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Roméo & Nounours, pour lycéen(ne)s averti(e)s.

Les folles nuits de Jonathan, de Jean-Paul Jennequin

Bulles gaies, 1997, 234 p., 130 F, épuisé.

lundi 15 août 2011, par Lionel Labosse

Jean-Paul Jennequin est un érudit de la BD, qui a traduit, adapté, dirigé des collections, publié des ouvrages sur la BD. Les folles nuits de Jonathan est issu de feu la revue Bulles gaies, créée par l’auteur, dans laquelle elle fut publiée en épisodes. Il s’agit de l’histoire de la découverte de la sexualité gay par un jeune homme qui, poussé par son ange, ou plutôt son diable gardien, s’enhardit soudain pendant un été parisien pour jeter sa gourme tous azimuts, avant de trouver le nounours de ses rêves. On pense à Bienvenue dans le Marais, de Hugues Barthe, qui avait d’ailleurs fait ses premières armes dans la même revue Bulles gaies. Une BD rafraîchissante, qui montre qu’on peut concilier amour et sexe. Dommage qu’elle ne soit plus disponible.

Résumé

Jonathan est puceau à 19 ans, il n’a pas encore fait son coming out auprès de sa maman ; quant à son papa, il en est sans nouvelles depuis toujours. Il étudie l’anglais dans la perspective de l’enseigner. Cet été, il s’est trouvé un job de factotum chez un organisateur d’un salon du livre d’art. Sa conscience, un petit personnage sympathique, le pousse à profiter de l’été pour perdre son pucelage. Cela commence par l’achat du guide Gai Pied, avec toutes les transes connexes, puis la première sortie dans un bar gay. Il y rencontre un étudiant de sa fac, Michel, qu’il retrouve dans une soirée de potes. Michel lui propose de sortir, et le guide dans la nuit gay, de boîte en sauna. Jonathan échappe à un ami trop collant de Michel, puis avoue à Michel qu’il est puceau. Celui-ci l’entraîne dans un sauna, où il connaît sa première fois avec un nounours qui, après l’amour, est très évasif : sûrement un mec marié… Jonathan rencontre son 2e mec, toujours un nounours, à Tata Beach. Le gars l’amène chez lui, et étonnamment, on passe directement à une relation sado-maso, avec menottes et gode, Jonathan s’improvisant « maître » ! Mais le crescendo s’arrête là, car à l’occasion d’une journée de « bourre » au boulot, au mois d’août, son patron, Max, le créateur du salon, s’intéresse à lui, et l’invite au resto pour le remercier d’avoir bossé sans compter son temps. Il évoque sa première vie de père de famille, son divorce et sa décision de tout changer, suite à la mort de son père, et d’assumer son amour des hommes. Jonathan l’admire, le désire, mais tous deux prennent leur temps ; il n’est plus question d’aucune folle nuit, mais de la vie trépidante de l’entreprise de Max, qui vient de créer une maison d’éditions en plus du salon, et qui propose à Jonathan de s’y associer. Le livre se termine pudiquement avec le coming out de Jonathan à sa maman, juste avant sa première nuit en amoureux chez son patron-nounours-amant-associé…

Mon avis

La présence de scènes explicites rend ce livre peu propice à une utilisation dans un cadre pédagogique ; c’est dommage, car pour le reste, le bouquin est idéal pour de jeunes gais qui se cherchent. De toute façon, il est désormais introuvable… Il s’agit d’un itinéraire gay parmi d’autres, et l’on sourit parfois de cet auteur, dont les photos disponibles sur Internet témoignent d’un aspect « bear », qui invente l’histoire d’un beau petit jeune amateur de nounours de plus de quarante ans ! Lors de sa première sortie, ne déclare-t-il pas : « Que des minous ! Ça manque de matous ! » ! Le regard de Jonathan sur la drague est acerbe. Au sauna, il repère un bellâtre, qui tourne sans jamais passer à l’action, et reste à « se branler dans un coin ». En parlant de vieux schnoques, les gens de ma génération retrouveront avec nostalgie dans l’album des allusions à certaines institutions néolithiques, comme le Minitel, le guide Gai Pied, la drague à Tata Beach… Les chansons évoquées sont anglo-saxonnes dans les boîtes, mais chez lui, Jonathan écoute « Mon camarade », de Caussimon-Ferré ! [1] Quand Michel fait sa Ménie Grégoire et déclare à Jonathan que « passé 40 ans, les mecs cherchent à se caser », ça nous donne envie de répondre, à la façon du Don Juan de Molière : « Oui, ma foi ! Il faut s’amender ; encore vingt ou trente ans de cette vie-ci, et puis nous songerons à nous » (IV, 7) ! Cela dit, si de beaux jeunes gens amateurs de barbus de plus de 40 ans se sentent l’âme d’un bon Samaritain prêt à se dévouer pour remettre dans le droit chemin un vieux critique littéraire aux mœurs dissolues, qu’ils envoient une lettre de motivation : qui sait !?

- Merci à Jean-Yves de m’avoir prêté cet album.
- Lire une critique sur le site DU9, et une entrevue (qui date un peu).
- Jean-Paul Jennequin a traduit ou adapté Un monde de différence, de Howard Cruse, et Bitchy Bitch, de Roberta Gregory, ainsi que Les aventures d’une étudiante lesbienne de Petra Waldron et Jennifer Finch.
- Parmi les nombreux sites de Jean-Paul Jennequin, il y en a sur lesquels il publie des BD occasionnelles : celui-ci et celui-là.

Lionel Labosse

- Voici un message de Jean-Paul Jennequin suite à cet article :

« Je découvre tardivement la lecture que vous avez faite de mon petit – et déjà ancien – roman graphique. Vous êtes un lecteur attentif et cela m’a fait très plaisir. Je tiens cependant à corriger un petit malentendu : même si j’ai aujourd’hui, grâce à l’apport providentiel d’une moustache, un aspect un peu plus "bear" que par le passé, ce n’était pas le cas quand j’avais l’âge de Jonathan. Je l’ai conçu à mon image d’alors (juste un peu moins rondouillard). Et je lui ai donné mes goûts pour les messieurs mûrs, que j’ai depuis déjà longtemps (adolescent, mes "idoles" de la chanson étaient Mort Shuman et Jean-Roger Caussimon). En mettant en scène Jonathan, je voulais – entre autres – montrer que certains jeunes gens apprécient les "daddies" (alors que la doxa voudrait que les jeunes qui couchent avec des "vieux" ne le font que pour l’argent). J’ai pu constater encore récemment que pour pas mal de gens, hétéros et homos, les hommes mûrs qui cherchent des partenaires plus jeunes sont forcément des "vieux cochons". J’imagine que cela faisait de moi un "jeune cochon" ? Je crois surtout que c’est révélateur de la profonde intolérance des sociétés occidentales : on n’a droit d’avoir une sexualité que lorsqu’on est jeune et beau, surtout pas vieux, gros, moche, handicapé… »
Jean-Paul Jennequin , le 23 mai 2011.


Voir en ligne : L’un des blogs de Jean-Paul Jennequin


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[1Moi aussi, je suis fan ! Voir cet article.