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Féministe option guillotine, pour lycéens et adultes

Olympe de Gouges, de Catel & Bocquet

Éditions Casterman, coll. écritures, 2012, 488 p., 24 €.

samedi 14 mars 2015, par Lionel Labosse

Catel Muller et José-Louis Bocquet sont une dessinatrice et un scénariste qui avaient déjà sévi entre autres en 2007 avec leur excellente BD sur Kiki de Montparnasse. Cet opus sur Olympe de Gouges, de la même qualité et de la même facture, appuyé sur un aussi sérieux dossier témoignant de lectures encyclopédiques, a connu un grand succès, vogue du féminisme oblige. On fait donc connaissance avec cette figure de proue du féminisme, qui a presque inventé le genre (bien que Christine de Pizan l’ait précédée de plusieurs siècles avec La Cité des dames).

Résumé

Olympe serait la fille bâtarde de Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, élu à l’Académie française, auteur dramatique et rival de Voltaire. Il est au moins son parrain, et pourvoit à son éducation. Sa mère est une « veuve scandaleuse » (p. 23). Toute sa vie, elle souffrira de cette demi-reconnaissance, et marchera sur les traces de ce père admiré. Elle épouse un charcutier assez vulgaire, qui a le bon goût de mourir assez vite, et de la laisser veuve et libre. Elle profite de cette liberté pour vivre en union libre avec le riche Jacques Biétrix de Rozières, sans être sa maîtresse, car il n’est pas marié par ailleurs. Elle épouse très tôt la cause des noirs, écrit même une pièce contre l’esclavage, qu’elle aura beaucoup de mal à faire jouer (voir cet article). Les auteurs se saisissent de tous les prétextes pour évoquer le sort des noirs, qui devaient pourtant être fort peu nombreux sur le territoire français. Sous la Terreur, elle se pique de placarder ses opinions au vitriol dans Paris, et ne tient aucun compte des avertissements que ses enfants ou ses amis lui donnent. Ce qui devait arriver arrive, Fouquier-Tinville fait son office.
Cette monographie est un prétexte pour présenter un panorama de la France pré-révolutionnaire, affaire Calas, supplice de Damiens, sans oublier des figures souvent reléguées en arrière-plan, comme le Chevalier Joseph Bologne de Saint-George (visible sur la planche ci-dessous). Olympe affirme que « le mariage est le tombeau de l’amour » (p. 138), ce qui n’est guère étonnant car lors de son bref mariage avec Aubry, elle fut soumise au viol conjugal (pp. 76 et 81). Louis-Sébastien Mercier est un de ses amis, et sa pièce La Brouette du vinaigrier (cf. cet article) est évoquée (p. 157). Jean-Jacques Rousseau hante les vignettes, admiré par Olympe, qui déteste Voltaire surtout par fidélité à son père présumé. Jacques Pierre Brissot est également présent, en tant que fondateur de la Société des amis des Noirs, mais sa position sur les droits de la femme n’est pas tant progressiste.
Olympe de Gouges, de Catel & Bocquet
Je voudrais insister sur cette planche de la p. 209 (ci-dessus). Il s’agit d’une évocation, sans doute un peu plaquée en fonction de l’air du temps, de la dernière exécution pour crime de sodomie en France. C’est la seule évocation de l’homosexualité dans l’ouvrage. Sans doute pour ne pas enlaidir la cause, on fait de ce triste sire un martyr. Olympe convoque Diderot et Condorcet pour exprimer une indignation qui relève sans doute de la fiction. Or, selon Maurice Lever, il semble que ce supplicié ne soit guère défendable : « Le dernier sodomite à subir la peine du feu fut un moine défroqué, du nom de Jacques-François Pascal, coupable lui aussi d’un attentat criminel sur un enfant, un petit commissionnaire de quatorze ans qui avait repoussé ses avances et qu’il avait lardé de dix-sept coups de couteau. Son exécution eut lieu le 10 octobre 1783 devant une assistance particulièrement nombreuse. Depuis le supplice de Damiens, on n’avait vu tant de monde envahir la place de Grève. Quant à l’enfant, il fut transporté d’urgence à l’Hôtel-Dieu, où il demeura longtemps entre la vie et la mort. C’est sur cette image d’un enfant sur un lit d’hôpital que s’achève l’histoire des bûchers de Sodome. Après Jean-François Pascal, on ne jettera pus personne dans les flammes pour cause de déviance sexuelle ; on ne condamnera plus jamais à mort pour cela. Pascal, il est vrai, avait agi comme le plus monstrueux des bourreaux et nul ne songerait à le plaindre. Peut-être même eût-on souhaité, pour finir, une vision moins hideuse que celle de l’enfance outragée ». Historama n°17, juillet 1985 ; à lire sur Culture & débats. Il est donc dommage que les auteurs aient choisi ce cas-là pour évoquer la répression de la « sodomie » (mot qui n’avait pas son sens actuel) ; surtout qu’à l’époque – et Olympe le saura à son cou défendant – on exécutait pour moins que ça !

Lionel Labosse


Voir en ligne : Olympe de Gouges sur le site de l’histoire par l’image


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