www.altersexualite.com

Bienvenue sur le site de Lionel Labosse

Accueil > Livres pour les jeunes et les « Isidor » HomoEdu > Bandes dessinées > Les Révoltés, série Ring Circus, de David Chauvel & Cyril Pedrosa

Amants énigmatiques, à partir de la 4e

Les Révoltés, série Ring Circus, de David Chauvel & Cyril Pedrosa

Delcourt, 2004, 48 p., 13,95 €

samedi 20 juillet 2013, par Lionel Labosse

Un article bilan en 2013 signé D. Wesel sur ce site nous signale cet album paru en 2004 qui nous avait échappé (entre autres, mais le retard est rattrapé !). Ce qu’en dit l’auteur de l’article nous avait alléché, mais la lecture nous laisse dubitatif. La composante homosexuelle se limite en fait à l’interprétation d’une seule case, et l’auteur de l’article aurait pu commettre un contresens. Quoi qu’il en soit, nous avons lu l’ensemble de la série pour en savoir plus, et même si la composante homosexuelle nous semble plus que réduite, nous y consacrons un article, ne serait-ce que parce que c’est une série intéressante. Dans ce quatrième et dernier tome intitulé Les Révoltés, il est question de la caravane d’un cirque qui se déplace en « Ruskovie », sous la protection d’un mystérieux personnage, Lunaire, et d’une troupe de cosaques, contre les bandits de tout poil qui dévastent la contrée. À leur arrivée à Saint-Pétersbourg, ils sont accueillis au palais impérial, mais la révolte éclate.

Suite à l’attaque de bandits et l’intervention de cosaques, Jerold, l’un des deux héros de la série, surprend Errico en compagnie d’un « mioche », un jeune homme blond, qui semble apeuré, et ne dit pas un mot. Voilà le commentaire de D. Wesel : « Nous nous contenterons donc de relever deux exemples qui témoignent d’une utilisation discrète mais intelligente de ce qui n’est finalement qu’un ingrédient de plus à la disposition des auteurs. Une scène de panique dans le quatrième tome de Ring Circus aura marqué les esprits, deux hommes partageant le même lit. En une seule vignette, même pas à l’avant-plan, David Chauvel et Cyril Pedrosa jettent une lumière différente sur un personnage présent depuis le début de la série. Révélation tardive, mais annoncée par une case du troisième opus qui aura déjà mis la puce à l’oreille des lecteurs les plus attentifs. Dans le cas présent, l’apparition est fugace et la réflexion minimale, mais l’effet n’en est pas moins immédiat. » Cette interprétation nous semble témoigner d’une lecture hâtive. En effet, premièrement il n’y a pas vraiment de lit. Les deux personnages sont habillés entièrement, avec même un chaud manteau pour l’extérieur enneigé, et sont assis par terre contre un poêle ; Errico dissimule Leonid à l’arrivée intempestive de son ami, certes, mais dévoile sa présence aussitôt qu’il a reconnu son visiteur. Le texte ne donne aucun indice particulier. Errico, le personnage surpris, présente Leonid, qui est « venu se planquer tout droit ici », puis dit « Tu vas pas moufter, hein ?! », ce qui peut s’interpréter de différentes manières. Deuxièmement, si Leonid ne dit rien, ses yeux parlent pour lui. Il semble fasciné par Jerold, qui vient de les surprendre, et de fait, Leonid terminera l’aventure en accompagnant Jerold dans la révolte qui éclate, lequel abandonne le cirque et Blanche, devenue son amante dans les tomes précédents. Il ne semble donc pas a posteriori que lorsqu’ils ont été surpris, Errico et le mioche eussent été dans un lit et amants, sinon le scénario aurait au moins daigné nous informer de la réaction d’Errico au fait que Jerold lui pique le mioche. À moins que je n’aie vraiment rien capté ! De plus, Errico n’est pas du tout « présent depuis le début de la série », il est au contraire arrivé dans le tome 3. L’éditeur ne nous aide guère, en omettant la moindre explication sur les épisodes précédents, même une simple pub ! En ce qui concerne cette intrusion prétendument soudaine de l’homosexualité, le dessinateur ne nous aide guère plus que le scénariste, car rien de clair n’est montré. En attendant d’en savoir plus, nous signalerons un cas remarquable de mise en évidence du graphiateur, à la page 12, à un moment assez anodin du récit, mais cette intrusion, mise en abyme rare en BD, me semble souligner le fait que justement, dans la suite du récit, il distille avec une grande parcimonie ses indices…
Graphiateur

Tome 1 : Les Pantres (1998)

Jerold et Anthonin sont deux dandies désargentés qui se font virer qui par son employeur, qui par son père. Jerold est invité au cirque avec son ami pour avoir aidé à rattraper un chameau échappé, et c’est le coup de foudre pour l’écuyère Blanche. Le cirque, menacé de ruine, est miraculeusement invité par le Tsarissime de Ruskovie. Les deux amis s’embarquent clandestinement pour ce long voyage. Débusqués, on les traite de « pantres », mais ils sont acceptés à condition de travailler gratuitement, l’un comme portefaix, l’autre comme vétérinaire (il avait à peine entamé des études de médecine). Ça les épuise, et Anthonin manque passer un mauvais quart d’heure quand il doit accoucher un zèbre, lui qui n’a aucune connaissance médicale. La mère meurt, mais il sauve le petit, et lui sert de mère de substitution. Il se passe des choses fort louches, un assassinat par exemple, dont on nous apprend le coupable, car il a été vu par le mystérieux Lunaire, qui appelle Blanche « petite sœur », et qui a dégoté l’invitation en Ruskovie. La sexualité est peu présente, l’heure est à l’amour. Jerold refuse la proposition apparemment gratuite d’une prostituée avec qui il a l’air dans les meilleurs termes. Anthonin est plus ambigu. Quand ils entrent au cirque, Jerold s’exclame « Il est beau », et Anthonin croit ou fait semblant de croire qu’il parle d’un « type » ; Jerold est obligé de préciser : « Mais non, andouille, le cheval !! » (p. 12). Jerold est d’une timidité extrême avec Blanche, laquelle, en vertu de leur différence d’âge, accepterait plutôt son amitié.

Tome 2 : Les Innocents (2000)

Blanche consulte la voyante du cirque, Lilas, sur l’amour. Elle explique à Jerold que l’amour fait trop souffrir et qu’elle y a renoncé, mais cela le désespère. Anthonin s’attache à son petit zèbre. Il l’appelle Thésée, mais Jerold lui fait remarquer que Géraldine conviendrait mieux ! Monsieur Loyal est harcelé par ses camarades. Jerold plaisante Anthonin sur le fait qu’il drague Lilas, mais en fait il l’a juste remerciée de lui avoir sauvé la mise à l’épisode précédent quand il a failli être pris pour l’assassin. Jerold se refroidit pour Blanche et semble se raisonner, mais c’est plutôt du dépit amoureux. Un incendie criminel bloque le cirque dans une petite ville.

Tome 3 : Les Amants (2002)

Anthonin emménage dans la roulotte de Lilas, pendant que Jerold squatte celle de Blanche. Le maître écuyer qui partageait sa roulotte, du coup, emménage avec un ami, le balèze gardien du cirque. Une série de vignettes montre les trois « couples » conduisant leur roulotte, ce qui glisse un indice sur le chef écuyer, mais un indice infime qui peut n’être que pure eutrapélie. C’est peut-être à cette vignette que fait allusion D. Wesel dans son article : « une case du troisième opus qui aura déjà mis la puce à l’oreille des lecteurs ». Mais rien de rien dans les quatre albums ne transforme cette possibilité en certitude.
Les Amants ?
Surpris en train de voler du pain, Errico est finalement accepté dans la caravane. Il fait de la propagande anarchiste auprès de Jerold. Quelques événements fâcheux surviennent, une roulotte qui tombe dans le ravin, les loups évadés par une main anonyme, etc. La caravane traverse une tempête de neige ; elle est hébergée de justesse par une altesse russe dans un château bizarre où Lilas perçoit une présence maléfique. Blanche danse en somnambule avec les fantômes du château. Lunaire raconte leurs aventures de jeunesse en Ruskovie, le mariage malheureux de Blanche qui a perdu un enfant en s’enfuyant pendant une révolte. Jerold décide de quitter Blanche pour ne pas vivre avec un fantôme. Il emménage avec Errico. Dans ce tome, une intrusion du graphiateur, qui dessine le château, précise qu’il s’agit d’Anthonin, narrateur depuis le début. En conclusion, après une lecture attentive de ces 4 tomes, rien ne corrobore l’interprétation de D. Wesel, et pour nous cet album ne peut être considéré comme présentant des personnages altersexuels !

- Cyril Pedrosa a également participé à l’anthologie Les Gens normaux (Glénat, 2013).

Lionel Labosse


© altersexualite.com 2013
Retrouvez l’ensemble des critiques littéraires jeunesse & des critiques littéraires et cinéma adultes d’altersexualite.com. Voir aussi Déontologie critique.