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Plutôt Eros que Thanatos !

Sexe, mort et sacrifice dans la religion Mochica

Une exposition mémorable au musée du Quai Branly

mercredi 23 juin 2010, par Lionel Labosse

Cette exposition unique dans les annales a été accueillie du 9 mars au 23 mai 2010 au musée du quai Branly (après avoir été présentée en 2007 au Chili). Elle a été conçue par Steve Bourget, professeur d’Art et Histoire de l’art à l’Université du Texas, dont on peut entendre le rocailleux accent canadien francophone dans une entrevue diffusée dans l’espace de l’expo. Les céramiques proposées, souvent en excellent état, proviennent quasiment toutes du Musée Larco de Lima. L’expo se concentre comme son nom l’indique, sur les objets rituels liant sexe, mort et sacrifice, et l’on nous explique doctement en préambule que non, au grand jamais il ne s’agirait de vulgaires actes sexuels, mais de cérémonies religieuses ; ouf ! On avertit d’ailleurs le visiteur de l’expo (qui n’est pas interdite aux moins de 16 ans comme cela avait été envisagé dans un premier temps) que « cette exposition présente des céramiques mochicas figurant de manière explicite des actes sexuels ». Le lecteur de ce site est de même averti que s’il a peur d’être choqué, il arrête ici sa lecture.
L’ensemble est saisissant, et l’on peut s’étonner et se réjouir qu’une expo aussi inouïe pour les ligues de vertu ait pu se tenir sans scandale dans un lieu aussi prestigieux. Les mots « sodomie » et « fellation » pullulent sans la moindre gêne au cœur des cartels explicatifs. La contrepartie est que le musée a communiqué discrètement sur le sujet, et que malheureusement, seuls quelques initiés ont pu bénéficier de l’expo, dont votre serviteur, dont acte ! Le quai Branly possède deux mezzanines au sein de l’exposition permanente (accès et excès gratuit pour les enseignants), sur lesquelles il présente en gros quatre expos par an, en plus des deux grosses expos annuelles pour lesquelles l’enseignant raquera… et sans ronchonner, s’il vous plaît !

Automutilation

Je me souviens de l’expo « Éros grec, amour des dieux et des hommes » en 1989 / 90 au Grand Palais. Il n’en reste malheureusement que peu de traces pour l’instant sur Internet (comme tout ce qui s’est passé juste avant l’invention d’Internet, un peu de patience…). J’ai remarqué d’ailleurs justement à propos du quai Branly, que les expos, si on en parle beaucoup, peu de traces iconographiques s’en retrouvent finalement sur la Toile. Même chose, paradoxalement, pour l’autre expo actuelle au même Musée, « La fabrique des images ». J’ai été étonné, ayant pris une photo de l’homme-requin, un des clous de cette expo, de ne pas en trouver une exploitable sur un site. Alors je l’ai mise dans cet article. De même, vous trouverez ici une photo d’un fort beau masque sri-lankais, et celle du buste du bon vieux Voltaire, qui se trouvait par hasard dans la même expo. Le musée autorise la photographie sans flash, mais j’ignore s’il est licite de les publier. Essayons : en ce qui concerne les céramiques anciennes, je ne pense pas que la publication d’une photo cause un préjudice au propriétaire, d’autant plus qu’on peut considérer ces œuvres antiques comme un bien commun de l’humanité. La politique du musée Larco en la matière semble d’ailleurs très « participative » (voir au bas de l’article). Il est triste de penser qu’on n’aura peut-être plus l’occasion de les revoir en 3D, ces poteries sublimes, à moins de polluer la planète pour aller à Lima, ce qui par les temps et les nuages de volcans qui courent, devient de moins en moins politiquement correct ! Alors contentons-nous des deux malheureuses dimensions de la photo ! Au fait, je suis très « arts premiers » en ce moment. Vous en trouverez d’autres traces dans mon article sur la Grèce, avec l’art cycladique.

Sacrifice.

Je n’ai pas le temps pour l’instant de commenter les photos, alors les voici en vrac. En bref, il s’agit de céramiques rituelles funéraires. On est étonné de leur état de conservation, qui laisse à croire que les tombes où elles étaient cachées n’ont pas été pillées à l’époque de l’Empire du Pérou et de la Sainte Inquisition ! Certaines n’ont été découvertes que dans les années 1960, heureusement ! Si la sexualité présentée sur ces vases, comme le précise le commissaire de l’expo à l’accent délicieusement québécois, est purement rituelle, ne trouvez-vous pas réjouissante cette culture non-écrite qui mêlait un peu de plaisir à ses sacrifices et autres tortures ? Je ne dis pas qu’il faille se réjouir des tortures, mais disons que les images de l’enfer dont grouillent nos églises ou les temples hindous (voir mon article sur les sculptures et peintures érotiques au Népal) présentant rarement des réjouissances concomitantes. Que disait Paul Verlaine à propos du supplice du pal, déjà ? [1]

Masturbation d'un squelette.

Un détail que je n’ai pas trouvé expliqué dans l’expo ni dans le livre, c’est cette forme de « vase étrier » : une anse creuse permet à l’eau de circuler. Cette anse est fixée un peu n’importe où, mais dans certains cas, n’est-il pas étonnant de la voir entrer et sortir par des endroits stratégiques du corps, comme le haut et le bas de la colonne vertébrale ? L’eau est-elle censée circuler par la verge ? Voir les vases à libations dont le bec verseur est un sexe d’homme ou de femme. C’est un peu L’Origine du monde version Moche, non ?

Vase à libation.

La plupart des scènes sont hétérosexuelles (si l’on peut qualifier ainsi des scènes entre une femme et un squelette, ou un « être à crocs », ou encore un animal !). Il y a quelques sculptures ambiguës (il est impossible pour un non-spécialiste en tout cas, de distinguer à la forme du visage le sexe de la personne qui tient le rôle réceptif dans les scènes de sodomie). Il se trouve que, lors d’un voyage au Pérou en 1999, j’avais visité non pas le Musée Larco, hélas, mais le Musée de l’or et le musée d’anthropologie (dans le même bâtiment), et je ne sais plus lequel proposait dans le plus grand désordre pas mal de ces « huacos eroticos », qu’ils fussent mochica ou d’autres cultures proches, comme un fameux vase de la culture Vicús, dont je vous ai scanné la reproduction (une carte postale que j’avais rapportée), qui est, sans la moindre ambiguïté, une scène entre deux hommes (ma pauvre mère, si tu voyais ça !)

Vicus homosexuel

Fellation.

Mais trêve de blabla pour l’instant. Allez-y, je vous en conjure ! (Vous avez un peu plus de temps pour l’autre expo…). En attendant que je m’y colle, l’article céramique mochica est bien plus érudit que je ne saurais faire, mes braves !

Copulation avec onction.

J’aime bien celle-ci qui représente un coït avec un personnage ailé et zélé qui verse un liquide sur les sexes des copulateurs.

Triolisme.

Sodomie hétérosexuelle.

Sodomie hétérosexuelle ou homosexuelle ?

Orphique ?

Celle-ci n’est-elle pas la plus émouvante ? Un squelette tente de retenir un mort dans l’infra-monde… Orphique ?

- Le musée Larco a un site qui propose des photos (et, chose émouvante, les 5 objets proposés en photo sur cette page sont tous à Paris !) De plus, comme le musée du quai Branly, il propose un moteur de recherche sur lequel sont répertoriés ses 45000 objets ; malheureusement je suis trop maladroit pour retrouver des objets précis. En fait, comme à Branly, le mieux est de noter sur place le numéro de code de l’objet. Je tâcherai de m’y coller incessamment.
- Voir la page d’archives consacrée à l’exposition « Morir para gobernar, Sexo y poder en la sociedad Moche » au Musée chilien d’art précolombien en 2007.
- Voir la superbe page de croquis de ces objets sur le site de Marie Beaunay.
- Si vous avez raté l’expo, la modique somme de 18 € fera de vous l’heureux possesseur du livre officiel, qui contient les explications de Steve Bourget et des photos (hélas pas assez), même d’objets qui n’étaient pas à l’expo.
- Lire Commentaires royaux sur le Pérou des Incas, de Inca Garcilaso de la Vega, 1609, La Découverte / Poche, (1982). Les sculptures Mochica aident à relativiser ce que ce métis hispanisé dit des Indiens.

Lionel Labosse


Voir en ligne : L’exposition sur le site du musée du Quai Branly


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[1« Le Pal / Est de tous les supplices / Le principal, / Il commence en délices / Le Pal, / Mais il finit fort mal… ». « Chanson du Pal », pour l’opérette d’Emmanuel Chabrier L’Étoile (Œuvres poétiques complètes, éd. De la Pléiade, p. 126).