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À ce niveau d’incompétence, cela ne peut être que volontaire !

Chronique du mitan de l’été 2018 : « J’Accuse !… »

Tous payés cher pour casser le service public.

mercredi 1er août 2018, par Lionel Labosse

En janvier 2018 j’ai publié un article documenté sur la question de la Carte week-end et de certains dysfonctionnements de la SNCF, dysfonctionnements qui durent depuis maintenant plus d’un an, alors que n’importe quel informaticien les aurait résolus en une demi-journée de travail. Rien n’a changé depuis janvier. Fin juillet 2018, je me présente à la gare de Bercy la veille d’un trajet, pour acheter à un guichet mon billet qu’il est toujours impossible d’acheter sur une borne ou sur Internet (sauf à payer plein pot !) Je tombe sur des guichets en travaux et un panneau (cf. photo ci-dessous) qui dit ceci : « Le point de vente sera fermé du 18 au 31 juillet. Vous pouvez acheter vos billets : [trois lignes indiquant les moyens qui ne fonctionnent pas] • À Paris gare de Lyon (tous les jours de 6 h à 21 h) ». Qu’à Dieu ne plaise, je dirige mes pas vers ladite gare de Lyon, où j’arrive vers 20 h 05. Les guichets souterrains sont fermés, donc je vais aux guichets supérieurs, et là a commencé un sketch qui a duré jusqu’à 20 h 50, et que je vais me faire le plaisir de vous raconter par le menu. Nous sommes en France, le pays du monde accueillant le plus de touristes, à Paris, la ville du monde, etc., à la gare de Lyon, l’une des plus grandes gares de cette grande ville… Tenez-vous bien ! Il est dommage que cela n’ait pas été filmé sur Youtube, car cela change des informations autorisées dans les médias…

Travaux guichets gare de Paris-Bercy, juillet 2018.

Déjà quand vous arrivez, contrairement à ce qui se passe dans les grandes villes d’Europe normales (expérimenté cette année à Vienne pour me rendre à Bratislava et à Prague pour me rendre à Dresde), il y a un ou deux employés qui sont payés uniquement pour vous « accueillir », c’est-à-dire pour vous dissuader de vous rendre à ces guichets, mais vous inciter à utiliser les bornes qui ne fonctionnent pas (enfin elles fonctionnent sans doute pour le tarif plein et d’autres types de réductions). Les touristes en général aiment bien avoir affaire à des êtres humains pour obtenir toutes sortes de précisions… L’employé que je vois ce soir-là (c’était un vendredi, 20h, une des plus grandes gares de France…), m’explique que ce que je veux est impossible, qu’à ces guichets, on ne vend des billets que pour un départ le jour-même. Je lui explique donc mon histoire compliquée, que je viens de la gare de Bercy, qui est en travaux, que là-bas c’est marqué d’aller gare de Lyon, qu’il n’est absolument pas précisé que l’on n’y vend de billets que pour un départ le jour-même (et d’ailleurs qui pourrait imaginer cela dans un pays riche et civilisé ?), et que je ne peux pas acheter de billets sur les bornes ou sur Internet avec cette carte Week-end que j’ai pourtant achetée 75 € pour un an, et que tenant compte de ce dysfonctionnement qui dure depuis plus d’un an, j’ai fait exprès le déplacement pour acheter mon billet la veille pour ne pas avoir le stress de l’acheter juste avant le départ, ce qui me ferait d’ailleurs lever très tôt pour passer dans cette gare avant de me rendre à celle de Bercy, et qu’ils pourraient quand même faire une exception quand la SNCF est en tort. Je remarque en passant que la file d’attente n’est absolument pas surchargée, il n’y a pas la queue d’une queue à l’extérieur de la salle de vente, contrairement à ce que j’ai souvent vu ici. Le gars me demande si je souhaite qu’il consulte un responsable. Banco pour le responsable ! Je vois arriver un type avec une tête de responsable SNCF, et rien qu’à sa tête et à sa silhouette étriquée dans son beau T-shirt SNCF, je sens que ça va mal se passer. Pourtant depuis que ce problème existe, j’ai eu maintes fois l’occasion de me lamenter auprès de contrôleurs et de guichetiers, et l’immense majorité d’entre eux compatit avec moi et reconnaît que ce n’est pas normal, et en général on tombe d’accord sur ce qui fait le titre de l’article, à savoir qu’ils pensent comme moi que les pontes qui les dirigent sont payés pour couler la boîte. Je lui raconte donc mon histoire pour la deuxième fois, en lui demandant que face à ce dysfonctionnement de la SNCF dont je suis victime, il pourrait faire une exception, car je ne suis ni chômeur ni retraité, j’ai payé cher pour un service que je n’ai pas, et que ce n’est pas normal. Tout en me répondant qu’il est parfaitement au courant de ce dysfonctionnement, il me répète que je n’ai qu’à venir le lendemain matin, que c’est ouvert dès 8 h, etc. Alors là je m’énerve, je hausse le ton, je prends à partie les gens et je profère des insultes (que je ne recopie pas ici !) visant les « dirigeants de la SNCF » qui méprisent les clients. Droit dans ses bottes, le type à tronche de responsable de la SNCF appelle des vigiles pour me virer. Je hurle que je suis un client honnête qui veut simplement acheter son billet et que le nouveau slogan de la SNCF est donc dorénavant « SNCF, c’est pas possible » (phrase que je venais d’entendre prononcer par l’employé d’accueil qui m’avait reçu, à l’attention d’un autre client, et que je l’entendrai encore répéter, lui et ses successeurs à ce poste, jusqu’à la fin de mon sketch) et « Le client a toujours tort ».
Arrivent les vigiles, deux beaux gars. Je répète mon histoire pour la 3e fois. Très pro, ils répètent une dizaine de fois que « je vais sortir maintenant », mais manque de bol, le môssieu n’a pas envie de sortir, alors je fais comme eux, je répète, le plus fort possible mon histoire, pour que les autres clients, pardon, « usagés », en profitent. Ils disent que crier ne va pas arranger mes affaires. Je leur fais remarquer à maintes reprises qu’il n’y a pas la queue et que vu que c’est la SNCF qui est en tort et que je ne suis pas un fraudeur, juste un client qui veut acheter un produit en bénéficiant d’une réduction pour laquelle il a payé, etc., etc. Comme ils constatent que cette tête de con de client ne veut pas sortir, ils appellent d’autres vigiles cette fois-ci « assermentés ». Il en arrive deux salves, de sorte que je réitère mon histoire une 4e puis une 5e fois. À ce moment, une dame de mon âge qui avait profité de mon sketch, me dit devant un de ces vigiles qu’elle subit la même chose et qu’elle est tout à fait d’accord avec moi. Ces vigiles sont très sympathiques (comme leurs prédécesseurs), ils comprennent la situation, y compris le chef avec qui j’échange surtout, et en un nouveau quart d’heure, j’arrive à tous les retourner en ma faveur. Je leur explique que s’ils ont un rôle de diplomate, ce n’est pas que pour une des deux parties, et qu’ils pourraient aussi aller négocier avec le type à tête de responsable SNCF pour voir s’il ne pourrait pas accepter de servir un client qui a des raisons légitimes d’être mécontent de leur employeur. Je l’avais à peine dit qu’un des gars l’avait déjà fait, et revient me dire que c’est en cours, qu’ils voient. Sans doute appellent-ils Monsieur Guillaume Pepy en personne ou un autre de ces incapables si cher payés qui l’entourent, pour voir si un employé de la SNCF peut décider de son propre chef de servir un client à cette heure si tardive de 20 h 30. Pendant ce temps, on tape la discute avec le chef des vigiles assermentés, qui dit qu’il trouve que j’ai raison, et on refait le monde, sur le dos des énarques et des polytechniciens, dont je m’étonnerai toujours qu’avec leurs connaissances et leurs capacités phénoménales, ainsi que leurs salaires du même type, ils fassent exprès de saboter ce qui devrait marcher si bien et si facilement. Il me demande ce que je fais comme métier, il a l’air très compatissant et compréhensif ; et d’en avoir marre de bosser pour des nuls. Le collègue revient me dire que non, finalement, ils ferment, et ils refusent d’accéder à ma demande. Il est 9 h moins dix, ils reste encore des dizaines de trains de grande ligne à partir, et l’une des plus grandes gare de France ferme son ultime guichet de vente de billets… Touristes et Français, allez vous faire foutre !
Je suis quand même content de mon coup, car l’ensemble des vigiles de la gare est désormais clairement au courant de ce problème, et tous les pauvres employés qui sont soumis à l’autorité du type étriqué à la tête de responsable SNCF, ont vu de leurs yeux vu et entendu de leurs oreilles, des vigiles assermentés que celui-ci avait appelés pour virer à coup de pompe dans le cul un connard de client qui voulait acheter un billet, prendre fait et cause pour le connard de client et venir leur demander d’accéder à sa demande légitime. Sans doute le lendemain les vigiles se sont-ils fait taper sur les doigts, lors de la réunion de service, et non les incapables qui ont introduit cette escroquerie dans le nouveau logiciel d’achat de billets et qui sont incapables d’y remédier. Quant à Monsieur Guillaume Pepy, le chef de cette bande d’incapables, on parie qu’il sera félicité et qu’il sera nommé dans quelques années à la tête d’une autre entreprise publique à casser ? Tout cela pourrait n’être qu’une démonstration du fameux Principe de Peter, mais en fait ce n’est pas vraiment incompétents ou incapables qu’ils sont, ces gens-là, c’est juste qu’ils sont payés pour casser le service public au profit d’intérêts privés.
Donc façon Zola, du pauvre, « J’Accuse !… » ces incompétents payés à prix d’or pour nous pourrir la vie, et je trouve qu’on a tort de respecter les incapables qui nous gouvernent et nous maltraitent. Bien sûr je n’ai pas les moyens de Zola en 1898, et je ne pourrais pas m’exiler un an en Angleterre, mais cela m’amuserait que Guillaume Pepy, incapable de régler un problème dont il est parfaitement au courant, me fasse un procès en diffamation parce que je le traite d’incapable, ce qu’il est objectivement. Comme disent les mafieux qui nous dirigent quand ils sont pris la main dans le sac, « J’ai confiance dans la justice de mon pays ! » Le jour où j’écris cela, nous sommes au plus fort de la canicule de l’été 2018, la température n’est pas descendue cette nuit à Paris en-dessous de 24°, et dans les bus pourtant récents, la température est insupportable. Il n’y a pas de clim. Les politicards et les dirigeants de la RATP ont décidé d’un commun accord entre énarques et polytechniciens, eux qui circulent en voiture climatisée avec chauffeur, que la populace, les cons de contribuables, pouvaient endurer cela, arriver moites au travail, etc. Et ces nullités font le tour des maisons de retraite et des plateaux télés dans leurs voitures climatisées pour se féliciter que grâce à leur plan canicule depuis 2003, les petits vieux dans les EHPAD peuvent se regrouper autour d’un climatiseur à 200 €… Salauds de riches ! J’ai pris un bus de nuit de la RATP à gare de l’Est à 3h du matin. Le chauffeur a ouvert les portes arrières (alors que c’était le départ, donc personne à descendre) pour laisser entrer une horde de sauvages qui se précipitèrent sans valider aucun billet pour prendre les places assises tandis que les connards de payants perdaient leur temps à entrer par l’avant pour valider. Là, il n’y avait pas les 6 vigiles auxquels le connard que je suis a eu droit en gare de Lyon parce qu’il voulait acheter un billet !

Pour la petite histoire, j’ai fini par prendre le train sans billet, car depuis quelques années existe une disposition que j’avais déjà utilisée à deux reprises, stipulant que s’il n’est pas possible d’acheter son billet en gare, on peut l’acheter à un contrôleur en le prévenant lors de son premier passage dans le train. Cerise sur le gâteau, le contrôleur ne peut vendre qu’un aller, alors que le tarif carte Week-end ne vaut que pour un aller-retour. Ce jour-là, aucun contrôleur n’est passé, de sorte que j’ai voyagé en fraudeur, moi qui avais fait tout un pataquès pour payer. C’est bien la preuve que la SNCF favorise la fraude. Pour le retour, je me suis adressé à l’un des trois guichetiers qui se tournaient les pouces dans cette petite gare, et il a tout de suite compris la situation et m’a spontanément proposé de me faire le tarif réduit juste pour le retour, en écrivant une justification de sa blanche main au dos du billet ! Confirmation de ce que j’écrivais ci-dessus, la plupart des employés sont très compréhensifs, le type de la gare de Lyon était une exception.

Pour donner un 2e exemple de cet été 2018 au moment où je rédige cet article, la Poste annonce une nouvelle augmentation délirante du prix du timbre, de 10 %, avec cette justification hallucinante que même Le Figaro ne commente pas : « Ces hausses successives sont justifiées par la nécessité de compenser le déclin structurel des volumes de courriers ». Imaginez un boulanger qui augmenterait le prix de la baguette de pain parce qu’il en vendrait moins ? Un restaurateur qui augmenterait le prix de son menu parce qu’il ne remplirait pas ? Eh bien les incompétents de La Poste nous font subir cela, et tout le monde trouve ça normal. Quand on perd des clients dans une entreprise, messieurs dames, augmenter le tarif est un engrenage destiné à couler la boîte inéluctablement. Des gens compétents devraient trouver d’autres produits pour séduire d’autres clients et compenser la baisse d’un type de produit.

Nous sortons d’une longue grève de cheminots, et les médias nous ont bassinés avec les sempiternels micro-trottoirs sur les usagers mécontents ou solidaires, mais jamais la moindre enquête de fond sur ce genre de cas concret dont je vous cause dans le désert. Ils n’ont pas Internet, les journalistes des grands médias ? Je rêve d’un journaliste qui demanderait à un de ces politicards s’il a la clim dans sa bagnole de fonction, et qui ensuite lui demanderait s’il trouve normal que ses électeurs, femmes enceintes et vieillards compris, n’aient pas la clim dans les bus. Bref, un(e) journaliste qui aurait les couilles (ou le clitoris) de faire son boulot de journaliste. Ce n’est pas le statut des cheminots le problème, c’est que la SNCF est en train de détruire une belle entreprise. Comme je le dis dans mes précédents articles, la SNCF ne vend plus des transports, mais ses machines sont formatées pour rechercher non plus « les trains disponibles », mais « les prix disponibles », et cela à des tarifs dissuasifs. Comment encourager les transports publics s’il faut, surtout si l’on est touriste, acheter son billet 4 mois à l’avance pour bénéficier d’un tarif qui ne soit pas prohibitif ?
Vous allez me dire que la SNCF est désormais soumise à la concurrence des bus et du covoiturage. La belle affaire ! Déjà, Ouibus, l’une des principales compagnies de bus, appartient à la SNCF, qui donc a intérêt à fournir des clients à son concurrent interne. D’autre part, sur les distances moyennes par rapport à Paris, il n’y a pas de bus de ligne pour l’instant, car il faudrait créer un vrai réseau avec de vraies gares de bus comme il en existe par exemple en Corée du Sud ou en Israël. Les bus SNCF partent depuis les gares, ce qui est un avantage que leurs concurrents devraient contester, et les autres bus sont garés n’importe comment dans les rues, ce qui pose des problèmes de sécurité, et s’il pleut, on charge sous la pluie, etc. Est-il admissible qu’on ait ouvert la concurrence aux bus de lignes depuis plusieurs années, sans planifier la construction de gares routières ? Veut-on vraiment en finir avec le tout bagnoles ? Pour de moyennes liaisons, Paris-Sens, Paris-Orléans, Paris-Chartres, ce serait le seul moyen de développer le car, et donc de faire renoncer un nombre significatif de personnes à l’usage de la voiture individuelle. Il faut des liaisons dédiées, et non des escales sur une ligne de 500 km, car le bus se viderait des trois quarts de son public à la 1re escale ! Quant au covoiturage, je n’ai pas encore essayé, et puis en ce qui me concerne, un voyage en train (ou en car) est un moment où je lis ou je travaille, ce n’est pas seulement regarder le paysage (je veux dire surtout sur un trajet que je connais par cœur). De toute façon je suis persuadé que comme dans le métro, les têtes pensantes de ces sociétés vont bientôt nous pourrir l’esprit dans les trains avec des messages sonores multilingues incessants qui nous empêcheront de lire. Il faut entendre en ces jours de canicule l’insupportable cacophonie que ces connards nous font subir dans le métro francilien, avec des messages sur la canicule qui s’ajoutent à ceux sur les pickpockets ou sur la sécurité. C’est infernal. Bref, l’incompétence, ou plutôt le mépris du public sont des qualités bien partagées à la tête des services publics et des collectivités, mais tout cela est organisé à la tête de l’État, bien d’accord entre les partis dits de gouvernement.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Association d’usagers des transports


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