www.altersexualite.com

Bienvenue sur le site de Lionel Labosse

Accueil > Livres pour les jeunes et les « Isidor » HomoEdu > Bandes dessinées > Les voisins du 109 : T2, « Samedi », de Nini Bombardier et Coyote

Samedi soir, ils ne pensent qu’à ça !

Les voisins du 109 : T2, « Samedi », de Nini Bombardier et Coyote

Le Lombard, 2008, 48 p., 10,4 €.

jeudi 15 janvier 2009, par Lionel Labosse

Nous avions tressé des lauriers au tome 1 des Voisins du 109, paru en 2006 ; il semble que le tome 2 soit à la hauteur. La création artistique est à l’honneur ; hommage y est rendu à Hergé, mais aussi aux vertus esthétiques et psychologiques de la sculpture et de la peinture. De plus, maintenant qu’ils sont installés bien au chaud dans leurs nids douillets, les voisins ne pensent qu’à ça, sous toutes les formes et dans toutes les positions, jusqu’aux Moinot, le couple BCBG ! Un album pour le plaisir, mais aussi pour aborder avec humour des sujets intimes.

Le fil rouge de ce deuxième tome est constitué par la mise en abyme de l’œuvre de Coyote et Nini Bombardier sous la forme d’un projet d’étudiants en beaux-arts de croquer tous les habitants de l’immeuble à nu. C’est l’octogénaire Marie-Rose qui s’y colle, coquette, se remémorant l’heureux temps où elle fut la muse d’un artiste. Elle se rêve en Marlène Dietrich, mais on lui proposera de poser sous forme de La belle heaulmière, de Rodin (en référence à François Villon), pour prendre place dans une belle galerie d’œuvres célèbres qu’on s’amusera à reconnaître (Gaetano en Esclave de Michel-Ange, etc.). Le temps qu’elle se prépare, une jeune fille coache son « papa chéri d’amour », ours mal léché qui n’a pas digéré le départ de sa femme. Rémi, le jeune solitaire qui reçoit de mystérieux colis, fait visiter son appartement au sourcilleux gardien qui le prenait pour un terroriste : non, il est simplement tintinophile (et clone de Tintin), ce qui nous vaut une belle planche hommage au héros d’Hergé, avec une chute croustillante qui m’a d’autant plus amusé que la veille de recevoir cet album, un ami hétérosexuel [1] m’avait raconté que parmi ses frasques de jeunesse, il se remémorait avec délices une cantatrice fort cochonne et bien en chair qui lui avait donné l’impression de chevaucher la Castafiore !
Les voisines lesbiennes, à peine évoquées dans le 1er tome, déballent leurs arguments quant au désir de parentalité. Nathalie, très fem, prof sérieuse, rêve de coparentalité avec « un papa, même lointain », en précisant qu’elles pourraient « demander à Marcel d’être notre donneur », tandis que Fabienne, très butch, videuse en boîte, remet les pendules à l’heure : « Je refuse qu’un homme pénètre dans notre intimité… No zob at home, c’est la règle. Je ne veux pas d’un couillu entre nous ». Elle préfère l’adoption, ou « Au pire, on fait ça moderne avec une éprouvette anonyme, une insémination et basta…. Voilà en trois pages un excellent aperçu pas politiquement correct d’une question trop souvent traitée de façon superficielle. Il est étonnant que ce soit un album grand public qui ose aborder les sujets qui fâchent, sans gommer les aspects conflictuels !
Sam, un jeune introverti, fantasme sur la vieille Marie-Rose, et retrouve l’envie du contact des autres par la sculpture, en utilisant un support pour le moins inhabituel. Iggy et Luna sont toujours aussi gothiques ; Double Lune et Joyeux Calumet fument toujours autant, et ont des rapports difficiles avec leur fils indigne qui a pactisé avec la bourse ; et Gaetano retrouve sa mère qui, malgré son subterfuge, a bien compris ce qu’il n’a pas osé lui dire, et le prend avec le sourire. Nos deux « solibataires » se détestent autant en vrai qu’ils se draguent sur Internet sans le savoir. Karim tente de draguer Lola en jouant les machos, mais ses parents le rappellent à ses devoirs de bon fils au moment crucial ! Les Fessard de Sainte-Hermine vivent un drame conjugal : Jean-Hubert est surpris par Anne-Marie Charlotte se tripotant devant un porno le samedi soir. Pour se justifier, il sous-entend que « tout l’immeuble pense à forniquer parce qu’on est samedi soir », et finit sa soirée chez les Africains, tandis que la petite souris de Coyote nous fait pénétrer au plus intime de tous ces sympathiques voisins, qui effectivement, ne sont pas plongés dans la lecture des œuvres de Saint-John Perse !

- Cet ouvrage bénéficie du label « Isidor ».
Label Isidor HomoEdu

- Voir le tome 1, « Vendredi », et Les dessous des Voisins, Tome 1, sans oublier Litteul Kévin n°8.
- Le site officiel des « Voisins du 109 ».

Lionel Labosse


Voir en ligne : Lire notre entrevue exclusive avec Coyote


© altersexualite.com 2009
Retrouvez l’ensemble des critiques littéraires d’altersexualite.com. Voir aussi Déontologie critique.


[1Je sais, j’ai de drôles de fréquentations, mais que voulez-vous, il faut être tolérant !