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Torchons & serviettes, pour lycéens et adultes

Pasolini – Pig ! Pig ! Pig ! de Jean Dufaux & Massimo Rotundo

Glénat, 1993, 62 p., 13 €

mercredi 5 janvier 2011, par Lionel Labosse

Pasolini – Pig ! Pig ! Pig ! est un des tout premiers albums de bande dessinée à présenter un personnage homosexuel, en l’occurrence le célèbre écrivain Pier Paolo Pasolini. Vingt ans après son assassinat (2 novembre 1975), un inspecteur est amené à enquêter à nouveau sur ce dossier qu’on n’en finit pas de rouvrir. Le scénario mêle habilement plusieurs fils qui se rejoignent tragiquement à la fin. Évidemment la vision de l’homosexualité n’est pas toute rose, mais au moins est-ce l’occasion de rendre hommage à un grand artiste. L’album semble toujours disponible à la vente.

Résumé

L’inspecteur Antonio Scerba est heureux, ce très bel homme vient d’épouser Aurélia, la fille du riche banquier Cantun. Celui-ci est ami avec le supérieur de l’inspecteur, « l’humble et obscur commissaire Negroni ». Un coup de fil permettrait sans doute de prolonger le congé de mariage, mais l’inspecteur tient à reprendre le boulot. Il se fait charrier par ses collègues pour sa nouvelle voiture rutilante. Le commissaire lui confie un dossier agaçant : un journaliste indépendant prétend avoir du nouveau sur le dossier Pasolini. Il faut lui démontrer qu’il ne s’agit que d’un assassinat d’homosexuel banal. On découvre entre-temps la passion incestueuse de Cantun pour sa fille. Il a accepté ce gendre, mais entend que sa fille reste sienne. Celle-ci voudrait se libérer de l’emprise du père, et avoir des enfants.
Lors de son enquête, Antonio Scerba a des hallucinations, il vit des scènes de la vie de Pasolini, son enfance, ou des scènes de tournage avec diverses célébrités. Par exemple, enfant, il badigeonne un camarade de sauce tomate et lui fait représenter la Passion du Christ. Plus tard, c’est un prêtre qui incendie un cinéma en voyant la célèbre danse de Rita Hayworth dans Gilda. Puis une calomnie de Pasolini jeune prof accusé de corruption de mineur et obligé de quitter son emploi.
Dès le premier rendez-vous de l’inspecteur avec le journaliste, celui-ci est retrouvé mort et émasculé, avec « Pig ! Pig ! Pig ! » écrit en lettres de sang dans la chambre d’hôtel. Un gigolo se trouve là, mais le commissaire ne le prend que comme informateur, et repousse violemment ses avances. L’enquête se poursuit, révélant des liens étranges entre le milieu de la prostitution et le beau-père de l’inspecteur. L’inspecteur est conduit à changer de look pour pouvoir enquêter, et de fil en aiguille, il accepte d’être embrassé par un homme. L’inscription « Pig ! Pig ! Pig ! » se retrouve à plusieurs reprises, on apprend que c’est un jésuite qui l’avait popularisée à la mort de Pasolini (ce sont ses initiales), puis c’est un tribunal mystérieux qui condamne Pasolini comme « anormal sexuellement, homophile ». La machination se referme sur une boucle de l’histoire : on apprend qu’un roman posthume de Pasolini dénonçait la collusion « entre la classe politique, la maffia, les mouvements néofascistes et la grande bourgeoisie », et c’est cette même collusion qui aura raison de l’inspecteur.

Mon avis

Un scénario très habile qui entrecroise les niveaux narratifs pour suggérer des collusions que voulait dénoncer Pasolini. La frontière n’est pas entre hétérosexualité et homosexualité, mais entre honnêteté et malhonnêteté. Le lecteur comprend que l’homosexualité de Pasolini va de pair avec une certaine pureté morale, tandis que la prétendue pureté morale du clergé vire à la folie, et que la bourgeoisie d’affaires se montre corrompue à tous les niveaux, sexuel et moral. L’inspecteur est trop pur dans son hétérosexualité pour comprendre dans un premier temps qu’il doit se méfier. Voici donc une œuvre complexe, grave, une des premières dans la catégorie bande dessinée à donner de la visibilité à l’homosexualité, et à montrer comment l’homosexuel fournit le bouc émissaire idéal.

- Cet ouvrage bénéficie du label « Isidor ».
Label Isidor HomoEdu

- Lire, sur « Culture et Débats » le point de vue de Jean-Yves.
- Jean Dufaux est également scénariste de quatre séries qui présenteraient des personnages bisexuels : Jessica Blandy, avec Renaud ; Rapaces, avec Enrico Marini ; et Djinn, avec Ana Mirallès, enfin Murena, avec Philippe Delaby.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Site de Dargaud pour la série Rapaces, du même scénariste


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