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Manuel de résilience, pour jeunes adultes

Le Garçon qui pleurait des larmes d’Amour, d’Alexandre Delmar

Éditions Textes Gais, 2007, 175 p., 12 €

lundi 14 mai 2007, par Lionel Labosse

Le Garçon qui pleurait des larmes d’Amour est un roman sympathique. Lecture plaisir pour les jeunes, ni autobiographique ni réaliste, avec une certaine complaisance dans les scènes de sexe entre garçons fort jeunes, y compris dans la relation d’un viol, qui porte ce roman à la limite d’une pornographie à l’eau de rose. Cependant il y a quelque chose qui retient dans ce livre, et qui lui confère un certain intérêt.

Résumé

Maxime, 18 ans, se précipite devant une voiture pour « en finir ». Avant le choc attendu, toute sa vie défile, pour l’édification du lecteur. Ce n’est qu’une suite de malheurs à la Dickens. Qu’on en juge : le pauvre chéri, deuxième d’une famille de trois, a à peine le temps de se remémorer un souvenir de ses 7 ans, la première fois qu’il entend le mot « pédé », qu’il égrène la chronique du drame familial, en parallèle avec sa découverte précoce du sexe des garçons. Papa insulte et frappe maman et les enfants ; Maxime découvre la masturbation par son frère, puis le premier baiser par un copain de classe ; papa viole maman, maman boit, maman prend des anxiolytiques ; Maxime tombe amoureux de Jérémy ; maman trucide papa qui s’apprêtait à assommer Maxime. C’est alors la séparation des enfants dans divers foyers. Maxime tombe dans un foyer correct où, « suite aux affaires de pédophilie qui ont été médiatisées à outrance », « les personnes qui nous encadrent s’éloignent de plus en plus de nous » (p. 57). Il y rencontre le grand amour de sa vie, Stéphane, et connaît à l’âge de onze ans, son premier orgasme ; le premier coït à douze ans. Sa mère est lourdement condamnée ; Maxime est donc séparé de Stéphane pour être placé dans une famille d’accueil. Le jour de son arrivée, on lui dit que Stéphane s’est suicidé au moment de son départ. Tout semble bien se passer dans cette famille idéale, mais non, un nouveau surcroît de malheur attend Maxime… qui ne cesse de rebondir, mais je vous laisse découvrir la suite, et savoir si oui ou non le choc prévu dans le prologue se produit…

Mon avis

Le Garçon qui pleurait des larmes d’Amour se déguste en quelques heures. C’est un roman sympathique que je me garderai bien de conseiller aux ados dans le cadre scolaire. Lecture plaisir pour les jeunes ; ni autobiographique, ni réaliste (la relation du procès expéditif de la mère ; la scène de séparation en cinémascope avec Stéphane dans un centre d’accueil étonnamment gay-friendly). Une certaine complaisance dans les scènes de sexe entre garçons fort jeunes, y compris dans la relation d’un viol, porte ce roman à la limite d’une pornographie à l’eau de rose. Cependant il y a quelque chose qui retient dans ce livre, et qui lui confère un intérêt supérieur à cet avis expéditif. C’est l’incroyable capacité de résilience du personnage, qualité à la fois psychologique et narrative. En dépit du titre lacrymal, l’auteur n’ennuie pas le lecteur à se lamenter sur les déboires du pauvre chéri ; au contraire, tout problème insurmontable se trouve surmonté deux pages plus tard, à peine essuyée la première larme, ce qui confère au récit une alacrité appréciable (qui rappelle par exemple Herculine Barbin, dite Alexina B). Certes dans un premier temps les résultats scolaires de Maxime pâtissent de sa situation, mais il a tôt fait de redresser la barre. En ces temps de dérive victimisante et d’hystérie pénale anti-sexe où le viol se trouve sanctionné davantage que le meurtre et le crime contre l’humanité, il n’est pas indifférent, malgré cette complaisance érotisante, que le viol n’entraîne la victime dans aucune spirale de vengeance, mais qu’au contraire la volonté d’épargner la famille du coupable l’emporte. Quant à l’âge du personnage et des premières relations sexuelles, il est certain qu’il choquerait et provoquerait des réactions violentes et des accusations graves si un enseignant avait la mauvaise idée de proposer ce livre à des élèves ; raison pour laquelle je ne l’inclus pas dans notre sélection jeunesse, mais dans une rubrique pour adultes. Je n’écris pas le mot auquel on pense quand l’auteur décrit des relations sexuelles entre ados pubères de moins de 15 ans, même si justement, de mon point de vue, ces accusations seraient injustes. L’ouvrage fait penser au Petit galopin de nos corps d’Yves Navarre. L’évolution actuelle de l’âge de la puberté donne raison à l’auteur, et il serait temps qu’on écoute les médecins, conscients des problèmes nouveaux posés par ce décalage croissant entre l’âge légal de consentement et l’âge de la puberté. Cela n’empêche pas quelques pages plus convenues, par exemple sur la prostitution et sur les relations multipartenaires : « Depuis mon viol, j’ai déshumanisé mon corps, j’en ai fait une marchandise, un moyen. Il n’y a qu’à compter le nombre de garçons avec lesquels je suis sorti pour en avoir la preuve irréfutable » (p. 160). Mon œil !

- Une critique de Lionel Labosse.


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