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Amour ou amitié ? pour les 3e

Comment te le dire ? de Mikko Ranskalainen

Éditions T.G. (Textes Gais), 2005, 109 p., 10 €.

samedi 28 avril 2007, par Lionel Labosse

Un récit autobiographique, le témoignage d’un jeune homme de 19 ans qui ne parvient pas à assumer le passage de l’amitié à l’amour en ce qui concerne François, ni ses désirs pour les autres garçons. La sublimation de cet amour platonique nous aura au moins valu un texte d’une grande tenue littéraire. « Je suis prêt à travailler des années sans me soucier de ma sexualité » déclare l’auteur à la dernière page de son récit. De quoi consoler tous ceux qui ont peur de se plonger dans le bain de « l’amour obligatoire ». Oui, on a le droit de ne pas avoir de sexualité, même si on en brûle d’envie !

Résumé

Le texte est présenté comme publié sous forme de blog avant d’avoir été repéré par l’éditeur puis retravaillé. On pourra douter de l’absolue authenticité de l’ensemble, d’autant plus que le nom de l’auteur signifie en finnois : « Michel le Français » ! Mais cela n’enlève rien aux qualités du texte. Mikko est né d’une mère finlandaise, qui quitte son père français au bout de six mois sans lui révéler qu’elle est enceinte. De retour en Finlande, souffrant de troubles psychiatriques, elle confie son fils à la garde de ses parents, le récupère de temps en temps, mais il s’enfuit. Selon une tradition locale, l’entourage, les voisins, se préoccupent de l’enfant et tentent de faire interner la mère. Elle recontacte le père de Mikko, lui révèle l’existence de cet enfant ; il vient en Finlande et fait sa connaissance. Elle se suicide. Deux mois après, Mikko rejoint son père ; il ne reverra pas ses grands-parents ni la Finlande, et la langue finnoise ne lui reviendra qu’à une seule occasion significative (p. 66). En France, on se moque de lui pour son nom ou son accent, sauf François, qui devient son ami exclusif. François est plus sportif, plus beau que lui, il l’admire et l’aime, il devient possessif et se réjouit de chacune de ses victoires sur ses rivaux, quand François refuse une invitation pour rester avec lui. Malgré la complicité passive de son père qui semble se rendre compte des sentiments de son fils et tout faire pour le laisser seul avec son ami (« mon père le drague pour moi » (p. 97)) ; malgré une situation on ne peut plus favorable (aucun préjugé religieux, quelques vagues moqueries évoquées mais sans plus, tolérance affichée de François quand le sujet est abordé à la télévision, une amie plus ou moins lesbienne qui tend des perches…), Mikko ne parvient jamais à dire son amour, même quand il surprend François, qui partage sa chambre, relevé en pleine nuit et penché sur lui. Ils partagent des luttes amicales au judo, la passion du cheval. Même le suicide d’un lycéen gothique (bel extrait, p 59) n’entraînera aucun sursaut. Suite à un quiproquo amusant lors d’une beuverie lycéenne, Mikko avoue son amour, mais d’une façon tellement maladroite (en feignant qu’il voulait l’embrasser, mais par jeu) que François se vexe, prend ses distances et sort avec une fille. Cela ne dure pas, et Mikko récupère son ami. Osera-t-il ?

Mon avis

Comment te le dire ? est assurément un livre intéressant pour nos élèves, unique dans sa catégorie. On peut le rapprocher de Philippe avec un grand H, de Guillaume Bourgault pour la jeunesse de son auteur, ou de Un papillon dans la peau, de Virginie Lou, pour le thème de l’impossibilité d’avouer son amour. Sauf que dans le premier cas, l’auteur a pris du recul, et dans le deuxième cas, l’entourage d’un des personnages est violemment homophobe. On apprécie la rapidité du récit, qui, bâti sur le noyau du journal de l’année de terminale, se contente de quelques belles pages pour résumer l’essentiel des premières années de la vie de l’auteur / personnage. Saluons les qualités littéraires évidentes, notamment les premières pages qui recréent le paradis perdu (Laponie), ou l’épisode du sauvetage dans le tunnel (p. 17). On ne peut pas traiter ce récit comme un roman : impossible de savoir ce que ressent François, même si l’on a souvent la tentation de dire à Mikko : « mais vas-y, bougre d’andouille, il n’attend que ça ! » C’est tout l’intérêt du récit autobiographique « en direct » : un romancier ou un autobiographe rétrospectif aurait tendance à chercher des explications à cette homophobie intériorisée, à cette peur panique, dans l’enfance, les relations avec la mère, un père trop complice… Mais l’auteur, pris comme une mouche dans la toile de son histoire, ne peut analyser son attitude, et c’est à nos élèves de s’interroger à sa place. Sûr qu’un tel ouvrage donnera lieu sinon à des débats passionnés, du moins à des spéculations utiles. On pourrait d’ailleurs se demander si une telle inhibition aurait été la même dans le cas d’une relation hétérosexuelle (une amitié glissant vers l’amour). Cela soulèvera un argument souvent avancé contre les homos par les jeunes (et les moins jeunes !) : le fameux « agent double », qui cache son amour sous une amitié, et ne sait plus comment en sortir. On se demandera aussi quelle est la part de la simple peur de la sexualité, peur et tabous entretenus par l’ensemble de la société, les parents en premier lieu. Notre civilisation n’a pas inventé Tristan pour rien…

- Cet ouvrage bénéficie du label « Isidor ».
Label Isidor HomoEdu

Lionel Labosse


Voir en ligne : Site de l’éditeur Textes gais.


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Messages

  • Un livre à ne pas mettre en toutes les mains.
    Si vous vivez une histoire semblable à celle résumée au dos ce livre et que vous cherchez à lui trouver une issue autrement qu’en avalant la boite à pharmacie, bruler les deux dernières pages de ce bouquin, son épilogue, sans les lire. Si vous êtes en quête de modèles vous permettant de mieux assumer ce travers votre différence et de positiver sur ce choix de vie, passez votre chemin : ces mêmes pages vous laisseront un goût amer.
    Cette lecture m’a ému, bouleversé, parce que j’y ai retrouvé des années plus tard ma propre détresse ; j’ai lu avec passion, jusqu’aux dernières pages, où je me suis soudain senti trahis. Jusqu’au bout j’ai espéré un dénouement, sinon heureux en tout cas moins sombre que ce que j’avais connu moi même, espérant ainsi (égoïstement, j’en conviens), pouvoir revivre ma propre histoire avec une fin plus gaie en couleur, mieux assumée. Perdu. J’ai lu jusque tard dans la nuit, à la fin j’ai jeté le bouquin à travers la chambre et me suis glissé sous ma couette plus orphelin que jamais.
    Je ne vois pas comment cette histoire pourrait aider d’autres jeunes dans la même situation à passer « ce cap difficile » ! (Comme j’ai pu le lire sur le site qui présente ce livre). Où est le message d’espoir ?
    La conclusion qu’il donne à sa propre histoire a jeté le doute dans mon esprit et m’a profondément troublé, alors qu’en serait-il pour des âmes jeunes, plus sensibles qui cherchent à franchir ce goulet ?!
    Il me fait mal à la fin du livre et il fait mal à tous les gais (ceux qui s’assument et ceux qui le voudraient bien), quant il remet en question tout ce qu’il a éprouvé pour ce garçon, cette passion que nous partagions avec lui au fil des pages, et dont nous nous étions fait les complices.
    Il est pitoyable lorsqu’il « gomme » le sexe de son copain, pour remettre en question, la nature de son amour, et ce corps qu’il dévorait dans la pénombre de sa chambre puis sous la douche « Aime-t-on des garçons ou des filles, ou aime-t-on une personne en particulier, qu’elle soit un garçon ou une fille ? ». Ben voyons, Mikko !

    (Non. On aime des garçons ou on aime des filles et c’est ce qu’il faut dire à ceux qui, en se posant cette question, cherche à esquiver la réalité ; c’est le discourt qu’il faut leur tenir, si l’on désir les aider ; le dire avec tact, mais le dire sans détour.)

    Il nous vole ce garçon qui aime un garçon ; après nous l’avoir offert, il nous le reprend, et souffle cette petite flamme qu’il avait allumé tout au long de ce récit, quant il nous faisait croire que nous n’étions pas seul au monde. Puis il devient factuel, froid et dur comme le bon sens. Il se renie, et après nous avoir laissé penser qu’il était de nos amis, nous tourne le dos. Et nous ne pouvons rien dire, parce qu’il a tout fait dès le début pour qu’on l’aime et qu’on veuille le protéger, le chérir. Plus seul que jamais je le regarde partir, sans se retourner, ces derniers mots résonnent dans ma tête et cognent dans mon cœur :

    « Je suis prêt à aimer une jolie fille tendre. J’aimerais me marier avec elle, avoir des enfants.
    […] si je pouvais devenir hétéro, ce serait plus facile.
    J’en ai assez de me poser des questions.
    Je suis prêt à travailler des années sans me soucier de ma sexualité.
    […] notre amour est impossible. La raison veut que nous n’y succombions pas.
    Nous aurions peut-être regretté ces enfantillages. ».

    Quel triste reniement !
    Une page de plus et le pauvre enfant, faisait amande honorable.
    Plus sérieusement, comment en trahissant ses propres sentiments pourrait-il aider les autres à s’accepter ? Quel garçon « qui va de travers », pourrait se retrouver dans ce déni d’une autre époque, et trouver un réconfort, un exemple dont s’inspirer, dans ce journal qui commençait si bien, et qui se termine si tristement en une homosexualité honteuse qui qui par moment frise l’homophobie.

    Quelle déception !
    Et pourtant, on aimerait bien savoir ce que devient l’attachant Mikko, et puis François, l’hétéro d’opérette ; a-t-il enfin comprit pour qui battait son cœur ? Ou bien Mikko a-t-il tout écrit en trempant sa plume dans ses rêves ?

    On aimerait une suite, avec ce style qui a lui seul donne envi de lire. Cette facilité qu’il a d’exprimer ce qu’il ressent et la spontanéité des premières pages de ce récit font rêver. Un vrai talent d’écrivain.

    J’ai parcouru les commentaires « autorisés » publiés sur le site officiel de l’auteur. Ont-ils été inspirés par le contenu du livre, où bien par le tendre et pathétique portrait en couverture ?
    Toujours est-il que je n’y ai trouvé aucun avis contradictoire ( ?!), que des louanges et des témoignages souvent dans les mêmes tons que les dernières pensées du livre et aucune trace de mon avis pourtant envoyé à l’auteur il y a quelques temps déjà.

    Un dernier mot :

    Ce livre est paru en 2005, l’année où l’Espagne, après la Hollande et la Belgique, légalisait le mariage pour les couples Homosexuels et leur accordait le droit à l’adoption.

    • Message de l’éditeur.
      Je comprends tout à fait le désarroi de ce lecteur. Le problème d’une histoire vraie, c’est... qu’elle est vraie. Mikko, l’auteur a voulu parler d’une tranche de sa vie qui lui a tenue particulièrement à coeur. Elle se termine ni bien ni mal, parce que c’est comme ça dans la vie. La propre histoire de Mikko ne se finit pas non plus avec "Comment te le dire ?", heureusement pour lui.
      Ce livre peut-il néanmoins être utile à des jeunes qui ont des problèmes pour s’assumer ? Je le crois car toute expérience d’autrui est bonne à prendre. Ne serait-ce que par le simple fait que l’on ne se sente plus seul à vivre un amour indicible. Même si cela renvoie forcément à soi et à des expériences douloureuses.
      Mikko a reçu des dizaines de mails de jeunes qui l’ont remercié. Ils sont lisibles sur cette page, sous la couverture de l’ouvrage : http://www.textesgais.com/Acces/index.html
      En tout cas, une oeuvre littéraire réussie est une oeuvre qui suscite l’émotion. N’est-ce pas le cas ici ?
      Pédro Torres
      Éditions Textes Gais

      Voir en ligne : Réponse au lecteur