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Recherche-action de 2003 à 2006

Discriminations vécues ou craintes et conduites à risque chez les jeunes

Ligue des droits de l’Homme (Financement DGS)

dimanche 24 mai 2009, par Éric Verdier

Synthèse des résultats.

Le dispositif

1. Une porte d’entrée croisant les problématiques psychologiques et sociales : les discriminations et l’isolement.
2. Une équivalence symbolique entre ces phénomènes – dont l’épicentre est constitué des processus de boucs émissaires – et la thématique du suicide.
3. Une médiation entre des jeunes – les espaces de parole – et des professionnels – la formation-action.
4. Un dispositif associant un binôme mixte d’animateurs — appartenant à deux institutions différentes — accueillis par une troisième structure pour l’espace de parole, et à compléter par une correction des comptes-rendus et un interprète LSF.
5. Des partenaires impliqués et soutenus par des maillages reconnus – prévention du suicide, COPEC… — et des cofinancements locaux – DDASS ou DRASS, CG, Région, Contrat de ville, CPAM, CAF…
6. Un fort isolement des professionnels déjà sensibilisés, se ressourçant souvent dans des réseaux militants, et parfois concernés eux-mêmes par ces phénomènes.
7. Un grand besoin de formation sur les processus de bouc émissaire, les discriminations liées au genre, la violence et le suicide.
8. Très fort déni dans le corps social quant à la fréquence et la gravité de ces phénomènes, intégrant donc une forme passive de discrimination institutionnalisée.
9. Une focalisation – et des résistances — plus ou moins consciente sur le thème de l’homophobie.
10. Un impact au-delà de la recherche-action – concours de scénarios sur les discriminations CRIPS-GEPS.

Les jeunes des espaces de parole


11. Des jeunes — investis, témoins ou abandonnistes – orientés par peu de partenaires très impliqués, ou par des pairs venant à l’espace de parole, ou encore auto-orientés – affiches.
12. Les difficultés identitaires – et les discriminations — liées au genre sont omniprésentes et les LGBT surreprésentés.
13. Le suicide est la problématique de santé la plus évoquée, puis viennent les prises de risque sexuel, et les addictions.
14. Ils cumulent tou-te-s plusieurs « différences », sources potentielles de rejet social, souvent entre le dedans et le dehors – visible et invisible – et ressenties comme incompatibles.
15. L’espace de parole apparaît comme une « tribu » acceptable pour ceux et celles qui n’ont pas trouvé la leur, permettant à la fois identification aux pairs et différenciation.
16. Une typologie de boucs émissaires fait émerger des cumulard-e-s, des camouflé-e-s – souvent des témoins – et des débusqué-e-s – souvent des investi-e-s – mais aussi des entre-deux, des tiraillé-e-s, des frontalier-e-s, des passeur-se-s de frontière, des Bountys et des Tybouns… [1]
17. Les stéréotypes qui désignent les discriminants font souvent écho à la virilité et à la « matrilité » — pendant de la virilité pour la construction identitaire féminine, et sacralisant les valeurs de la maternité – les systèmes de domination à l’œuvre pouvant s’apparenter à la « matrivirilité » — les camouflé-e-s l’utilisent.
18. La dévalorisation conjointe des valeurs féminines et paternelles jalonnent les parcours de vie des jeunes – et plus particulièrement des débusqué-e-s. C’est de ce côté que l’on trouve la plupart des facteurs de vulnérabilité.
19. Les facteurs de protection résonnent pour la plupart avec ceux associés à l’estime de soi et à la résilience : l’espace de parole – associant d’autres médias pour les plus vulnérables – est un espace-temps propice pour les faire émerger, communautaire là où ils ont rencontré du communautarisme.
20. Les comptes-rendus, les articles et ouvrages, et les témoignages dans les médias ont joué un rôle significatif de dénonciation de l’abus et de restauration de l’estime de soi.
21. Face au binôme discriminant / discriminé, la figure du normopathe apparaît comme symbolisant la transformation de la honte en humiliation, et donc à qui les jeunes adressent une exigence de réparation de la blessure.

Les acteurs de terrain de la formation-action


22. Les hommes homo-bi/sexuels et les femmes hétérosexuelles sont surreprésentés par rapport aux homes hétérosexuels et aux femmes homo-bi/sexuelles.
23. La plupart sont militants ou impliqués dans un désir de transformation sociale, et sont – ou ont été – eux-mêmes confrontés à un phénomène de bouc-émissaire.
24. Hormis le premier module ou plusieurs personnes ne se sont pas intégrées au processus proposé, très forte mobilisation et fidélisation – le quatrième module a été demandé.
25. Agir sur la normopathie de leurs institutions apparaît comme l’objectif le plus fédérateur et le plus pertinent pour tenir compte de ce que les jeunes leur adressent comme message.
26. Une implication personnelle, dans un cadre non-thérapeutique, est une nécessité pour pouvoir se confronter aux phénomènes de bouc émissaire – le lien avec la violence et le suicide le justifie.
27. La fluidité de leurs remises en question semble offrir un support d’identification non écrasant pour des jeunes aux prises avec la porosité de leurs frontières identitaires.
28. Le triangle de l’abus – situant le bouc émissaire face à un pôle pervers et un pôle normopathe – permet de structurer les apports liés aux discriminations qui isolent, aux facteurs de vulnérabilité et de protection, de façon efficace dans un module de formation pilote.
29. Un groupe d’échanges de quelques jours, mêlant formation et régulation, à un rythme régulier, est un complément pertinent à un espace de parole centré sur les discriminations qui isolent – les allers-retours entre les deux peuvent aussi prendre la forme d’une rencontre préparée.
30. Le foisonnement d’outils testés ont fait émerger une éthique et une pédagogie, permettant des expérimentations dans une écoute active et une démarche communautaire.
31. Le critère d’âge — parfois remis en question par les jeunes dans les espaces de parole — semble devoir être levé pour pouvoir aborder tous les phénomènes de boucs émissaires contemporains – notamment ceux qu’ils rencontrent eux-mêmes dans leurs structures.

Éric Verdier


Voir en ligne : Site de la LDH


[1Voir cet article.