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Gothique ou homo ? à partir de la 4e.

Le faire ou mourir, de Claire-Lise Marguier

Éditions du Rouergue, 2011, 104 p.,9,5 €

vendredi 30 mars 2012, par Lionel Labosse

Damien Decarolis est surnommé Dam DeCaro, c’est tout dire. Il vient d’avoir 16 ans et raconte son histoire, sa persécution par un père macho, sa rencontre avec Samy et sa bande, les gothiques, qui l’aident à être lui-même, ses scarifications, son goût ambigu de sentir son propre sang, goût de vie ou goût de mort, allez savoir ? L’amour de Samy l’aidera-t-il à se sauver d’un rôle de bouc émissaire qu’il a toujours accepté avec résignation ? C’est ce que raconte Claire-Lise Marguier dans ce premier roman. Elle est aide-soignante dans une maison de retraite. On croirait plutôt aux urgences, à lire son livre, qui témoigne d’une empathie sympathique avec son personnage d’ado suicidaire.

Résumé

Damien trouve une nouvelle famille dans son « collège » (ou « lycée », il emploie alternativement les deux mots, comme s’il refusait de grandir), la bande de Samy, lequel a deux ans de plus que lui et passe son bac. Avec leur maquillage, leurs vêtements noirs, leurs piercings, ils sont « Tous tellement identiques que tu sais plus si ce sont des filles ou des garçons » (p. 12). Samy le protège de la « bande des skateurs », et a une mauvaise influence selon son père. Un des gars de la bande a un blog consacré au suicide : « Son pseudo, c’est VirginSuicid666.6. Il a ajouté point 6 parce que VirginSuicid666 tout court c’est déjà pris par un autre. Tu vois l’originalité » (p. 16). Sa sœur remarque tout de suite son nouveau polo : « On dirait un truc de tapettes » (p. 15). Et quand il revient avec les yeux maquillés de noir, c’est le psychodrame. On lui demande s’il est homo, et lui qui a été amoureux d’une fille, il confirme, par provocation.
C’est alors le conte connu du « mensonge devenu vérité » : quand il raconte cette bonne blague à ses nouveaux amis, Samy, si vous me permettez, le prend au mot : « si ça se trouve tu l’es […] ça m’étonnerait pas, tu es si sensible. » (p. 17). Autant la famille le prend de façon caricaturalement négative, autant tout le « collège » ou « lycée » le prend de façon caricaturalement positive, comme une appartenance à une mode très tendance. C’est une partie du roman où, bizarrement, la « bande de skateurs » n’intervient pas : seul le harcèlement paternel est homophobe ! Les deux garçons se rapprochent progressivement, et se prennent au jeu des caresses, baisers et enlacements, facilités par la proximité des corps de règle dans la bande. Damien surmonte ses réticences, mais en même temps il se fait des entailles sur toute la peau. Quand Samy s’en rend compte, il tente de l’en empêcher, c’est alors une sorte de combat contre la montre, où l’ombre du père ultra-réac joue comme un spectre qui hante la vie de son fils. Comment s’en débarrasser ? c’est toute la question. Le tuer, ou rêver de le tuer, de tuer tout ce qui empêche Damien d’être ce qu’il est ?

Mon avis

Le faire ou mourir est un beau roman qui renouvelle le genre du roman jeunesse sur l’ado homo suicidaire. Le thème de la mode gothique est traité avec doigté, les scarifications et le comportement suicidaire sont disséqués au scalpel : « Quand il s’asseyait sur moi, pendant la récré, ça appuyait sur les entailles que je faisais exprès la veille en prévision » (p. 34) ; « Il s’inquiétait pour moi, et rien que pour qu’il continue j’aurais recommencé, sous ses yeux s’il le fallait » (p. 52). Le fait de mêler l’homosexualité à cela sent un peu trop sa caricature, en ce sens qu’on ne croit guère au contraste entre cette communauté scolaire entièrement empathique, et cette famille, père, mère et fille, totalement non seulement aveugle à la souffrance du fils, mais homophobe, et pas homophobe en l’air, mais contre le fils. La scène finale d’explications avec la mère est fort émouvante (p. 100). Le fantasme du meurtre du père et pas seulement du père (je n’entre pas dans les détails pour vous laisser le plaisir de la découverte), est symptomatique de notre époque où les personnages homos sont d’autant plus impitoyables contre la violence homophobe que cette violence est de moins en moins virulente. C’est le deuxième livre paru depuis 2010 avec 50 minutes avec toi, de Cathy Ytak, où on « tue le père ». Nouvelle tendance ? D’un autre côté, la famille apaisée de Samy, malgré le père absent, est rassurante, et l’on s’amuse de voir Samy le gothique, habitué à la transgression et au piercing, adopter immédiatement une attitude adulte au vu des scarifications de son ami. Côté moral et éducatif du roman jeunesse ? On apprécie aussi l’indétermination altersexuelle de ce groupe d’amis, qui va bien avec l’évocation du groupe Indochine dans les pages de garde (citation, dédicace). On pense à la chanson « 3e sexe » : « J’ai la trouille de tout, […] de me retrouver enfermé dans une catégorie que j’ai pas choisie, sans aucun moyen d’en sortir, d’être étiqueté » (p. 39). Et, plus actuel, au superbe clip de Narcys : « Toi t’en rêves ».

- Cet ouvrage bénéficie du label « Isidor ».
Label Isidor HomoEdu

- Lire l’article de Jean-Yves sur ce livre.

Lionel Labosse


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