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Brûler d’amour, mais pour qui ? À partir de la 4e

Candélabres, d’Algésiras

Delcourt, 1999 à 2006, 62 p., 14 €

samedi 27 juillet 2013, par Lionel Labosse

Candélabres est une série d’Algésiras (scénario et dessin), avec Nadine Thomas pour les couleurs. Cette série commencée en 1999, en panne depuis 2006, devrait prochainement connaître un 5e opus, si l’on en croit le site de la série. C’est l’histoire d’un garçon, Paul, qui a perdu l’usage de ses jambes, et qui le retrouve au cours d’un incendie. Il reçoit la visite d’un « candélabre », créature séduisante prenant la forme de Julien, qui l’aide à atténuer la source de feu qui s’est emparée de lui. Julien vient chaque fois que Paul a besoin de lui, mais il n’est pas le seul candélabre. Grâce à ses jambes magiques, Paul devient une star de la danse, mais quelque chose semble lui manquer. Au fil des albums, entre l’amour fou et désintéressé que lui voue son ami d’enfance David, et l’amour de Julien, lié surtout à son désir de s’emparer de la source de feu, Paul parviendra très progressivement à accepter son désir de l’amour d’un homme. Reste à connaître, peut-être dans le 5e volume à paraître, ce qui s’est passé avant, dans l’histoire de Paul et dans celle de Liam, le peintre amnésique qui ressemble tant à Julien.

Tome 1 : Solédango (1999)

Un gardien de nuit trouve dans un parc un beau jeune homme nu, brûlé aux mains, et amnésique. Paul Klarheit, ancien danseur encore jeune en fauteuil roulant vient le voir spontanément, affirmant qu’il est un peintre, Liam Lindhorst, et lui raconte sa propre histoire, qui croise la sienne. Paraplégique à 14 ans, il obtint de son ami David, la possibilité de se balader seul à cheval. Un incendie le surprend, il est désarçonné, s’évanouit, et se réveille aux côtés d’une sorte de vampire sexy et gothique, Julien Solédango. C’est un « candélabre », qui lui retire le surplus de feu que Paul a désormais en lui, en lui prenant les mains. Paul a retrouvé l’usage de ses jambes, et Julien semble être pour quelque chose dans ce miracle. Julien disparaît, et reparaîtra quinze jours plus tard lors de la première poussée de feu de Paul. Paul accompagne son ami David à ses cours de danse. Ses progrès sont fulgurants, et il s’installe en France, au sein d’une compagnie modeste, ce qui ne l’empêche pas de devenir une star internationale. Julien le met en garde contre un autre candélabre qui se manifeste sous la forme d’un certain Roy Ambers. « C’est la source qui l’intéresse ». Lors d’une crise de forte amplitude, Julien cherche à embrasser Paul sur la bouche pour le débarrasser de son feu, mais celui-ci le repousse, avant de le rappeler, mais trop tard. Julien lui envoie la ravissante candélabre Chryséïs, qui est séduite par ce « jeune homme à la beauté du diable ». Dans une brocante (il collectionne les chandeliers), Paul est abordé par une fillette turque, Aribal, aux dons paranormaux. Elle voit des oiseaux imaginaires, et le retrouve chez lui sans connaître son adresse. Il la ramène chez sa mère, et découvre un tableau ancien signé d’un certain Liam Lindhorst, sur lequel il reconnaît Julien et Roy, mais Chryséïs n’y figure pas. Sur ces entrefaites, survient David, après quatre ans d’absence, qui s’engage dans sa compagnie de danse. Paul est fou de joie, et propose de l’héberger… La dernière page nous montre enfin le visage de son interlocuteur Liam, qui ressemble à Julien…

Tome 2 : Voleurs d’étincelles (2000)

Alors qu’il dort avec la sublime Chryséïs, Paul rêve de Julien, qui lui vient à l’aide, mais réclame à nouveau un baiser. Dans ce qu’il appelle un cauchemar en se réveillant, il ne proteste pas, mais traite mentalement Julien de « pauvre con » en lui disant « arrête, c’était un rêve » (p. 6). Un procédé habile à grosses ficelles (qu’on ne retrouvera pas, heureusement, dans les opus suivants) fait résumer l’épisode 1 par Liam (à supposer que ce soit lui), qui fait un effort de mémoire. On retrouve Paul à la brocante avec David. Celui-ci s’étonne que Paul vive seul. Très belle page de dialogue serré entre les deux garçons, où Paul se justifie, donne une preuve d’hétérosexualité, et déclare à son ami que s’il était homo, en gros, il ne pourrait s’intéresser qu’à lui. David répond « Alors là, Paul, c’est quand tu veux » (p. 12). Paul plaisante : il échange une nuit avec lui contre un chandelier ancien ! Une réminiscence d’adolescence sous forme de rêve montre que Paul avait des sentiments forts pour Julien : « dans ses bras j’étais plus en sécurité que n’importe où ailleurs » (p. 20). Le jeu trouble se poursuit avec David, au gré d’un petit psychodrame avec Fred, le chef de la compagnie de danse, qui fait des reproches à David après lui avoir soutiré des confidences sur son amour pour Paul. Paul lui dit : « de toute façon, je ne t’aurais jamais laissé partir » (p. 25). Paul est conscient qu’il a très peu d’amis, et Fred prétend avoir engagé David pour que Paul soit moins seul. Paul finit par rencontrer Roy Ambers, qui lui apprend qu’il est la seule « source », et sous-entend qu’il n’est pas humain. Liam s’avère doué en dessin. Fred chorégraphie un trio de deux hommes et une femme, le rôle de Paul étant celui d’un chat qui symbolise le désir. Il espère que David aura l’autre rôle masculin, mais en attendant, succombe à nouveau au désir de sa partenaire Kirsten, qu’il avait quittée un an auparavant. Il apprécie qu’à la différence de Chryséïs, Kirsten ait une odeur. Mais il cherche autre chose : « quelqu’un à qui j’aurais tout donné : un être humain que j’aime » (p. 36). En attendant, belle page de sa danse horizontale avec Kirsten… Paul est recherché par un groupe de candélabres présents sur le tableau, dirigés par une certaine Sophie. On le traite de « tangible ». Ça chauffe un peu pour lui, au point qu’il appelle Julien à la rescousse…

Tome 3 : Incandescence (2002)

Les deux albums s’enchaînent dans la confrontation avec le groupe de Sophie. Julien explique à Paul ce qu’est un « mithâl » : il renferme le 7e candélabre représenté sur le tableau, Huseyin, qui « ne doit être réveillé qu’à un moment bien précis » (p. 4). Paul dit à Julien qu’il lui a « tellement manqué », mais en même temps il le rejette à nouveau quand il tente de s’abreuver à la « source » sur ses lèvres. En partant, il tombe sur un couple quasi lesbien de candélabres, Éliane et Kate, qui détiennent le mithâl mais sont affaiblies. Elles avaient caché le mithâl dans une église dont le plan est caractéristique de l’Architecture arménienne (sans aucune précision dans le texte). Paul dit enfin la vérité à David, qui ne le croit guère. Julien le traverse en cherchant à l’embrasser, belle image. Liam s’apprête à faire le portrait de Paul, qui l’a payé très cher d’avance pour lui donner un peu d’indépendance. Mais Liam touche Paul sur la joue à la façon de Julien, ce qui provoque une réaction violente de Paul, qui tombe de sa chaise. Liam comprend qu’il connaît les techniques de peinture, et dit à Paul qu’il souhaite le peindre tel qu’il le ressent, « un champ de ruines ». Nouvelle confrontation avec Roy et un certain Jemaïl, qui s’emparent presque de Chryséis, laquelle se métamorphose en… Julien. Paul comprend le stratagème et dit qu’il s’en était douté. Il pourrait choisir le parti de Roy, mais il rejoint Julien, qui lui explique que « l’absorption de la source ne dépend pas d’une quelconque surface de contact ; c’est psychologique » (p. 40), mais Julien l’envoie encore balader. Lors d’un cours de danse, Paul surprend David en relation intime avec Maxime, un autre danseur. Il prétend découvrir que David est homo, ce qui étonne le lecteur, qui croyait que c’était clair depuis belle lurette. Il pique une crise de jalousie, et conclut qu’il vient de perdre les « deux personnes en qui [il] avai[t] le plus confiance ».

Tome 4 : L’Homme avec les oiseaux (2006)

Pour faire le portrait de Paul avec un éclairage de feu de cheminée, les deux hommes se retrouvent le soir. Liam demande à Paul de mettre un pull sans col la prochaine fois pour qu’il puisse « voir le cou et les épaules », et Paul se met aussitôt torse nu. C’est à ce moment que les surprend Caroline, une infirmière du centre, qui reproche à Paul de chercher à séduire Liam. Fred propose à la compagnie de danse que Paul devienne prof avec lui, et soumet cette idée au vote. Paul fait un rêve dans lequel Chryséïs se transforme en Julien alors qu’il s’apprête à faire l’amour avec elle. Il se réconcilie avec David, mais au cours de danse, Maxime lui reproche d’être jaloux qu’il « couche avec [s]on pote ». Cela permet une nouvelle explication avec David, qui avoue être tombé amoureux de Paul à 13 ans. Et n’avoir jamais cessé de l’être. Julien demande à Kate de le remplacer auprès de Paul pour le débarrasser de son feu, puisqu’il le repousse, et disparaît. Paul prend conscience de l’ambiguïté de sa relation avec Julien : « Je ne me suis pas débattu pour qu’il me lâche, mais pour qu’il me serre encore plus » (p. 24). Il débarque saoul chez David, qui emménage dans un studio, l’embrasse sur la bouche, mais Paul ne profite pas de la situation et l’installe dans son canapé pour dormir et reprendre ses esprits. Son colocataire le trouve « gravement baisable ». À l’occasion d’une nième dispute avec Julien, et d’une nième attaque de Roy, Paul veut se laisser mourir, et quand Julien le sauve à nouveau alors qu’il ne l’avait pas appelé, il cède enfin au désir qui le taraude… Reste à élucider le cas de Liam, qui ressemble tant à Julien, à moins que ce ne soit plutôt Julien qui ait pris son apparence.

Candélabres est une superbe série envoûtante. Le développement progressif sur quatre albums permet de montrer comment un jeune homme peut refuser d’abord la révélation de son désir des hommes, et ne l’accepter qu’en laissant le temps faire son œuvre. La thématique du feu réactive le langage de la préciosité, si on prend métaphoriquement cette métaphore traditionnelle de l’amour. Le balancement constant de Paul entre David et Julien peut correspondre à l’opposition traditionnelle entre éros et agapè, même si la fracture entre les deux amours serait plutôt une fêlure qui traverse chacun des trois personnages. Paul n’a jamais de sentiment homophobe, il se contente de ne pas accepter ce qui est en lui de façon évidente pour le lecteur dès le premier album. Algésiras joue très habilement de l’ambiguïté des sentiments de Paul, et le dessin complète ce que les paroles sont impuissantes à exprimer. Le crescendo du 4e album mène Paul dans les bras de Julien, avec la complicité de David, qui n’a pas abusé d’une situation pourtant fort à son avantage. On est très impatient de la suite…

- Cette série bénéficie du label « Isidor ».
Label Isidor HomoEdu

- Algésiras a collaboré au recueil collectif En mâles de nus, de Virginie Greiner (Attakus éditions, 2006).

Lionel Labosse


Voir en ligne : Site de Candélabres


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