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Je t’aime moi non plus, pour les 3e et le lycée.

Un papillon dans la peau, de Virginie Lou

Gallimard Page blanche, 2000, 139 p. Réédition Coll. Scripto, 8€.

mardi 1er mai 2007, par Lionel Labosse

Ce roman s’adresse à des lecteurs ayant suffisamment de maturité pour décrypter le récit sous-jacent d’un narrateur incapable de reconnaître son désir. Est-ce le papillon tatoué qui exprime le mieux le mystère d’Alexandre, cet amour nostalgique pour l’enfance de Peter, en allée dans des combats à l‘autre bout du monde ? Peut-on échapper à son hérédité quand on est né comme une herbe folle dans les ruines des guerres ?

Résumé

Ce roman est une longue lettre en forme de confession et de journal, écrite par Omar à Assia, la mère adoptive d’Alexandre, après la mystérieuse disparition de celui-ci. Alexandre est arrivé de nulle part en pleine année scolaire, fascinant ses camarades du lycée par ses connaissances littéraires et linguistiques. Il parle anglais, russe et italien. Il aime la poésie, particulièrement Rimbaud, bien sûr, sans faire la moindre allusion à la sexualité du poète. Omar fait tout pour devenir son ami, sans parvenir à percer le mystère de l’origine d’Alexandre. Il découvre progressivement des bribes de l’histoire de son ami, sa naissance en Algérie, une mère slave dont il ne connaît rien, et surtout un père ultra-violent, mercenaire qui l’enlève brutalement à chacun de ses séjours en France, pour lui faire subir un entraînement paramilitaire violent. Alexandre a un papillon tatoué sur la peau, dont on finit par apprendre qu’il symbolise son « ami » Peter, un garçon mort cinq ans auparavant au cours d’une guerre civile en Indonésie (on se demande quand Alexandre s’est fait faire le tatouage, car à cet âge, avec les modifications du corps, le papillon aurait de bonnes chances d’être devenu cerf-volant !). La première fois que le père voit Omar, il le juge d’un coup d’œil : « Ce soir Alexandre est avec moi ! Il n’a pas de temps à perdre avec des lopettes ! » Omar fera mine de s’interroger longtemps sur cette insulte révélatrice des ambiguïtés de tous les personnages. Il évoque la jalousie qu’il éprouve pour Paula, la petite amie d’Alexandre, puis pour Bruno, un « bourrin » champion de France de boxe française, qu’Alexandre a choisi comme ami, sans doute pour complaire à son père. La suite de l’histoire est une cavale des deux adolescents, terminée par un combat violent entre ces deux êtres incapables d’aimer, puis la fuite d’Alexandre, peut-être parti à l’étranger grâce aux papiers et à l’argent volé à son père.

Mon avis

C’est surtout le style et la composition qui font la valeur de ce roman. Ironie du sort, la quatrième de couverture est plus explicite que le texte : « il vient de vivre son plus grand amour ». Omar lui-même utilise ce mot, reconnaît sa jalousie, mais ne semble pas conscient de son incapacité à exprimer son désir autrement que par la violence, comme Alexandre, comme son père. La seule scène d’amour est ce combat amical qui oppose les deux garçons au début de leur cavale : « De retrouver le corps d’Alexandre dans le jeu me comblait. […] Je me suis penché vers lui, et j’ai posé mon front contre le sien » (p. 121). Les autres camarades, Paula et Bruno sont nommés, mais Omar ne leur donne aucun rôle dans sa relation. Pourtant, vu le rapport ambigu des deux garçons, il semble difficile que les commentaires des autres n’aient pas interféré. Il s’agit donc pour le lecteur d’interpréter les non-dits d’Omar pour reconstituer la vraie histoire. Omar s’adresse à la mère adoptive d’Alexandre, qu’il vouvoie, ce qui doit limiter la sincérité des confidences. Pourtant il n’hésite pas à rapporter la dispute finale où Alexandre lui lance : « Ou alors c’est moi qui te fais bander ? Dommage qu’on t’ait pas appelé Escargot, ça serait passé inaperçu ! » (p. 129), mais il se garde de répondre à la question. Le seul mot employé qui pourrait désigner l’amour d’Omar, est finalement « lopette ». Ce roman s’adresse donc à des lecteurs ayant suffisamment de maturité pour décrypter le récit sous-jacent. On le rapprochera de À-pic, de Frank Secka, qui évoque dans un style fort différent un personnage incapable de reconnaître son désir. Ici, ce sont les deux personnages, mais aussi le père, qui fuient le désir par la violence. La mère adoptive, elle, parle peu mais s’exprime par la peinture. Est-ce le papillon tatoué qui exprime le mieux le mystère d’Alexandre, cet amour nostalgique pour l’enfance de Peter, en allée dans des combats à l‘autre bout du monde, et partant son incapacité d’aimer autrui ? Peut-on échapper à son hérédité quand on est né comme une herbe folle dans les ruines des guerres ?

- Sur le même thème, voir Les Anges n’ont pas de sexe, de Dominique Sampiero et Deux sans barreur, de Dirk Kurbjuweit.

Lionel Labosse


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