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Des ados ouverts sur le monde, pour les 5e / 4e.

Sweet homme, de Didier Jean et Zad

Syros jeunesse, collection Les uns les autres, 2003, 136 p., 7,5 €.

dimanche 22 avril 2007, par Lionel Labosse

« Prendre du recul sur soi-même sans tomber dans le trou de son nombril », le pari est réussi. On apprécie que ces adolescents ne s’intéressent pas seulement à leur nombril ou à d’autres orifices, mais également à l’écologie, à la danse, à l’art, à la musique, s’agît-il de chants d’oiseaux. Malheureusement, les auteurs commettent une erreur trop lourde pour qu’on prenne le risque de proposer ce livre à nos élèves. [1]

Résumé

Suzan, la narratrice, a des parents qui militent dans le milieu écolo, et comme eux elle adore la diversité du monde, des musiques, des aliments. Elle est confrontée de plus près à la diversité des mœurs quand elle drague Axel, un membre du club informatique de son collège, dont le nom est « Sweet home ». Elle s’étonne d’une « certaine réserve », qu’elle ne sait comment interpréter. Une de ses copines s’offusque : « Quoi ? il t’a pas encore proposé de coucher avec lui ? » Les choses s’éclairent avec l’arrivée de Benoît, nouveau surveillant du collège. Premier signe, lors d’une rave, Axel se laisse draguer par un garçon. Suzan se demande si c’est pour la rendre jalouse. Quelques jours plus tard, elle le voit dans un café en compagnie de Benoît, alors qu’il est censé suivre un cours de danse. Puis elle les surprend s’embrassant au collège. Axel veut lui expliquer, mais au début elle refuse, puis se laisse tenter par le rôle de bonne copine. Il lui explique ses sentiments : « ce que j’éprouve pour Benoît n’a rien à voir avec ce que je ressens pour toi. […] Quand je pense à Benoît, j’ai le vertige, quand je le vois, mon corps est parcouru de frissons » (p. 67). L’amitié de Suzan se révèlera utile au moment de la catastrophe : ses parents découvrent une lettre enflammée à Benoît, et réagissent fort mal, puis ils font un scandale au collège. Le C.P.E. fait tout pour apaiser les choses, avec des paroles de bon sens et de tolérance. Suzan présente à Axel sa cousine lesbienne et sa copine, pour répondre à ses interrogations. Cette rencontre lui permettra de s’assumer et de se défendre de remarques homophobes de ses camarades.

Mon avis

À un détail près, Sweet homme serait un excellent roman pour les 6e / 4e, posant bien la question. La psychologie des personnages est crédible, de l’adolescent qui hésite entre filles et garçons, aux parents qui réagissent violemment : « Je préférerais que mon fils soit mort plutôt que pédé ! » (p. 78), puis se calment, sans oublier la bonne copine qui passe d’une jalousie et d’une colère justifiée à une empathie plus altruiste. Le style est élégant, pétillant parfois : « nous nous enfonçâmes dans les banquettes du self, face à face et face au faste de nos plateaux respectifs » (p. 74). Suzan respecte le pacte qu’elle s’est posé à l’orée de sa narration : « prendre du recul sur soi-même sans tomber dans le trou de son nombril » (p. 11). On apprécie aussi que ces adolescents, justement, ne s’intéressent pas seulement à leur nombril ou à d’autres orifices, mais également à l’écologie, à la danse, à l’art, à la musique, s’agît-il de chants d’oiseaux. Les personnages de Hanna et Barbara, lesbiennes bien dans leur peau, sont une bonne idée pour varier les points de vue sur l’acceptation sociale de l’homosexualité. Bref, tout va bien, mais les auteurs commettent une erreur trop lourde pour qu’on prenne le risque de proposer ce livre à nos élèves. Quand le père d’Axel traite Benoît de « pédophile », le C.P.E. lui répond : « votre fils a quinze ans. Il est donc majeur sexuellement. […] De ce fait monsieur Dufaillet ne peut pas être attaqué en tant que personne ayant pratiqué un abus d’autorité sur mineur » (p. 83). Le problème est que c’est faux, que tout adulte, eût-il 18 ans et un jour, ayant autorité sur un mineur de moins de 18 ans, eût-il 17 ans et 364 jours, et ayant un rapport sexuel avec lui ou elle, tombe sous le coup de cette loi. La majorité sexuelle à 15 ans n’est valable que sans rapport d’autorité. Dommage que personne n’ait signalé ceci aux auteurs, qui auraient pu modifier le scénario en conséquence, remplacer le surveillant par un garçon du même âge ou plus âgé, mais extérieur à l’encadrement du collège. Un collège qui, en passant, ressemble plutôt à un lycée (nos élèves risquent de s’étonner qu’une telle liberté ne règne pas dans leurs murs !)

- Lire notre entrevue de Didier Jean & Zad

- Lire, sur « Culture et Débats » le point de vue de Jean-Yves.

- Voir sur le même thème de l’abus d’autorité, L’amour en chaussettes, de Gudule.

- Les deux auteurs ont créé une « cabane » d’édition, 2 Vives Voix Editions et publié 3 albums. Pour pouvoir monter un vrai réseau de distribution indépendant, ils lancent une souscription pour le 4e album. Le livre, à paraître fin mai 2010, évoque le drame des pendus et déportés de Tulle du 9 juin 44. C’est le premier ouvrage sur ces événements qui s’adresse à des enfants à partir de 10 ans, sans exclure le moins du monde les plus grands ! Une initiative à soutenir !

Lionel Labosse


Voir en ligne : Le site officiel de Didier Jean & Zad


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[1Cette critique fait partie des premières que j’ai publiées. Cinq ans après, les choses ont évolué, et il me semble que le risque est bien moins élevé, il est possible, je l’espère, de parler de l’erreur en question de façon distanciée.