 5 ou 6 ans, ce qui fait sans doute de cette rue la rue la plus dangereuse de France au mètre linéaire, loin devant les pires rues de Marseille et pas loin de Saint-Ouen, la ville où j’ai eu l’honneur de travailler pendant 8 ans, théâtre de nombreux règlements de compte aussi. Un voisin retraité qui est né dans l’immeuble, m’apprend que quand il était môme, la guerre d’Algérie faisait rage, et les règlements de compte et descentes dans les rades algériens avec coups de feu étaient fréquents. Les parents laissaient pourtant les gamins s’amuser au milieu de tout ça…
La rue où j’habite.
À l’heure tardive où j’écris cet article, trois « migrants » identiques à celui qui a été buté en juillet (je l’ai vu de près quelques minutes avant qu’il n’expire, comme me l’a confirmé une voisine passée après moi) font du tapage dans ma rue, comme tous les soirs, quand ce ne sont pas les dealers (tous blancs, contrairement aux allégations mensongères du fasciste Zemmour). Depuis quelques années, malgré les meurtres, je n’essaie même plus d’appeler la police. On a droit à un long message d’attente nous mettant en garde contre les appels illégitimes, puis quelqu’un finit par décrocher en demandant avant qu’on ait pu ouvrir la bouche, tel un témoin de Jéhovah : « Quelle est votre urgence ? » Juste de dormir pour bosser en forme demain, et de ne pas me prendre une balle lors du prochain règlement de compte, et accessoirement, de ne pas encore voir un macchabée en sortant chercher mon croissant. Je vous assure que ça fait drôle.
Les femmes qui passent dans cette rue, comme les enfants, et comme les hommes, ont plus de chance de s’y prendre une balle perdue ou un coup de couteau, que nulle part ailleurs, mais cela n’intéresse pas les journalistes, parce que le même jour qu’avait lieu ladite fusillade, c’était le point culminant du prurit journalistique et militant des « féminicides ». Ce terme, faut-il le préciser, ne concerne que les 100 à 130 femmes par an victimes de leur compagnon, sur les 8 à 900 victimes de meurtre par an en France. Sur le total des meurtres, « En 2017, 825 personnes ont été victimes d’homicide (y compris coups et blessures volontaires suivis de mort) […] 38 % de ces victimes sont des femmes » (source Ministère de l’Intérieur). Les 11 000 à 12 000femmes victimes par an en France du cancer du sein, à l’instar de ma Catherine n’intéressent guère plus, semble-t-il, ni ces nouveaux féministes, ni ces politiciens, alors que la France est un des pays du monde où la prévalence de ce cancer est la plus élevée (59 000 cas par an en 2017 ; voir ces statistiques). En agissant sur ce dossier-là, nul doute qu’on parviendrait à sauver bien plus de 100 femmes par an, mais ce n’est pas un sujet porteur pour les féministes en mal de notoriété et de passages à la télé… L’association Le Cancer du Sein, Parlons-en ! organise cependant l’opération « Octobre rose » depuis de nombreuses années, mais le but principal affiché est de récolter des fonds, et cette association semble surtout le faire-valoir de grandes entreprises (Estée Lauder et Marie Claire) dont la ligne éditoriale est plutôt Bisounours que Act up !

Lionel Labosse


Voir en ligne : La tribune de « pouruneautreparole »


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La photo de vignette qui représente la victime de Sandra Muller, provient d’un article du Parisien. Remarquez sa lippe libidineuse, ses yeux injectés de testostérone, son accoutrement de sauvageon… Ah comme il vaut mieux ne pas le croiser le soir au fond de La Chapelle !


[1Cécile Beaulieu est une journaliste courageuse qui met le doigt là où ses confrères pratiquent la politique de l’autruche. En juin 2018 elle publie un article sur le crack à la porte de La Chapelle, dont je parle dans cet article.

[2Je vous recommande à ce propos l’émission « Hommes de joie : « Le plaisir des femmes avant tout » », proposée le 5 sept 2019 par « Les pieds sur terre ».