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Comment les décideurs de la RATP…

Signalisation des horaires de bus, un cas clinique

… sélectionnent systématiquement les pires solutions

samedi 21 mars 2015, par Lionel Labosse

J’avais déjà remarqué l’efficacité des panonceaux lumineux du réseau public de bus londonien, diamétralement opposée à la nullité crasse du système choisi par les décideurs de la RATP (et les politiques du Conseil Régional). Mais quand je suis allé en week-end à Hambourg, ce fut le coup de grâce : le même type de système, alliant toutes les qualités, alors qu’en Île-de-France, on n’a que les défauts. Idem à Berlin, à Hambourg, à Amsterdam, bref partout sauf à Paris ! Cela confirme bien ce dont je me doute depuis un bout de temps : soit pour cause de prévarication (la fameuse façon mafieuse à la française de s’asseoir sur les appels d’offre), soit par application du Principe de Peter, les décideurs français prennent souvent les moins bonnes décisions. Ce genre de constatation avait déjà été fait par votre serviteur à propos de la Gare du Nord ou à propos des Vélibs. Cet article ne concerne que le petit bout de la lorgnette, un cas clinique portant sur un fait que chaque citoyen peut vérifier. Je suis bien trop incompétent pour prétendre appliquer ce principe à des raisonnements plus ambitieux. Je voulais en faire une brève, mais le système SPIP ne permet pas de publier des photos dans les brèves ; c’est donc un article à part entière, même s’il y a peu de matière. Libre à vous d’y trouver un cas clinique d’aliénation de l’homo parisianus erectus modernus…

SIEL RATP
Voici dont l’objet du délit : les panonceaux installés depuis une dizaine d’années par la RATP pour signaler, dans les arrêts, les délais d’arrivée des prochains bus, qui font partie du vaste Système d’information en ligne (SIEL). J’ai pris la photo ci-dessus dans mon quartier, rue de l’Évangile. Il s’agit d’un arrêt commun entre deux lignes, ici le 35 et le 60. Le panonceau n’ayant que deux lignes, affiche les délais de passage des deux prochains bus d’une ligne de bus pendant quelques secondes, puis passe à la ligne de bus suivante, etc. Comme il n’y a qu’un modèle, vous pouvez imaginer ce que cela donne lorsque le même minuscule panonceau annonce sept ou huit lignes de bus différentes, ce qui est souvent le cas. En gros, pour résumer :
- Avantages : annonce parfois un bus, c’est vrai.
- Inconvénients :
1. Il faut attendre longtemps pour voir l’horaire de la ligne qu’on souhaite. Il arrive même souvent qu’on ait le choix entre plusieurs lignes proches, que l’un des bus (celui qui nous arrange le moins) soit en station, et qu’on n’ait pas le temps de voir le délai de la ligne qui nous arrange un peu plus, et qu’on soit obligé de monter dans le premier. Le bus part, et enfin le panonceau affiche que l’autre arrive dans 2 minutes. Si l’on avait choisi de rester, sûr qu’il serait arrivé dans 20 minutes.
2. Le panonceau est placé sous l’abri de bus, juste au-dessus du seul siège riquiqui. Siège où peuvent s’asseoir théoriquement trois personnes mais où en général soit un clodo est assis en plein milieu avec ses possessions posées à côté de lui, soit une femme debout y pose son précieux sac à main, soit un djeune se pose en plein milieu avec un air de défi, soit le banc est humide car la pluie passe sur le côté… Les rares fois où des gens sont normalement assis sur le banc, vous êtes obligé de vous planter juste devant eux une longue minute pour déchiffrer ces horaires invisibles. Promiscuité… Et si le djeune assis sous le panonceau est tant soit peu mignon, le regard en coin que vous lui jetez vous empêche de voir l’info que vous attendiez, et c’est reparti pour un tour…
3. Le panonceau fonctionne avec un affichage à cristaux liquides gris foncé sur fond gris clair. Totalement invisible à plus d’un mètre cinquante. Il faut donc être arrivé sous le bus pour apprendre que le prochain bus étant dans 15 minutes, on doit retraverser l’énorme carrefour pour entrer dans l’unique bouche du métro (on habite dans un quartier pauvre populaire où la RATP n’a financé qu’une seule bouche de métro, exemple à Marx Dormoy). Après le coucher du soleil, l’affichage est quasiment impossible à déchiffrer (un 3 ressemble à un 8, etc.).
4. Le panonceau est très souvent en panne, et affiche « info indisponible ».
5. Les mêmes arrêts étant utilisés pour les bus de jour ou de nuit, la longue attente déjà signalée ci-dessus se double du temps qu’il faut pour signaler à 4h du matin que les 7 lignes de jour passant à l’arrêt n’ont pas commencé leur service, ce dont on se doute, ou en plein midi que les lignes de nuit n’ont pas commencé leur service non plus. Les communicants de la RATP n’ont sans doute pas encore appris la bonne nouvelle que « trop d’information tue l’information » ; ce sont les mêmes qui nous chient dans les oreilles à longueur de journées les fameuses phrases « ne tentez pas les pickpockets » traduites en 4 langues, avec une sonorisation digne d’un goulag.
Je ne suis pas utilisateur des « applis » pour smartphones, mais cela semble du même acabit si l’on en croit ce billet
SIEL Londres
Voici ce que ce même type de problème pratique a été résolu par les ingénieurs de Londres (ci-dessus) et de Hambourg (ci-dessous).
SIEL Hambourg
- Inconvénients : néant.
- Avantages :
1. Étant installé solidement soit à l’extérieur de l’abri de bus, soit à l’intérieur, mais perpendiculairement à l’axe de la rue, évite les inconvénients 2 et 3 ci-dessus. On n’a pas à déranger ses voisins, et on peut lire l’information depuis l’autre côté de la rue, ou du moins sans avoir à se faufiler en bousculant tout le monde jusque sous l’abri.
2. L’utilisation de diodes lumineuses, de plus grande dimension de surcroit, permet de lire l’information même de nuit, même quand on est presbyte, des cas tellement rares que les décideurs de la RATP ne les ont pas même envisagés.
3. Comme vous pouvez le constater sur la photo, les décideurs de Londres et de Hambourg ont choisi des systèmes à 4 lignes utiles. Sur le système RATP, les 2 lignes riquiqui ne signalent que les prochains bus de la même ligne de bus, alors que sur les systèmes intelligents, vous avez en même temps les horaires de toutes les lignes qui passent à cet arrêt. Sur le système londonien, comme il y a, comme à Paris, des arrêts où passent un grand nombre de lignes, on a optimisé le système, comme vous pouvez le voir sur la photo : le premier bus qui arrive est toujours affiché sur la première ligne, et les 3 lignes suivantes tournent et indiquent alternativement les 3 bus suivants, puis les bus arrivant entre la 5e et la 7e position, puis la 8e et la 10e position, puis retour aux 4 premiers à arriver. Voilà une information qui ne tue pas, mais qui vivifie l’information. Voilà un pays qui a des ingénieurs et des décideurs doués de cerveaux…

Le même Principe de Peter prévaut aussi sur les quais de métro. On a installé des panonceaux pour annoncer l’arrivée des deux prochains métros. Mais où donc les a-t-on installés ? Eh bien en plein milieu du quai de ce métro qui arrive, ce qui nous fait une belle jambe ! C’est à l’entrée de la station, avant qu’on ne descende les escaliers, ainsi que dans les halls de correspondance, qu’il faudrait afficher cette information, ainsi que sur le quai de l’autre ligne passant à la même station, qui se trouve parfois à dix minutes de marche, à travers d’interminables couloirs bourrés jusqu’à la gueule de panneaux publicitaires clignotants. Ceux à qui il est arrivé, à l’heure du dernier métro, de faire am-stram-gram pour choisir par exemple entre la ligne 8 et la ligne 9 du métro parisien, qui ont une portion commune entre République et Opéra, de courir au hasard vers l’une, de voir le métro partir, de retourner en courant sur l’autre ligne, et de voir derechef l’autre métro partir, ceux-là me comprendront… Mais on est en France, que voulez-vous ; un pays où les politiciens et les journalistes, au lieu de se demander ce qui ne va pas et qu’on devrait améliorer, préfèrent nous faire la morale lorsqu’ils constatent que les électeurs s’abstiennent ou votent pour un parti qu’ils jugent caca. Or quel est le sens de voter pour le parlement de l’Union Européenne quand on constate au quotidien que les meilleures solutions adoptées chez nos voisins sont ignorées chez nous ? Pour sortir de ce cas trivial de vie quotidienne parisianiste, il suffit de transposer cette question de panneaux de signalisation, à des questions plus graves comme le cannabis ou la prostitution. Pour nos politiciens, deux questions sacrées auxquelles il n’est même pas licite de réfléchir. Pour les politiciens allemands, espagnols, hollandais, etc., deux questions pragmatiques plus ou moins légalisées, et permettant accessoirement de faire rentrer plutôt dans les caisses de l’État de l’argent qui, en France, ne rentre que dans les caisses de la mafia, qui n’a bien sûr aucun lien avec les politiciens… Cherchez l’erreur…

Cet article a été écrit avant la campagne actuelle (et coûteuse) de remplacement des abribus par de nouveaux abribus, en 2015. Les travaux sont toujours en cours au moment où j’écris ces lignes (mars à juillet 2015), et l’on ne peut pas encore juger du résultat final, mais ce que l’on constate dès à présent, c’est : 1° Les publicités, deux fois plus nombreuses et polluantes qu’avant, ont été installées dès le début des travaux, quasiment amenées avec les nouveaux matériels, plusieurs mois avant la mise en service. 2° Les abris ne sont pas fermés, et sont des repaires de courants d’air. 3° Les horaires affichés en hauteur semblent devoir être limités à un seul horaire par bus, avec petit affichage numérique illisible (pas à plus de dix mètres), et non par diodes rouges visibles de nuit et de loin, comme dans les pays civilisés. 4° Toujours aussi peu de places assises, avec des formes effilées qui font joli sur les photos des peignes-culs qui les dessinent mais ne les utilisent jamais. Mais attendons la mise en place des informations utiles au public, sans doute trois ou quatre mois après l’installation de la merde publicitaire, pour juger définitivement si cette dépense somptuaire était justifiée (si l’on avait fait un sondage, quel pourcentage d’utilisateurs aurait demandé prioritairement cette dépense, alors que les abris existants étaient – panonceaux à part – tout à fait satisfaisants ?)
En juillet 2015, quelques-uns de ces nouveaux abris sont enfin en fonction. Il se vérifie bien que les informations sont totalement invisibles à plus de 10 mètres (chiffres tout petits, en affichage blanc et non rouge au-dessus de l’abri (ce qui constitue quand même un minuscule progrès par rapport à la nullité qui précédait) plus affichage caché sous l’abri, en diodes grises, totalement invisible de l’autre côté de la rue ou même dans l’abri lui-même le soir ou de nuit. Sur le côté est de la Gare du Nord, côté rue du Fbg Saint-Denis, deux arrêts au lieu d’un précédemment, et donc deux fois plus de panneaux de pub (c’est le seul but de ces travaux), et suppression du banc qu’il y avait dans l’abris unique précédemment. Sans doute sous le prétexte qu’il n’y a pas assez de largeur sur le trottoir, mais alors comment se fait-il que l’abri précédent en avait ? Réponse : les affiches de pub sont à l’arrière de ces deux arrêts, et des gens assis empêcheraient de voir la pub. On nous prend vraiment pour de la merde. Gare de Lyon, arrêts du 87 et du 24. Les deux abris (au lieu d’un) sont orientés plein sud, en plein cagnard (40° en ce début juillet), avec des parois en verre transparent. Là, manque de bol, c’est assez large, et le crétin qui a conçu ça n’a pas pensé à l’exposition au soleil. Son unique cahier des charges est qu’on voie bien la pub. Le confort de l’usager, on s’en branle. La pub est disposée sur le côté de l’abri des terminus, de façon qu’elle empêche aux personnes qui attendent les bus qui poursuivent, de voir si lesdits bus arrivent. Malin, non ? Par tropisme, on est happé par cette affiche en lieu et place de ce qu’on voudrait voir. Un article de Xavier de Jarcy dans Télérama du 25 mars 2015 fait l’éloge de ce ratage, sans doute de la part d’un journaliste qui a oublié ce que reportage veut dire (prendre son micro et aller interviewer des usagers, tout bêtement). On peut lire ce dithyrambe sur le site du cabinet de design urbain Aurel à qui on doit ce mobilier minable. Extrait de cet article : « Cet objet condense les préoccupations de l’époque. L’écologie : l’auvent peut être végétalisé. Les eaux de pluie, récupérables, servent au nettoyage, et l’éclairage à LED s’ajuste à la luminosité ambiante. L’information : elle est dispensée par plusieurs panneaux et écrans. La commodité : le voyageur peut accéder à l’aubette par l’arrière, ce qui était jusque-là impossible. » Rassurez-vous : étant donné que ces gadgets se font au profit de la société Decaux, qui tient menottés 95% des médias français, vous ne trouverez aucune critique de ces gadgets sur aucun média. Une seule critique, et c’est l’assurance de voir diviser par deux le budget pub du média qui oserait critiquer. Un peu comme tirer la barbe de Mahomet en pays musulman ! Vous avez dit mafia ?
En juillet 2015, c’est la canicule. Occasion de vérifier que les nouveaux bus mis en place depuis un an sur la ligne 60 (et sans doute après sur d’autres lignes), en plus d’être nullissimes et moins bien que ce qui précédait (un seul siège large au lieu de deux sièges ; sièges durs comme du bois, 4 sièges en vis-à-vis sur trois niveaux différents pour faire joli, mais résultat assuré, on se casse la figure et personne n’ose plus utiliser le siège le plus haut de peur de se retrouver catapulté sur l’usager du siège le plus bas), n’ont pas de climatisation comme le modèle précédent, et des amortisseurs inexistants qui transforment un voyage en bus en parcours du combattant, impossible pour une personne fragile physiquement. En 2015 en Europe, Paris doit être la dernière grande ville à avoir des transports en commun neufs non-climatisés (certaines rames de train de banlieue ou de RER le sont, pourtant !). Motif : ça coûte trop cher, et les conducteurs ont pour consigne de ne pas la mettre ! Évidemment : on préfère faire monter gratos des milliers de fraudeurs qui rendent les bus bondés et irrespirables, plutôt que de les faire payer et de financer la clim… Vous avez dit politiciens incapables ? Le 9 juillet 2015, nouveau gadget du gouvernement : « Lancement d’un plan de lutte contre le harcèlement dans les transports ». Voir cet article->http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/07/09/le-gouvernement-annonce-un-plan-de-lutte-contre-le-harcelement-dans-les-transports_4676363_3224.html]. Les médias participent sans le moindre esprit critique à cette opération de com (et de diminution des libertés publiques). Que les femmes soient harcelées, comme les hommes, parce qu’on laisse entrer par milliers les fraudeurs dans les transports, parce qu’il n’y a pas de climatisation, parce que dans les quartiers pauvres, il n’y a plus de quoi s’asseoir dans les stations de métro, cela n’est pas un sujet de préoccupation pour ces politicards de la com et pour ces journaleux. Depuis que j’habite en région parisienne, je ne me souviens pas avoir croisé dans un transport en commun un seul politicien, même local, ni un seul journaliste connu… Un détail de ce projet tel que je l’ai entendu à France Inter : proposition (on songe à l’énarque qui a pondu cette brillante idée, en ce concentrant pour songer à la dernière fois qu’il a utilisé un transport en commun) de permettre aux femmes de demander à un chauffeur de bus un arrêt devant leur porte. Le décret d’application prévoira-t-il que si ladite femme est vêtue d’un survêtement « équipe de France de Judo », cette disposition ne soit pas valable ? Et quid des homosexuels, noirs, juifs, arabes, et autres minorités visibles ? Va-t-on les discriminer en leur refusant le bénéfice de cette possibilité ? Seuls les hommes blancs hétérosexuels chrétiens seront donc forcés de descendre aux arrêts réglementaires, car il est bien évident que dans les transports en commun, seuls les hommes blancs hétérosexuels chrétiens sont tous des fraudeurs-harceleurs-voleurs… Mais comment ces crétins peuvent ils sincèrement croire qu’en nous amusant avec ces leurres on va continuer à voter pour eux ?

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Lionel Labosse


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