www.altersexualite.com

Bienvenue sur le site de Lionel Labosse

Accueil > Livres pour les jeunes et les « Isidor » HomoEdu > Fictions niveau 4e > C’était mon ami, d’Anneke Scholtens

Amour et mort, pour les 4e.

C’était mon ami, d’Anneke Scholtens

Actes Sud Junior, 2003, 166 p., 9,5 €.

mercredi 25 avril 2007, par Lionel Labosse

Voici le troisième roman traduit du néerlandais à figurer dans notre sélection, après Frère, de Ted Van Lieshout, qui date de 1996, et Les jours de Shaytan, de Saïd El Haji. C’était mon ami est un petit roman bien construit, mais qui emprunte sans grande originalité le chemin souvent frayé de l’évocation d’un garçon gay — toujours un garçon — mort trop jeune. La variante est qu’au lieu d’être mort du sida ou d’une autre maladie ou de s’être suicidé, Abel est mort d’un accident stupide...

Résumé

Bart est tout joyeux de réinvestir la maison familiale qu’il a quittée un an auparavant après avoir eu son bac, le temps des vacances, pour s’occuper du jardin et des chats. Il a convié en secret sa petite amie, qu’il n’a pas l’intention de présenter à ses parents, parce que sa mère elle-même ne l’a jamais tenu informé des affaires de sa deuxième famille. Il trouve en arrivant un faire-part de décès d’Abel, son ami d’enfance, mort d’une chute lors d’un séjour à la montagne. Dans un montage savant mêlant l’anamnèse de cette amitié au long cours, dont Abel aurait aimé qu’elle se transforme en amour, et les relations de Bart avec sa petite amie, l’auteure dévide l’écheveau des mensonges des parents d’Abel notamment, et des faux-fuyants de Bart. Les faits se déroulant dans le même lieu, cela permet le télescopage des époques, par exemple p. 76, entre le moment où Bart et sa petite amie se font épier par des gamins dans la forêt, et celui où Abel et Bart, en épiant un couple avec des jumelles, avaient failli imiter les amoureux... Avec le temps, Abel avait mis les points sur les i en évoquant un de leurs profs à la réputation d’homo, mais Bart — que l’auteure a dû être tentée de nommer Caïn — avait réagi violemment : « Ce pédé a pas intérêt à me toucher avec ses sales pattes ! » (p. 95). La visite nostalgique de Tim, l’ami d’Abel, permettra à Bart de revenir sur le passé, et d’évoluer lui-même dans ses rapports avec sa mère.

Mon avis

C’était mon ami est un petit roman bien construit, mais il emprunte sans grande originalité le chemin souvent frayé de l’évocation d’un garçon gay mort trop jeune. La variante est qu’au lieu d’être mort du sida ou d’une autre maladie ou de s’être suicidé, Abel est mort d’un accident stupide... Au niveau du langage, on note quelques occurrences du mot « baiser », mais rien de plus graveleux. À part cela, on retrouve beaucoup de motifs sans surprise du roman pour ados, les mignons petits chats, le rapport conflictuel avec la mère qui reconstruit sa vie, l’ado qui se retrouve seul dans la maison familiale... Signalons un passage intéressant, lorsque, après l’enterrement, Bart retrouve les copains d’école et revient sur les plaisanteries plus ou moins homophobes qui avaient sans doute joué un rôle dans l’envenimement de ses relations avec Abel : « Tout le monde a peut-être oublié ce moment. Sauf Abel et lui » (p. 92). À rapprocher de la narration de la plaisanterie blessante (p. 56). Utile pour montrer à des ados qu’une plaisanterie qui semble anodine peut blesser profondément (version pessimiste), ou alors (version optimiste) qu’une plaisanterie - fût-elle dirigée sur une minorité - n’est pas à prendre au tragique. L’impression qui se dégage de l’ouvrage me semble cependant oppressante, comme si le fait de se découvrir homo était forcément dramatique, et menait inéluctablement à une mort tragique ; et je m’interroge sur l’effet sur les jeunes. D’autre part, l’image finale du jeune couple éphémère d’Abel et Tim ressemble tellement à cette mode du gai dynamique qui gagne bien sa vie, publicité pour le mariage homosexuel, qu’il est à craindre que ce conformisme social ne devienne la nouvelle tendance du roman pour ados ! Enfin, à part ces ronchonnages que vous me pardonnerez, C’était mon ami est un roman à recommander.

Lionel Labosse

- Cet ouvrage bénéficie du label « Isidor ».
Label Isidor HomoEdu

- Voici un message (non traduit) que l’auteure nous a fait l’honneur de nous envoyer après avoir pris connaissance de cet article. Et vous, quel est votre avis ?

Searching on the Internet I found your review of my book C’était mon ami. I am sorry to write to you in English. Although I can understand French, I cannot write it. Of course I was disappointed since you clearly did not like my novel and I would like to give a reaction.

I know many books have been written about the coming out of a young gay ; however, that is not the subject of my book. My novel deals with the friendship between two young boys, and the fact that one of them turns out to be gay while the other does not know how to deal with this. I have written this story through the eyes of the hetero friend : Bart. So I think at least my point of view is new. Bart’s looking back is urged by the fact that Abel is dead. You can say that I more or less sacrificed Abel to evoke Bart’s reconsideration. The fact of Abel’s dead is so overwhelming, that Bart has no choice but to reconsider the past. It has never been my intention to make Abel a pitiful homo, who dies as a consequence of himself discovering he is homo. In your words : « comme si le fait de se découvrir homo était forcément dramatique, et menait inéluctablement à une mort tragique ». These two facts are not connected at all. It is as you say in the first lines of your review : it concerns a stupid accident.

In my novel I concentrate on how Bart reacted on Abel’s intimacy, years ago. He feels embarrassed by the reactions of his classmates but most of all he is confused about his own feelings ; he is not sure about his own sexual identity. These are his main reasons for putting an end to the friendship, which causes Abel a great deal of pain and frustration. Looking back Bart discovers that he liked or maybe even loved Abel, and he feels guilty about the way he has broken up their friendship. And that hurts even more now Abel is dead and there is no way to make it up. I don’t think I exaggerate the way the schoolkids make fun of Abel and Bart. Maybe things are different in France, but here in Holland the climate for young gays has gotten worse in the last ten to fifteen years. Students in high school use the word « homo » to abuse each other and young gays won’t easily come out with their being homosexual (and the same holds for teachers).

In your last sentences about Tim and Abel you suggest that their living together is meant as a kind of publicity for a homo marriage, but that is not a message I tried to put into my work. These two boys happen to live together and that is it. The same holds for Bart and Abel : I did not want to recommend or to teach or whatever ; I just wanted to tell their story or, more precisely, Bart’s story.

With kind regards,

Anneke Scholtens

- Lire, sur « Culture et Débats » le point de vue de Jean-Yves.


© altersexualite.com 2007
Retrouvez l’ensemble des critiques littéraires jeunesse & des critiques littéraires et cinéma adultes d’altersexualite.com. Voir aussi Déontologie critique.