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Y a pas de raison

Les Pensées altersexuelles de mézigue

Plus fort que Pascal, Montaigne et Tartempion réunis…

jeudi 30 août 2007, par Lionel Labosse

Puisque tout le monde y va de son blog, y a pas de raison que je ne vous embête pas à mon tour avec mes profondes pensées. La modestie étant, parmi mes nombreuses qualités, la plus extraordinaire, je n’irai pas par quatre chemins : ces Pensées que vous avez la chance de parcourir vont enfoncer Montaigne, Pascal, Jean-Yves et Michel Onfray en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire… et peut-être même que BHL va se faire caissière chez Prisu, croyez pas ?
Plus sérieusement j’ai pris conscience que, bizarrement, la rubrique Altersexualité était la moins fournie de ce site. Certes, vous pouvez me proposer vos articles, mais en attendant, c’est à moi d’abonder, sans empiéter sur les livres que j’ai envie de publier. Suivant l’exemple de Platon et Socrate, n’ayons pas peur d’appeler un chat un chat. C’est parti…

11. Lutte pour l’espace vital dans les piscines

Dans les piscines, même quand elles sont bondées, vous avez des spécialistes pour brasser à la grenouille dans les lignes réservées à la nage rapide, en écartant les cuisses au maximum. Et ça stationne en bout de ligne pour blablater, plutôt que de se hisser sur le bord ou de migrer vers le petit bain ou la partie de la piscine réservée au barbotage. Et quand ce sont des femmes et que vous avez le malheur parce que vous vous faites votre sport, de les effleurer en vous frayant un passage, alors il faut les voir se hisser sur les ergots de leur féminité outragée, se plaindre au maître-nageur, et celui-ci, émergeant de sa somnolence, galamment donner illico presto raison à la femme forcément victime, et tort à l’homme, forcément coupable (« Si ce n’est toi, c’est donc ton frère »). Donc il est difficile de nager dans les piscines quand on est grand, parce que les gens qui nagent gênent les barboteurs. Mais les mêmes, devant leur T.V. se lamenteront que les nageurs français (qui mesurent tous 1m60, comme chacun sait) ne rapportent pas assez de médailles aux J.O… Dans les douches à la fermeture, certains blaireaux prennent bien leur temps à se curer les orteils, sans prendre garde aux gens qui attendent ; et j’adore les familles qui s’étendent, monopolisent trois douches sur six pour papa et deux enfants, quand ils pourraient comprendre la situation et se serrer un peu… ? Hélas, le sujet à la mode, c’est le « manspreading ».

10. Vélo genré : révisez votre virilité

Une côte fêlée ne m’empêche pas de vivre, mais me fait sentir que j’ai un corps, voire un genre, moi qui croyais transcender ces méprisables emprises de la comédie sociale genrée. Enfourcher un Vélib me fait grincer des dents plusieurs fois par jour : nom de Dieu ! Cela réveille la douleur, même un mois après le traumatisme, alors qu’elle s’est déjà atténuée à 90 %. J’ai mis quelques jours à découvrir que le Vélib était un vélo unisexe, c’est-à-dire sans barre. En bon mâle conditionné par ses roustons, j’avais conservé l’habitude d’enfourcher virilement le Vélib à la façon d’un vélo de course, et la cambrure de mon râble navré m’eût fait hurler de douleur si ma virilité spartiate ne m’avait accoutumé à garder le renard sous le manteau. La douleur a fini pourtant par faire réfléchir, et j’ai compris que je pouvais non plus, ce Vélib unisexe, le prendre en ciseau, à la façon d’un chien mâle qui marque son territoire, mais l’enjamber délicatement, à la façon d’une prudente chatte qui tâte la température de l’eau. Comme une femme ! Une simple côte fêlée, et me voilà Ève et non plus Adam.

9. Dilemme des hérissons

Ni trop loin, ni trop proche, comme deux hérissons dans la neige. L’autre jour un type me propose rendez-vous après une première rencontre dans un lieu. En deux coups de fil, je tiens mes engagements et sa gueule d’amour entre mes mains. Bien que j’aie traversé Paris, pas même un verre d’eau ni avant ni après la conso. Quelques jours après, un autre me propose revoyure. Au premier coup de fil, il évoque un ex, aussi déplacé qu’inutile. Au deuxième, au lieu de simplement fixer rendez-vous, il insiste à nouveau sur l’ex, puis demande si l’on pourra dîner ensemble — or il est censé venir chez moi ! — parce qu’il ne vient pas que pour ça. Halte là ! Je ne m’étais engagé à rien d’autre qu’à se revoir. Le reste aurait pu venir – je n’ai rien contre a priori – mais après. Pourquoi cette hâte ? Cela me rappelle un gars que j’avais courtisé plusieurs années dans des lieux. De dépit, j’en avais écrit une nouvelle. Et puis, miracle, un rendez-vous, chez moi. Surprise : bouteille de champagne, de grand prix, en main. Trop vite, trop haut, trop fort ! Oserai-je jamais le revoir ?
C’est la légende sibérienne des hérissons (ou porcs-épics) dont Michel Onfray nous rappelle qu’elle fut reprise par Schopenhauer. Il en tire sa théorie du contrat amoureux, qui se trouve être mon idéal : « Le libertin tel que je l’entends ne contracte jamais au-dessus de ses forces ou de ses moyens : il ne place jamais rien au-delà de sa liberté ; il ne promet jamais rien qu’il ne puisse tenir […] ; il n’hypothèque jamais le futur, ne tire aucun plan sur la comète, ne parle jamais pour les années à venir ; il dit ce qu’il va faire, il fait ce qu’il a annoncé ; il a dès la première heure affirmé qu’il ne sacrifie aucunement aux mythologies et aux fantasmes familialistes de sa civilisation ; il ne parle pas d’amour, de foyer, de conjugalité, de paternité, de maternité, de monogamie, d’exclusivité, de fidélité ; il tient ce qu’il a promis un jour : la volonté farouche de donner et prendre du plaisir, et la détermination à rompre le contrat, ou accepter que l’autre en prenne l’initiative dès que le projet paraît irréalisable ou dès qu’il le devient. » (Théorie du corps amoureux, Livre de Poche, 2000, p. 211). Difficile, la posture du hérisson ! Allons, les enfants, un peu de sérieux. La sourdine aux mandolines avant le premier rendez-vous ! Jouez au bois tant que vous voulez, mais raisonnez, mazettes !

8. Toilettes unisexe

C’est la première fois (sauf oubli) que je vois, dans un établissement public conséquent, des toilettes unisexe. Il est particulièrement significatif que ce soit dans la toute nouvelle Cité nationale de l’histoire de l’immigration, alors qu’en principe, la clientèle de ce musée, et pour cause, devrait être la plus islamusée de tous les musées de France, et donc très à cheval sur la séparation des sexes. Il y a une seule salle, avec six ou sept cabines, et tout le monde fait la queue ensemble, hommes, femmes, enfants [1]. Pourtant — et c’est bon signe — je n’ai entendu nulle récrimination de femme outrée de devoir poser son précieux popotin sur une cuvette souillée par un mâle. Ce qui manque, c’est un chapelet d’urinoirs, qui, en période de pointe, permettrait de séparer les flux, si vous permettez l’expression, et unirait le sort du chieur à celui des pisseuses ! J’aimerais vivre assez longtemps pour voir cette révolution s’étendre dans les théâtres notamment, où, à l’heure de l’entracte, on voit toujours des queues pas possibles aux toilettes femmes, tandis que des cabines restent vides du côté hommes ! Il m’arrive souvent d’encourager quelque suffragette à subvertir la séparation des sexes, mais c’est en vain — elles osent rarement…

7. Elle

Comme toute bonne fille qui se respecte, il m’arrive de lire Elle. Bon, pas si souvent que ça, mais un numéro 3170 daté du 2 octobre 2006 vient de me tomber sous le nez. Eh bien, la qualité de certains articles me surprend pour un magazine classé dans une catégorie pas trop valorisée (ce n’est pas un « news magazine »). J’en citerai deux. Une entrevue de Virginie Despentes rondement menée par Marie-Françoise Colombani et Valérie Toranian. Ces deux journalistes professionnelles semblent, fait rarissime, avoir lu précisément le livre de la personne qui se trouve en face d’elles, qu’elles citent à plusieurs reprises dans le texte. Et les propos de Virginie Despentes, comme toujours, donnent envie de lire King Kong théorie (Grasset, 2006). Un autre reportage a retenu mon attention, à propos du « love contract » pratiqué par certaines entreprises britanniques. En toute légalité, ces entreprises « obligent les couples maison à se déclarer dans un « love contract » et à attester qu’ils sont « consentants » pour « sortir ensemble » ». L’article est assez complet, sauf que bien entendu, 100 % des cas évoqués sont hétérosexuels, la journaliste, Blandine Grosjean, ne semble pas même s’être posé la question d’une variante homosexuelle, qui ajouterait la problématique du coming out. Il faut aller à la fin du numéro, pour trouver un article intitulé « Je suis bi… et alors ? », sans oublier l’entrevue de V. Despentes, qui aborde aussi la question. Vous vous voyez, vous, déclarer sur formulaire en trois exemplaires que vous avez expérimenté l’élasticité de vos muqueuses et vos capacités spirométriques dans l’exigu labo de sciences naturelles pendant la récré, avec ce sublime nouveau collègue de S.V.T. monté tout droit du Limousin en cette rentrée scolaire, fleurant bon la fougère et le foin ?

6. Péril jeune

Vu ce jour au cinéma Le Péril jeune, de Cédric Klapisch, film événement de 1995 que j’avais raté. Ce serait un film utile pour un débat sur la sexualité avec des jeunes (et d’autres thèmes bien sûr), puisqu’il s’agit des fantasmes de lycéens. Je ne peux pas me consacrer au cinéma ; ce serait un poste à pourvoir sur le site du Collectif HomoEdu canal historique. (Il s’agirait de lancer des pistes pédagogiques sur l’utilisation des films ou DVD). Juste quelques mots. Une scène marquante, celle où les 5 potes chevelus se font traiter de demoiselles par un patron de bar macho, qui les relance pour consommer. Tomasi réplique en demandant « une tasse de café avec 5 pailles », puis lance au patron : « Ça te plairait de me sucer pendant que mon pote t’encule » (cité de mémoire). C’est là qu’ils sortent, puis défient le type avec des gestes obscènes qui font l’affiche du film. L’épisode où Léon baise avec la jeune assistante d’anglais, puis ce qui s’ensuit, me renvoie au 1 (ci-dessous). Le charivari que lui font ses copains pendant le cours suivant est un rappel du risque que prendrait un prof à passer la barrière du fantasme avec un élève. Une amie, prof débutante et mignonne, me racontait récemment qu’elle se faisait souvent draguer par des élèves de BTS. Je lui répondais que, du moment que c’était à la fin de l’année, il n’y avait pas de mal à essayer. Elle avait peur qu’il ne s’agisse que d’un défi, et que le bruit coure vite si elle se permettait cette expérience. Il faudrait que le jeu en valût la chandelle. Réflexion faite, restons-en au fantasme, tout en gardant au fond de la mémoire la possibilité d’une histoire à la Gabrielle Russier, suicidée le 1er septembre 1969, il y a 38 ans jour pour jour, veille de rentrée scolaire. Voir à ce sujet Les Écrous de la haine, de Michel Del Castillo, dont voici une citation : « Il ne s’agit pas de dire qu’un professeur doive coucher avec un élève, mais simplement que quand ceci se produit, la réaction immédiate devrait être de comprendre, de se montrer généreux. Il n’y a pas, en matière de sentiments, de devoir ni de il faut » (p. 302).

5. Vélo / métro

L’un de mes plaisirs de cet été 2007, est d’avoir renoué avec le vélo. Non pas Vélib, mais ce bon vieux biclou qui supporte mes hanches depuis l’âge de 14 ans, acheté, clin d’œil du temps, à deux pas de mon chez moi actuel, dans une fabrique naguère célèbre de vélos qu’on n’imaginerait plus à Paris ! Par tous les temps, j’ai parcouru la ville dans tous les sens, m’affermissant cuisses et mollets. Qu’à l’égal de Vespasien une statue soit érigée à l’édile qui veilla par cette mesure vélorutionnaire à la fermeté des fondements parisiens ! Et ce n’est pas tout : circulant à deux roues, on jouit d’échanges d’œillades avec des pelletées de beaux gosses qui ont l’air de parcourir les trottoirs innocemment, mais qui en réalité guettent goulûment le passage de pédaleurs aussi affriolants que ce modeste moi ! Effet collatéral de la vitesse que Paul Virilio [2] a oublié d’envisager ! Elle fait boire aux timides pathologiques comme moi toute honte. Dorénavant, la caille des faubourgs Label Rouge en skets et survet, aussi bien que la dinde bobo bio du Marais élevée sous la mère, doivent affronter les banderilles de mes regards vélocipédés. Il faut dire, quand même, que nous sommes gâtés : ces deux catégories opposées mais jumelles de la population veillent à la fermeté de leurs abdominaux autant que la Mairie de Paris à celle de leurs fessiers. Ne rêvons pas : avouerai-je que dès qu’il y a du répondant, je pique un fard ? Malgré mes forfanteries, mon « altersexualité » reste fort théorique. Bref, tout cela pour dire que, en cette fin août, pendant la journée, « ils » sont revenus, les Parigots, les indéfectibles automobilistes. Il va falloir replonger dans les cavernes métropolitaines. Oh ! je n’ai rien contre le métro, bien entendu, et la foule vous fournit de ces excuses pour tâter du métropopotin que l’on serait bêcheur de renier. Et puis ce métro, cela reste l’endroit, à l’instar des toilettes et du lit, où je préfère lire. Pour les amateurs de statistiques, disons que 65 % des livres recensés sur ce site ont été lus dans les transports en commun, 20 % au lit, 15 % aux toilettes. Quant à pédaler en surface en journée, il ne faut plus y songer, à moins que ces vacanciers n’adoptent le vélo pour leurs déplacements courts. Si Vélib pouvait connaître le succès… La vision des couloirs déserts réservés aux autobus, à côté de rubans de voitures immobiles, cela fait un peu honte, et l’on rêve qu’ils s’emplissent de pédaleurs… Les nombreux vélos morts, rouillés, aux roues voilées, encore accrochés aux barrières et aux grilles d’arbres, sont comme les mues abandonnées de boas qui se seraient transformés en 4x4. Existe-t-il des mues régressives ?

4. Prescription

Étrange, chez cet ami de vingt ans que je revois de loin en loin, son insistance, à chaque revoyure, sur la même question : « Toujours seul ? » Lui aussi, fais-je remarquer, mais ce n’est pas pareil : c’est un choix. S’agissant de moi, la seule exception, vieille de près de 20 ans, justement, est couverte par la prescription. Qu’à cela ne tienne, il lui faut remuer la tronçonneuse dans la plaie. Que, depuis ces vingt ans, j’aie vécu, écrit des livres, voyagé, créé un site, peu lui chaut : j’ai été casé, et dans cette case, pour lui, je demeure. Non que je ne songe à l’équanimité procurée par ce picotin d’avoine qui vous attend à l’écurie. Cela doit avoir son charme. « Oui, ma foi ! Il faut s’amender ; encore vingt ou trente ans de cette vie-ci, et puis nous songerons à nous. » (Dom Juan, Molière, IV, 7).

3. Étasuniens

Plus d’un siècle après Oscar Wilde, un pays dirigé par des mollah sexophobes a désigné à la vindicte publique un politicien conservateur, Larry Craig. Prétexte : il aurait succombé aux provocations d’un mouchard de la police, dans des toilettes publiques, dix ans après la même mésaventure arrivée au chanteur George Michael. Pour une fois, si j’en crois les journaux, il y a lieu de se réjouir : nous sommes aux États-Unis (vous aviez compris), et notre gai Larry, en tant que politicien, s’il avait eu des couilles, aurait pu faire changer la loi qui l’a mordu au même endroit. Bien fait pour sa gueule. Désolé, mais je ne suis pas gentil. Avec de tels lâches, être gentil reviendrait à être méchant avec les milliers d’hommes dont la vie a été foutue en l’air, le ménage brisé, les enfants humiliés et perdus, à cause de la même pratique, et qui n’ont pas l’heur que les médias se penchent sur leur pauvre cas. La mésaventure de la bite à Clinton, qui a fait rigoler le monde entier, n’y a rien changé. Sodome, aux States, n’a pas droit à son grand homme, comme si la cause était perdue pour les siècles des siècles. Michael Moore consacrerait son prochain film à l’homophobie au front de taureau. Pourvu que cela ne se limite pas à l’apologie du mariage gay, avec des pédés propres sur eux qui jamais au grand jamais ne sortiraient leur queue dans une pissotière. C’est la sexophobie qui mériterait que Moore la mordît au mollah — je veux dire au mollet ! Un sacré taureau à prendre par les… cornes.

2. Séropo : et alors ?

Vous rencontrez un charmant garçon, et au second rendez-vous, entre poire (à lavement) et fromage (hum !), il vous apprend qu’il est séropo. À supposer que vous, vous ne le soyez pas. S’il se trouve que vous aviez envie de le revoir, n’attendez pas qu’il vous rappelle. S’il vous a fait un tel aveu, il attend que vous fassiez le pas — sinon les deux pas – suivant. Ne pas entendre cette attente, c’est encourager le mensonge. Si vous n’aviez pas envie de le revoir, faites-lui savoir que cela n’a rien à voir avec son aveu.

1. Du fantasme pédagogique

On me demande souvent si les élèves me font fantasmer. Mis à part que dans un cas sur deux ceux qui posent ce genre de question ne me semblent pas très clairs, je répondrai franchement : oui.

Premièrement : une société qui en est à vouloir contrôler le fantasme est au bord du gouffre, le gouffre étant bien sûr le totalitarisme, ou sa forme light, le politiquement correct. Si l’on n’est pas capable de distinguer fantasme et réalité, autant se contenter d’un cerveau reptilien.

Deuxièmement : l’un des piliers de la philosophie, Platon, dans Le Banquet, a posé le rapport inaliénable entre pédagogie et désir. Ce texte a été cité dans le prologue de Gargantua, de François Rabelais. Il faut bien être un Tartufe du XXIe siècle pour nier ce lien. Évidemment, le Platon, il se la jouait un peu vieux schnoque, et ce n’était qu’un prologue à ses propos dans Les Lois. Il s’est donc contenté de poser l’hypothèse du désir dans la relation pédagogique, à sens unique, de l’apprenant (Alcibiade) à l’enseignant (Socrate).

Troisièmement : un prof que les élèves ne font plus fantasmer me semble être à l’article de la retraite. Il est temps d’arrêter les frais ! La réalité, ce n’est pas le Socrate platonicien, bien sûr. Soyons sérieux : vous êtes un thon chenu, plutôt bon pédagogue, et un élève – plus de 18 ans s’entend – vous fait du rentre dedans. Entre nous : vous vous la jouez Socrate, ou vous criez « Youpi ! » en profitant de l’occasion ? « Qu’une alternative pareille un de ces quatre jours m’échoie », comme dirait Georges Brassens, je ne tournerais pas autour du pot ! Évidemment je me situe dans un monde idéal où la sexualité serait naturelle et ne ferait pas sortir à la moitié de la population crucifix et gousses d’ail !

Quatrièmement : on pose bien plus souvent la question aux profs attirés par leur sexe qu’aux autres ; pourtant, j’ai rencontré bien plus de profs hétéros qui étaient passés à l’acte – jusqu’au mariage – que de profs homos. Pour être franc, ce genre d’opportunité ne m’est pas encore arrivée. Quelque aventure avec quelque pères d’élève, mais pas encore avec d’anciens élèves [3], ni bien sûr un élève. Le cas échéant, j’aviserais. La réalité vécue, malheureusement, c’est que plus les élèves de sexe masculin sont mignons, plus ce sont de gros branleurs, et si le fantasme peut coexister, cela ôte l’envie du passage à l’acte. Platon aurait raison sur ce point : pas de désir sans désir d’apprendre. Cela dit, j’ai parfois eu des échanges enrichissants avec des élèves – filles ou garçons – qui avaient capté certaines ondes. Les profs de français évoquent du bout des lèvres les amours de Verlaine et Rimbaud, mais on oublie souvent que ces deux-là ont fait l’amour alors que le second n’avait pas 18 ans, et que le premier a été emprisonné pour avoir tiré sur le second. Heureusement raté, sinon il aurait été rayé des listes à l’instar de Bertrand Cantat [4]. Voilà une balle de pistolet qui, à un centimètre près, aurait pu disqualifier à jamais le Prince des Poètes.

Lionel Labosse


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La vignette est empruntée à Robert Vigneau, et a pour titre Adolescence. Rendez-vous sur son site.


[1Voir à ce sujet les réflexions d’Erving Goffman dans L’Arrangement des sexes.

[2Voir la citation de ce philosophe dans La Gare du Nord et la goutte d’eau.

[3Bon, disons plutôt que j’use un joker !

[4Voir une intéressante discussion au sujet de ce fait divers, sur le blog NRV de Guy Birenbaum, avec entre autres les paroles de Télégramme 2003, d’Hubert-Félix Thiéfaine.