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De la difficulté d’aimer, pour les 6e / 4e

On s’était dit : pour la vie, de Claire Mazard

De la Martinière, Confessions, 2004, 158 p, 8,5 €.

mardi 1er mai 2007, par Lionel Labosse

Retour sur une adolescence toute en non-dits pour Claire Mazard, à travers ce récit d’une amitié amoureuse sublimée avec Isabelle, qui choisit d’entrer en religion tandis que Claire entre en littérature. Gageons que nos jeunes lecteurs sauront « décrypter » les silences du récit, et que le thème du voile, version catholique, résonnera fort dans notre quotidien…

Résumé

À la rentrée de seconde, Claire Mazard (dont le nom est donné au personnage p. 13), retrouve ses copines, parmi lesquelles Claudy décrète la supériorité de la vie sur les livres : « Plutôt que de le lire, moi, l’amour, je le vis. Les garçons, je préfère les voir — les avoir — en chair et en os, pas en héros de romans » (p. 8). Heureusement, l’amour des livres lui vaudra l’amitié d’Isabelle, qui dès le premier cours se place à côté d’elle et parle bouquins. Elle aime lire en mangeant. Mais le drame est annoncé en filigrane dès le début, et Claire donne des amorces au fil des pages : comment se fait-il qu’Isabelle ait fini par renoncer à la fois à la lecture et à la nourriture terrestre, notamment à la crème chantilly dont elle était goulue, pour prononcer des vœux dans « l’ordre monastique le plus difficile » (p. 142) ? Claire confie à Isabelle, mais pas trop encore aux lecteurs, le manque d’amour dont elle souffre dans sa famille. Quelques référence à Poil de Carotte suffisent. Elle se sent en prison, elle aime qu’Isabelle lui fasse de fausses convocations, à des contrôles de maths par exemple, pour s’en évader. La prof de français qu’elles auront également en première est vivement appréciée. Elle mêle aux grands classiques San Antonio, Brel, Brassens, et autorise les élèves à sauter le début du Père Goriot : « un vent de liberté, révolutionnaire, souffle au-dessus de nos têtes » (p. 40). Bigre ! Isabelle a une aventure avec un garçon qui tourne court : « l’amour physique, je ne suis pas encore prête » (p. 92). Toutes deux vivront d’autres aventures, littéraires, rencontres d’auteurs pour une anthologie de dédicaces ; voyages et camping. Le temps passe, et vers l’âge de 25 ans, Claire est bouleversée d’apprendre qu’Isabelle prononce ses vœux. « C’est cela que je redoute le plus : des mèches de cheveux dépassant de ton voile » (p. 145).

Mon avis

Comme Avec toi, Claire, j’aurais aimé la vie, On s’était dit : pour la vie est paru dans la collection Confessions des éditions De La Martinière. La lecture croisée de ces deux ouvrages soulèvera la question de l’authenticité de l’autobiographie, sur laquelle l’auteure s’explique : « j’ai peut-être transformé certains faits. Et le temps sélectionne, déforme, embellit les souvenirs » (p. 4). À rapprocher de la célèbre déclaration de Rousseau dans l’incipit des Confessions : « s’il m’est arrivé d’employer quelque ornement indifférent, ce n’a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire ; j’ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l’être, jamais ce que je savais être faux ». Pourquoi n’avoir pas préféré joindre ces deux récits en un seul, et y adjoindre la relation de cette terrible vie familiale ? Souvenirs encore trop douloureux ? Au lecteur de s’y retrouver. Dans ce volume, plus que sous-jacent, l’amour est enfoui, et l’on sent que ce qui est valable pour Isabelle du côté de la religion l’est autant pour Claire du côté de l’écriture. Elle aussi ne semble pas prête pour l’amour physique, du moins n’en dit-elle pas le moindre mot dans ces « Confessions ». Gageons que nos jeunes lecteurs sauront « décrypter » les silences du récit, et que le thème du voile, version catholique, résonnera fort dans notre quotidien.

- Retrouvez le même thème de la difficulté de s’exprimer dans deux fictions de la même auteure : Le Cahier rouge et Macaron citron. Lire un article sur le site de l’université de Lille.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Site de Claire Mazard


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Messages

  • Ca roman est magnifique. J’était en larmes à la fin, je ne pouvais plus m’arrêter de pleurer. Au départ, j’ai ri. Quand j’ai su. Je m’attendais à la mort, au suicide. Mais en vérité, c’est pire...

    • Ce livre est vraiment magnifique. Au début, on ariverait presque à se mettre à la place des personnages, on rigole comme si ça nous arivé à nous même. Puis vers la fin, on commence vraiment a se demander le choix qu’a voulu faire Isabelle. Et quand on le sait, on fini en larmes, et difficile de s’arreter. J’étais loin de penser à ça, plutôt au suicide comme le dit Roxane

  • Lecture tres agreable de ce roman autobiographique. Lecture de niveau facile convenant aux 2 premieres années de collèges. Moi qui suis en 3eme, je l’ai beaucoup apprécié mais avec regret que la langue ne soit pas plus soutenue.
    Livre dévoré en 2h tellement savoir ce qu’il adviendrait d’Isabelle me démangé !
    9.5/10 (pour ne pas dire 10/10) !
    Livre a lire absolument ! Belle prise de conscience sur l’amitié.

  • J’ai lu ce livre une première fois, j’ai beaucoup aimé que Claire soit réservée, timide, différente d’ Isabelle.
    Et j’ai aussi été choquée quand j’ai appris que c’était la plus extravertie des deux amies qui voulait garder le silence à jamais.
    J’ai pleuré quand j’ai repensé aux moments qu’elles avaient vécus ensemble, c’est comme si cela m’était arrivé.
    La deuxième fois où je l’ai relu, je n’ai pas pleuré à la fin, mais j’ai été boulversé en relisant le très beau paragraphe où était écrit que Claire dédiait à Isabelle cet ouvrage, que c’était une histoire vraie.