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Au pays des lesbiennes bien visibles, pour lycéens avertis et adultes

Histoires inavouables, d’Ovidie & Jérôme d’Aviau

Éditions Delcourt, 2013, 104 p., 14,95 €.

samedi 21 juin 2014, par Lionel Labosse

On se calme ! Ce n’est pas du tout une BD que je vous propose pour les CDI des lycées de France et de Navarre, car elle est un peu trop olé-olé, il y a des scènes de sexe explicites, même si la pornographie n’est pas l’objet de l’œuvre, mais plutôt un éclairage souvent humoristique sur les aléas actuels de l’altersexualité, principalement hétéro, mais pas tant que ça. C’est donc à consulter sans risques pour des ados et adultes prévenus, et qui trouveront là une sexualité épanouie, jouissive, et à teneur garantie à 0 % de sexisme, belle alternative à la pornographie macho majoritaire ! Ovidie est l’auteure du scénario, et Jérôme d’Aviau des dessins.

L’album comprend une dizaine d’historiettes, dont certaines – mais allez savoir lesquelles ? – présentées comme issues de l’expérience d’Ovidie. « À la belle étoile » est l’aventure d’une « cougar », qui rend visite à une vieille copine (elles semblent avoir au moins dans les 30 ans, mais le dessin doit être un peu flatteur !) Elle prend le fils de sa copine pour le jardinier, et comme la copine va se coucher tôt, la discussion entre le fils et la cougar mène vite à des confidences croisées, puis à une scène assez chaude où la cougar apprend au biquet qu’on n’est pas obligé de baiser comme dans les films porno, et le surprend en lui proposant un préservatif. Coincée nous trompe par son titre ; je vous laisse voir comment la fille est « coincée » ! Brandon raconte comment un jeune Don Juan croit avoir touché le gros lot en levant deux belles « gonzesses », qui lui offrent un peep-show lesbien d’enfer, mais la fin ne sera pas à la hauteur de son érection ! « Métrosexuelle » prend au sens propre, et resexualise le mot en question, en racontant les aventures d’une jeune fille qui prend et donne du plaisir avec des inconnus dans le métro. « Tel est pris » montre avec beaucoup de tact une scène d’échangisme, avec un homme libéré qui au cours d’une première expérience se révélera finalement moins libéré qu’il ne l’imaginait. « Sexting » est un gag assez téléphoné sur la drague en réseau. « Franche amitié virile » est l’histoire de deux bogosses tellement virils qui se font une soirée télé-pizza. L’invité choisit… un film porno, et il est facile d’imaginer ce qui arrive, les braguettes s’ouvrent, les mains se croisent, et on s’esbaudit sur la liberté des filles sur l’écran… jusqu’à ce que, comme dans le précédent récit, l’un des deux mâles atteigne ses limites ! On a plaisir à retrouver une forme modernisée de la même mésaventure de Casanova à Constantinople avec son pote Ismail.

On se réjouit particulièrement avec cette histoire, de trouver le pendant de Brandon : une scène de sexe aussi explicite entre deux mecs qu’entre deux filles, au sein d’un album globalement hétéro. Ovidie a donc bien choisi le dessinateur capable de cela. Dans « Raziel », c’est cette fois le mari qui va se pieuter, un peu cuit, et la femme reste avec le vieux pote. Mais voilà-t-il pas que le chien Raziel avale le préservatif… L’inconnue du Lyon-Paris est un joli fantasme ferroviaire mené par une fille libérée en accord avec un mec libéré. On se doute que ça ne doit toujours pas être aussi simple que ça, mais on sait gré à l’auteure de nous montrer une utopie sexuelle où la nécessité de défendre le respect des femmes ne va pas de pair avec la frustration sexuelle et l’inhibition, mais au contraire avec un épanouissement égal et coquin. On termine avec « Déjeuner dominical », où pendant qu’un vieux schnoque réac pontifie sur la dégradation des mœurs, les homos qui défilent, etc., deux de ses enfants ou beaux-enfants sagement assis à table en couples, se retrouvent pour un coït express et bien chaud, limite SM. La dernière image surprend le lecteur, car ceux qui se sont retrouvés ne semblent pas constituer les deux couples officiels appréciés par le patriarche ! Ovidie semble nous suggérer que non, décidément, l’épanouissement sexuel ne se limite pas au mariage ou au couple, sans que le couple soit non plus condamné.

Ovidie est l’auteure de Porno Manifesto (2002), et fait partie des féministes qui, à l’instar de Marie-Hélène Bourcier, dénoncent les idées reçues sur le monde du porno et proposent une pornographie féminine plutôt que la censure, la censure, toujours la censure.
- À lire : « Dialogue sous X » : Entrevue croisée intéressante avec André Comte-Sponville dans Philosophie magazine n° 67.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Le site officiel d’Ovidie


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