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Venise populo, pour lycéens et adultes

Jours tranquilles à Venise, de Bacilieri

Mosquito, 2006 (2012), 80 p., 15 €

samedi 26 octobre 2013, par Lionel Labosse

Cette bande dessinée parue en Italie en 2006 sous le titre Durasagra, Venezia über Alles, a été traduite pour l’éditeur Mosquito, par Sylvina Pratt. Dur travail de traduction, car le dialogue ne coule pas de source dans cette œuvre inclassable. Onomatopées, fautes d’orthographe volontaires, et récit discontinu suivant plusieurs sillons parallèles : on n’est pas dans la BD classique et confortable ; l’influence du lettrisme est prégnante. Il s’agit de donner le contrepoint à une vision touristique de Venise. Certes, il y a des touristes bourgeois venus visiter, ou plutôt ne pas visiter, mais voir depuis leur paquebot, la « ville de rêve très romantique », mais en fait de ville de rêve, l’accent est mis sur la ville moderne, faite de briques et de brocs, amalgame de vieilles bâtisses fissurées et de dépôts de pétrole, où grouille un prolétariat qui jouit de la vie comme il peut. Beuveries, jeux de cartes et prostitution sont au rendez-vous de ce roman noir de Venise qui n’oublie pas l’humour. Une belle scène homosexuelle au milieu, et puis de superbes ragazzi qui donnent envie de visiter l’envers de ce décor de rêve !

Difficile à résumer. Un prologue présente les protagonistes, après une mise en abyme du dessinateur dans son atelier, qui se prétend « aveugle comme une taupe », mais met bien en évidence les livres de ses maîtres, Canova, Mantegna, la Grèce classique, etc. Il semble y avoir une grève dans une raffinerie de pétrole (celle qui se trouve à la sortie de Venise, au début du pont de la Liberté qui rejoint la terre ferme), et Zeno annonce par mégaphone à son père qu’il va être grand-père de sa fille Luciana (ou bien Luana, la sœur de Zeno). Mais c’est peut-être une plaisanterie de Zeno. Carlo, leur frère, drogué sous méthadone, vole dans la caisse d’un commerçant de ses amis. Leone, capitaine d’un petit bateau, fait un étrange rêve. Le superbe Piero (ou Pietro, car l’orthographe des noms varie), sodomise un amant touriste friqué dont il tire quelques billets, « mais ce sont les derniers ». On improvise une partie carrée à deux filles et deux garçons, chez la grand-mère, laquelle rentre plus tôt que prévu, et fait déguerpir tout ce petit monde avec son revolver ! On continue dans un stade de foot à l’ambiance survoltée, occasion d’admirer une mêlée de jeunes supporters torse nu ; puis c’est une partie de cartes à la Raimu sur le bateau de Leone, tellement arrosée qu’on improvise une sortie en mer pourtant interdite, laquelle se termine par une conflagration avec le paquebot de tourisme de luxe. L’album se referme mystérieusement sur le dessinateur de la première page, implorant dans une église une sorte de madone des comics (des Mickeys et autres Plutos font irruption sans prévenir dans les cadres de maintes pages…)
Jours tranquilles à Venise, Bacilieri
Avec beaucoup d’humour, cet album ne raconte pas une histoire carrée ; il évoque plutôt une anti-image touristique de Venise, qui revient à un autre cliché, de l’Italie pasolinienne, avec ses ragazzi, sa violence quotidienne, sa sexualité indéterminée, ses quartiers populaires. Tout cela en contrepoint ironique d’autant de clichés de couples bourgeois qui se déchirent sur le paquebot, comme des héros de telenovelas. Les dessins en noir et blanc, parfois pleine page, sont somptueux, avec des noirs profonds, toutes les nuances de gris, et des visages, des corps, notamment masculins, des natures mortes à l’occasion, et des architectures chiadés. L’auteur ne s’interdit pas la représentation de quelques phares touristiques ; la dernière vignette représente d’ailleurs le panorama de la place San Marco vu depuis San Giorgio Maggiore. J’ai hésité à vous proposer en illustration cette scène de sexe entre hommes particulièrement belle, car ce n’est pas précisément le genre de la maison. Vous comprendrez que c’est surtout la qualité artistique qui me fait craquer ! Quant à savoir si ce livre est à recommander dans les lycées, je vous en laisse juges…

- Plus classique, lire La Mort à Venise, de Thomas Mann.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Le site de l’éditeur


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