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Plusieurs dizaines de syndicats et d’organisations représentés

Colloque du 16 mai 2007 contre l’homophobie et pour la diversité par l’éducation

Un état des lieux consternant

lundi 11 juin 2007

Le 16 mai 2007, dans le cadre de la 3e journée mondiale de lutte contre l’homophobie, dont le thème était cette année l’éducation, un colloque s’est tenu dans les locaux du Conseil régional d’Île-de-France. Ce colloque avait mobilisé depuis plusieurs mois l’énergie de nombreuses organisations et de militants travaillant plus ou moins dans l’ombre pour que la question altersexuelle cesse d’être négligée par l’Éducation nationale. Malgré la réussite de cette manifestation internationale, le colloque a été totalement passé sous silence par l’ensemble des médias, médias communautaires y compris. Et les militants, au lieu d’aller de l’avant, cèdent à la tentation bien française de dilapider leur énergie à pinailler sur des sigles et des virgules.

Une seule journaliste — du Monde — était paraît-il présente. À ma connaissance, elle n’a pas encore publié d’article. Le colloque n’a donc pas existé. Comment reprocher leur absence aux journalistes de médias généralistes, alors que pas un seul journaliste de Têtu, de Pink TV, de Illico, de PREF mag, etc, n’était présent ? Certes, ils ont parfois, au mieux, signalé l’existence de cette manifestation (par exemple Illico, ou évoqué la lettre ouverte présentée pendant le colloque, mais ils n’ont pas daigné s’intéresser au travail de fourmi de tous ces militants en passant une partie de la journée avec nous. Qu’aurions-nous dû faire pour les attirer ? Décréter que le colloque se tiendrait torse nu ? Inviter une vedette de la Star-ac pour animer les débats ? S’il y a à militer dans le monde gay, ce n’est pas contre le gouvernement, c’est pour créer de nouveaux médias dignes de nous. Comment se fait-il, par exemple, que l’Ïle-de-France ne bénéficie d’aucune radio gaie associative ? Qui donc, dites-moi, a volé à la communuaté altersexuelle, pour des bénéfices financiers privés, la fréquence à laquelle une communauté si importante devrait avoir droit ?

Le déroulement du colloque

Vous ne trouverez donc dans aucun média le compte rendu de ce colloque fantôme. Voyez par exemple ce qu’a fait Marianne — qui est pourtant dix fois mieux que ce que n’ont pas fait les médias gais. À l’occasion de cette journée mondiale, les autres médias nationaux ne se sont préoccupés que d’un seul aspect, les agressions homophobes, en France et dans le monde. C’est comme les agressions antisémites, allez savoir pourquoi ça plaît à la populace… Le seul compte rendu que j’aie trouvé sur Internet — et c’est quand même un comble — est celui du site canadien Alterhéros ! Je vous laisse le lire, en attendant les actes du colloque qui devraient être disponibles prochainement, et je ne reviendrai que sur deux ou trois faits qui m’ont interpellé.

Premièrement, un collègue (pas identifié comme militant) a pris la parole pour prétendre que dans les établissements de Seine-Saint-Denis comme le collège où il exerçait, s’appliquerait la « charia ». À l’appui, il expliquait qu’il était interdit à un enseignant homo d’être professeur principal. Heureusement, quelque temps après, un représentant du Conseil général de ce département a pu exposer à la tribune toutes les actions qui y ont été entreprises, et auxquelles j’ai participé activement, comme on le constatera dans mon Journal de bord de 2004/2005. Mené avec le soutien du Conseil Général et de l’Inspection Académique, ce projet n’oubliait même pas la question transgenre ! Lorsque je travaillais à AIDES comme objecteur de conscience, en 1989/90, Pierre Kneip, le créateur de Sida Info Service — qui a donné son nom après sa mort en 1995 à l’immeuble où l’association est installée — m’avait demandé conseil en tant que « jeune gay » et futur prof de français, et j’étais aussi le relecteur officieux de ses textes. Une phrase de Holderlin qu’il citait toujours : « Là où croît le danger croît aussi ce qui sauve » (p. 30 de sa brochure de 1989 sur les permanences téléphoniques de Aides), m’est revenue en mémoire en entendant les propos de notre jeune collègue. Je garde aussi de cette époque l’antimétabole de Sénèque qui avait été choisie par le CRIPS comme slogan au début des années 90 : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas que les choses sont difficiles » (Lettres à Lucilius, n° CIV, 26 : « Non quia difficilia sunt non audemus, sed quia non audemus difficilia sunt »).

Une représentante administrative du ministère de l’Éducation a eu le courage de venir. Ses propos ont fait bondir une bonne partie de l’assistance, et ils symbolisent toute la difficulté de se faire entendre de gens campés sur des conceptions archaïques. En effet, toute leur politique est basée sur deux idées reçues : premièrement, « il faut partir du questionnement des élèves », c’est-à-dire qu’il faut attendre qu’un élève ait le courage de poser une question, donc de se désigner comme concerné par la question devant ses pairs, pour seulement répondre ! Ce qui sous entend par exemple, qu’un professeur d’histoire doit continuer à rayer de ses cours la composante homosexuelle de la pédagogie dans l’antiquité grecque ! Deuxièmement, il faut « respecter des paliers », c’est-à-dire qu’avant de parler de ces sujets, on a clairement en tête que ce serait traumatisant pour les élèves. Ces questions sont développées dans deux de mes articles : L’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées et Le Module d’éducation à la santé et à la sexualité, ouvrage collectif. La présence de Luc Roger, de Belgique, a fourni un contrepoint décisif à ce genre de position rétrograde.

L’après colloque : pinaillages et repentance

Nous sommes comme ça dans le milieu LGBT, nous aimons nous étriller sur des questions de vocabulaire, à l’instar des groupuscules crypto-troskistes dont beaucoup des plus actifs d’entre nous sont originaires, qui ne se rendent pas compte que leur nostalgie n’émeut qu’un pourcentage infime de la population. Parmi les premiers courriels échangés entre les participants au colloque dans les jours qui l’ont suivi, deux faux problèmes ont monopolisé notre énergie. Premièrement, il était question de revenir après coup sur quelques formules de la fameuse lettre ouverte. Le terme générique pourtant fort clair « l’ensemble des personnels » ne plaisait plus à certains, et il fallait ajouter « et les personnels ATOSS » (Personnels administratif, technique, ouvrier, de service et de santé). Alors ce fut l’avalanche habituelle d’arguties : les uns voulaient mentionner les infirmières, dont le rôle était prépondérant, et qui étaient bien méritantes, ma bonne dame ; les autres les éducateurs, etc. Bien vite on s’est rendu compte du ridicule, s’agissant d’une lettre dont aucun média important ne rendrait jamais compte, et l’on est revenu à la formulation initiale, avec le terme générique qui convenait parfaitement.

Mais le politiquement correct n’avait pas rendu ses dernières armes, et il a fallu se gratter le front avec la « repentance » au sujet de nos amies trans. Une des plus célèbres trans, et fort sympathique au demeurant, avait joué l’habituel numéro des fins de colloque, avec le couplet « vous nous oubliez, on existe ». Et les courriels internes de faire amende honorable. Oui, effectivement, nous devions battre notre coulpe, nous, vilains homos, avions négligé la « transphobie ». Il n’a pas fallu attendre longtemps pour qu’on nous sorte aussi les « intersexe », les « queer », etc. Dur métier que de faire avaler à ces médias absents et indifférents la pilule de la « lutte contre les LGBTQI-phobies » ! J’ai même lu mieux, sans rire, sur le site du Centre de toxicomanie et de santé mentale : « LGBTTTIQ est un acronyme fréquemment utilisé pour désigner les personnes et communautés lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles, transgenderistes, bispirituelles, intersexuelles et queers ». Un tel embrouillamini va sans doute contribuer à intéresser le Français moyen à notre cause… Et si la volonté d’afficher dans un sigle toutes les variantes, cachait en réalité une crainte de l’amalgame, une volonté de respecter non pas des différences, mais des frontières et des exclusions ? Pourquoi se bloquer sur un mot ?

Quand on parle de racisme, l’idée ne vient à personne de sectoriser le marché en spécifiant « antinoir », « antiblanc », « antimaghrébin », ou en absolvant les noirs ou les Maghrébins de tout racisme — quoique… La Ligue des Droits de l’Homme elle-même, représentée au colloque, conteste la position de la Licra — et je suis entièrement d’accord — de spécifier « racisme et antisémitisme », comme s’il y avait un racisme différent des autres. Ne recommençons pas à créer des parts de marché, car c’est un marché peu juteux. Le mot « homophobie », même s’il est mal choisi et contestable, est un mot générique que « nous » avons eu du mal à imposer, alors ne regardons pas ce doigt, mais la lune qu’il montre ! De même, quelle drôle d’idée de parler de « lesbophobie », comme si l’« homophobie » était entâchée de sexisme. Dans l’usage courant, à ce que je sache, les « homosexuel(le)s » sont autant des deux sexes, et nombre de lesbiennes elles-mêmes rechignent à utiliser le mot « lesbianisme » qu’elles trouvent trop trivial ! Mieux, dans le domaine rose bonbon de l’« homoparentalité » radieuse et idéale, « on » n’aime pas du tout le mot « lesboparentalité », et on s’accommode parfaitement du mot à la mode, qui permet de passer sous silence certains cas pas si rares où des garçons homos se sont fait spolier de leur parentalité par un couple de lesbiennes. Alors, quand on a peur de « lesbianisme » et de « lesboparentalité », pourquoi vouloir imposer « lesbophobie » ? Et comment nommer la discrimination spécifique dont sont victimes les garçons d’apparence féminine ou les filles d’apparence masculine, qui ne sont pas « intersexe », et sont hétérosexuels ? Doit-on inventer un nouveau nom compréhensible par 0,1 % de la population, ou peut-on abaisser notre esprit à se contenter d’un mot, certes bancal, mais passé dans le langage courant depuis une vingtaine d’années ?

En ce qui me concerne, je plaide non coupable au nom du Collectif HomoEdu. Je me souviens fort bien lors d’une des réunions du comité de pilotage de ce colloque, avoir dit que nous devrions avoir une intervention spécifique sur la question transgenre ; à quoi il avait été répondu que la question de la « transphobie » ne se posait guère à l’âge scolaire. C’est là que j’avais plaidé pour la mention de « l’éducation à la diversité sexuelle », et non seulement la « lutte contre la transphobie ou homophobie », etc., notions victimisantes, à laquelle à HomoEdu, nous préférons celle de « diversité sexuelle », et qui, s’agissant de la « transphobie », n’a aucun sens à l’âge scolaire [1]. J’obtins que le titre du colloque mentionnât « diversité », et d’aucuns parmi les membres du comité de pilotage, expliquèrent que si nous ajoutions « sexuelle », les foudres du ciel tomberaient sur nous (accusation de prosélytisme, etc.). En l’occurrence, on peut se demander si cette légère provocation ne nous aurait pas au contraire sauvés de l’indifférence. D’autre part, lorsque j’avais proposé un document pédagogique à base de la bande dessinée Les voisins du 109, une personne m’avait reproché entre autres que le personnage était trop efféminé, et que ça donnerait une mauvaise image, etc. Le projet avait été mis de côté. Cela m’est égal, et je ne suis pas du genre à taper du poing sur la table et à m’en aller sous prétexte qu’une de mes propositions a été retoquée, mais j’espère au moins que mes estimés collègues militants se posent des questions sur le retentissement médiatique que ce document aurait pu avoir, qui n’aurait pas pu être plus nul que ce que nous avons obtenu.

En marge du colloque, j’avais eu le plaisir de discuter avec des militants d’ailleurs fort sympathiques et efficaces dans leurs actions. Notre désaccord portait sur un point significatif d’un certain nombre de blocages qui remontent lors de telles discussions : « la question de l’orientation sexuelle et celle de l’identité de genre n’ont rien à voir ensemble », soutenaient-ils. Telle n’est pas mon opinion, et c’est pourquoi j’utilise un seul terme englobant, altersexualité. Pour éviter ces sigles « LGBT » à rallonge, le terme « altersexuel » permettrait de créer « altersexophobie », lequel n’est pas loin de la question de la sexophobie évoquée par Louis-Georges pendant le colloque. Ne serait-il pas temps de cesser de lutter « contre » les machin-phobies, en nous enfermant dans des cases étroites, mais plutôt « pour » la diversité sexuelle ? Pour ma part, dans ma tête, je ne suis pas un « homo ». Je suis une sorte de femelle hermaphrodite couillue, un utérus à prostate dont la peau se tâte, un esthète trans dont les seins se tètent, ou quelque chose d’approchant ! Blague à part, la question de MON orientation sexuelle est clairement liée à celle de MON identité de genre, et ce n’est pas parce que des homophobes m’auront traité de gonzesse ou d’efféminé qu’il faut les prendre au mot et prétendre que cela n’a rien à voir, de même que l’hétérosexualité affichée a bien à voir avec le fait que telle personne se sent femme jusqu’au bout disons des ongles, et se sent attirée par certaines personnes qu’elle sent hommes jusqu’au bout de ce que vous voulez !

Révérence gardée, une certaine habitude des transgenre à ne pas venir aux réunions de travail où elles sont invitées, puis à manifester leur indignation au dernier moment, en public, me semble peu productive. On pourrait aussi évoquer l’invisibilité des trans FtM. Pour le Collectif HomoEdu, j’ai mentionné la question « Transgenre » dans le dépliant des « Isidor », et, dès mes premiers travaux sur la question (pas des blablas en l’air, mais des travaux sur le terrain, dans le 93, malgré la soi-disant « charia »). Voir par exemple un travail mené cette année sur un personnage transgenre dans un roman avec des élèves de mon lycée. Enfin, à HomoEdu, nous avons des articles de fond concernant la question, dont nous avons débattu avec Alexandra Augst-Merelle & Stéphanie Nicot, auteures de Changer de sexe (pour ceux qui voudraient connaître la différence entre « transgenre » et « transsexuelle »). Et les ouvrages sur cette question que nous proposons dans notre sélection pour les jeunes ne sont pas classés à part en fin de liste : nous ne faisons pas de catégories autres que par niveau scolaire et type d’ouvrages.

Faiblesses du monde associatif lié à l’éducation

Plutôt que de gaspiller notre énergie sur ces futilités, espérons que dans la suite des événements, nous imitions nos amis québécois, pour mettre en commun nos énergies. C’est par ce travail de fourmis, par des innovations pédagogiques sur le terrain, que nous ferons avancer les choses, en plus des « IMS » (Interventions en milieu scolaire), indispensables certes, mais par lesquelles nous nous défaussons de la question sur des intervenants extérieurs, comme s’il s’agissait d’une patate chaude que personne ne veut garder entre ses mains à l’intérieur de l’É.N. J’hésite à publier ce qui suit, mais l’état des lieux du monde associatif lié à l’éducation nous a amenés à réfléchir sur cette aberration. Nous sommes désorganisés, inefficaces, parce que soit, comme au sein du Collectif HomoEdu ou d’IDAHO, nous ne sommes pas structurés en associations loi 1901, soit nous sommes sur les rotules par la masse de travail que nous abattons, et incapables d’aller au-delà de l’action militante immédiate. C’est quand même un comble que seule l’association l’Autre Cercle ait pu obtenir une subvention énorme de la part de l’Union Européenne, subvention de 400000 € destinée à la lutte contre l’homophobie dans le monde du travail.

Je n’ai rien contre cette association, et on ne peut douter a priori qu’elle n’emploie utilement cette subvention (qui est théoriquement doublée d’une base d’un montant équivalent). Cependant la priorité serait à mon humble avis plutôt de subventionner les associations œuvrant dans le domaine éducatif. Hélas, dans le monde où nous vivons, ces sommes énormes ne sont pas attribuées selon les besoins du peuple, mais selon la capacité d’énarques bien placés dans des associations à ficeler des dossiers qui leur permettent de toucher les subventions. Les règles d’attribution de ces pactoles européens sont faites de sorte que seuls quelques initiés sachent comment les toucher. Bien évidemment ces initiés ne se trouvent pas dans des associations de gauchistes inefficaces comme nous, mais dans des associations comme l’Autre Cercle, qui doit regarder notre boulot avec la commisération des Seigneurs pour les humbles. C’est le monde dans lequel nous vivons, on ne peut que s’y résigner. À moins que parmi les lecteurs de ces lignes, il n’y ait un homme ou une femme qui ait à la fois cette formation de « chasseur de subventions » et qui soit humaniste. Dans ce cas-là, qu’il ou elle se hâte de s’inscrire dans l’une des associations organisatrices du colloque, et qu’il ou elle nous aide à obtenir le nerf indispensable à notre guerre.

- Vous pouvez télécharger ci-dessus le programme du colloque.
- Voir aussi la tribune libre que j’avais publiée à l’occasion du colloque : La lutte contre l’homophobie à l’Éducation nationale : c’est pour quand ?, et la Lettre ouverte adressée aux pouvoirs publics.
- Un nouveau colloque intitulé « Education et homophobie, une discrimination dans le système éducatif » est prévu en juin 2010 à Besançon, organisé par l’association Nouvel Esprit.
- Voir notre chronologie de l’Éducation nationale et la diversité sexuelle en France.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Enregistrement du colloque


© altersexualite.com, 2007.
La vignette vient d’un programme canadien : « L’homophobie, pas dans ma cour » initié par le G.R.I.S..


[1Dans un certain nombre de pays où l’homosexualité est interdite, les travestis sont tolérés, ce qui oblige les garçons qui chez nous seraient « homos » à se travestir, voire à se prostituer si la prostitution est considérée comme moindre mal par rapport à l’homosexualité. Dans ce cas, la distinction entre « transphobie » et « homophobie » n’a aucun sens ; il faudrait en prendre acte s’agissant d’une journée mondiale