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Sexe et liberté, pour les 4e / 3e

Pour toi Anissa, de Clotilde Bernos

Syros, Les uns les autres, 2005, 151 p, 7,5 €.

mardi 1er mai 2007, par Lionel Labosse

Le titre entier est : Pour toi, Anissa, je fonce à deux cents années-lumière. Un personnage confus, qui peine à se retrouver dans la liberté que revendiquent les autres en matière de sexualité. Anissa veut se libérer par les études de l’emprise de sa famille, et son père veut vivre à fond la révélation de son attirance pour les hommes. Un texte pour introduire un débat sur la « prise en compte d’autrui ».

Résumé

Louis a 17 ans, il vit désormais quasiment seul avec sa mère, Loïze, femme solitaire, nomade, qui dessine et écrit (p. 27), et ressemble trait pour trait au portrait qui nous est fait de l’auteur en p. 5 — ce qui n’est pas sans suggérer une douloureuse composante autobiographique. S’ils sont seuls c’est que son père vient d’apprendre à Louis qu’il a découvert sur le tard son homosexualité. Contre l’avis de la mère, il l’apprend également aux trois autres enfants qui ont quitté la maison. « Pour un homosexuel, mon père a bien procréé » (p. 19). La nouvelle passe mal, Louis en veut à son père : « Il se choisit en « prems ». Et là, il voudrait entendre qu’il est un type merveilleux et que c’est beau d’avoir eu le courage de dire une chose pareille » (p. 20). Il aimerait que cela n’ait pas été : « je serais content. Comme face à une bombe dont la mèche se serait éteinte » (p. 29). Au cours d’une discussion (intéressante pour une lecture d’extrait) avec la mère (p. 30), on fait le point sur la question de l’aveu : « il avait peur qu’on l’apprenne par d’autres ». Curieusement, la mère et le fils redoutent que le père ne réitère cet aveu auprès de Paul, 18 ans, qui mène une existence vagabonde. Louis laisse ce problème de côté, et se préoccupe davantage de son amie Anissa, qui vit dans un immeuble de cité avec sa « famille de tortionnaires » (p. 96), sous la surveillance de Youssef, un frère « macho-raciste » (p. 38) caricatural. Ils se rencontrent en secret sur le toit de l’immeuble, et Anissa, après bien des réticences, raconte ce qu’elle a connu en Algérie avant de s’installer en France. Un mariage arrangé d’une jeune cousine avec un vieil homme, une jeune femme égorgée : « Devant l’estrade, ils lui ont tranché la gorge jusqu’à ce que la tête se sépare du corps » (p. 79). Elle veut faire semblant, étudier pour se libérer. « Tu veux voir mes poitrines ? » (p. 47) lance-t-elle à Louis, pour lui montrer combien c’est dérisoire. Mais Louis n’en a que faire, il est pressé au risque de tout gâcher. Il entraîne de force Anissa, ils se font surprendre par Youssef, et elle lui demande de la laisser. Il part à vélo rejoindre son père à 600 km. Tous les jours il écrit à Anissa des lettres qui lui parviennent par l’intermédiaire d’Oudira, une amie dont la famille est bien plus ouverte. Anissa ne répond jamais, Louis est fou de douleur.

Mon avis

Pour toi, Anissa est un roman intéressant en ce sens qu’il marque peut-être une étape nouvelle dans les livres qui évoquent l’homosexualité. Après une première étape de tabou, une seconde étape de revendication, voici une étape de retour de bâton : ça passe ou ça casse, en l’occurrence ça a l’air de casser. Le personnage ne parvient pas à évoluer dans l’acceptation de la nouvelle vie de son père. Certes il reconnaît que celui-ci se préoccupe toujours de lui, mais c’est à peine si la conscience des difficultés d’Anissa lui permet de relativiser ce « problème ». On comparera cet extrait de la narration à la première personne : « Après ce qu’elle m’avait raconté, je trouvais mon histoire dérisoire, presque sans importance » (p. 83), avec cet aveu dans la deuxième partie épistolaire : « Ça me gonfle tout ce gâchis. Et aussi ce grand déballage. Comme si c’était la seule chose intéressante au monde […]. Surtout à côté de ce que tu m’as raconté […]. C’est un peu de ma vie qui se déficelle, seulement » (p. 127). Et quelques lignes plus tard, cet aveu : « Sur le moment, j’ai eu peur que, moi non plus, les filles ne m’intéressent pas, que l’hérédité… Toujours la peur. Grâce à toi […] j’ai eu la certitude que non ». Le personnage remâche son incapacité à accepter son père, et la partie épistolaire, à sens unique, ne fait que redoubler le récit. Plus loin, il invente un mot encore plus effrayant que celui qui existe : « Je ne voudrais pas être raciste « homosexuelophobe » » (p. 138). Bref, un roman à considérer comme une étude de cas, le personnage étant d’ailleurs conscient de son blocage : il s’accuse de « monologuer dans des lettres délirantes qui n’avaient peut-être pas été lues » (p. 145). Avec ses deux volets homosexualité et intégrisme / sexisme, ce serait un bon support de débat sur le thème du racisme et des préjugés. En classe de troisième, le thème de la « prise en compte d’autrui » est une mine d’or dans ce roman, à la fois pour le fond et la forme !

- Lecture croisée avec Je ne veux pas qu’on sache, de Josette Chicheportiche, et avec Le bouc émissaire (L’Instit), de Gudule, pour constater l’évolution du thème en presque dix ans.

- Lire, sur « Culture et Débats » le point de vue de Jean-Yves. De la même auteure, voir Tellement tu es ma sœur !.

Lionel Labosse


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