www.altersexualite.com

Bienvenue sur le site de Lionel Labosse

Accueil > Lionel Labosse, ma vie, mon œuvre > Blasons du corps masculin

Un de mes projets au long cours

Blasons du corps masculin

8 sonnets érotiques

samedi 4 août 2007, par Lionel Labosse

Très jeune, j’avais poli mes premiers vers dans un projet de blasons érotiques du corps masculin. Un premier bouquet de 8 avait trouvé preneur en la personne d’Hugo Marsan, qui les avait publiés dans Gai Pied n° 330, le 4 août 1988. 19 ans plus tard, les voici ressortis de mes tiroirs. J’en ai écrit quelques autres depuis, mais s’agissant de poésie, je n’essaie même pas de les publier sous forme de livre, d’autant plus qu’il me faudrait d’abord trouver un artiste pour les illustrer, ou faire des photos moi-même, qui sait ? À bon éditeur, salut !

Il y a quelques années, quand j’ai fait la connaissance de Robert Vigneau, admirateur de ses poèmes qu’il avait commencé à me faire découvrir, je lui avais montré ceci sans savoir que lui-même avait caressé le même projet, mais dans une optique toute différente. Robert Vigneau a préféré la formule Planches d’anatomie, et ses blasons (il récuse le mot) ne sont pas érotiques, mais tournés vers l’intérieur de l’être.

En janvier 2008, Cyr a repris l’un de ces sonnets pour la livraison de son excellent site consacré au poil. Du coup, j’en ai torché trois autres !

Le Haut-Dos


Quand tu dresses ton buste au soleil harassé
Pour mater un beau gosse où grouille tout un monde,
Les piliers de tes bras depuis le coude hissés
Jusqu’aux manchons dorés de tes épaules rondes,

La vertèbre bossue qui saille à l’endroit où
Les failles du trapèze intaillent l’épiderme ;
Si l’on coupe ta nuque à la chaîne du cou,
Tout cela forme un M, comme je t’aiMe ou Merde,

Selon que c’est mon œil dont tu suis le regard
Ou que c’est vers l’ailleurs que ton désir s’égare.
Ton dos parle pour toi qui feins l’indifférence,

Et mon esprit s’embrume en cernant tes contours :
Combien resterait-il de folie et d’amour
Si je pouvais savoir sans cesse à quoi tu penses ?

L’Aisselle


Il est un lieu d’où la sueur ruisselle
Le long des fils d’une touffe rousse
Relief lascif où la chair est douce
Où n’atteint pas le feu du soleil

Doline où j’aime à lécher ce sel
Qui suinte au pied de tes poils qui poussent
Dans tous les sens au-delà des mousses
Qui tapissaient l’impubère aisselle

Ton cou se tord et tu tends ta langue
Comme un chien fou qui malgré sa cangue
Voudrait atteindre une écuelle pleine

Tu te complais à ce pli de peau
Pose d’esclave où s’enflent les veines
De cette hampe où pend mon drapeau

Le Bout du Sein Gauche


Ta poitrine palpite à ma paume complice,
De la gorge velue aux mornes qui en saillent
Et qui font à ton torse un fier couple d’écailles,
Buste sculpté de chair vive où ma main s’immisce.

Au sommet du mont gauche une aréole étend
Sa cicatrice autour du mamelon que suce
Ma langue de gourmand, comme émerge un lotus
Dont le charme me fait oublier ma maman.

Mordillant ardemment ta mollasse mamelle,
Des filins de salive aux longs poils noirs se mêlent,
Cependant que le cap de ton plus noble sein

Se dresse, figurant un guetteur tégénaire
Qui veille sur un fil et sonne le tocsin
Quand mon désir s’entoile en ton maquis mammaire.

Le Nombril


Ton ventre porte un sceau qui n’est pas à mon chiffre.
Sans espoir de l’ouvrir souvent ma bouche y crache
Et lèche à contrecœur la crasse qui s’y cache
Au milieu d’un taillis de petits poils en friche.

Lorsque tu te débats sous les coups de ma griffe,
Notre sueur s’y écoule ainsi qu’après l’orage
L’eau ravine la plaine et stagne dans la flache,
Et je bois ce calice amer et lénitif.

C’est par ce sas occlus qu’un autre être que moi
T’insinua sa sève afin que je te voie
Un jour ou l’autre, mais derrière ce judas,

Son œil demeure encore, et d’un air renfrogné
Me nargue au guichet où je m’épuise à cogner.
Pourquoi ne puis-je entrer par cette porte-là ?

Le Cigare


Qui n’a point comparé le cigare à la verge ?
De l’entaille à la touffe on dirait un pénis :
Il jaillit de l’étui aussi roide qu’un cierge
Et dans l’antre mouillé de la bouche s’immisce.

Ce phallus de havane à la peau rêche et grège,
Veiné d’un tabac brun qui sent encor la cuisse,
Brûle d’un feu fou dont la langue se goberge ;
Attisé par la bave, il fume comme on pisse.

Plus le trou pompe et plus le plaisir se consume :
À la mi-temps le bout se salive d’écume,
La fumée densifiée, lactescente, s’avale,

Enduisant la muqueuse, œsophage et poumon
De l’amertume exquise, unique du goudron.
Puis pressé sous les doigts, le mégot mou s’affale.

Le Poulpe


Pour encenser ton sexe il faut des métaphores
Neuves : que dirais-tu de la splendeur du poulpe
Dont le superbe tentacule hante et perfore
Lorsqu’il est affamé ma frégate à la poupe ?

Ou de la majesté pompeuse de la trompe
Éléphantesque qui s’enfonce avec efforts
Dans la vase insalubre où fiévreuse elle pompe
Une joie intestine au creux de mon amphore ?

Moi je ne veux y voir vagissant dans sa touffe
Qu’un bienheureux calife assoupi sur son pouf
Qui parfois se réveille et ramasse sa croupe,

Puis se désemmitoufle et s’enfle sans vergogne,
Raide comme un ministre à qui je tends la pogne,
Qui rue dans les brancards et crache dans ma soupe.

L’Anus


Au fond de la lézarde issue du pelvis source,
Quand tu veux bien te fendre à mes désirs de lune,
Sont des rougeurs voilées d’une ombre de poils brune
Où des embruns de sueur perlent aux lueurs de l’Ourse.

C’est vers ce cœur rubigineux que tend la course
De mes désirs, cratère intumescent qu’aucune
Éruption peut réduire en comblant sa lacune,
Quand son bouillonnement fait se tendre tes bourses.

Fleur bulbeuse ou Trou Noir où le transit alterne,
Respire et engloutit la Voie Lactée sans peine,
Vase où la rose éclose enfouit sa tige, hanap

Dont on hume la mousse âcre avant de laper ;
Graal à l’occulte quête où renaîtra la paix
Par les hosties de pur Amour que ce gouffre happe.

Le Jean


Pourquoi l’as-tu quitté ce jean que ta queue bonde,
Là où souvent mes mains suppliantes la traquent,
Frémissantes afin que ta braguette craque
Après que ton désir y a sculpté ses ondes ?

La toile à peine tient ton beau cul qui abonde,
De tes bijoux joyeux écrin unique, frac
Pesant son poids de sueurs, d’odeurs et de tabac,
Raide de crasse, vert de mystères immondes.

Ne lessive jamais notre mémoire sure ;
Ocre ici, jaune là, taché de moisissures,
Trempé de pisse froide ainsi que l’amour sent,

Porte ton jean ouvert, bouton sauté, ceinture
Rampant cuir sur ta cuisse, explose ses coutures
De ta chair plantureuse, et demeure indécent.

Lionel Labosse

- N.B. Jugez vous-même si ces blasons peuvent rivaliser avec Les Strupra, signés de Paul Verlaine & Arthur Rimbaud (Cf. ce site, et Wikisource pour les deux autres sonnets érotiques d’Arthur Rimbaud). La version ci-dessous est celle de l’Album zutique, in Rimbaud, Œuvres, éd. de Suzanne Bernard et André Guyaux, 1987.

L’Idole
Sonnet du Trou du Cul

Obscur et froncé comme un œillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d’amour qui suit la pente douce
Des Fesses blanches jusqu’au cœur de son ourlet.

Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré sous le vent cruel qui les repousse,
À travers de petits caillots de marne rousse,
Pour s’aller perdre où la pente les appelait.

Mon rêve s’aboucha souvent à sa ventouse ;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

C’est l’olive pâmée, et la flûte câline,
C’est le tube où descend la céleste praline :
Chanaan féminin dans les moiteurs enclos !

Paul Verlaine & Arthur Rimbaud

- Puisqu’il est question de poésie, voyez mes articles sur les œuvres de mon ami poète Robert Vigneau. Rendez-vous également sur le site de mon collègue, le poète et sculpteur Michel Cand.
- Le poème « Le Haut-Dos » a été repris sur le site Joie des Mots avec un jeu de mots malin : « Ode au dos », et, ce qui m’a intrigué, avec une photo qui va vous surprendre !

Lionel Labosse


© altersexualité.com, 2007. Reproduction interdite.
La vignette représente La Flagellation du Christ à la colonne (1606-1607), du Caravage.