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Faut-il accentuer les capitales ?

Signes diacritiques, accents et capitales dans l’écriture et la typographie du français

À l’origine de l’imprimerie

mercredi 22 août 2007, par Lionel Labosse

Ce sujet a longtemps été une pomme de discorde parmi les « demi-savants ». Je me souviens avoir reçu une mère fort troublée de ce que je recommandasse aux élèves d’accentuer les capitales. Elle avait un frère enseignant, on ne peut plus agrégé qui lui avait certifié que non, Grands Dieux ! il n’y avait pas d’accents sur les majuscules. En 1997, j’avais donc choisi ce sujet de recherche pour l’un des exposés secondaires (« certificat ») d’une maîtrise tardive. Voici le résultat de ces travaux. Bien entendu, les sectateurs du tout sans accents ont enfin baissé la garde depuis que le ministère de l’Éducation nationale a choisi comme logo un É dûment accentué ; mais cette recherche garde peut-être quelque intérêt [1].
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1. Introduction
« Les majuscules ne comportent en principe ni accents, ni cédille. » Voici l’affirmation aussi péremptoire que gratuite qu’on peut lire dans une grammaire Hachette récente pour les classes de quatrième et troisième des collèges. Et les auteurs de préciser aussitôt en marge : « Nous les utilisons dans cet ouvrage pour faciliter la lecture et éviter toute ambiguïté ». En effet, sur la même page on peut trouver : « MME, LÀ, RÉSUMÉ » convenablement accentués en capitales. J’ai écrit sans résultat à la maison Hachette pour obtenir des auteurs une justification de ce « principe ». La vérité est qu’après avoir compulsé longuement les traités de typographie et d’histoire de l’orthographe actuellement disponibles sur le marché, je n’ai jamais trouvé la moindre trace de ce prétendu principe. Au contraire, il n’est pas un ouvrage, depuis la création des accents en français vers 1530, qui n’affirme très explicitement le contraire — à une exception près qu’on verra à sa place.
La question que je me propose donc de résoudre est celle de l’origine d’une telle idée reçue, à ce point ancrée dans l’inconscient collectif que je puis témoigner comme professeur de français ayant enseigné quinze ans en collège, que chaque fois que j’énonçais innocemment à mes élèves la simple nécessité d’accentuer les capitales, ou tout simplement de ne pas intituler leur cahier « FRANCAIS » mais « FRANÇAIS », j’étais assuré de provoquer un tollé dont la vague me revenait dans l’espace d’une semaine sous l’espèce de collègues dubitatifs ou de parents courroucés attestant qu’un oncle dûment agrégé leur avait pourtant assuré la main sur le cœur qu’on n’en mettait pas.
Il y a là bien sûr plus qu’une question de typographie ou de bon sens. Entre en compte une notion de psychologie nationale, le problème de l’accent sur les capitales se trouvant au confluent de trois torrents qui emportent la raison des Français : la passion de l’orthographe, la manie de légiférer sur l’écartement des dents de fourchette ou le calibre des crottes de lapin, et le goût des querelles binaires. De la sorte, cette fameuse question des accents sur les capitales est-elle aussi efficace pour animer les fins de repas que celle jadis des Bouffons ou de Dreyfus, ou naguère de Marseille / P.S.G.
Nous traiterons le sujet en commençant par poser le problème dans l’usage courant et dans la typographie, puis nous établirons une chronologie de l’invention de l’accent, avant de passer en revue les difficultés techniques et leur résolution en matière de typographie. En guise d’interlude, et pour rester dans les passions nationales, voici une photographie prise au Sénat, dans le Salon Napoléon du Petit Luxembourg. Il s’agit de la table en marbre reproduisant la lettre de Napoléon annonçant aux sénateurs qu’il leur envoie quarante drapeaux pris à Austerlitz. On notera les accents sur les capitales, et au passage, l’archaïsme orthographique dans « aggresseurs ».

2. Quelques aberrations de l’usage courant.
Outre le savoureux exemple de la grammaire Hachette, il est toujours bon de feuilleter les ouvrages de grammaire et d’orthographe destinés à apprendre le bon usage aux élèves, pour comprendre l’origine de certaines erreurs. On apprend en effet dans le Que sais-je ? sur l’orthographe de Nina Catach, que la faute de loin la plus fréquente en français est la confusion de A avec À. Or, si l’on examine l’ouvrage d’orthographe le plus utilisé dans les collèges, O.R.T.H. (Hatier), on constate que l’accent sur la préposition en majuscule y est systématiquement omis dans les encadrés intitulés « A SAVOIR » censés attirer l’attention des élèves. Pourtant dans le même ouvrage, les accents sont notés sur le É majuscule initial dans « Écrivez » par exemple. De même, dans Écrire sans fautes 1 de Nathan, on trouve dans le chapitre consacré aux homophones, pages 117 sq, systématiquement « A » préposition en tête de phrase sans accent, alors qu’on trouve « Élément, Écrivez » accentués correctement. La palme de l’aberration revient à la maison Magnard, avec sa grammaire pour les 6e /5e : à la découverte de notre langue (titre écrit entièrement en minuscules selon une autre mode actuelle). Je cite au fil des pages : LE CASSE-CROÛTE À JULES (p.247), A quelle condition (p.23), LES MASAÏ (p.64), A BICYCLETTE (p.75), ÎLES, CAMAÏEU (p.118), À L’INFIRMERIE (p.152). Dans ces conditions, comment peut-on décemment continuer à enquiquiner nos élèves avec des « règles » sur lesquelles même les éditeurs et auteurs de grammaires scolaires s’assoient comme des gougnafiers ?
École de Garçons
Dans l’usage général, on cite souvent des confusions liées à l’oubli de l’accent, dans certains titres de journaux : « L’ENFANT LEGITIME DU DEPUTE » ; « UN HOMME TUE ». J’y ajouterai pour ma part quelques exemples : la station de train « SAINT-MAMMES », qui gagne à être accentuée « MAMMÈS » ; l’inscription « liberte, egalite, fraternite », qui gagne avec « LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ » à ne pas être prise pour un trio de maladies (voir l’exemple ci-dessus du fronton de l’entrée du lycée Georges Brassens, 40, rue Manin, Paris XIXe. : une « école de garçons » qui a bien fait d’éviter le « GARE-CONS » !) ; une publicité pour un ouvrage de Sade imprimé sur « PAPIER VERGE », avant de signaler l’anecdote racontée par Nina Catach, de copropriétaires ayant intenté un procès à leur architecte pour leur avoir livré une « RESIDENCE EMILE LITTRE » dont l’omission de l’accent ravalait sans doute la valeur ; encore heureux qu’on n’ait pas oublié un T ! Et encore, comment, sans accents, prononcer et distinguer la rue Marc Seguin de la rue Philippe Séguin ? [2] Bref, ce serait trop facile s’il suffisait de dire, comme les typographes du XVIe siècle : « l’accent permet d’éviter les ambiguïtés, donc mettons-le systématiquement. » Pourquoi faut-il que des instituteurs ou des professeurs persistent en dépit du bon sens, à rebattre les oreilles des enfants, non pas tant avec : « Ce n’est pas grave d’oublier un accent sur une belle majuscule calligraphiée », ce qui serait au moins justifié, qu’avec ce genre d’oukase : « On n’a pas le droit de, etc. » ? Pourtant, quand on examine l’histoire de la typographie française, on constate que cette conception hystérique et normative de l’usage des accents sur les capitales n’a pas lieu d’être. Voici une photo d’un graffiti artistique de détournement, sur les murs d’une école primaire, rue Louis Blanc à Paris Xe. « DÉFENSE D’AFFICHER » a été remplacé par « DÉFENSE D’ÉLÉPHANT », et les accents n’ont pas été oubliés ! (photo fin 2010).

3. L’invention des accents et l’usage des lettres capitales.
3.1. Les capitales
La confusion des mots majuscule et capitale explique sans doute pour partie le problème. En effet, le terme majuscule désigne proprement une initiale de mot ou de phrase écrite en capitale ou calligraphiée. Lorsqu’elle est calligraphiée, il peut se concevoir que l’accent ou la cédille y apparaissent disgracieux, et qu’une certaine habitude ait été prise de s’en dispenser. Mais à y regarder de plus près, cette habitude n’est pas tant due à un problème esthétique qu’historique. En effet, le modèle des majuscules calligraphiées est à chercher dans les enluminures des manuscrits médiévaux ; or, l’accent ni la cédille n’avaient été inventés à l’époque. Mais si l’on observe la calligraphie arabe, on s’aperçoit que les points ou signes diacritiques concourent autant que les lettres à la beauté de l’ensemble. L’habitude d’omettre les accents relève donc plus de la paresse ou du manque d’originalité que de l’esthétique. Il en va de même pour les enseignes de magasins en néons ou en plastique : l’oubli de l’accent y est souvent justifié pour des raisons techniques, alors que d’autres artisans moins bavards mais plus habiles arrivent sans aucune difficulté à réaliser des enseignes pour des restaurants chinois avec des caractères à cinq ou dix traits. Quand on pense qu’un E ou un A ne contiennent que trois ou quatre traits, et qu’il n’y a que 26 lettres en français ! En Turquie, les plaques de noms de rue, écrites en lettres capitales, distinguent consciencieusement les C et Ç, qui sont deux lettres différentes, et le I majuscule avec point, qui s’oppose au I sans point, lettre particulière à la langue turque. Dans le roman de David Boratav Murmures à Beyoglu (Gallimard, 2009) (avec un g doux surmonté d’un signe diacritique impossible à reproduire ici), les titres de chapitres étant en capitales, l’éditeur a dû adopter une typographie turque, avec des I majuscules avec et sans point, de façon à distinguer les deux i, lorsque ces titres présentaient un nom turc, par exemple « YENIKAPI », qui contient successivement les deux types de i ; le i avec point ayant ce point collé à la barre verticale, et non séparé.
Voir l’illustration de vignette, et comparer avec ces deux exemples de plaques de rue photographiées à Langres, rue de Abbés Couturier.
RUE DES Abbés COUTURIER
RUE des Abbés COUTURIER
L’écriture en capitales concerne l’ensemble d’un texte. On trouvera l’histoire de cette écriture dans l’article MAJUSCULE du Grand Larousse de la langue française. Les Grecs ont utilisé une écriture « capitale » pour les inscriptions lapidaires et les écrits sur parchemins. Elle a été remplacée à partir du IXe siècle par une écriture cursive, pour des raisons de rapidité, grâce aux ligatures, et de lisibilité, grâce aux « dépassements distinctifs de certaines lettres vers le haut et vers le bas (hampes et queues) » C’est pour la même raison d’ailleurs que les points ont été introduits sur les i et le tréma sur le ÿ. L’écriture minuscule utilise quatre niveaux (rappelez-vous vos cahiers d’écoliers), alors que l’écriture en capitales n’utilise que les deux interlignes supérieures. Des majuscules ont été mêlées aux lettres cursives pour marquer les débuts de texte ou de ligne, pour des raisons ornementales. À Rome, les capitales sont utilisées en même temps qu’une écriture cursive aux liaisons nombreuses, sans doute en raison de l’emploi des tablettes de cire. Les mots sont séparés en grec dès le VIIe siècle et en latin de France à partir du XIe, grâce à l’extension de l’écriture minuscule caroline (i.e. datant de l’époque de Charlemagne) qui supprime les ligatures et remplace l’écriture onciale en vigueur depuis le IIIe siècle. « Les lettres capitales et onciales furent maintenues dans les titres et au début des vers. » Dans un premier temps, la majuscule ne distingue pas encore les noms propres, mais les prénoms et les noms communs, comme c’est l’usage en allemand actuel.
On le voit, c’est sans doute à cause de leur origine gréco-latine, de leur usage lapidaire et de leur fonction ornementale dans les manuscrits que les capitales françaises ont souvent été mémorisées sans accent dans l’inconscient collectif. La difficulté de sortir de cette idée reçue dans un domaine secondaire laisse pressentir le conservatisme moral des Français dans des domaines plus importants !

3.2. Les accents, la cédille, le tréma.
Comme le signale encore le Grand Larousse dans son article ACCENTS, « L’invention des accents aigu, grave et circonflexe, semble remonter aux éditeurs alexandrins d’Homère et d’autres classiques grecs, mais l’usage qu’ils faisaient de ces signes […] n’avait rien à voir avec celui de nos accents modernes », pas plus que l’usage de l’apex, sorte d’accent aigu, par Quintilien au Ier siècle après J.C., pour noter la longueur de certaines voyelles et différencier les homographes — du type « pàlus, pieu / palùs, marais » — ni que l’adoption des accents grecs par les grammairiens latins au IVe siècle. (Voir l’article de Wikipédia sur les Diacritiques de l’alphabet latin.
La particularité de la langue française, c’est que comme toutes les langues romanes, et sans doute pour une grande part du fait de la diffusion de la Bible en latin, elle a utilisé l’écriture latine pour transcrire un système différent, notamment au niveau vocalique. La lettre « e » correspondait à trois phonèmes, comme le dit Geoffroy Tory en 1529 dans son célèbre Champ fleury auquel est contenu lart et science de la deue et vraye proportion des lettres attiques… proportionnees selon le corps et visage humain :
« Nous debuons scauoir que ce voyeu qui est appelle E. peut varier son son, ou estre pronunce en trois manieres, combien que nous auons vne seulle figure, ou vne seulle lettre qui nous presente toutes ces trois manieres ».
La lettre u correspondait à u et à v (le v minuscule imité de l’écriture capitale est bientôt utilisé pour u ou v en début de mot), et le i correspondait à i et à j. L’utilisation des accents pour noter les différences de timbre est donc comparable et contemporaine à l’invention du u et du j. Dans L’orthographe française à l’époque de la Renaissance (Genève, Droz, 1968), Nina Catach fait remarquer que dans un alphabet authentique de Claude Garamont (avec t et non d) daté de 1561, le j et le u ont été ajoutés subséquemment, d’où la forme maladroite, parabolique, du U. (fig. 1).

L’introduction des signes diacritiques en français s’est faite à une allure accélérée à partir de 1530. Suivons-en l’évolution année après année.

1529 — Geoffroy Tory exprime le vœu dans son Champ fleury, d’introduire les accents en français : « En nostre langage francois nauons point daccent figure en escripture et ce pour default que nostre langue nest encore mise ne ordonnee a certaines Reigles ». L’exposition consacrée à Geoffroy Tory au musée d’Écouen au printemps 2011 nous apprend que cette réforme avait un lien avec la future ordonnance de Villers-Cotterêts, signée dix ans plus tard : François 1er encourageait son imprimeur officiel à moderniser la typographie du français, à utiliser les mêmes caractères romains que ceux utilisés pour l’impression de textes en latin, au détriment des caractères gothiques employés jusque-là. J’en profite pour ajouter une superbe illustration découverte dans cette exposition, d’un imprimeur allemand, Erhard Schoen, dans un ouvrage intitulé : Unterweysung der proportion (1561), qui a également travaillé sur les proportions des lettres en rapport avec le corps humain.
Erhard Schoen : jeux géométriques sur les proportions humaines.
1530 — Dans sa thèse Les accents et autres signes auxiliaires dans la langue française (Paris, Champion, 1927 réed. 1970), Charles Beaulieux signale que c’est le grammairien anglais Jean Palsgrave qui utilisa le premier des accents sur des mots français, dans L’éclaircissement de la langue françoyse, achevé d’imprimé en juillet 1530. Mais ces accents sont surtout destinés aux Anglais voulant apprendre le français, car ils signalent l’accent tonique, de même que le tréma signale « de façon capricieuse » la diérèse : « aguysée, aguyllón, condu´yre, pére, hómme, fémme, auiourdhüÿ, agüe »
1530 — Trois mois après Palsgrave, mais sans avoir subi son influence, c’est l’imprimeur Robert Estienne (1499 - 1559) qui le premier introduisit sans le dire l’accent aigu dans certains mots français en 1530, pour un ouvrage en latin de Mathurin Cordier, De corrupti sermonis emendatione. Il s’en sert à la fin de certains mots terminés par e masculin, notamment pour différencier les homographes : « aimé, donné, forcé, leué » en face de « aime, donne, force, leue »
1531 — L’année suivante, Tory introduit dans une plaquette d’un certain Bochetel, la cédille, qu’il emprunte aux casses des imprimeurs toulousains, lesquels s’en servaient pour des livres d’heures en espagnol, avec une écriture gothique. Il écrit : « façon, commença, Luçon ». La cédille vient « d’un z surmonté d’un trait recourbé en forme de c », qui correspond à un z avec un c suscrit, mais « comme ce c était au niveau de la ligne, il en résultait qu’il ressemblait à un c avec un z souscrit. » Robert Estienne n’adopta jamais cette cédille, car elle ne venait pas du latin, comme les accents. De même, il n’employa jamais le tréma, mais se contenta pour marquer le hiatus d’insérer un h ou de remplacer i par y. Par contre il adopta l’apostrophe (que Tory appelait point crochu).
1531 — Le médecin Jacques Sylvius adopta l’accent grave pour marquer le e féminin (gracè, bonè), imité sans succès par son imprimeur Robert Estienne jusqu’en 1550.
1533 — En annexe au Miroir de l’ame pecheresse de Marguerite de Navarre paraît un petit traité de Montfleury : Briefue Doctrine pour deuement escripre selon la propriete du langage francoys. L’auteur étend l’usage de l’accent aigu aux fins de mots féminines, comme « renommée » ou « menée », y compris au pluriel : « afin d’euiter doubte, ou amphibologie, & par consequent obscurité mere d’ennuy, fascherie, & despit, auons distingué e masculin d’auec e feminin. Car e masculin, c’est a dire, duquel la prolation est forte, & pleinement sonant’, porte sur soy vne virgule vng peu inclinée, comme est l’accent appellé des Latins Agu, ainsi é. » En outre, Montfleury a introduit l’usage de l’accent circonflexe en français (qui en latin s’utilisait sur ô exclamatif et marquait les formes courtes de génitif : deûm < deorum) et du tréma : « on a vsé aulcunesfoys de ces deux characteres contraires ^ ¨ notéz sur les voyelles, ainsi â ê î ë ï. Le premier est signe de conionction, le second de diuision. […] Exemple Lai^rra, pi^ra, vrai^ment, hardi^ment, don^ra pour laissera, paiera, vraiement, hardiement, donnera. » Enfin, à l’imitation du latin, Montfleury met l’accent sur « à » préposition.
1540Étienne Dolet (1509 - 1546) reprend les propositions de Montfleury dans De la punctuation de la langue francoyse. Plus des accents d’ycelle. Il normalise l’usage fluctuant depuis l’introduction de l’accent, des terminaisons -ez à la 5e personne, et -és pour les pluriels des noms, adjectifs et participes passés : « Ie te veulx aduertir en cest endroict d’une mienne opinion. Qui est, que le, é, masculin en noms de plurier nõbre ne doibt recepvoir ung, z, mais une, s, & doibt estre marcqué de son accent, tout ainsi qu’au singulier nombre. »
1542« Pierre de Tours donne une édition de la Parfaite amye d’Héroet, où il emploie l’apostrophe, l’accent aigu, le tréma, o exclamatif, à préposition, mais non pas la cédille. » (Ch. Beaulieux, op. cit.)
1542Louis Meigret, dans son Traité touchant le commun usage de l’escriture françoise, propose de noter l’e ouvert par un e crochu, mais il ne fut suivi que par Peletier du Mans (fig. 2).

1548Thomas Sébillet, suivi de Ronsard, est le premier à utiliser l’accent aigu sur e à l’intérieur des mots (aisément, précédent…) dans son Art poetique françois. Ceci dit cette réforme échoua dans un premier temps, pour une part du fait de la lenteur des imprimeurs à se procurer des poinçons auprès des graveurs et fondeurs de caractères. À ce sujet, Nina Catach signale (op. cité) que Robert Granjon, selon elle le plus prolifique et original graveur de la Renaissance, gravait jusqu’à deux poinçons par jour, ce qu’elle qualifie de « dextérité surhumaine » . D’autre part, avant la réforme érasmienne de la prononciation du latin au cours de la seconde moitié du XVIe, beaucoup de mots « avaient en première syllabe un e central ancien, comme celui de venir : on prononçait desir, querir, peril… » (Grand Larousse, art. Accents) et cette prononciation réformée mit des siècles à s’imposer complètement. Sébillet étend l’accent grave sur « à » proposé par Montfleury aux adverbes (là, bièn), pour les distinguer de leurs homographes. Ronsard n’en usa que sur à, où et là.
1549« Sébillet […] utilisa l’accent circonflexe pour noter les voyelles longues, particulièrement les voyelles allongées par l’amuïssement d’un s, qu’il supprimait en doublant parfois le t suivant : honêtte, répondîttes, plaît, tôt… » Plus tard, les imprimeurs Elzévir habituèrent le public à ces accents marquant le souvenir d’une lettre disparue (nôtre, âge, être, dû, vû). « Somaize, dans son Grand Dictionnaire des Pretieuses, prôna cette simplification afin que les femmes peussent écrire aussi asseurement et aussi corectement que les hommes. » L’accent circonflexe marque également la réduction d’anciens hiatus (beeler, caable, gehenne, meure, saoul, baailler, roole, gaiement…)
1660 — Il fallut plus d’un siècle pour que Corneille utilise et recommande l’accent grave pour marquer e ouvert. (accès, suprème, extrème…). Il prône aussi l’utilisation du j et du v.
1740 — L’Académie utilise partiellement l’accent grave sur è dans son dictionnaire, mais l’usage hésite entre pére et père, entiére, entière, etc. Le Dictionnaire historique de l’orthographe française (Larousse, 1995, p. 1129) précise à ce propos : « C’est le manque de caractères avec accent grave qui, semble-t-il, explique également qu’en 1740 les accents aigus aient été placés dans la plupart des cas sur les mots du type maniére, féve, biévre, etc., essentiellement dans le premier tome du Dictionnaire, alors que les mots équivalents du deuxième tome reçoivent l’accent grave ; la plupart des premiers recevront l’accent grave en 1762. » Dumarsais proposait de recourir à un accent perpendiculaire, préfigurant l’accent plat préconisé naguère par certains réformateurs de l’orthographe. Le même Dictionnaire de l’orthographe précise que dans le premier plan pour le dictionnaire de l’Académie de 1639 par Chapelain, l’usage des accents (é ouvert et fermé) avait déjà été préconisé, mais refusé par Richelieu au profit de l’orthographe ancienne.
1990 — Le Journal Officiel du 6 décembre 1990 publie une liste de rectifications, que l’Académie, dans sa 9e édition du Dictionnaire de 1993, enregistre et recommande, à titre de variantes, parmi lesquelles la suppression de l’accent circonflexe sur u et i, sauf pour différenciation d’homophones ; le tréma sur la première voyelle (ambiguë) ; l’alignement des verbes en -eler / -eter sur le modèle j’achète, sauf les deux seuls verbes jeter et appeler (du fait de leur fréquence) ; et quelques aberrations historiques, du type crémerie, réglementer, événement, que la nouvelle édition du Petit Robert accepte enfin sous la forme crèmerie, règlementer, évènement. Quelle révolution dans les chaumières !

4. La question typographique.
La question des signes diacritiques sur les majuscules, on le voit, n’est pas tant un problème d’orthographe que de typographie, et les imprimeurs qui ont introduit la cédille, les trémas et les accents, ont toujours veillé à les placer également sur les capitales, avec la seule réserve de la disponibilité des caractères en nombre suffisant. Ce souci un peu maniaque, on le retrouvera à chaque avancée technique, jusqu’à nos jours, à ceci près que depuis un siècle, il ne s’agit plus tant de défendre l’orthographe française relativement à une norme interne, mais contre l’hégémonie de la langue anglo-américaine, laquelle ne comporte pas d’accents ; ou plutôt contre la paresse intellectuelle, l’ignorance et le conformisme de beaucoup trop de Français, qui adoptant les innovations techniques anglo-saxonnes, préfèrent « oublier » les minimes adaptations nécessaires, et sacrifier la richesse (notamment la richesse en timbres vocaliques) de leur langue à des impératifs commerciaux et à la mode du tout-américain.
4.1. La pénurie en caractères accentués des imprimeurs.
Dans sa thèse, Nina Catach (op. cit. pp 208 sq) donne le décompte des caractères dans les casses (petits meubles à cases où sont rangés les plombs) de deux imprimeurs du XVIIIe siècle. Elle note entre parenthèses le nombre de capitales de chaque caractère. Ainsi, pour une police de 50000 caractères, on compte par exemple :
2500 a et 160 capitales
250 à et 0 capitales
60 â et 0 capitales
5250 e et 225 capitales
800 é et 25 capitales
150 è et 10 capitales
200 ê et 10 capitales
2750 i et 180 capitales
250 j et 100 capitales
On notera donc l’existence, mais le faible nombre des trois capitales de E accentué, et l’absence de toutes les autres capitales à accents ou trémas. La raison en est peut-être tout simplement le fait que les casses devaient garder une dimension ergonomique, et qu’on ne pouvait pas y multiplier le nombre de cases pour des caractères trop rares. On peut vérifier cela en visitant à Anvers le Musée Plantin-Moretus, ancienne imprimerie flamande du XVIe au XIXe siècle, qui conserve des tonnes de caractères en plomb. Dans toutes les cases exposées (photo ci-dessous) je n’ai pas réussi à voir un seul caractère de capitale (en haut de casse) accentuée. Évidemment je ne suis pas chercheur et n’ai pas pu tout inventorier comme Nina Catach, mais dans cette imprimerie qui imprimait dans toutes les langues, sont exposés aussi des exemples de textes où l’on voit bien des accents ajoutés à la main.
Musée Plantin-Moretus
Cependant, l’excellentissime ouvrage de Yves Perrousseaux, Manuel de typographie française élémentaire - P.A.O. « à l’usage des personnes qui pratiquent la P.A.O. sans connaissances en typographie. » (Perrousseaux éditeur, 1996) précise que si certaines polices étaient créées sans accent, c’était surtout « à cause de problèmes de hauteur des lignes de plomb ne permettant pas toujours de respecter l’interlignage […] mais le bon typographe les rajoutait alors souvent manuellement dans ses montages quand c’était possible. » Et de proposer l’exemple émouvant d’un ouvrage de 1722 dont les capitales sont accentuées par bricolage d’un v à l’envers, ou adjonction d’une apostrophe en lieu et place d’un accent avant ou après le é / è (fig. 3).

4.2. Les aléas du progrès.
Pour Yves Perrousseaux (op. cité p. 66), l’habitude de la non accentuation des capitales s’est développée depuis la fin du XIXe siècle en raison de difficultés techniques : en effet, la machine composeuse ou Linotype, qui a permis jusqu’à l’avènement de la photocomposition puis de l’informatique d’augmenter nettement la vitesse de composition d’un texte, en fondant directement les lignes en un seul bloc plutôt que d’assembler les caractères un à un et de les désassembler — ce qui a en outre amélioré la qualité d’impression, puisque les galées ainsi constituées n’étaient pas réutilisées – « ces machines étant de conception anglo-saxonne, ne comportaient pas de capitales accentuées, puisque la langue anglaise n’en comporte pas. » On pourrait objecter qu’elles comportaient bien pourtant des minuscules accentuées, mais encore une fois ce serait chercher une logique esthétique là où il n’y a que contrainte technique : si l’on n’a pas pu dans un premier temps ajouter des accents sur les capitales, c’est sans doute que l’écartement des lignes n’avait pas été prévu dans la conception de ces machines pour l’insertion de signes diacritiques, qui par contre pouvaient s’insérer au-dessus des minuscules. Le risque était sans doute qu’un jambage de g ou de p vienne à toucher un accent sur capitale. La cédille sous le Ç majuscule ne posait par contre aucun problème, étant plus courte que les jambages sus-mentionnés.
C’est ensuite dans les secrétariats que les machines à écrire, elles aussi de conception anglo-saxonne, continuèrent à ancrer cette mauvaise habitude dans la mémoire de lecture des Français. C’est donc par paresse intellectuelle sans doute, qu’au lieu de chercher à améliorer les machines existantes, on a essayé d’inventer une pseudo-règle ad hoc consistant à négliger l’accentuation des capitales !
Pour terminer, Yves Perrousseaux pense que « Le dernier obstacle actuel reste un enseignement de la dactylographie (voire même à l’école primaire) qui finira bien par réviser ses vieux manuels. » En ce qui concerne l’enseignement du français, je n’ai trouvé aucune trace d’une quelconque circulaire concernant la non-accentuation des capitales dans les trois volumes pourtant exhaustifs de textes officiels publiés par André Chervel. Il semble donc bien qu’il faille incriminer l’enseignement de la dactylographie, mais le mystère reste entier sur l’origine de cette manie de certains enseignants d’inculquer aux écoliers cette fausse règle venue de nulle part, et la question nécessiterait au moins une mise au point officielle et définitive dans le Bulletin Officiel !

5. La position actuelle des typographes.
La seule exception que j’ai signalée en introduction se trouve dans le Guide du typographe romand, publié par l’Association Suisse des Typographes (Lausanne, 1993, page 37), dont Nina Catach critique dans son Que sais-je ? sur l’orthographe la troisième édition de 1963, et qui réitère cette recommandation jusqu’à sa cinquième édition de 1993 ! : « On ne met pas d’accent à la lettre initiale (capitale) d’un mot en bas de casse : Ame, Emile, Ilot […] En revanche, on met les accents dans un mot ou une phrase entièrement en capitales : DÉJÀ, GOÛT, HÉROÏQUE, THÉÂTRE… ».
Voilà ce que cela donne sur des pancartes photographiées au port de Saint-Malo en 2013. Le mot « ECLUSE » est le seul à ne pas porter d’accent. On remarquera le mot « MANOEUVRE » sans Œ.
ECLUSE
Les autres guides sont unanimes :
— Le Code typographique de la fédération C.G.C. de la communication (Fév. 93) règle la question en trois lignes : « La langue française comportant des voyelles accentuées, il ne faut pas s’arroger le droit de les supprimer. Les capitales doivent comporter leur accent. »
— le Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie Nationale (3e édition, oct 1990, p. 12) se fait encore plus précis et cinglant dans son article « Accent (utilité de l’) » : « En français, l’accent a pleine valeur orthographique. Son absence ralentit la lecture et fait hésiter sur la prononciation, sur le sens même de nombreux mots. Aussi convient-il de s’opposer à la tendance qui, sous prétexte de modernisme, en fait par économie de composition, prône la suppression des accents sur les majuscules. On veillera à utiliser systématiquement les capitales accentuées, y compris la préposition À. On évitera ainsi de désorienter le lecteur ou même de l’induire en erreur […] ». Cet ouvrage ajoute une recommandation de bon sens : si l’on ne dispose que d’une police incomplètement accentuée, « il conviendra dans tous les cas d’opter pour l’une des deux formules TOUS ACCENTS ou SANS ACCENTS. » Exemple qu’on souhaiterait voir méditer aux imprimeurs d’ouvrages scolaires !
— Le nec plus ultra est représenté par le Manuel de typographie et de mise en page de François Richaudeau (Retz 1989, p. 53) : « Parce qu’elles sont lues moins fréquemment, mais aussi parce que leurs tracés sont parfois voisins, les lettres capitales se révèlent moins lisibles que les lettres en bas de casse […] Pourquoi alors se priver de ces appoints visuels que sont les points et les accents [c’est moi qui souligne] lorsque la composition photographique peut le réaliser ? […] Et sur de courts titres composés en gros corps, ne pas hésiter à ajouter à la plume (mieux, avec des lettres-transfert) ces précieux signes ; le confort du lecteur en sera amélioré… et en publicité, l’impact du message. » (fig. 4).

6. Conclusion.
Au terme de ce parcours — qui nécessiterait des recherches plus exhaustives et des comparaisons avec d’autres langues utilisant d’autres signes diacritiques — dans ce qu’on pourrait appeler la psycho-systématique de certains usages de la typographie et de l’écriture du français, on pourrait critiquer l’esprit ultra propre à François Richaudeau, puisque contrairement aux accents sur les e, au tréma et à la cédille, les points sur i ou j n’ont jamais eu de valeur distinctive, mais permettaient seulement dans l’écriture manuscrite en minuscules, d’éviter la confusion des jambages de certaines lettres avec des i, et par extension de mieux différencier à la lecture le j du g par exemple — essayez d’écrire le mot « minimum » sans points, et vous comprendrez. Cependant, on pourra aussi bien se réjouir de voir avec Richaudeau, Perrousseaux et autres artisans en P.A.O., l’avènement d’un retour à l’inventivité et à la créativité qui va peut-être redynamiser les métiers du livre, lesquels, comme nous l’avons vu, semblent n’avoir pas progressé d’un iota depuis le bond prodigieux des années 1529 - 1549. D’ailleurs, si le point sur le i était totalement inutile, alors il faudrait distinguer dans l’usage des capitales, le É, le Ê et le È, distinctifs, du  et du Ô, souvent simples reliquats historiques. Même pour le I en capitale, le point permettrait de distinguer le I avec ou sans tréma, spécificité française, et puis l’exemple de la langue turque est un encouragement.

Plaque d'égout Addis-Abeba
- Un autre exemple que j’ai photographié en Éthiopie en 2010 : une plaque d’égout à Addis-Abeba, mystérieusement en français, avec un accent sur le É que le fondeur a bricolé comme il a pu… Et ci-dessous au Sénégal en 2016, une enseigne de magasin manuscrite, avec accent sur le É et points sur les I. Je suppose qu’en wolof, ces signes doivent avoir du sens (bien que cette langue soit pratiquée quasiment uniquement à l’oral) ; mais ce qui est épatant dans ce pays d’Afrique francophone, c’est de constater à quel point la langue française est respectée, à l’oral comme à l’écrit. J’ai lu des affichages publics ou privés de longs textes impeccablement orthographiés, dans une syntaxe irréprochable…

Affiche manuscrite Sénégal 2016
É et I majuscules avec accent et point.


Pour étendre le sujet, combien avez-vous vu d’éditeurs actuels utiliser, comme le permettent les procédés modernes, des encres de couleurs différentes pour imprimer certains livres et favoriser leur lecture ? Je signale par exemple le Robert Collège, qui facilite ainsi la consultation du dictionnaire pour les collégiens. Ne pourrait-on pas imaginer d’utiliser des encres différentes pour remplacer les italiques ou les guillemets dans les éditions théâtrales, ou pour signaler les passages de discours rapporté des textes narratifs ? etc. Bref, si la dernière innovation en matière de typographie est encore anglo-saxonne, on constate heureusement que contrairement aux machines précédentes, en laissant de plus en plus libre cours à l’initiative personnelle, la micro-informatique a rendu toute sa valeur à l’imagination, et nous sommes convaincu que cette interactivité naissante dans l’usage écrit de la langue, avec le Minitel, le développement des traitements de textes et surtout Internet, contrairement aux idées reçues, délivrera à jamais notre langue des figements prônés par de mystérieux régents qui se permettent d’affirmer « Il ne faut pas d’accents sur les capitales. » ou « Il ne faut rien changer à l’orthographe du français » alors que le bon sens et l’usage, tous les jours, démontrent à l’évidence la nécessité du progrès dans ce domaine, comme dans d’autres. Quand on pense à ces typographes du XVIIIe siècle qui bricolaient des accents par conscience professionnelle, alors qu’ils mettaient plus d’une heure à composer une simple page, nous aurions mauvaise conscience, maintenant que la plupart des polices numérisées nous le permettent, de les omettre par négligence.
- Un livre récent : La typographie : Cent règles, de Patrick Boman & Christian Laucou, Le Polygraphe éditeur, 2005, vous révélera, dans un format (et un prix) réduits, les secrets de la mise en page, à notre époque où tout un chacun devient son propre prote. Pervers comme je suis, vous imaginez bien que lorsque j’eus ouvert ce livre, je n’eus de cesse que je n’eusse (ouf !) débusqué une coquille chez ces pros. Je désespérais quand, au détour de la p. 54, je tombai sur un « Selkjoucides » qui me ravit d’extase ! Mais les bougres sont quand même fortiches… Sur la question des capitales accentuées, ils s’étendent malheureusement fort peu : « L’usage de la presse est plutôt de ne pas accentuer les capitales, l’usage de l’édition étant inverse. » Suivent quelques exemples amusants d’ambiguïtés dues au manque d’accents, et c’est tout ! À l’article « Petites capitales », on trouve « Par analogie avec la présentation des télégrammes, on n’accentuera pas ici les petites capitales » (lorsqu’elles transcrivent, justement, un télégramme) ; mais le gag, c’est que dans l’exemple qui précède, « PRIÈRE » est accentué ! L’article « Police » présente « la composition d’une police [en plomb] de 100000 caractères », et ô surprise, on y voit figurer entre 75 et 200 Ç, É, È, Ê, en capitales, et entre 50 et 100 en petites capitales, mais pas de Ô ni de Î, Ù, Ë, Ö,  où À. Par contre, on note bien 25 Æ et 50 Œ (20 et 40 en petites capitales), cela dans une police qui compte 9000 e et 850 E. L’entrée « sigles » signale avec raison qu’on évite en principe les signes diacritiques sur les sigles. En effet, on n’imagine pas « ÉNA », « ZÉP », « CÉA », alors qu’on a pris l’habitude de dire « CEA », « ZEP », « EDF ». La seule exception que j’ai trouvée est québécoise, cela n’est pas pour nous étonner : CÉGEP. D’autant plus remarquable que le « É » correspond en fait à « enseignement » !
- Voir un article fort intéressant et suivi d’une bibliographie exhaustive : Conseils de typographie. Télécharger un fichier PDF d’une étude de Gérard Blanchard sur l’esperluette.
- La page orthographe fort riche d’un site lui-même fort riche : Rocbo.
- Lire nos brèves sur un lapsus rigolo signé Gallimard, et sur un autre lapsus sur une pancarte : Travaux rue « Ordoner ! ».
- Visiter l’exposition consacrée à Geoffroy Tory au musée d’Écouen au printemps 2011.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Typographie & Civilisation


© altersexualite.com, 2007


[1En 2007, on remarquera a contrario que le logo de Vélib omet l’accent sur l’e minuscule, alors que sur le site officiel, le mot est toujours employé avec l’accent.

[2Serait-ce de mauvais goût de signaler l’intérêt qu’un célèbre directeur d’institution théâtrale peut avoir à ce que son nom, gravé en capitales sur le fronton de son théâtre, comporte bel et bien une cédille, de même qu’un non moins célèbre metteur en scène ?

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