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Mémoires d’un jeune eunuque, pour les 5e.

Nocturne au jardin des sultanes, d’Achmy Halley

Le Livre de Poche jeunesse, 2007, 158 p., 4,8 €

samedi 5 mai 2007, par Lionel Labosse

Les élèves de 5e notamment trouveront dans ce court roman sans difficulté de lecture une approche culturelle des derniers moments d’al-Andalus. L’auteur poursuit la réflexion entamée dans son précédent ouvrage Alexis, Alexia… sur le sexe masculin, mais n’est-il pas regrettable qu’il se soit contenté d’une romance d’amour impossible ?

Résumé

« Amin, le Rossignol des dames », raconte à la première personne les cinq années qui séparent le moment où, âgé de dix ans, il est acheté pour sa jolie voix en Égypte, puis emmené à Grenade et castré, et celui où Boabdil, dernier sultan, est chassé par les rois d’Espagne Isabelle et Ferdinand, tandis que Christophe Colomb part sur la route des Indes. La vie d’Amin est réduite à l’impuissance depuis que « l’infâme barbier a tranché, d’un coup sec, ce qui faisait de [lui] un homme » (p. 9). Il se contente d’observer beaucoup et d’agir peu. Il se venge des « agissements monstrueux » de l’ignoble Hussein Baba qui se glisse dans le lit des « petits esclaves sans défense » (p. 14) pour « leur faire subir mille caresses impures » (p. 62), puis dénonce la trahison de deux « ennemis de l’islam » (p. 105), lesquels seront décapités sommairement devant Amin, « immense mare de sang » qui lui rappellera sa « propre souffrance » (p. 112). Il est amoureux sans espoir de la belle Alyza, jeune sultane du harem, qu’il enchante par sa voix. La Sultane mère maudit les « chiens de chrétiens » (p. 99), ainsi que son fils Boabdil qui « pleure comme une femme ce royaume [qu’il n’a] pas su défendre comme un homme » (p. 132), puis affranchit Amin lors de la débâcle. Celui-ci hésite, fait mine de suivre Ahmad, l’héritier lésé qui embarque clandestinement dans un bateau de Colomb ; puis choisit in extremis une autre solution moins aventureuse.

Mon avis

Achmy Halley s’est sérieusement documenté, et les élèves de 5e notamment trouveront dans ce court roman sans difficulté de lecture une approche culturelle des derniers moments d’Al-Andalus, jusqu’à la capitulation de Grenade. Le point de vue particulier fort original permet à l’auteur de poursuivre la réflexion entamée dans son précédent ouvrage Alexis, Alexia…, qui lui avait valu un Isidor, ce que l’éditeur nous a fait le plaisir de rappeler dans la notice biographique. Si la mise en parallèle de la castration subie par Amin avec l’impuissance qui s’empare de Boabdil et de tout le sultanat est bien vue, j’avoue ma déception du traitement réservé au narrateur et personnage principal, qui ne sort jamais d’un discours de victime. On relève de nombreuses expressions tranchantes du type « ni homme ni femme, monstre sans sexe » (p. 10), « ce qui faisait de toi un homme » (p. 19), « le bas de mon ventre mutilé, balafré d’une cicatrice hideuse » (p. 42), « je ne suis qu’un sous-homme » (p. 91), « monstre sans sexe qui ne saurait satisfaire son désir naturel d’être un jour une mère » (p. 155) ; et quand on compare aux réflexions sur la même partie du corps relevées dans Alexis, Alexia…, on regrette que l’auteur n’ait pas eu l’audace de dépasser ce constat, et se soit interdit une évolution vers une autre forme de jouissance du corps, comme si la sexualité masculine se réduisait au phallus [1]. Du coup, la seule évocation de la sexualité qui ressorte est celle du méchant de l’histoire, Hussein Baba, montré comme un pédophile contemporain, d’ailleurs plutôt violent que violeur. Les jeunes héros se vengent de lui par là où il a péché, mais, fait remarquable, contrairement aux traîtres décapités, ils feront en sorte que ce « colosse de graisse » (p. 72) ne meure pas, et connaisse une fin plus pitoyable. Certes, vous me trouverez bien tendancieux, mais j’aurais aimé que ces jeunes eunuques, sans s’empêcher d’idolâtrer les sultanes, se réconfortassent entre eux, plutôt que de se contenter de subir ces mauvais traitements. Cette possibilité n’est évoquée que par une phrase : « La chaleur du corps du fils de Boabdil me rassure » (p. 141) ; mais après Alexis, Alexia…, il est regrettable que l’auteur se soit, à mon avis, censuré, de peur peut-être de choquer les jeunes lecteurs.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Wikipédia - al-Andalus


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[1Voir à ce sujet l’article de Wikipédia Eunuque, et la citation de Voltaire.