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Y a pas de mal à se faire du mâle, pour lycéens et adultes

En mâles de nus, de Virginie Greiner & 55 dessinateurs et dessinatrices

Attakus éditions, 2006,144 p., 29,9 €

samedi 2 novembre 2013, par Lionel Labosse

En mâles de nus est constitué de 55 textes de la scénariste Virginie Greiner, illustrés par 55 dessinateurs, parmi lesquels sept dont nous avons chroniqué au moins un album : Algésiras, Coyote, Philippe Delaby, Annie Goetzinger, Emmanuel Lepage, Frank Giroud et Christian Rossi. Un album pour fans. L’ensemble est inégal, selon l’inspiration suscitée aux différents illustrateurs par des textes… pas très inspirés à mon goût.

L’idée est simple, et on se demande pourquoi d’autres éditeurs ne l’ont pas eue. Demander à différents illustrateurs de talent des dessins pour illustrer des textes sur la beauté du mâle. L’ensemble me déçoit, notamment à cause des textes, naïfs et plats. Pourquoi ne pas avoir varié autant les auteurs que les illustrateurs ? Demander à des illustrateurs de choisir des poèmes érotiques d’auteurs variés ? Ou bien demander à des auteurs de légender des dessins choisis dans des albums ? Je ne m’étendrai pas sur les textes, dont ni le fond ni la forme ne m’ont touché. Pour le fond, le premier texte dit tout : il y est question de « péché si décrié ». On plaide donc d’abord coupable, au lieu de proclamer une jouissance sans entraves. Pour le fond, on hésite entre prose et vers, et la métrique est tâtonnante, le vocabulaire et la syntaxe maladroits : « Dans le tréfonds de ta nature j’entends dénicher / Ta souterraine fragilité pour l’ébranler sous mon toucher » (p. 72). Pourquoi « tréfonds » ; pourquoi « souterraine fragilité » ? Pour se conformer à un goût qu’on imagine poétique, du vocabulaire XIXe siècle et de l’inversion de l’ordre adjectif / nom ? Idem p. 44 : « Une poignée si bien nommée que je rêve de m’y agripper ». Il s’agit d’un pénis, vous avez deviné, avec cette assonance en [e] qui sonne le rappel trois fois dans le vers…
Pour les dessins, par contre, la variété des auteurs satisfera chacun, même si on regrette des absents de marque parmi ceux et celles qui sont le plus inspirés par la plastique masculine, par exemple ici ou . Il y en a qui se sont foulés, d’autres non. Il n’y a pas a priori de thématique altersexuelle, mais ici ou là, elle affleure, comme dans un dessin de Joël Jurion, p. 17, où l’on croit identifier deux mâles. Plusieurs textes sont des blasons qui s’ignorent, et que les dessins décèlent ou non. Jean-Louis Mourier, p. 20, rate le blason des abdos qui évoque une « pointe refermée en cœur » absente du dessin ! L’ami Coyote par contre ne rate pas un blason du pénis, mais disons qu’il ne s’est pas foulé, alors qu’il est capable de tant de choses plus délicates dans ses albums ! Idem pour Algésiras, tellement doué dans Candélabres, qui ne parvient pas à donner chair à un alexandrin, alors que tant de ses dessins publiés auraient mieux convenu : « Que de torses offerts à mon regard ému ! ».
Centaure, de Jean Solé
Mon dessin préféré est ce centaure de Solé (lequel n’est présent dans notre sélection que pour des couvertures de livres de Gudule). La queue du cheval génère un homme-djinn bleu, face à une femme adossée à la crinière, tandis qu’une colonne tellurique semble partir de l’aine, telle un énorme pénis plongeant ses racines dans la terre. Solé s’est complètement affranchi du texte, et il a eu raison. Il y en a d’autres que j’aime beaucoup, comme le sexe pointilliste de Michel Plessix, p. 101. J’aime le dessin d’Emmanuel Lepage, p. 115, mais dommage que l’éditeur n’ait pas prévu de marge, car les détails de la partie gauche du dessin sont mangés par la marge. Le livre se termine par des textes de présentation des dessinateurs par la même auteure, parfois confus dans le dithyrambe. Ainsi, pour le génial Philippe Delaby, qui dessine des hommes si désirables, est-il besoin de le justifier en le présentant comme « lui qui est si attaché aux femmes » : « « car le corps masculin est beau aussi » reconnaît-il » (p. 127). Ben oui, on s’en était rendu compte à force de baver devant Murena ; mais pourquoi mettre en veilleuse son talent pour cette anthologie !

Lionel Labosse


Voir en ligne : Le site de l’éditeur


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