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Des boucs émissaires, pour les 4e

La vie en noir, de Loredana Frescura

Flammarion, Tribal, 2001, 55 p., 7,5 €.

vendredi 11 avril 2008, par Lionel Labosse

Mon attention a été attirée sur cet ouvrage par la bibliographie de la bibliothèque de Bezons, même si le choix n’y est pas motivé. Certaines ambiguïtés du texte m’ont fait penser à cet article de il manifesto sur la question de l’homosexualité dans l’enseignement : « Il s’agit souvent d’excellents livres qui pratiquement ne sont jamais arrivés jusqu’au public italien, spécialement aux adolescents. » D’autre part, ce livre semble inédit en italien, du moins l’auteure ne signale-t-elle pas son existence sur son propre site ! Il pourrait donc s’agir d’une tentative désespérée d’une auteure jeunesse pour aborder du bout de la plume un sujet qui lui tient à cœur, et qui semble tabou au sens extrême du mot en Italie… Bien sûr, même si le livre figure dans notre sélection, il ne peut servir à aborder les thèmes altersexuels, ou alors au sens large, puisqu’il y est question des rapports entre « estime de soi » (terme utilisé p. 8) et sexualité. En lisant la critique de Charline Collet sur le site de l’Université de Lille, vous verrez que le livre est interprété en un sens uniquement hétérosexuel. Alors qu’est-ce qui attire notre attention ?

Résumé

L’histoire est fort simple : Gabriele, le beau gosse du quartier, intervient pour « sauver » Rosa d’une situation délicate où trois de ses « copains » pris par l’alcool la molestaient en lui tenant des propos racistes : « elle ne se lave pas, de toute façon on ne voit pas la crasse… » (p. 18). Il souhaite prendre de ses nouvelles, et l’attend à la sortie de son cours de danse. Celle-ci est mal dans sa peau, et n’ose croire que c’est elle que Gabriele attend, d’autant plus que ses copines fantasment sur lui et sont persuadées que c’est pour elles qu’il vient. Rosa explique ce qu’elle ressent depuis qu’elle est arrivée en ville, la différence avec le village où elle habitait auparavant. Ayant été adoptée, elle avait été bien accueillie par le village entier, jusqu’à ce qu’un vagabond lui fasse remarquer qu’elle avait une « peau noire, peau d’esclave » (p. 101). Ses parents lui ont révélé son adoption ; elle leur en a voulu, mais voulu aussi à ceux qui l’avaient abandonnée ; elle parle de « poison intérieur » (p. 101). En ville, elle se sent davantage rejetée. Les deux ados vont se rapprocher progressivement, se faire des confidences, jusqu’à l’ébauche d’une relation amoureuse ou d’une amitié forte.

Mon avis

La vie en noir est une réussite stylistique et narrative, même si on regrette que l’auteure n’explicite pas ses allusions vers la fin. On s’amuse de la timidité de Rosa, rendue en un langage pétillant : « C’est un mmm qui veut dire oui en langage mmm, ou non en langage mmm ? » (p. 54). L’hypothèse d’une simple amitié tient la corde, comme le laissent supposer des indices que la narration entièrement composée en point de vue interne alterné des deux personnages ne permet pas d’élucider. Quand il se bagarre avec les types qui insultent Rosa, Gabriele entend Carlo sortir « ce mot qui lui reste sur le gosier ». Gabriele devient violent, mais « s’il ne l’avait pas dit, je ne l’aurais jamais su. Et je n’aurais jamais compris ce que je suis vraiment et ce que je veux ». Il ajoute : « ce mot est une blessure qui ne cicatrise pas, c’est un ver qui rampe » (p. 26). Plus loin : « Au fond, moi aussi j’aurais pu être avec Luca et les autres fumiers, s’il n’y avait pas eu la révélation » (p. 48). Révélation de quoi ? On ne le saura jamais, même si le fameux mot semble faire des ricochets jusqu’aux oreilles de Rosa, qui ne donnera pourtant aucune explication : « mais déjà elle sort LE mot, celui qui détruit et anéantit, qui entre en plein cœur et l’explose comme des fragments de météorite, celui qu’ils savent tous pouvoir dire au bon moment, qui est comme une épée suspendue au-dessus de ta tête » (p. 74). Quant à Rosa, cette agression l’a aussi touchée dans son identité : « je me sens peut-être coupable d’être ce que je suis » (p. 36). Une scène montre Gabriele retournant à la campagne, pour revoir un garçon handicapé qu’il connaissait auparavant. Sa mère le remercie : « tu étais le seul enfant qui ne se moquait pas de lui. Une fois, tu l’as même défendu » (p. 86). Il s’agirait donc de variations sur le thème du bouc émissaire, à moins que, au moment où la relation des protagonistes change de nature, il faille interpréter cette phrase comme une allusion à l’homosexualité : « Je l’embrasse, et je me rends compte qu’elle me regarde avec anxiété : « Non, il n’est plus en moi, ce fichu mot, tu sais, il n’y est vraiment plus » (p. 97). Difficile à interpréter, non ?

- Un article intitulé : La Foire de Bologne comme révélateur de l’édition italienne : Où va le livre pour l’enfance ?.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Le site de l’auteure


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