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De mâle en psy

Debout les gars, réveillez-vous !

Pref Mag N° 29 – novembre/décembre 2008

dimanche 24 mai 2009, par Éric Verdier

De plus en plus de réactions et de témoignages en écho m’amènent une nouvelle fois à m’effacer (momentanément) dans cette rubrique, car c’est justement son premier objectif : vous permettre d’échanger et de vous rencontrer d’une certaine façon, osant braver l’interdit de profondeur émotionnelle et de tendresse entre hommes (hétéros, gays ou bis = même combat !). Vos propos s’entrecroisent, s’entrechoquent, et parfois se caressent… et je suis aux anges ! Pas de ligne conductrice cette fois-ci. Mais un Jean-Pierre répond à notre Philippe, notre Fabien reprend la parole pour lui répondre également et réagir à la teneur des témoignages du dernier numéro, un Éric s’adresse à notre Henri, et un Michel (un nouveau) lance à son tour un débat…

Notez que j’utilise abusivement le « notre » pour désigner ceux qui se sont déjà exprimés dans la rubrique « de Mâle en psy », et tout aussi éhontément le « un » pour ceux qui témoignent pour la première fois. Mais apparaissent des homonymes, et je vais devoir trouver autre chose la prochaine fois…

Jean-Pierre

« J’ai vécu les mêmes expériences douloureuses que Philippe, suite au passage de plusieurs années chez les témoins de Jéhovah. J’ai été contacté par ces gens en 1969, j’avais à peine 16 ans, et à cette époque l’homosexualité était mal perçue. Aussi, après avoir été bien embobiné par leurs belles paroles, je devais donc confier à un frère mes problèmes personnels. Ayant une confiance aveugle, je lui ai dit notamment ma peur d’être détruit par dieu car j’étais homosexuel. Après réflexion, le « bon frère ancien » me dit : « Pas de problème mon « petit frère », marie-toi avec une femme, et tu guériras de cette perversion, d’ailleurs je connais une jeune fille qui… » (mariage arrangé, et tralala la lére !) Quelle monstruosité que de faire croire à ça, car jamais je ne fus plus désappointé que je l’ai été de ma vie ! Ainsi, après 2 divorces et quelques enfants pour faire comme tout le monde, j’ai subi l’humiliation car bien sûr le cher « ancien » avait prévenu les autres frères « qu’il fallait se méfier de moi, suite à mes penchants… » Tu parles, j’ai fait plusieurs dépressions, anorexie, boulimie et 4 tentatives de suicide ! Cher Éric, tu ne peux imaginer les souffrances que je me suis imposées durant ces plus de 30 années ! J’AI PU ENFIN SORTIR DE CETTE VIE EN 2003. Mon coming out ne fut pas des plus faciles à faire : dire cela à mon ex-femme et mes enfants, ce fut un réel déchirement. Mais je voudrais dire a Philippe qu’il ne doit pas avoir peur du milieu gay, car on peut vraiment trouver l’amour et une vie vraiment plus agréable ; le milieu gay n’est pas aussi pourri qu’on le décrit, notamment dans les publications de la « watchtower » (organe des tj dans le monde entier) [1]. D’ailleurs, j’ai trouvé parmi eux de formidables amis et… l’amour car je vis en couple (marié en Belgique depuis 2004). Aussi, je voudrais que mon témoignage puisse en aider d’autres, comme Nicolas Jaquette l’a si bien fait ! » Jean-Pierre.

Fabien

« Bonjour à tous ! Je viens de recevoir le nouveau Pref mag et je suis resté sur le cul en lisant ta rubrique, Éric… Quelle tristesse ! Enfin, je suis sorti de mes gonds en finissant de lire les témoignages, surtout celui de Philippe… J’ai vécu de difficiles moments — à mon époque, on se cachait pour être homo — et devant la pression, j’ai lâché prise : deux TS. J’ai eu ma période ésotérique, qui ne m’a servi à rien, si ce n’est de m’avoir fait découvrir la philo sous un autre jour. Tombé amoureux de Socrate et de ses dialogues, c’est surtout son apprentissage de la maïeutique qui m’a fait comprendre le sens de la vie et des autres. Donc, j’ai envie de dire aux trois personnages de ta rubrique que la vie est ce qu’il y a de plus fabuleux à vivre, et qu’avant d’essayer de s’aimer, il faut trouver son sens car chaque vie à son propre sens. Rien ne sert de chercher, mais attendre qu’elle vous guide : laissez-la faire, la Vie sait où elle va, mais pas vous ! Je ne crois pas à la religion, mais je suis d’accord pour dire que la nature (et nous en faisons partie) a un schéma bien à elle, et que nos actions créent des causes dont nous supportons les conséquences. Rassurez-vous, Dame Nature rectifie le tir quand ça va trop loin… Maintenant, les gens sont de passage dans notre vie, nous sommes de passage dans celles des autres, mais notre but à nous est de tirer profit de ces passages (rencontres). Il faut que l’on tire un maximum de profit de chaque « visite », de chaque évènement et garder à l’esprit que rien est innocent, que tout doit nous servir pour évoluer. Pour ça, il faut analyser tout ce qui se passe, ce que l’on a pu ressentir et ce que l’on aurait aimé, et s’en servir pour évoluer… On n’est pas là pour régresser mais pour évoluer.
Pour vous en convaincre, faites un petit exercice tout simple : prenez un évènement qui vous a marqué et voyez s’il ne se répète pas dans une autre période de votre vie sous un autre angle. La Vie est cyclique : tant que vous n’aurez pas évolué par rapport à un fait marquant de votre vie, vous vivrez ce même genre d’aventures… Socrate disait que le meilleur moyen de vivre la sagesse était de comprendre l’Enfer… Je crois qu’il avait raison ! La religion est belle si on comprend le fond de l’histoire. Cette histoire, c’est l’explication du rythme de la Vie, c’est ce que je viens de vous expliquer plus haut et, pour répondre à Philippe, ça m’étonnerait qu’elle considère ces « sujets » comme des esclaves bon à rien (ça me troue le cul de lire ça !). Le problème est que de vils « serviteurs de Dieu » s’en servent pour assujettir des gens et ça me fout en rogne, GRAVE. Si je parle comme ça aujourd’hui, c’est parce que je suis revenu des enfers des suicidants. Moi aussi, j’étais timide, refoulé quand j’ai fait mon coming out, et j’étais refoulé tout court par les autres de la communauté… Mais je suis là aujourd’hui, à aimer la Vie et à la laisser vivre à travers moi, parce qu’elle m’apporte tout ce dont j’ai besoin, même si ça ne cadre pas avec ce dont j’ai envie. Alors, Messieurs, du haut de mes 42 ans et de mon statut de Gd-père (LOL), faites-moi plaisir en vivant pleinement votre vie. La seule question qui doit vous venir à l’esprit c’est : « Qu’y a-t-il de positif dans ce qui m’arrive ? ». Laissez émerger votre intuition — qu’elle soit féminine ou pas, on s’en fout — et suivez-la comme une lumière qui vous guide vers le bonheur, car chacun a droit à sa part ! Bises à tous et vivez pleinement et longuement. » Fabien.

Eric

« Je réagis au mail d’Henri car j’ai envie de lui dire que ce qu’il dit « physiquement, je ne m’aime pas, et les gens doivent le ressentir » me parle complètement de moi il y a quelques temps. Je suis grand, mince, plutôt mignon, pas de souci particulier à l’horizon ; et pourtant physiquement, j’avais vraiment du mal à m’aimer. Les gens le ressentaient sûrement aussi, et les rencontres se faisaient rares, souvent on me reprochait d’être froid. En fait, j’étais mal dans ma peau, donc distant. J’ai voulu que ça change. Je suis allé en thérapie. J’ai pu inverser la tendance et commencer à me trouver des qualités, puis me trouver un peu plus beau, puis encore un peu plus… Les gens doivent le ressentir… Les mecs se sont mis à me trouver de plus en plus beau (je n’ai pas changé physiquement, quoique si j’ai un peu grossi, et après ?). Résultat, je fais de plus en plus de rencontres, c’est vrai, je n’ai pas encore trouvé de relation longue durée, mais ça va venir, j’en suis convaincu. Je voulais aussi te dire, Éric, que je suis allé à paris le week-end dernier (je suis niçois) et j’y ai découvert un bar très sympa (le Bear’s Den si on peut le nommer). Endroit fait pour les « ours ». Curieux de nature, je suis allé voir ce que c’était. En fait c’est un bar pour les mecs normaux, ceux qui aiment les mecs, ceux qui n’ont pas besoin d’être anorexique ou bodybuildé, ceux qui ont envie de s’amuser, de parler, de draguer en toute simplicité, en étant eux-mêmes. Ça m’a fait un drôle d’effet : à la fois j’étais content qu’un endroit comme ça existe, à la fois j’étais dégoûté qu’il faille créer un endroit spécial pour les gens normaux, qu’il faille aller à Paris pour trouver ça (car y a pas dans mon coin et pourtant des bars gays y en a), écœuré que des gens qui réclament tant de tolérance ne soient pas capables de s’en donner les uns envers les autres… Quelle tristesse ce milieu ! Humainement, c’est terrible. Et puis dans ce bar, j’ai fait connaissance d’un mec sympa qui me plaisait bien, on a discuté un bon moment, bu un verre… Et finalement on a passé la nuit ensemble. Non ce n’était pas un top model (je n’en suis pas un non plus), non il n’avait pas autant de muscles que Stallone, mais par contre il m’a parlé comme rarement on m’avait parlé ; il était plutôt sincère, gentil, doux… Nous avons passé une nuit très sympa… La suite, on verra bien ! Bon courage à tous, belle vie à tous ceux qui en veulent une ! » Eric.

Michel

« J’ai eu envie de partager mon expérience. Je ne sais si je serai publié, je franchis le pas, c’est comme si je tournais une page de ma vie. Je me présente : je m’appelle Michel, 45 ans, divorcé, deux enfants, gay, coming out depuis quatre ans. Mon histoire : depuis l’âge de dix ans, j’ai toujours été fasciné par les hommes. 15 ans : première fellation. 16 ans : premier amour. 21 ans : premier chagrin qui m’a conduit à avoir 6 ans de désert total de libido. 26 ans : je rencontre ma future femme, coup de foudre, je n’y crois pas, première expérience hétéro. Mariage : 4 ans après notre rencontre, 2 garçons et puis 11 ans après, je divorce. 41 ans : remise en question, je prends ma vie en main. Quelques mois après mon installation dans mon nouvel appart, je rencontre un homme un peu plus vieux que moi avec un enfant. Je construis : un an après, je laisse tout tomber pour lui, appart, situation professionnelle, je pars à 100 km de mes enfants. Les enfants l’apprécient, mais je déchante très vite après mon installation chez lui. Alcoolique, violent envers moi physiquement et verbalement, l’enfer commence et il s’arrête six mois après mon installation. Je décide de tout abandonner, je me réfugie chez ma famille, j’essaye de me reconstruire. Cela dure 8 mois. Puis je trouve un appartement près de mes enfants. Tout le monde prend ses repères. Je travaille presque tout de suite en intérim. J’ai du mal à trouver un travail, je me bats, bref je galère. En début d’année, je rencontre un homme veuf sur Internet. Des discussionS sur msn : on apprend à se connaître, des points communs… Nous habitons à 500 km l’un de l’autre. Première rencontre en mai, et là ça le fait. Deuxième rencontre, il vient dans ma ville, je passe un merveilleux week-end. Là je commence à faire des projets, lui aussi. Troisième rencontre : juin 2008, nous sommes en osmose, je ne touche plus terre. Juillet 2008 : vacances avec mes enfants. Fin juin 2008, il m’avait proposé de venir pour le 15 août. Je le mets en garde par rapport à mes enfants. Si il les rencontre, il s’engage. Il me rassure et me dit qu’il a mûrement réfléchi. À mon retour de vacances de juillet, là, tout bascule. Nous en parlons et il me dit qu’il ne sait plus, qu’il réfléchit. Quelques jours après, il réserve le billet de train et l’hôtel proche de l’endroit où je passe mes vacances. Je ne doute plus : ouf il a bien pris en compte mes doutes. Quelques jours plus tard, au cours d’une discussion sur msn, là, plus rien ne va. Il ne sait plus, il veut réfléchir. Moi, je suis ferme, cette rencontre veut dire qu’il s’engage. Je doute, je réfléchis, et je me dis que si je n’ai pas les couilles de prendre une décision, je vais dans le mur. Je lui dis que je préfère qu’il ne vienne pas. Il m’annonce quelques jours après qu’il met un terme à notre relation. Je me demande si un jour je pourrais vivre un amour sincère. Je suis conscient qu’accepter mes enfants, c’est difficile. Je ne sais pas si l’homme de ma vie existe. J’habite la région toulousaine. Merci de m’avoir lu. Cordialement. » Michel.

Difficile d’identifier UN thème au travers de ces quatre témoignages, mais une trame de fond bien plus mâle que psy m’inspire un article entier… Alors à vos emails, ou bien laissez mon ego occuper tout l’espace imparti à cette rubrique dans le prochain numéro !

Debout les gars, réveillez-vous / Il va falloir en mettre un coup […] Mais on n’oubliera jamais, jamais / Ce qu’on a fait ensemble… (Hugues Aufray).

Ah, les chansons scouts ;-)

Éric Verdier


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[1Voir l’article de Wikipédia Structure légale des Témoins de Jéhovah.