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Pour la bonne bouche et sous le manteau, pour éducateurs !

De la fellation comme idéal dans le rapport amoureux, de Gérard Lenne

La Musardine, L’Attrape-corps, 2002, 112 p., 9 €

mardi 1er mars 2011, par Lionel Labosse

Gérard Lenne, éminent critique de cinéma, amateur de chansons, et grand érotomane devant l’Éternel, se colle à l’éloge et au guide pratique de la fellation hétérosexuelle. On apprend et on s’amuse à la lecture de ce livre érudit, qui multiplie les références cinématographiques et littéraires. Tout au plus pourra-t-on reprocher à l’auteur de donner une vision hétérocentriste de l’objet de sa recherche. Comme disent les juristes, « Testis unus, testis nullus ». Mais en attendant qu’un éditeur engage plusieurs auteurs, homme, femme, transgenre, hétéro, homo et bi, pour réaliser une vraie enquê(quet)te à plusieurs bouches et plusieurs plumes, contentons-nous de ce témoignage univoque. Il va sans dire que cet article est une petite gâterie offerte aux lecteurs du site au demeurant très sérieux « altersexualite.com », et que tout mineur qui serait en train de lire ces mots doit illico presto retourner à la manipulation de sa Playstation et abandonner cette lecture, sous peine de devenir sourd, et poilu comme un orang-outan !

Hommes vs femmes ; homos vs hétéros

Selon une étude étasunienne citée p. 19, la fellation serait la pratique sexuelle préférée des hommes et la moins appréciée des femmes. Ce que l’étude ne précise pas, c’est si l’on s’est enquis de l’orientation sexuelle des sondé(e)s, car il est évident que si le panel inclut des lesbiennes, cela plombe le résultat de l’ensemble des femmes, alors que les gays ne font que conforter celui des hommes, et baisser la cote de la pénétration vaginale ! Il faut d’ailleurs patienter jusqu’à la page 86 pour que notre érotomane daigne enfin se débarrasser en quelques lignes de l’éventualité que la fellation soit pratiquée par un homme ou (je cite) « un transsexuel » (quand on est galant et informé, mon cher Gérard, on écrit « une transsexuelle »). Pourtant les définitions de dictionnaires qu’il cite (p. 30) sont unisexes, et auraient dû lui mettre la puce au pubis, si je puis dire. Enfin, il se rattrape en statuant qu’il est impossible à un hétéro ou à un homo de savoir « qui suce le mieux ». Il faudrait un Tirésias pour le déterminer ! Quoi qu’il en soit, le mot « fellation » n’est entré dans les petits Larousse ou Robert qu’en 1981 et 1984, en même temps que la gauche entrait à l’Élysée ! [1]. Sur ce décalage homme / femme, une citation de Catherine Breillat amuse : « Quand le mec pourrait te baiser et qu’il te baise pas, c’est le supplice de Tantale. » (p. 39).

Questions de langue

L’équivalent anglais (blowjob ; « to blow » = souffler) est commenté : les Américaines, si promptes à aspirer, sans doute pour pallier le déficit de sensibilité dû aux progrès de la circoncision aux États-Unis » (p. 32). L’auteur se lance d’ailleurs dans une diatribe anti-circoncision (« rite archaïque et barbare », p. 41/42), en oubliant de développer quelques arguments, comme les avantages et inconvénients du smegma pour la fellatrice, et l’inconvénient que constitue un phimosis pour l’attractivité d’un pénis. La traduction espagnole mériterait commentaire (sans doute aussi les autres langues, mais je suis nul en langues, du moins vivantes) : « chupar une polla », ce qui explique peut-être le succès de la confiserie espagnole Chupa Chups, dont paraît-il Salvador Dali a participé à la promotion ! L’auteur rappelle d’ailleurs qu’il n’est pas étonnant que personne n’ait percuté au double sens de la chanson de Gainsbourg Les sucettes, puisqu’à l’époque, on ne parlait pas de ces choses, le mot même de fellation n’était connu qu’en latin par les spécialistes (et les théologiens !). Le terme « irrumation », utilisé seulement deux fois (p. 36 et p. 105) mériterait explication, mais je crois qu’il fait partie de ces mots qui ont été remis au goût du jour fort récemment, par la circulation des informations sur Internet notamment. Si vous voulez en savoir plus, je vous propose le blog « 6 sens », un site sans pub d’un lexicophile érotomane, mais attention, si vous êtes mineur, ce site vous est totalement interdit ! Non, ne cliquez pas ! D’ailleurs si vous êtes mineur, on vous a déjà dit d’aller coucher un peu plus haut, nom d’un chien ! J’ai appris une expression : « boule de neige », en anglais « snowballing », avec son dérivé si délicieusement anglais : « you snowballed him ! » (p. 104), qui consiste à – moins de 18 ans, sautez une ligne ! – comment dire ? rendre à César la semence de César pour qu’elle recommence à zéro son cycle naturel. Ouf !

Métaphysique des pipes

Deux types de fellations s’opposent : l’utilitaire, et la stratagème. La première se conçoit comme un baume raffermissant, une étape menant au Graal du coït vaginal (l’auteur semble réticent à la sodomie, qu’il finit par évoquer du bout de la langue, p. 50) ; la seconde permet d’éviter le coït et de demeurer vierge au sens médical. Je me suis demandé en marge de cette lecture pourquoi les Maghrébins avaient la réputation de pratiquer la sodomie (hétérosexuelle, je veux dire) pour éviter la défloration, plutôt que la fellation. À défaut de démêler légende urbaine, calomnie et vérité, un élément de réflexion à ce sujet est fourni p. 44 : « il y a ces racines méditerranéennes [du machisme] qui estiment que l’homme est d’autant plus fort, puissant et viril qu’il a engrossé sa conquête, ou du moins, qu’il l’a furieusement empalée ». Quant à la question posée par Louis Calaferte dans La mécanique des femmes, « Pourquoi les hommes aiment-ils tant être sucés ? », elle mérite que chacun y apporte son grain de sel. On ne peut y répondre sans ajouter le corollaire « Et pourquoi n’aiment-ils pas le coït ? ». Peur de se faire faire un enfant dans le dos ? Dégoût du préservatif, ou au contraire, du manque d’hygiène éventuel du ou de la partenaire ? Gérard Lenne évoque l’aspect psychologique, le fait que le coït fait entrer dans une dimension amoureuse qui engage, une possibilité de génération (il ne le dit pas comme ça ; cf. p. 49), tandis que la fellation se cantonne au domaine du plaisir. L’autre question corollaire : « Pourquoi beaucoup de femmes hétéro aiment peu sucer ? » mériterait davantage de développement, et des comparaisons avec le monde homo. Il faudrait réfléchir à la physionomie du pénis lui-même, sa forme et son éventuel goût, qui peut d’autant plus rebuter qu’il est plus proche des organes de la vue, du goût et de l’odorat, alors que tout cela disparaît quand l’organe est enfoui dans un fourreau (cachez ce pénis que je ne saurais humer !) Mais tout cela n’expliquerait pas que les homos et les transsexuelles ont moins de réticences en la matière…
On félicitera l’auteur de balayer les partisans du risque zéro, et donc du préservatif pour la fellation, qu’il qualifie de paranoïa (p. 56), et on applaudit des deux mains à cette phrase fort socratique : « Chez les teen-agers, la fellation fonctionne comme un apprentissage qui donne aux filles l’occasion de mieux connaître le sexe viril à travers celui de leurs amis, d’en apprécier les réactions, d’en mesurer le gonflement, d’observer les prémices du soubresaut final, d’étudier l’intensité et l’abondance du jet, le tout sans encourir de conséquences préjudiciables » (p. 58). Que Gérard Lenne n’est-il engagé au ministère de la Jeunesse et des Sports ! J’entrevois une refonte totale des séances d’initiation à la sexualité en milieu scolaire !

Références culturelles

En ce qui concerne la phrase du Marquis de Sade que l’auteur cite de mémoire p. 60 en avouant son incertitude : « Nous en usâmes avec elle d’une manière qui lui ôtait la possibilité de se plaindre de nos procédés », qu’il me soit permis en bon cuistre, de la rectifier tout en confirmant qu’elle vient de Justine : « Il me fait mettre à genoux, et se collant à moi dans cette posture, ses perfides passions s’exercent en un lieu qui m’interdit pendant le sacrifice le pouvoir de me plaindre de son irrégularité. » (éd. de la Pléiade, p. 62). [2] Un court-métrage cité p. 65 nous allèche fort par son argument : Bien sous tous rapports, de Marina De Van (1996) : une famille bourgeoise commente les bonnes manières de la fille de la famille dans sa pratique de la fellation ! Toujours dans le domaine du cinéma, mais porno, Gérard Lenne dénonce la chevelure qui cache l’acte au spectateur, et pire, le geste de l’actrice qui les relève, et qui gâche l’illusion réaliste ! (p. 77). Il est vrai que certains réalisateurs mériteraient des baffes quand ils laissent des cheveux, des mains ou autres membres inutiles, cacher des choses essentielles pendant des minutes cruciales !
Pour la bonne bouche, nous terminerons par cette question existentielle : « faut-il vraiment éviter, comme il est si souvent conseillé, de jouer des dents ? » (p. 97). Eh bien ! notre ami Essobal Lenoir nous a déclaré être une fois tombé sur un type qui exigeait non qu’on la lui mordillât, mon cher Gérard, mais qu’on la lui mordît le plus fort qu’on pût ! [3] Et c’était avant que Michel Onfray ne tordît le coup à l’inventeur du vagin denté !

Lionel Labosse


Voir en ligne : « L’horreur du poil », un article de Gérard Lenne sur Sexologie Magazine


© altersexualite.com 2010.


[1Tiens, si j’écris un roman érotique, faudra la ressortir, celle-là : « faire entrer la gauche dans l’Hémicycle » !

[2J’ai commis un mémoire de maîtrise sur la périphrase dans l’œuvre de Sade…

[3Qu’on se le dise : cet article est à visée scientifique, et les informations qu’il divulgue sont purement conceptuelles ; tout ajout factuel aux propos de l’auteur du livre est dû aux expériences que cet Essobal Lenoir à la vie dissolue, veut bien me raconter quand il me fait jouer le rôle de psy. En ce qui me concerne, il va sans dire que je suis un ermite perclus entre mes livres, mon ordinateur, et un divan strictement freudien, et que je ne connais tout ça que par ouï-dire !

Messages

  • Excellent article, et très certainement excellent livre. Je connais la langue admirable de Gérard que j’ai eu mainte fois l’occasion d’apprécier — littérairement s’entend. Une petite parenthèse, cependant. Je ne suis pas du tout d’accord avec cette remarque : "personne n’avait relevé à l’époque le double sens des "Sucettes". C’est faux et archifaux, puisque cette chanson doit justement tout son succès à la candeur avec laquelle France Gall l’interprétait. (J’avais le même âge qu’elle, et nous pensions naivement, à l’époque, qu’elle ne comprenait pas ce qu’elle disait ; cela aussi, c’est faux, elle l’a elle-même confirmé dans une interview). En ce qui me concernait, elle me faisait tordre de rire, ainsi que tout le groupe de copains que je fréquentais alors. Nous utilisions même la musiquette de ladite chanson pour nous faire, entre nous, des propositions polissonnes. Pourtant, en 1965, je vivais au Liban — où l’on n’est pas censé être aussi réceptif aux jeux de mots typiquement français ! Alors, j’imagine sans peine les gorges chaudes que l’on devait faire, à Paris ! (Le mot fellation n’était, effectivement, par encore d’usage ; on disait "pipe", tout simplement, ou... sucette, justement !)

    GUDULE