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Le désir amoureux vertèbre son existence…

Entrevue de Robert Vigneau

Auteur de Planches d’anatomie

mardi 1er mai 2007, par Lionel Labosse

« Ce recueil des Planches ne parle que de moi, c’est-à-dire seulement de mon corps, puisque je ne crois pas à l’âme et autres transcendances. Or, comme tout le monde, je suis le seul à éprouver mon corps de l’intérieur, irrémédiable solitude ! Ainsi, chaque organe devient un prétexte à expression lyrique. »

- Lionel Labosse, pour altersexualite.com : Robert Vigneau, merci d’avoir accepté de répondre à notre entrevue. Pour commencer, souhaitez-vous réagir à notre article sur votre ouvrage ?
- Cet article enthousiaste, détaillé, généreux et partisan à la fois, m’a tout d’abord étonné. Puis ravi ! En fait, une méthodique étude de l’ouvrage, étayée de citations, fruit d’une lecture au scalpel pour débusquer l’itinéraire qui m’a valu l’honneur de votre site. Merci de m’avoir offert cet éclairage !

- Présentez-vous en quelques mots. Vous avez été sculpteur, puis vous avez sculpté les mots ?
- Oui, j’ai dû gagner ma vie très tôt. Mon oncle sarde, Tsio, Joseph Cancedda, avait ouvert à Vence un atelier où il taillait le bois d’olivier. Il m’a appris ce métier, assez particulier. Il m’a rendu expert à l’herminette ! Je l’assistais à l’atelier. J’ai connu alors une des périodes les plus exaltantes de ma vie qui compte tant de facettes du bonheur ! Nous vendions beaucoup aux estivants. Ainsi en basse saison, pouvais-je continuer mes études de Lettres Classiques mais je comptais bien prendre la succession de mon oncle. Soudain, le métier a changé. Les coupes et autres œuvres en taille directe se fabriquaient désormais en séries, à la machine : l’industrie balayait l’artisanat, le capital écrasait les créateurs. Tsio lui-même m’a conseillé de faire le professeur de Lettres plutôt que tailleur de bois. Nous pleurions tous deux quand il fallut prendre cette décision. Difficile ! Lui, un peu comme s’il mourait déjà de celui que je n’allais pas devenir. Certes, à l’époque je composais déjà des poèmes ; j’avais même déjà publié un mince recueil. Mais je n’ai réalisé que longtemps après combien l’enseignement de mon Tsio dépassait les techniques du bois pour s’appliquer aussi à la poésie, à toute création en fait. Un gourou ! Alors, je ne connaissais pas ce mot mais j’ai reçu cette faveur de transmission. Je sens toujours sa main sur la mienne.

- Et en ce qui concerne vos ouvrages que l’on peut recommander aux enfants et aux jeunes (jusqu’au lycée) ?
- Il revient aux professeurs de choisir et d’utiliser les pages qui accompagnent leur enseignement. Nul ne peut mieux le faire et ils le font très bien. Cela dit, je tiens pour honneur, je l’avoue, qu’ils m’aient quelquefois lu et choisi : trouver des « récitations » tirées de mon Bestiaire dans des manuels du CE2, cela vaut toutes les récompenses littéraires ! Ce recueil et un autre intitulé Botaniques ont été proposés dans des classes du premier cycle des Collèges et j’ai admiré la façon dont les professeurs s’en servaient pour soutenir leur éducation à la sensibilité. Comme j’avais composé ces poèmes pour mes propres enfants en leur jeunesse, ces propositions pédagogiques m’ont beaucoup éclairé sur ma propre démarche ! Un professeur a même articulé une série de leçons à partir de ce Bestiaire pour enseigner l’approche phénoménologique du livre en sixième. Remarquable : partant de l’objet, de sa structure matérielle, de sa présentation, il arrivait graduellement au texte, à l’organisation du recueil jusqu’à la mélodie intime de l’auteur. Les élèves œuvraient d’enthousiasme avec ce pédagogue inspiré !

- Vous déclarez avoir voulu renouveler la forme et surtout le fond du blason, genre galant selon vous. Est-ce parce que l’intérieur du corps vous intéresse plus que l’extérieur ? Est-ce parce que la main, si l’on en croit votre illustration de couverture, l’emporte sur tout autre membre du corps ?
- Les 99 poèmes de mon dernier recueil publié, Planches d’anatomie, portent tous pour titre un nom d’organe. Dans le passé, de tels poèmes « anatomiques » furent composés, souvent galants : du madrigal ! On vantait par exemple l’ongle d’une belle… Je n’ai donc rien inventé. Ma perspective cependant diffère. En effet, je compose du mirliton sur presque tout ce qui tombe dans ma vie mais comme j’égare aussi vite ces poésies de circonstance, des proches avaient pris pour habitude de sauvegarder mes textes en les rangeant par sujets, par catégories – en fait dans de banals classeurs. Ainsi les bêtes, les plantes, les nourritures, les articles sur catalogue, les villes, les décès, les naissances, etc., tout un répertoire thématique se constituait, qui conduit à l’inventaire du monde. Ce recueil des Planches ne parle que de moi, c’est-à-dire seulement de mon corps, puisque je ne crois pas à l’âme et autres transcendances. Or, comme tout le monde, je suis le seul à éprouver mon corps de l’intérieur, irrémédiable solitude ! Ainsi, chaque organe devient un prétexte à expression lyrique.

- Aujourd’hui vous êtes un septuagénaire heureux, qui écrit des heptasyllabes guillerets. Quel est votre secret ? Est-ce que l’expérience que vous avez vécue, d’une grève de la faim pendant la guerre d’Algérie (racontée dans Le mois du lièvre vous a détaché de certaines pesanteurs sociales ?
- Vous montrez trop d’indulgence à mon égard ! Je me borne à recevoir les bonheurs que chaque jour me donne, je crois. Tenez, ce questionnaire, par exemple ! S’agissant de vieux exploits, je n’y pense jamais. Pas le genre ancien combattant, hé !

- Évoquer l’altersexualité, cela vous renvoie-t-il à votre propre parcours ? À vos propres interrogations sur les désirs et la vie ? À une vision du monde et des relations humaines ?
- Depuis mon adolescence désormais si lointaine, le désir amoureux vertèbre une existence qui, j’en suis certain, aurait pris différents cours si l’ombre du soupçon de la notion d’altersexualité eût été alors décelable !

- Selon vous, que doit apporter aux jeunes lecteurs le fait d’aborder une question altersexuelle ?
- Ils ont bien de la chance d’y voir plus clair, tout d’abord en eux-mêmes, donc de vivre plus libres. Ou de vivre tout simplement : quand on entend les chiffres du suicide chez les adolescents, souvent provoqué par l’incertitude sur l’identité sexuelle, il me semble qu’une telle information relève du salut public. D’urgence.

- Robert Vigneau est l’auteur du dessin de couverture d’Altersexualité, Éducation et Censure. La photographie représente Robert Vigneau intervenant auprès d’une classe de 6e. Voyez le Journal de bord à la date du 2 décembre 2004.
- Parution en 2009 du recueil Une vendange d’innocents.

Propos recueillis par Lionel Labosse.


Voir en ligne : Site de Robert Vigneau


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