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Des thèmes actuels, pour collège et lycée

Théâtre en court 4, 6 pièces courtes pour adolescents

Éditions Théâtrales, 2009, 160 p., 12 €.

jeudi 25 juin 2009, par Lionel Labosse

Comme les précédents (voir la rubrique théâtre), ce livre réunit des textes fort différents dans la forme, qui peuvent être joués — de 1 à 6 et même à 17 personnages — dits, ou simplement lus. Les thèmes sont variés autant que la forme, et les ateliers théâtre des collèges et lycées y trouveront de quoi renouveler leur répertoire. Je suis pourtant moins emballé que par Court au théâtre 1, qui s’adressait à des « enfants ». La collection offre un repérage par âge confus, car sur la quatrième de couverture de ce titre, les 3 tomes précédents sont signalés « à partir de » 14 ans, puis 10 ans, puis 9 ans, et seuls le numéro 1 et le 4 sont signalés « pour adolescents » ! Pour ce volume précisément, aucune indication d’âge n’est fournie sur la couverture. Il serait plus pratique pour les ateliers de séparer clairement deux collections différentes enfants / ados ! D’autant plus que ces six pièces ne me semblent pas toutes à réserver à des ados, au contraire !

- En blanc, de Cécile Cozzolino, expose un désaccord entre un garçon et une fille à propos d’un projet de mariage : elle ne veut pas d’enfant, lui, si. Le contexte est chrétien ; le « Notre Père » est récité (p. 24). De même que le style oscille entre rimes et prose, les personnages peinent à se libérer des traditions, de la famille et de leurs projections.

- Les Oiseaux maladroits, de Françoise du Chaxel est l’histoire de Stef, garçon de 20 ans sans père et sans repère. Son père laisse désespérément des messages sur son répondeur pour le rencontrer. Stef élude, et retrace quelques tranches de vie, comme ce concert où ils sont allés « ravis d’être ensemble, gênés aussi, comme deux hommes qui aiment la même femme et qui savent pas quoi se dire » (p. 43). Il se pose des questions existentielles sur les adultes que deviennent les petits garçons : « J’suis sûr qu’il a arrosé sa nouvelle bagnole avec ses collègues. Qu’il est rentré beurré, qu’il a bien craché sur les pédés et les drogués. » (p. 38). Il y a aussi une amie, Lila, qui a également des problèmes de relations avec ses parents et son frère. On sent qu’il y a de l’amour, mais qu’à vingt ans on se sent incapable de le communiquer. Le genre de pièce qui conviendrait aussi bien pour les 12/15 ans !

- Il était de Mai, de Federica Iacobelli est une adaptation d’un livre jeunesse de Luigi Garlando, Per questo mi chiamo Giovanni, dont on se demande bien pourquoi il n’est pas disponible encore en France [1]. Il est question de la mafia et du juge Giovanni Falcone, mort le jour de la naissance du petit Giovanni, héros en herbe de la pièce. Il s’agit plutôt d’un poème, en vers libres très courts, d’une mère à son enfant, dont on pourra trouver la disposition un peu artificielle. Exemple : « Et au contraire / donner à Tonio / sous la menace / ce qu’il demande / est devenu / une chose / quotidienne / une chose normale » (p. 87).

- Ramassage polaire, de Françoise Pillet est une évocation réjouissante de potaches qui montent dans un car scolaire en plein hiver. Le chauffeur a accepté une femme qui apporte une bonbonne de gaz à un ami dont le chauffage est hors-service. Les gamins la traitent de terroriste pour plaisanter, jusqu’à ce que… eh ! eh !

- Rendez-vous, de Marc-Emmanuel Soriano conviendrait plutôt à des 11/13 ans. Un gars et une fille ont rendez-vous ; le garçon vient avec sa petite sœur, et fait comme si elle s’était imposée, alors qu’en réalité, les indiscrétions de la petite laissent supposer que sa présence l’arrangeait bien tant il était gêné de l’aveu qu’il s’apprêtait à faire à sa copine : J’avais peur que tu sois amoureuse de moi » (p. 132). Bref, Je t’aime, moi non plus expliqué aux ados !

- Un monde (qui) s’efface, de Naomi Wallace
Comme dans la pièce de Françoise du Chaxel, les oiseaux sont des métaphores pour parler des hommes. Un Iraqien de 25 / 30 ans, miraculé de la guerre du Golfe de 1990/91, évoque les difficultés de la vie pendant la guerre et le blocus étasunien. Un livre sur les oiseaux qu’il présente parle de choses plus importantes, « Comment garder son amant par exemple » (p. 138), ce qui laisse à penser qu’il pourrait être un peu altersexuel, de même quand il évoque « Mon ami » : « Si l’amour est en morceaux, alors il était un morceau d’amour » (p. 145). De fait, il ne parle jamais de filles. Il est question de liberté de penser, de sa grand-mère laïque comme toute sa famille, qui « ne reculait pas devant un peu de blasphème » (p. 140). Les détails apparaissent progressivement : 5000 pigeons, ou plutôt « enfants meurent chaque mois à cause de ce blocus » (p. 144). Les difficultés du quotidien, pas de sanitaires, pas de lumière, pas de crayons : « Avec les crayons que nous n’avons pas nous écrivons nos noms pour que l’avenir sache que nous étions là » (p. 149). Fort belle dernière image : le personnage lance sur le public « les os de ceux qui son morts », qui se révèlent des… plumes ! Voilà qui rappelle François Villon : « Et nous les os devenons cendre et poudre »…

Lionel Labosse


Voir en ligne : Catalogue des Éditions théâtrales


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[1Bon, je ne vous ressors pas ma diatribe sur l’absence de curiosité des éditeurs jeunesse !…