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De mâle en psy

Avis aux imposteur-e-s

Pref Mag N° 30 – janvier/février 2009

dimanche 24 mai 2009, par Éric Verdier

Des mâles aux pères, des gays aux « imposteur-e-s », votre chronique « De mâle en psy » s’enrichit, bourgeonne avant la saison, se nourrit de vos échanges à la lumière de rencontres improbables… Deux témoins sont publiés ce mois-ci : Jean-Paul, qui apporte une note d’espoir à Michel, et Anaïs, dont le récit m’a à la fois touché et interpellé. C’est à toi Anaïs que je souhaite consacrer cette rubrique, peut-être précisément car tu ne pensais pas être publiée, mais aussi car à mes yeux, rien ne rime avec imposture dans ton ouverture… Et je pense aussi que nombre de lecteurs-trices s’identifieront à ce que tu ressens. Mais laissons tout d’abord la parole à :

Jean-Paul

« Après la lecture de votre rubrique, je souhaite réagir au courrier de Michel (Pref mag n°29). J’ai 49 ans, je suis né à Toulouse et j’habite à Lille. J’ai eu deux relations avec des hommes qui avaient la garde de leurs fils et je peux dire que ce ne fut pas facile. Dans un cas, le fils était jaloux de moi, et dans le second, le père a injustement accusé son fils d’être responsable de l’échec de notre relation. Il faut que Michel cesse d’être dans la recherche de « l’homme de sa vie ». J’ai une relation stable depuis presque 7 ans, et quand elle a commencé, je ne me suis pas projeté dans le très long terme. Elle se déroule jour après jour… Quand on cherche trop « compulsivement » quelque chose ou quelqu’un, c’est souvent l’échec à l’arrivée. » Jean-Paul.

Avoir ou être… Cette quête vaine dont tu parles, Jean-Paul, est aussi un moyen pour le comprendre. Beaucoup d’entre vous témoignent de cette difficulté, qui peut parfois rimer avec désespoir. Mais apparaît toujours en face, au travers d’une rencontre justement, un autre regard, comme un moyen de se retrouver (enfin) face à soi-même dans le miroir des autres. À l’instar de Fabien dans le dernier numéro qui nous disait aussi de ne pas forcer les choses, merci à toi Jean-Paul de tendre cette perche-là et de cette façon-là…

Anaïs

Anaïs est une jeune femme, se reconnaît dans nos échanges et le ton de cette rubrique. Alors, écoutons le mâle et le psy parler à travers toi ;-)

« Je m’appelle Anaïs (oui je suis une fille et je ne suis pas gay) mais j’ai acheté le magazine Pref de Septembre-Octobre 2008 et j’ai trouvé qu’il était plus intéressant qu’il n’y paraît à première vue. Ce qui m’a décidée à l’acheter est la rubrique (votre rubrique !) psychologie : De mâle en psy. C’est la meilleure chronique psy que j’ai jamais lue, elle pourrait égaler les articles du magazine PSYCHOLOGIES. Alors voilà : âgée de 18 ans, j’ai parfois l’impression d’en avoir 40. J’ai grandi dans une famille africaine avec des parents originaires de deux pays différents. J’ai toujours beaucoup souffert du fait que ma mère a voulu et veut toujours assouvir en moi son idéal de petite fille qui ne deviendra jamais réalité. D’abord une mère autoritaire et très traditionaliste, puis un parcours scolaire compliqué au niveau affectif et enfin des expériences amoureuses désastreuses : j’ai eu l’impression d’avoir vécu des choses très difficiles. Mais étant quelqu’un de réfléchi, j’ai toujours été tentée de relativiser. C’est avec courage que je vous envoie cette lettre car à l’heure qu’il est, cela fait déjà deux jours que j’ai rédigé cette lettre et donc aujourd’hui j’ai la tentation de reculer, de continuer ainsi. Alors je pense aux soirées passées à pleurer à cause d’un homme, à cause de reproches intensifs et abusifs venant de ma mère, et cela me convainc qu’il faut que je vous écrive. Dans les moments les plus durs j’ai l’impression que rien ne sera plus beau dans les années à venir, que c’est vrai je ne suis pas parfaite et une tentation suicidaire m’envahit…
Seulement un autre instinct me dit de me battre et chaque jour qui passe la seule motivation qui sert d’essence à cet esprit fatigué qu’est le mien, c’est mon ambition. Mais quand, après deux ans d’efforts, de travail sur moi-même (assez concluant) rien ne change jamais dans mon univers familial, les mots que l’on m’a jetés à la figure me rongent, m’affectent… Oui, ils affectent la conception que je peux avoir de moi-même, mais surtout celle de la vie que je mène. Elle me semble bien dérisoire : je suis incapable d’aimer simplement. J’ai l’impression d’être une imposteure. Mes amis, mon entourage qui ne sait pas tout ça de moi, eux qui croient me connaître alors que moi-même je ne me comprends pas. Je reste persuadée que mes névroses et mes questions ne sont rien comparées à des victimes de viol, de maltraitance, et je fais tout pour essayer de voir la vie en rose. Si je vous ai écrit c’est tout simplement pour que je garde en tête vos conseils, les mots qui pourront me redonner le courage (qui se perd doucement) de continuer ma vie et de réaliser mes rêves. Je veux juste une réponse même courte qui saura m’aider. Je ne cherche même pas à être publiée (ce ne serait pas possible de toute façon). Sachez que je vous remercie d’avance de tout cœur d’avoir lu ma vie et ses contraintes, c’est une chose que j’ai du mal à imposer à mes amis. » Anaïs.

La première chose que j’ai envie de te dire, Anaïs, c’est que tu as pleinement ta place dans cette rubrique – les imposteurs ne sont souvent pas ceux que l’on croit – et qu’à 18 ans, j’aurais bien aimé me poser les questions avec cette maturité-là. C’est arrivé beaucoup plus tard dans ma vie, et c’est aussi ce qui m’a permis d’avancer ! Car tu es en train de donner un sens à ton existence, et le doute fait partie du chemin qui y mène. Connais-tu le concept de résilience ? C’est ce qui permet à un être humain de continuer à vivre et à se construire, alors qu’il est envahi par la souffrance et pire encore, son déni par les autres. La deuxième chose que tu recherches — c’est pour cela que tu as le sentiment de ne pas y parvenir – c’est le soutien inconditionnel d’une personne au moins qui te comprenne et t’accepte telle que tu es. C’est aussi ce qui t’a poussé à nous écrire, et que j’essaie de t’apporter dans ma réponse. C’est ce qui a poussé beaucoup d’autres à témoigner dans des rubriques précédentes, et auxquels d’autres ont répondu comme je le fais en ce moment. Justement la résilience, le cœur de la vie humaine, est cette capacité que tu as à donner du sens à ton histoire, combinée à ta recherche d’une vraie rencontre avec l’autre, qui puisse te comprendre et t’accepter telle que tu es. Donc non, tu n’es pas une « imposteure », ou tout du moins tu es consciente de l’avoir été et de ne plus le supporter ! Cette quête-là, qui est aussi celle de ton identité, n’est pas plus masculine que féminine, et n’est pas spécifiquement homosexuelle ni hétérosexuelle. Tu peux tout autant te retrouver dans le vécu d’un homme gay, que tout autre être humain.
C’est pour cette raison que ceux qui t’ont lue jusqu’au bout ne se sont, j’en suis sûr, rien senti imposer du tout… Pourquoi ne pas tenter la même expérience avec tes amis ? J’ai remarqué que nous nous enfermions souvent plus avec nos peurs que par les réactions « inappropriées » des autres. Reste à trouver quand, comment et à qui parler… Alors voilà une superbe transition vers une conclusion : chers lecteurs-trices (comme vous venez de le constater, « de mâle en psy » s’adresse aussi aux femmes), à qui parlez-vous ? Et si vous n’y parvenez pas, qu’est-ce qui vous en empêche ? Beaucoup d’hommes, quelle que soit leur préférence affective et sexuelle, ne parlent « vraiment » qu’à la personne qu’ils aiment. Leur désespoir est d’autant plus grand en cas de séparation. Qu’en pensez-vous ?

Éric Verdier


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