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À propos des propos papaux.

Lâchons la grappe au pape !

Et un emballement médiatique, un !

jeudi 2 avril 2009, par Lionel Labosse

Il suffit que la foule crie haro sur le baudet pour que je m’identifie au baudet. Aujourd’hui c’est le pape qui sert de bouc émissaire à des médias et des « humanitaires » unanimes. Le pape est assez grand pour se défendre, je vous l’accorde, mais c’est le principe qui m’énerve, ainsi que le fond de l’affaire. Le principe est quotidien : une phrase isolée de son contexte, et moutons de Panurge de grimper sur les échasses de l’indignation. Ça valait bien un billet d’humeur, me disais-je, mais le temps de se mettre au clavier, et le billet génial était déjà en ligne, sous la plume de François Miclo : « Une chose est sûre : avec le départ de George Bush de la Maison-Blanche, la planète médiatique avait perdu son grand méchant loup. Elle vient de s’en fabriquer un à sa mesure : Benoît XVI est désormais l’ennemi mondial numéro un. Qu’il dise un mot ou reste coi, il est devenu le salaud de prédilection de notre temps. Et c’est bien parti pour que cet état ne prenne fin qu’avec son pontificat. » Lisez la suite, ça vaut son pesant de capotes. Les trois-quarts de ce que je voulais dire y sont déjà, et emballés avec brio. Oui, le pape en nouveau barebacker relaps, je croyais y penser le premier ! J’abrègerai donc la question papale (sur laquelle je reviendrai à la fin, car in cauda venenum !) pour me concentrer sur la liberté d’expression — eh oui, le pape aussi devrait bénéficier de la liberté d’expression ! — fortement malmenée ces derniers temps. Il peut paraître étonnant qu’un gauchiste comme votre serviteur applique à un puissant comme le pape la fameuse citation apocryphe que n’a jamais écrite l’ami Voltaire mais que tout intellectuel ayant ses habitudes dans les éditos du gotha se doit de citer : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. » Eh oui, j’ai toujours été convaincu que la véritable tolérance s’exerçait avant tout à l’égard des gens avec qui on n’est pas d’accord — le pape, par exemple.

La liberté d’expression, encore et toujours

Commençons par Raphaël Enthoven, philosophe dont j’écoute parfois avec plaisir les émissions sur France Culture : érudition doublée d’éloquence et de fraîcheur d’esprit. Mais comme la notice de Wikipédia semble l’indiquer, l’homme n’a qu’une tête pour trop de casquettes, et je ne suis pas d’accord avec son éditorial du 13 mars 2009 pour l’Express, sans doute un peu vite écrit. À propos de l’affaire de l’humoriste Stéphane Guillon qui aurait déplu au président de la république, il écrit : « On peut rire de tout, bien sûr. Mais il y a une différence entre rire de tout et se moquer de quelqu’un. » Il ajoute : « Le fait de brandir la « liberté d’expression » pour justifier les sketchs de Guillon n’a aucun sens ; autant invoquer la liberté de mouvement pour se donner le droit de taper sur son voisin », et tout l’article est sur ce ton. En gros, le philosophe rejoint Philippe Val, censeur de Siné. Quand il était humoriste, Philippe Val n’avait pas de mots assez durs pour fustiger les censeurs de tout poil ; maintenant qu’il dîne en ville et multiplie les casquettes, il fait comme fait l’intelligentsia, comme fait Raphaël Enthoven qui s’exprime librement sur six ou sept médias différents — à se demander quand ces gens-là dorment — : user de sa liberté d’expression chèrement acquise pour tenter de limiter celle des autres. Reprenons la phrase-clé d’Enthoven, empruntée à Simone Weil : la liberté d’expression ne devrait « porter aucun préjudice illégitime à aucun être humain ». Certes, mais ce qu’oublie le philosophe, c’est qu’il y a une différence entre le péquin — vous et moi — et les victimes des sketches d’humoristes, surtout quand ces « victimes » sont des politiciens influents qui invitent régulièrement à leur table les rédacteurs en chefs des médias de masse ou plus souvent leurs propriétaires, et peuvent sur un coup de fil obtenir d’un ami, un éditorial de L’Express par exemple, pour les venger des attaques d’un méchant humoriste, et deux ou trois avocats talentueux qui les défendraient gracieusement s’ils intentaient un procès à l’un de leurs détracteurs, tandis que ce détracteur, à supposer qu’il soit simple blogueur n’ayant que son salaire pour vivre, un seul procès peut le réduire à l’état de loque. Alors non, Monsieur Enthoven, avec l’admiration que j’ai pour vous, je souhaite que les humoristes puissent toujours humorer, même s’ils ont un talent moyen. Je précise que je n’ai jamais entendu un sketch de l’humoriste en question. J’appréciais beaucoup le duo Font & Val, et j’aimerais pouvoir à nouveau entendre un Patrick Font — déValisé —sur les ondes de France Inter ou Culture, maintenant qu’il a purgé depuis fort longtemps sa peine de prison. Son insolence — à lui — me manque…

Hommage au plus grand penseur du monde gay du XXIe siècle

À propos de liberté d’expression, je voudrais défendre ici avec de grands vibratos dans ma petite voix, celle d’un grand intellectuel français méconnu, je veux parler de Pierre Bergé, l’immense philosophe que vous n’êtes pas sans ignorer. Cet homme, que dis-je, cet artiste de la finance, dont l’article de Wikipédia vous apprendra comment, parti de rien, il a assis sa fortune, n’a-t-il pas honoré la liberté d’expression la semaine dernière de deux inoubliables façons ?
Premièrement, comme nous l’apprend Le Monde, le 12 mars 2009, il usait de sa prérogative de mécène des arts pour faire décrocher au dernier moment un tableau représentant le Léonard de Vinci du XXe siècle, Yves Saint-Laurent, de l’exposition consacrée à l’humoriste Andy Warhol. Un clown, l’historien et critique d’art Alain Cueff, ne s’était-il pas, à l’instar de M. Guillon, lâchement « moqué » de l’Artiste, en accrochant la toile qui le représentait auprès de croûtes à l’effigie de vulgaires manants de la confection tels que Hélène Rochas, Giorgio Armani ou Sonia Rykiel, alors qu’Yves Saint-Laurent, comme chacun sait, méritait au moins de figurer auprès des plus figures majeures de l’œuvre warholien, je veux dire les boîtes de soupes Campbell’s ? Heureusement, le grand penseur Pierre Bergé, qui a tout compris de l’art élitiste d’Andy Warhol, a courageusement et au mépris des contrats et du travail du commissaire de l’exposition, fait retirer le portrait d’YSL, avec ce jugement définitif : « Il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes » !
Quelques jours plus tard, comme nous l’apprend François Miclo, le même Pierre Bergé à qui son titre de grand Penseur donne un accès libre aux ondes de France Inter, déclarait à propos du pape, que les catholiques pouvaient changer de religion. Un blogueur opinait et ajoutait : « À la rigueur, il leur reste l’assassinat, aux catholiques ». Certes, disons-le carrément, si j’étais catholique, je demanderais l’asile politique en Arabie Saoudite, où comme chacun sait, des préservatifs sont distribués aux jeunes filles à la sortie des mosquées.
Disons-le carrément, Pierre Bergé est le grand homme que la France attendait, le Sauveur. À preuve, son soutien courageux à Ségolène Royal. Sachons-le : contrairement aux liens scandaleux entre l’odieux Nicolas Sarkozy et l’homme d’affaire Vincent Bolloré, les liens entre Ségolène Royal et l’homme d’affaire Pierre Bergé sont sains, voire carrément saints : Pierre Bergé est de gauche, c’est tout dire, et cela ferme la bouche à tous les humoristes qui auraient l’audace de critiquer. Dans Siné Hebdo n°28 du 18 mars 2009, Michel Onfray (un philosophe qui aime un peu plus la liberté d’expression des autres que lui) rapporte une anecdote plaisante à propos du grand homme : invité à la même émission de télévision — décidément, voici un milliardaire aimé des médias — Pierre Bergé ayant déclaré qu’il était « socialiste stirnérien », Onfray lui aurait demandé « pour plaisanter » s’il s’agissait du « socialisme d’Olivier Stirn ». Bergé n’aurait pas apprécié, et aurait fait savoir à Onfray qu’il « ne connaissai[t] pas Stirner ». Or Onfray venait de lui consacrer un tiers de son dernier bouquin…
J’en ai appris une autre après la publication de cet article, que j’ajoute donc ici : à l’occasion de la vente aux enchères de quelques babioles qui encombraient ses placards, parmi lesquelles un Picasso, un Matisse, etc., le collectionneur a dû subir la scandaleuse prétention de la Chine de récupérer deux sculptures volées pendant la Seconde guerre de l’opium. Animé par la flamme sacrée des Droits de l’homme, le sang de notre bon Bergé n’a fait qu’un tour, et il a répondu par un défi qu’on pourrait résumer à « libérez les Tibétains et je vous rends ce que la France colonisatrice vous a volé ». Pierre Haski a prudemment mais fermement remis le grand homme en place dans ce bel article publié dans Rue 89. Que ne dirait-on pas en effet, si un homme d’affaires chinois se trouvait — en toute légalité et à son insu — propriétaire d’une œuvre d’art spoliée à un juif pendant la Seconde Guerre mondiale, et qu’il réponde aux ayants-droit du propriétaire : « Libérez d’abord Gaza » ! Mais quand on est un des principaux annonceurs de la presse française et financeur de partis politiques, il semble qu’on puisse tout se permettre. La Révolution a inventé les Droits de l’homme et la liberté d’expression ; Pierre Bergé en a fait son torchon.
Pierre Bergé est propriétaire de Têtu, or ce journal, que dis-je, cette Bible, cette Serviette parmi les torchons folliculaires, est à la gauche homosexuelle ce que le Figaro est à la droite hétérosexuelle. Pierre Bergé est donc à gauche l’équivalent de Serge Dassault, le Démosthène de la droite. À l’égal de son propriétaire, Têtu est le parangon de la liberté d’expression, un journal considéré par les médias influents comme le seul et unique représentant de tous les courants de pensées des altersexuels de France. Un journal qui, comme l’association Act Up-Paris, financée par le même mécène, traite les hommes homosexuels qui refusent ou discutent l’utilisation de préservatifs, à l’égal du pape, par le mépris et le « zapping », un mépris dont chacun sait à quel point il est porteur au niveau de la prévention. Un journal qui ne mélange jamais torchons et serviettes, et propose chaque mois en couverture l’icône d’un grand penseur gay, consacre chaque mois un dossier complet à la littérature, à la peinture, à Mylène Farmer et aux arts. Bref, un journal entièrement consacré à la pensée et à la culture, et pas du tout à la promotion de l’industrie de luxe au râtelier de laquelle bouffent certains milliardaires de gauche ou de droite. Donc, pour paraphraser l’homme d’affaires, on a le droit de changer de journal, hein, mais il faudrait aussi apprendre aux journalistes qu’il existe d’autres médias altersexuels… Et d’autres vrais intellectuels qui pourraient s’exprimer sur les questions altersexuelles, plutôt que de se cantonner à quelques militants multicasquettes. Je n’en citerai que trois, au hasard : Dominique Fernandez, un modeste académicien qui a vaguement milité par ses écrits ; Renaud Camus, qui postule à la même boutique, et Claude Courouve, qui nous a fait l’honneur de déposer quelques messages sur ce site…

Bon, alors, ces propos papaux, on en cause ?

Mais revenons-en aux propos papaux. Je suis loin d’abonder dans le sens de Sa Sainteté, bien sûr, et je n’ai pas attendu ce jour pour penser différemment de la « Congrégation pour la Doctrine de la Foi », dont Ratzinger fut l’éminence grise bien avant de succéder à Jean-Paul II. Mais cette tempête dans un bénitier m’exaspère pour un certain nombre de raisons, en plus de ce qu’a déjà relevé ledit Miclo :
Dans Altersexualité, Éducation & Censure, j’ai exprimé ma conception des limites de la liberté d’expression : l’appel au meurtre, quand il a un risque d’être suivi d’effet, et la diffamation pure et gratuite, la divulgation de faits privés, surtout quand elle concerne des personnes qui n’ont pas accès aux médias. Les religions sont des institutions privées, et si l’on veut préserver le droit au blasphème, il faudrait s’habituer, d’un autre côté, à ce que les papes, imams et rabbins, puissent exprimer librement des opinions non-consensuelles, à l’exception, donc, de l’appel au meurtre.
Benoît XVI n’a rien dit de bien surprenant, de bien nouveau ni de bien scandaleux. Comme son prédécesseur, il défend les positions traditionnelles de l’Église, point barre. Je ne suis pas d’accord avec elles, bien sûr, mais l’ensemble des propos papaux, et pas seulement la formule broutée jusqu’à l’écœurement par la presse et le café du commerce, à tout prendre, me semble plus positif que les positions de certains leaders africains stigmatisant les malades, notamment les homosexuels. On sait bien depuis son élection que ce n’est pas ce pape-là qui bouleversera certains blocages des catholiques sur l’ordination des femmes par exemple. Alors pourquoi ce tollé soudain pour une phrase somme toute assez modérée comparée aux horreurs qui se disent librement à propos du sida ou des homosexuels dans les pays que le pape s’apprêtait à visiter ?
Les attaques excessives contre le pape m’énervent souvent parce que c’est le seul représentant des trois religions monothéistes à pouvoir servir de tête de turc. J’ai rarement entendu le concert des bonnes consciences internationales s’offusquer de ce que le pape des musulmans ne se soit jamais prononcé contre l’excision ou pour la capote ou contre l’homophobie, car il n’y a tout simplement pas de pape des musulmans ! Le fait qu’il y ait un pape unique ne serait-il pas plutôt un avantage ? Beaucoup de commentateurs arguent du fait que le pape aurait une énorme influence, or c’est faux : au contraire, l’influence de l’église catholique en Afrique comme en Amérique latine est en baisse… au profit d’innombrables sectes. Et quand on lit l’ensemble du discours du pape prononcé en Afrique devant un leader africain (et pas seulement ces trois mots sortis de leur contexte), ne devrait-on pas se réjouir qu’une personne qui jouit encore d’une relative autorité morale puisse le prononcer et que ce discours soit relayé auprès des masses ? [1] Cela, évidemment, est à payer d’arguments poussiéreux sur le préservatif, que personne n’écoute sauf quelques gauchistes nostalgiques de l’avant 68 où bouffer du cureton avait encore un sens… [2] Il est de bon ton, lorsqu’on s’attaque à ce pape et qu’on est à court d’argument, de rappeler un prétendu « passé nazi ». C’est faux, c’est facile, et c’est bas, c’est même répugnant. J’ai découvert récemment que ça a un nom : Loi de Godwin et Reductio ad Hitlerum. Traiter une personne avec qui on n’est pas d’accord de « nazi » est un classique qui n’honore pas la gauche, dont l’équivalent à droite, est de traiter d’antisémite ou de pédophile le gauchiste qui a l’audace de réfléchir sur certains sujets tabous. Efforçons-nous — à gauche et à droite — d’éviter de grimper sur ces échasses de l’indignation, et argumentons sur les idées, par sur les hommes !
S’il y a quelque chose à reprocher au pape à l’occasion de son voyage notamment au Cameroun, c’est de n’avoir pas profité de sa présence pour dire un mot contre l’homophobie (voir cet article). Pourtant sur ce sujet, l’Église catholique, même si elle est critiquable, est bien plus indulgente que la plupart des Camerounais, et c’est ça qui compte ; mais aucun commentateur n’a mentionné cette omission ; du coup, le pape apparaît comme le méchant, et l’on oublie l’homophobie virulente et parfois meurtrière au Cameroun : avoir des capotes, c’est bien pour les homos camerounais, mais vivre autrement que dans un sac, c’est pas mal non plus [3]. L’Ancien testament tel qu’il figure toujours dans la Bible, enjoint de tuer les homosexuels, mais je ne sache pas que Pierre Bergé ait conseillé aux juifs de changer de religion tant que ce verset ne serait pas abrogé ! Et pour aller vers quelle religion ? J’aimerais bien savoir quelle religion actuelle, si elle avait un pape unique, exprimerait par sa voix l’allégresse à l’utilisation du préservatif sans réticence ? Mais cela me semble bien anecdotique par rapport à tous les autres interdits de la plupart des religions. Au moins, chez les cathos, on peut picoler et manger du cochon, nom d’un pape !
L’expression « millions de morts » trouvée dans la bouche de nombreux commentateurs est risible : le pape précédent n’a jamais eu d’autre discours sur le sida (fidélité, abstinence…), et la phrase de celui-ci n’aura aucun effet négatif supplémentaire. Cette pensée procède d’une grande naïveté, et peut-être d’un mépris pour les Africains, comme si eux étaient incapables, comme les Européens, de saisir une nuance entre les propos théoriques du pape et ce qu’ils font au quotidien. D’une part le pape n’a jamais dit qu’il ne fallait pas utiliser de préservatifs — et même ses propos, si on les lit en entier, sous-entendent qu’il faut en utiliser, mais que ça aggrave le problème, nuance ! — d’autre part, les Africains qui se reconnaissent comme catholiques picorent dans la doctrine de l’Église, comme les Européens, ne vous inquiétez pas ! Et par la force des choses, ceux qui seraient en situation d’utiliser ou de ne pas utiliser des préservatifs, ont en principe déjà désobéi à des préceptes catholiques plus graves que de mettre ou pas une capote, ce qui, si l’on prend la peine de comprendre un peu la pensée du pape, lui donne entièrement raison : dans sa perspective, il est évident que le fait d’utiliser des préservatifs aggrave les choses, puisque sa solution à lui, c’est l’abstinence ! Contrairement à l’islam, sauf erreur, il ne me semble pas qu’il reste un pays au monde où les préceptes catholiques aient force de loi : alors, lâchons la grappe au pape !
Sur la question des traitements, par contre, François Miclo se trompe : comme nous l’a appris Charles Gueboguo « depuis le mois de mai 2007, l’accès aux antirétroviraux au Cameroun est désormais gratuit » (Voir l’article sur VIH-Sida : la vie en danger, d’Aggée Célestin Lomo Myazhiom).
En France aussi, si l’absence de préservatifs est responsable de contaminations, le discours extrémiste prôné par M. Bergé à travers le média Têtu et Act up, consistant à sataniser les barebackers, peut également être considéré comme responsable de certaines contaminations, comme l’explique l’association dissidente (donc hitlérienne !) The Warning. Mais dans le milieu gay, il ne fait pas bon penser en dehors des clous délimités par cette clique. Le plus critiquable n’est pas tant M. Bergé, qui a bien de la chance d’être milliardaire et qui fait ce qu’il veut de sa thune, mais les journalistes qui lui donnent la parole à lui plutôt qu’à d’autres. Pour être honnête, des phrases un peu vives comme « ils n’ont qu’à changer de religion », il m’arrive d’en sortir quand je suis sous ma douche et que je fulmine contre le monde comme il va, ma pauvre dame ; mais aucun journaliste ne me tend un micro à ce moment-là et n’en fait profiter la France entière, et il a bien raison ! Alors pourquoi tendre systématiquement un micro à ce Monsieur ? Pourquoi considérer le magazine de ce milliardaire de l’industrie du luxe comme le porte-parole des homos de France ?

En ce qui concerne le sida, nombre d’intellectuels français persistent à réagir en 2009 comme si nous en étions toujours à la situation tragique de 1990. Je ne vais pas revenir sur les arguments développés dans l’article cité ci-dessus, mais il faudrait se demander si certains responsables d’associations de prévention très subventionnées n’auraient pas intérêt à sans cesse faire monter la mayonnaise dramatique ? (Les « millions de morts » engendrés par une papale parole) pour justifier des subventions inchangées depuis des lustres. Je rappelle un discret articulet de Marianne du 17/01/2009 intitulé « L’art de rendre opaques les subventions » nous informant que le ministère de la Santé avait accordé en 2007 la somme de 560 000 € au Syndicat national des entreprises gaies (Sneg). Et pour quelle raison subventionner à ce point un syndicat d’entreprises, qui en principe devraient parvenir à s’autofinancer quand on songe aux tarifs pas vraiment philanthropiques pratiqués par ces entreprises ? Eh bien parce que le sida est une priorité absolue et le préservatif le nec plus ultra de la subvention publique, une parole sacrée qu’aucun homme, fût-il pape, ne saurait remettre en cause. Vous me suivez ? Pourquoi aucun média de masse n’a repris cette info, d’après vous ?

Donc, chers amis, avant de suivre le troupeau de moutons, de hurler avec les loups et de monter tel le berger sur les échasses de l’indignation… (euh, vous suivez la métaphore ?) Je veux dire quand le doigt montre la lune, ne soyons pas comme l’imbécile qui ne regarde que la lune !

- La sortie du récent film d’André Téchiné La fille du RER me rappelle un autre billet d’humeur sur un de ces emballements médiatiques baudruchesques à la française ; j’en ai aussi fait un sur les « banderoles ». Quoi ? vous avez oublié ? Il y a un billet intéressant de Coco des Bois : « Le Pape et mon cul sur la commode ». D’autre part, un article de Marc Cohen sur le même site « Causeur » évoque la liberté d’expression et son arsenal législatif, en citant l’un de mes articles…

Lionel Labosse


Voir en ligne : L’article de François Miclo : « Et préserve-nous du mal »


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[1On peut faire un parallèle avec le Dalaï-lama, dont l’influence est inversement proportionnelle au nombre de fidèles dont il est censé être le porte-parole, et qui plaît davantage aux bobos que le pape : ses propos concernant l’homosexualité ne montrent pas l’ouverture d’esprit absolue qu’on lui prête parfois à tort, mais cela n’a jamais empêché qu’on le respecte globalement, au titre de la liberté d’expression et de la tolérance.

[2Révérence gardée envers ma copine Gudule, grande bouffeuse de curetons devant l’Éternel… Je crains l’excommunication !

[3J’ai demandé à Charles Gueboguo, auteur d’un essai sur L’homosexualité en Afrique et sur le sida en Afrique son avis au sujet de cette visite papale : « Je ne me sens pas concerné par cette polémique. La catholicité romaine n’est pas toute la chrétienté, mais un pan. Pour ce que les gays en pensent en Afrique, je ne sais pas. Contrairement à l’opinion que les uns et les autres peuvent avoir, les gens en Afrique ont des soucis liés à la survie. Les paroles ne comptent que pour ceux qui les prononcent. Les gens ont faim, les gens veulent du boulot, ils veulent se loger. La venue du pape au Cameroun contrairement aux dires des médias n’a pas fait l’unanimité. Tout le monde s’est posé la question de savoir qui va payer la note, pour un pays comme le nôtre qui est déjà à genoux. Bref, c’est en France qu’il y a eu plus de bruit sur cette question. Maintenant, tout est une question d’idéologie. À chacun ses positionnements. ».

Messages

  • Je ne répondrai qu’à un tout petit point du message, concernant M. Font.

    Au cas où vous l’ignoriez, si les médias le boude, il n’a pas pour autant arrété la scène.
    J’ai eu l’occasion de le voir fin 2007 dans "sheerwood", avec les auteurs réunis. auteursreunis.free.fr/ Actuellement il est entre autre dans les sous-doués de la politique, aux deux anes.
    Vous pouvez d’ailleurs sur ce site téléchargé tous les cd de font, ainsi que ceux de font&val gratuitement.

    Cordialement

  • Mouais, juste un truc : personne ne CENSURE le pape, que je sache. On crie, on s’indigne, on le traite de tous les noms, mais il ne prend ni procès sur la gueule, ni interdiction d’aucune sorte. Donc, je ne comprends pas la teneur de ton article. Tu ferais montre de la même indignation quand, par exemple, Dieudonné ou Alain Soral se font attaquer par la LICRA et autre organisme bien-pensant sitôt qu’ils ouvrent la bouche, j’applaudirais. Là, il y a véritablement entrave à la liberté d’expression et au droit de provocation. Mais, que je sache, ce cher Benoît XVI, hormis une saine indignation, y compris de ses ouailles, n’a vu ses propos sanctionnés ni par un procès, ni par une amende, ni même par une avertissement de son employeur. Il n’est interdit ni d’ondes, ni de presse, ni de télé, ses écrits ne sont pas brûlés en place publique, et même si certains crient "hou hou" sur son passage, aucun pays ne lui a fermé ses frontières au nez. Tu appelles ça de la censure, toi ? Que n’est-ce vrai ! J’aimerais vivre dans un monde où les censeurs se contenteraient d’exprimer ainsi leur désaccord !
    Quand au dénommé Miclo dont tu te revendiques, j’avoue qu’il m’insupporte. Tous ses articles me semblent des enculages de mouches mondaines. Mais il s’agit là d’un avis personnel, non d’un acte de censure, rassure-toi !
    La bise à toi.

    GUDULE

    • Ma chère Gudule !
      Ouf, j’ai frisé l’excommunication ! Je n’arrête pas de défendre Dieudonné, entre autres causes indéfendables, et de protester contre les détournements de la loi antiraciste pratiqués par la Licra. Vois par exemple mon article Vive la République ! Vive la Frinance !. J’aurais dû rappeler une de mes citations favorites en ce qui concerne les médias : « Et si l’on emploie des minutes si précieuses pour dire des choses si futiles, c’est que ces choses si futiles sont en fait très importantes dans la mesure où elles cachent des choses précieuses. » (P. Bourdieu). Quant à Miclo, s’il encule les mouches, alors je n’aurai qu’un mot : « bzzz » !

    • Mouche mondaine, va !
      Ceci dit, et puisque nous sommes tous adeptes de la pluralité d’expression, je te conseille vivement - ainsi qu’aux lecteurs de ce site - la quatrième de couverture du dernier Siné Hebdo. Un regard de Carali qui, ma foi, ne manque ni de panache ni de pertinence (à mon humble avis)

      GUDULE

    • J’ai compris ce qui me gênait dans ton raisonnement : moi aussi, je revendique la liberté de parole et d’opinion, MAIS PAS CELLE DE PRÉCEPTE ! Qu’un écrivain fasse l’apologie du suicide, c’est son droit le plus strict, et je suis opposée à son interdiction. Mais qu’un enseignant ou un gourou décrète : "vous devez tous vous suicider" à ses élèves ou ses adeptes, là, nous avons affaire à un fou criminel DOTÉ DE POUVOIR. C’est ce qui fait toute la différence... En l’occurence, le pape n’émettait pas une opinion, il donnait une directive à des personne convaincue de son infaillibilité, directive à laquelle un certain nombre de ces personnes va se soumettre. Les idées et les virus se propagent un peu de la même manière, finalement !

      GUDULE

    • Sauf ton respect, cette idée n’est pas dans mon article.
      Le pape, si tu lis ses propos contestés, n’a absolument pas dit qu’il ne fallait pas utiliser de capotes, mais que la capote aggravait la situation, nuance (et des homosexuels en France, pas cathos pour un sou, disent et pratiquent à peu près la même chose). Cela entre donc exactement dans ce que tu nommes « liberté de parole ».
      Pour le reste, les religions édictent des préceptes, oui. Sauf que en ce qui concerne les cathos et les juifs, même les chrétiens en général (à quelques exceptions, sans doute ?) ces préceptes ne sont pas des lois temporelles. Seul l’islam, à ma connaissance, a force de loi dans certains pays.
      Maintenant je te retourne l’argument : si une personne décide de son propre chef qu’elle a besoin d’un gourou et désire qu’on lui donne des ordres, alors de quel droit peux-tu à ton tour décréter : “il est interdit de pratiquer une religion” ou “il est interdit de publier des préceptes” ? Lénine ou Castro. Raison pour laquelle je suis contre l’acharnement contre les jeunes filles qui portent un foulard, car à l’adolescence, même si au fond ça me débecte, elles le décident pour la plupart elles-mêmes (en France seulement, pas en Iran où on les oblige), alors que je suis plus réticent pour les enfants qui portent une kippa, car à 5 ans, leurs parents ne leur demandent pas leur avis. Mais bizarrement, ce ne sont que les jeunes filles qu’on a emmerdées au nom de la « laïcité », pas les parents des gosses. Mes raisonnements peuvent énerver les laïcards à tout crin, mais ils sont obscurément fidèles à quelques « philosophèmes »… (j’ai appris ce mot cette semaine, je voulais le replacer !) Bzzz !

  • Bel article avec lequel je suis entièrement d’accord.

    Une précision sur la phrase apocryphe de Voltaire. En voici la source et l’explication :

    « J’aimais l’auteur du livre de l’Esprit [Helvétius]. Cet homme valait mieux que tous ses ennemis ensemble ; mais je n’ai jamais approuvé ni les erreurs de son livre, ni les vérités triviales qu’il débite avec emphase. J’ai pris son parti hautement, quand des hommes absurdes l’ont condamné pour ces vérités mêmes. »

    Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, article Homme.

    Ce passage fut déformé en 1906 dans The Friends of Voltaire, livre de Evelyn Beatrice Hall écrivant sous le pseudonyme de S. G. Tallentyre, et résumant ainsi la position de Voltaire : « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

  • Voilà un article nettement plus complet que le mien, il faut dire que moi c’était juste un coup de gueule, mais dans l’ensemble, tu abordes avec moult détails la question Pierre Bergé et celle du Pape avec précision.
    Je ne regarde presque jamais la télé, mais j’avoue que ce vieux crétin m’a donner envie de gerber, le voir à ce point mépriser la personne avec qui il était censé discuter, c’était pitoyable, drapé dans un mélange de pseudo-dignité mode vierge effarouchée ... enfin bref, merci pour ces références, ça va me faire de la lecture encore !

    Voir en ligne : coco_des_bois