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Pensez-vous que la maison individuelle doive être condamnée à disparaître ?

Sujet de CGE en BTS « Dans ma maison ».

Un sujet de Culture Générale & Expression pour s’entraîner.

samedi 7 mai 2022, par Lionel Labosse

Voici un sujet d’examen blanc sur le thème 2021-2022 « Dans ma maison », que j’ai concocté pour mes étudiants de BTS 2e année.
À vos stylos : vous avez quatre heures pour la synthèse et l’écriture personnelle, et sans aucune aide. « Nous sommes en guerre » !
Je résisterai vaillamment aux demandes insistantes des celles & ceusses qui souhaiteraient m’extorquer avec plus ou moins de politesse le corrigé ; il ne sera en ligne que dans un an, quand j’aurai à nouveau fait bûcher mes étudiants de 2023 sur le même sujet… (vu la quantité de travail que demande un sujet original et son corrigé exhaustif, mes estimables collègues comprendront qu’on se le garde sous le coude pour l’année suivante !)

Examen blanc de Culture générale et expression sur le thème « Dans ma maison ».

PREMIÈRE PARTIE : SYNTHÈSE (/ 40 points)

Vous rédigerez une synthèse objective, concise et ordonnée des documents suivants :

Le corpus

Document n°1 : Thomas More, L’Utopie (1516). Extrait : « La ville d’Amaurote ».

Document n°2 : Chez soi. Une Odyssée de l’espace domestique (2015), Mona Chollet. Extrait du chapitre 7 : « Des palais plein la tête. Imaginer la maison idéale ».

Document n°3 : « Bientôt, tous les moutons seront dans leur enclos ! », Antonin Campana, Terre Autochtone, « Le blog des aborigènes d’Europe », 13 Mars 2022.

Document n°4 : « Familistère de Guise, Pavillon central du Palais social. Fête du travail le 1er mai », photographie d’époque, anonyme.

DEUXIÈME PARTIE : ÉCRITURE PERSONNELLE (/ 20 points)

Sujet
« Pensez-vous que la maison individuelle doive être condamnée à disparaître ? »

Vous répondrez à cette question d’une façon argumentée en vous appuyant sur les documents du corpus, les œuvres étudiées pendant l’année et vos lectures et connaissances personnelles.

 Document n°1 L’Utopie (1516), Thomas More, traduit du latin par Victor Stouvenel. Extrait : « La ville d’Amaurote ».
L’Utopie, écrit en latin et publié en 1516, est un ouvrage de l’humaniste anglais Thomas More (1478-1535). Ce livre, fondateur du genre littéraire et de la pensée utopique, est à l’origine du mot « utopie », désormais entré dans le langage courant en référence à l’île d’Utopie inventée par Thomas More. Il s’agit d’une société idéale conçue en opposition à la société anglaise contemporaine, dont le livre constitue une critique radicale. L’architecture et l’urbanisme sont au service d’un projet social idéal – on dirait « utopique » maintenant.

Les rues et les places sont convenablement disposées, soit pour le transport, soit pour abriter contre le vent. Les édifices sont bâtis confortablement ; ils brillent d’élégance et de propreté, et forment deux rangs continus, suivant toute la longueur des rues, dont la largeur est de vingt pieds.
Derrière et entre les maisons se trouvent de vastes jardins. Chaque maison a une porte sur la rue et une porte sur le jardin. Ces deux portes s’ouvrent aisément d’un léger coup de main, et laissent entrer le premier venu.
Les Utopiens appliquent en ceci le principe de la possession commune. Pour anéantir jusqu’à l’idée de la propriété individuelle et absolue, ils changent de maison tous les dix ans, et tirent au sort celle qui doit leur tomber en partage.
Les habitants des villes soignent leurs jardins avec passion ; ils y cultivent la vigne, les fruits, les fleurs et toutes sortes de plantes. Ils mettent à cette culture tant de science et de goût, que je n’ai jamais vu ailleurs plus de fertilité et d’abondance réunies à un coup d’œil plus gracieux. Le plaisir n’est pas le seul mobile qui les excite au jardinage ; il y a émulation entre les différents quartiers de la ville, qui luttent à l’envi à qui aura le jardin le mieux cultivé. Vraiment, l’on ne peut rien concevoir de plus agréable ni de plus utile aux citoyens que cette occupation. Le fondateur de l’empire l’avait bien compris, car il appliqua tous ses efforts à tourner les esprits vers cette direction.
Les Utopiens attribuent à Utopus le plan général de leurs cités. Ce grand législateur n’eut pas le temps d’achever les constructions et les embellissements qu’il avait projetés ; il fallait pour cela plusieurs générations. Aussi légua-t-il à la postérité le soin de continuer et de perfectionner son œuvre.
On lit dans les annales utopiennes, conservées religieusement depuis la conquête de l’île, et qui embrassent l’histoire de dix-sept cent soixante années, on y lit qu’au commencement, les maisons, fort basses, n’étaient que des cabanes, des chaumières en bois, avec des murailles de boue et des toits de paille terminés en pointe. Les maisons aujourd’hui sont d’élégants édifices à trois étages, avec des murs extérieurs en pierre ou en brique, et des murs intérieurs en plâtras. Les toits sont plats, recouverts d’une matière broyée et incombustible, qui ne coûte rien et préserve mieux que le plomb des injures du temps. Des fenêtres vitrées (on fait dans l’île un grand usage du verre) abritent contre le vent. Quelquefois on remplace le verre par un tissu d’une ténuité [1] extrême, enduit d’ambre ou d’huile transparente, ce qui offre aussi l’avantage de laisser passer la lumière et d’arrêter le vent.

 Document n°2. Chez soi. Une Odyssée de l’espace domestique (2015), Mona Chollet (née en 1973).
Mona Chollet est journaliste au mensuel Le Monde diplomatique. Extrait du chapitre 7 : « Des palais plein la tête. Imaginer la maison idéale ».

[…] Fidélité manifeste à la tradition japonaise, toutefois : Fujimori fait aussi des pavillons de thé – à sa manière, certes. Le plus beau est sans discussion possible le Chashitsu Tetsu, dans le parc d’un musée de la ville de Hokuto : une cabane qui semble coiffée d’un chapeau pointu, avec un toit en feuilles de cuivre roulées à la main, une petite cheminée et des murs en terre, juchée au sommet d’un haut pilier fait d’un gros tronc de cyprès encore pourvu de son écorce. Elle est particulièrement féerique quand les cerisiers qui l’entourent fleurissent ; de nuit, surtout, lorsque ses fenêtres éclairées brillent au milieu de toute cette neige rose plongée dans l’ombre, l’effet est saisissant. On retrouve là le charme des petits espaces, puisque l’exiguïté fait partie des règles établies par le maître Sen no Rikyu (1522-1591) pour les pavillons de thé. Une construction de petite taille conçue pour abriter une expérience intense, avec un foyer où faire du feu : la cabane à thé représente aux yeux de Fujimori une « cristallisation de l’architecture humaine ». Il a également tenu compte des préconisations de Sen no Rikyu pour l’entrée, appelée nijiriguchi, qui oblige à se baisser et à se contorsionner pour pénétrer à l’intérieur. Ce dispositif incite à l’humilité et symbolise l’effacement des hiérarchies sociales dans la cérémonie du thé, mais donne aussi l’impression que l’on change d’univers. […]
Dans ses maisons aussi, comme on l’a vu, il intègre une chambre de thé qui reproduit la philosophie des pavillons – un « univers indépendant à l’écart de la vie quotidienne » –, mais qui m’évoque aussi la « chambre à soi » de Virginia Woolf ou l’« endroit secret » préconisé par Christopher Alexander. Le commanditaire de la Nira House avait expressément demandé une « pièce secrète ». Celui de la Yakisugi House voulait une petite pièce où il pourrait se retirer au calme ; l’architecte lui a aménagé une étude perchée en hauteur, avec un rebord de fenêtre-bureau où il peut lire et écrire face aux branches des érables du jardin.
Le jeu est partout dans ces constructions. La Coal House intègre des portes « aux dimensions d’un hobbit » ; des échelles plutôt raides constituent la seule voie d’accès aux chambres d’enfant. Pour gagner la chambre de thé, située à l’étage, dans une avancée du bâtiment, on peut passer soit par l’extérieur de la maison, en empruntant une échelle et une trappe percée dans le sol de la pièce, soit par une porte secrète depuis la chambre à coucher principale. L’échelle amène le visiteur « à se sentir et à penser différemment dans l’espace » ; Fujimori voulait que ceux qui y grimpent aient « un petit peu peur ». Son architecture combine des dispositifs stimulants, excitants, qui procurent des sensations fortes et incitent à la hardiesse, et d’autres qui invitent à se pelotonner, à se blottir confortablement. Ainsi, il aime les fenêtres à croisée, qu’il juge rassurantes car elles interposent un « modeste obstacle » entre l’habitant et le paysage. L’alternance de grandes fenêtres et d’autres toutes petites sur les façades de certaines de ses maisons témoigne d’un sens de l’intimité absent des constructions modernistes. Elle se situe à l’opposé des baies vitrées rectilignes très prisées par l’architecture contemporaine, qui transforment le paysage en trophée et placent l’habitant en vitrine. Dotée de parois entièrement transparentes, la S House bâtie en 2014 dans une banlieue de Tokyo par Yuusuke Karasawa pousse cette tendance à l’extrême : seule la salle de bains y échappe aux regards du voisinage. Comment un monde bâti sur le regard pourrait-il ne pas devenir un monde de la surveillance et de l’exposition panoptique ? [2]

 Document n°3. Antonin Campana, « Bientôt, tous les moutons seront dans leur enclos ! » 13 mars 2022, Terre Autochtone, « Le blog des aborigènes d’Europe ».
Il s’agit d’un billet de blog d’un auteur simple citoyen.

Souvenez-vous, le 14 octobre 2021, dans une conférence intitulée « Habiter la ville de demain », la ministre du Logement Emmanuelle Wargon a expliqué que « le pavillon avec jardin est un non-sens écologique, économique et social », que c’est « un modèle derrière nous », un modèle qui pour l’environnement « n’est pas soutenable et nous mène à une impasse », avant de conclure, très soviétique : « il faut en finir avec la maison individuelle » [3].
Emmanuelle Wargon préfère la ville « plus intense qui ne transige pas avec la qualité et qui tient sa promesse en matière de services », dit-elle. Elle préfère (pour les sans-dents, il va sans dire, la ministre possède quant à elle une belle villa avec jardin) les concentrations de logements collectifs : « C’est ce que j’appelle “l’intensité ’’heureuse’’“ : une densité d’habitat qui crée des quartiers dynamiques, vivants et chaleureux » ! Aurons-nous le choix ? Pas le moins du monde, dit Wargon : « Nous sommes face à une urgence climatique qui ne se négocie pas » ! Bref, pour sauver la planète il nous faut habiter la ville… […]
En mai 2021, soit quelques mois avant Wargon, Pedro Sanchez, premier ministre espagnol, a présenté son plan national pour 2050 (« Espagne 2050, fondements et propositions pour une stratégie nationale de long terme »). Qu’annonce-t-il aux Espagnols ? La fin de la maison individuelle et même la nécessité de cohabiter tous ensemble dans des appartements (au nom du climat bien entendu) !
Notons également que la question se pose aussi en Allemagne. Le maire écologiste d’Alsterdorf, près de Hambourg, agit pour la planète et interdit désormais toute nouvelle construction de maison individuelle.
Du côté de l’UE, il ne faut pas s’attendre à un discours très différent. Le vice président de la commission européenne Maros Sefcovic a ainsi déclaré que le plan de Pedro Sanchez […] était un « excellent exemple », un « modèle » qui « montre la voie » et qui est conforme aux objectifs stratégiques de l’UE. Étonnant, non ?
En vérité, pour ce qui concerne la France, la fin de la maison individuelle est déjà inscrite dans la loi.
La « loi climat » d’août 2021 encadre « l’artificialisation des sols », c’est-à-dire le fait de construire sur le sol naturel des choses artificielles comme des entrepôts, des voies ferrées, des routes, des maisons… toutes choses qui nuisent au climat selon le ministère de la Transition écologique. En 2030, le processus d’artificialisation doit être réduit de moitié (article 191) et en 2050 il doit être égal à zéro. Comprenons bien ce que cela signifie : à terme, plus aucune nouvelle construction ne sera possible ! La maison individuelle est donc condamnée, mais aussi la ruralité dans son ensemble. Il ne sera plus possible de bâtir sa maison sur un bout de terrain hérité de ses parents, ni de construire les locaux d’une nouvelle entreprise, ni d’implanter une zone artisanale, ni de désenclaver une région. Les logements vont s’empiler les uns sur les autres en zone urbaine : c’est ce qu’Emmanuelle Wargon appelle « l’intensité heureuse ».
On voit bien que l’objectif est de faire perdre leur indépendance aux 20 % de Français qui, sortes de moutons égarés dans la campagne, n’ont pas encore regagné leur enclos. […] Évidemment, la pression va s’accentuer très progressivement, prenant la forme d’une augmentation des prix des terrains, des bâtiments et des constructions jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible d’échapper à la ville, au contrôle urbain et à la surveillance de masse. « Artificialisation des sols » avez-vous dit ? À peine un petit pion déplacé sur le vaste échiquier ! Mais il faut voir plus loin : cette loi passée presque inaperçue pourra avoir, dans dix ou quinze ans, des conséquences radicales sur notre capacité à échapper au Système. […]

 Document n°4 : Familistère de Guise, Pavillon central du Palais social. Fête du travail le 1er mai, anonyme. © Collection Familistère de Guise.
Étymologiquement « établissement où plusieurs familles ou individus vivent ensemble dans une sorte de communauté », construit en s’inspirant du « phalanstère » de Charles Fourier, le « familistère » situé dans la commune de Guise (département de l’Aisne), voulu par l’industriel Jean-Baptiste André Godin pour l’hébergement de ses ouvriers, est un haut lieu de l’histoire économique et sociale des XIXe et XXe siècles. Il est constitué de plusieurs bâtiments, dont le « palais social », destiné au logement des ouvriers.
La cour intérieure du pavillon central de ce « palais social » est le lieu géométrique de la vie des familistériens, elle accueille les bals dominicaux, les fêtes annuelles du travail & de l’enfance. Son dispositif technique résume les impératifs de l’hygiénisme [4] : la verrière que supporte une charpente en bois dispense la lumière ; l’aération est assurée par un circuit de ventilation : l’alignement des bouches d’aération entre la verrière et les caves est nettement visible sur le sol de la cour. Les balcons donnent accès aux appartements – chaque porte dessert un petit vestibule qui ouvre sur deux appartements –, et chacun d’eux possède des fenêtres à l’extérieur et sur la cour : toujours le principe de la circulation de l’air…

Familistère de Guise, Pavillon central du Palais social. Fête du travail le 1er mai.
© anonyme / Collection Familistère de Guise


 Sujet concocté par Lionel Labosse.


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[1Qualité de ce qui est ténu ; d’une grande minceur, finesse.

[2Panoptique (étymologiquement « qui voit tout ») : type d’architecture carcérale imaginée à la fin du XVIIIe siècle, dont l’objectif est de permettre à un gardien logé dans une tour centrale, d’observer tous les prisonniers enfermés dans des cellules individuelles autour de la tour.

[3Le ministère de la Transition écologique a démenti ces propos le 15 octobre 2021 : « Emmanuelle Wargon l’a dit très clairement : il n’est pas question d’en finir avec la maison individuelle. Elle regrette la caricature faite de ses propos, qui ne reflète pas la teneur de son discours prononcé ».

[4Courant de pensée développé au cours du XIXe siècle, selon lequel les pratiques politiques, sociales, architecturales et urbanistiques doivent suivre les règles de préservation de l’hygiène et de la prévention en santé publique.